CHAPITRE XI. (Supplémentaire
Du choix des livres.
Il n'est rien peut-être en quoi un jeune homme ait plus besoin d'un ami éclairé et intelligent, que dans le choix des livres. De ce choix, en elfet, dépend le bien ou le mal que toute lecture doit produire. Un grand nombre des livres modernes contiennent d'affreuses erreurs touchant les événements les plus importants de nos jours comme des temps passés; tandis qu'un plus grand nombre encore sont remplis de sentiments si antichrétiens et si irréligieux, qu'on ne peut les lire sans exposer sa foi et ses mœurs au péril le plus imminent. En aucun âge de la vie, on ne saurait lire sans danger de tels ouvrages; c'est surtout dans la jeunesse, alors que l'esprit n'a pas encore pour base des principes solides, et que le cœur n'a pu être formé à l'amour et à la pratique
liV riioix iHCM iiviiiCH 57
do hi \ ni II, <|U0 Hoiit trrriltli'M ri iriloiitiiliii^M li*ii cuiiiW^- <|llrmTS (h* la IiTllIlr drs liiiillVlliK li\ l«'h.
Il y il IioIh HorU'H (Io llvri-n, roiiiri^ 14*h<|U(*1h lotit Jt*iiii<i IcTiciir iM* saurait tmp m» pn'iniHiiV : P immix (|iii iiH'ttmt la fi»i vu «liiii^rr; li" criix (pii rorroinjMMil Ir rciMir; .T rnliii, rciix <|iii, (railaiit ilrn HiijrtH {/«j^ifi-H, frivcilrH i«l jmii «li^iM's, lit' Hcrv<'iil «lu'jï faire |m.H.Hrr hî tciiipH <»t n*tHhiit {'('sprit iinpropi'f i\ toiito otinlr ou o<'<'Upatioii HÔriniM-H.
La foi est le fondi'iiHiil «Ir toutes les vcrtiiM. ** Satin la foi, il ('Ht iinpos.siblc «il' plniicr à nirti.'' (.'i;tle véfiti'. reposant sur la parole inêinr <!(» Dieu, exi^e notre Hniirtioii la plus ciitièi'e et la plus eoniplète. Tout ee (pli tend à (lélruirr ou luêine à alliiildir la foi, ne d(jit être le^at'dé iju'avei^ uiu" exlrêiiu^ horicur ; et (!ep<'nduiit, eoinhien (rouvra^es n'ayant d'autre but <pt(; de renverser sii salutaire influence, et de ditninuer en iiouh la eoiilianee dans ses ténuM^^naues, sont produits cluKpie jour ])ar une presse iinpit*, et sont lus avec a\idité par une noinlucusc jeunesse !
li'expérience des ipiat re-vin^ts dernières années prouve suraboiidaninu'Ul les maux causés par de seinl)lal)les ouvrages: les j)ai'ticuliers ont vu leurs léi;itiines espérances rtMiversées : la paix des familles a été détruite; les excès les plus liorrihles ont été commis; \u\v nation puissante a été bouleversée par hi révolution ; la base de la soi'iété s'est écroulée, et \v sanic a coulé à Ilots, en Europe, pendant un (juart de siècle ; tout cela convainc d'une manière sensible de la malignité de rinfluence produite par de i)ernicieux ouvrages. Les jeunes gens <iui apj>réci(Mit leur bonheur et celui de la société, ou qui désirent sau\cgarder leurs intérêts éternels ne doivent jamais, et sous aucun ])rétexte, succomber à la tentation de lire de-' ouvrages d'une tendance dangereuse ou bien irréligieux.
Les livres qui portent atteinte à la pureté de5> mœurs sont nombreux, plus nombreux même que ceux qui ])résentent du danger pour la foi. On peut malheureusement se les ]>rocurer dans toutes les villes; ces livres si déplorables trouvent même entrée jusqu'au sein de bien des familles respectables; ils captivent l'attention du jeune lecteur, enflamment ses passions dans la solitude de sa demeure, et insinuent leur poison d'une manière si imperceptible, et néanmoins si effective, que souvent ils corrompent leur victime bien avant qu'elle ne s'aper-
58 POLITRSSE CHRÉTIENNE.
çoive (lu danger. Au sortir de l'école, uu jeune homme se fait remarquer généralement par la .simplicité et la modestie de ses mœurs, par son respect et sa vénération envers ses parents, par sa prévenance et son affection pour ses frères et sœurs, par sa j>ieuse frécpientation des sacrements et par son exacte fidélité à accomjilir tous ses devoirs religieux. Mais un étonnant cliangement survient bientôt : les bonnes impressions de sa jeunesse s'effacent graduellement; la négligence de ses devoirs devient de jour en jour plus apparente; il ne porte pas autant d'attention à ses devoirs religieux; et enfin, il devient un réprouvé. Et c'est pourtant à un mauvais livre, imprudemment lu, qu'il faut attribuer ses premiers écarts du sentier de la vertu qu'il n'avait cessé de suivre
depuis son enfance Et si une voix amie s'était
élevée à temps pour le prémunir contre la lecture de ce mauvais livre, très-i)robablement il aurait persévéré jusqu'à la mort dans la piété et l'innocence.
Ce n'est pas seulement contre la lecture des livres immoraux que les jeunes lecteurs doivent se précautionner; celle des écrits légers, frivoles et insignifiants, doit aussi être repoussée. Les ouvrages de ce genre font perdre le temps, énervent l'esprit, en rendant incapable d'une étude sérieuse et profitable, et laissent après eux un bien faible souvenir ainsi qu'un jugement peu en rapport aux dernières circonstances de la vie. Ce mal est d'autant plus déplorable, qu'il existe un grand nombre d'ouvrages traitant d'histoire, de biographie, de géographie, qu'on pourrait lire utilement, qui contiennent une quantité considérable de précieux documents, et sont en même temps très-intéressants.
Une dame, qui cultivait avec un très-grand soin l'éducation de ses enfants, ne leur permit jamais, luie fois l'âge de l'enfance passé, de lire des ouvrages de fiction. Elle y suppléait par des récits tirés de la sainte Ecriture, et par des biographies d'hommes vertueux et d'hommes illustres; ce qui leur servait de modèles de vertus et de génie : c'est ainsi qu'elle initia graduellement leur esprit à l'étude des ouvrages scientifiques adaptés à leur jeune intelligence. Ils formèrent plus tard une famille éclairée et bien réglée, laquelle se fit remarquer par son bon sens et son intelligence pratique. Un revers de fortune ne tarda pas à faire apprécier l'avantage de l'éducation qu'ils avaient reçue ; elle devint pour eux le principe des
DIT CHOIX liKH MVliRH. 60
rcssouiccH (iiii IcM miri'iit ù inriiu* diiHiiriiHiiitcr ttVt*c hun-
iiiMir et iiMlc|MiHliuir() Ich (lilIlcult/'H di* leur |MiHitioii.
(iueiri Hunl «Iuih; 1rs livirn (|ul priiviiit ^li»- i • < muhiiuiiiU^H'f II («Ht impoHsihh*, (laiiH iiti ouvrait* H* imitiro
rt ansni iY«suino, (riinli(jiMT loiiH'riMix «pii pom i.ii«iii Atrii ju^r-i «li^iM'H (Trlrr lu-.
V'oiri iiiir listo <lr livres |mmi ii()tnl>r«Mix ; livres choiniH, (loii( la lr<'ture assidue nourrira solideiiH^tit le e(i*ur du lectt ur intelli^etil, eu nièuie teni)>s que hou esprit.
LiVKi.s DK niVi'l':. — La miinttf liih/r, tradui!4î et aiitio tée par l'al^hé < Jlaire, avec appr«»l>atinu ronuiini*.- A'/niitatitni ilf J/'HUti-Christ. Lr, Cintihat Sjtii ituvl.- 1/ Année IHunjiiftn', pal* le |{. I*. < îinrauj^er. MriUtatinnH Mitr V l'Iran (j il t\ \k\v \\k>><\\v{ . li'clniitr Sjn'riti/fi/t', par le H. P. I^>urdal()ue. Les lIcnrcH HvviruHVH d' un jfun*: /io»/im«, pur Ch. Saiute-lM.i.
ViKs or msToïKKs KDiriANTics. — /.a Vie de Noire- Sritjnrnr Jrstis-Chrisi, par le eonite de Slollier^. — Lti Vie ih's SdiiifK. par le I*. < iiry. -Lfs ArtcH de» Marti/rn, recueillis i>ar dom Kninart. La vie des J*f^rrs dit d/xert, recueillie par le Iv. 1*. An^e Marin. — ///'.Vy;r/7 (/r y<///j/ Franroia de S((/t's. — La J'ir de Huint Limita de (ioir^aijve rt de sdint Stanixlai<. — Les Annalen de la Propagation de la Foi.
ErrOK DK \.\ MVWM'Ao-S.—Lc Catéehixme du Concile de Trente, par l'abbé (Jauey. — Les Jhn/inrt< cafholifjiies, par Ijaf'orêt. — K.vplication historique^ do(jmatif/ue, morale, litur- (fique et canonique du Catéchisme, par l'abbé Guilloi.s. — J\(udes philosophiques sur le Christianisme, par Auguste >*'icolas.
Etude de t/histoiue. — Discours sur l'histoire tinirerselle, par Bossuot. — ///\s7o/r<? de l'Eglise catholique, par Darras. — Histoire du C((nada, ])ar Ferlaiid. — Abrégé d'Histoire générale, par les Frères des Ecoles Chiétiennes.
A la liste ci-dessus, on peut ajouter quelques-uns des meilleurs ouvi*a,ues de Bossuet, ceux de Féuelon, de de 3Iaistre, de de Bonald. de Balmès, de de Ravignan, de liacordaire, de IMur. de Séiiur, de Ls. Yeuillot, de Montalembert, d'Ozaaain, d'Audin, etc.
Ces ouvrages et bon nombre d'autres de même nature, non-seulement instruiront le lecteur de la doctrine de sa religion, et lui feront connaître les obligations et les pratiques qu'elle impose, mais encore lui donneront le bon goût en littérature.
fiO POLITESSE CHRETIENNE.
Certaines j)or.s<)iiiu\s considèrent la Vie des Saints comme un livre d'instruction générale, parceque les actions qui y sont rapportées, n'étant pas, pour certains cas, suscc})tiblcs d'être imitées, j)ourraient détourner les chrétiens ordinaires d'embrasser une vie de ])iété. Il est vrai, en elïet, (jue Dieu s'est choisi, cU; tout temps, dans son Eglise, des serviteurs dont les vertus héroïques et les nobles sacrifices nous remplissent d'étonnement et d'admiration : néanmoins, nous ne sommes ])oint tenus, et il ne nous serait même i)as ])ermis d'imiter leur exemple, en certaines de leurs actions. J^a lecture delà vie des saints nous est pourtant très avantageuse : elle nous montre ce que peut notre faible nature avec la grâce de Dieu ; elle nous encourage, nous excite à nous acquitter fidèlement du peu que ])ieu demande de nous comparativement, selon nos positions resj)ectives, surtout quand nous voyons ce qu'ont fait des personnes en tout semblables à nous, pour obtenir ce bonheur éternel dont nous espérons, nous aussi, de jouir un jour. La lecture de ce précieux livre ne peut donc que produire en nous de grands et constants avantages.
Le jeune lecteur tâchera de se prémunir contre un défaut bien commun, celui de chercher à lirebeamtoup de livres. Peu de livres, mais lus en entier et avec attention, lui procureront plus de connaissances et lui seront plus utiles qu'un grand nombre, lus à la hâte et superficiellement. Pour lire avec avantage et profit, il choisira un guide judicieux pour se diriger dans le choix des livres, et il n'en lira aucun qu'il ne se soit assuré auparavant du sujet qu'il traite. Il ne lira jamais surtout des historiettes, des romans, ni d'autres frivolités de ce genre. En les lisant, ainsi que toutes ces autres productions non moins légères qu'une presse impie répand chaque jour avec profusion, non-seulement il perd le temps, mais, ce qui est bien plus grave encore, comme il a été dit précédemment, il aflTaiblit son esprit et souille son âme. Il est lamentable de penser au nombre considérable de livres insignifiants dont chaque jour tant d'esprits éclairés pourtant semblent se repaître. Il faut lire lentement, avec attention et réflexion et un peu tous les jours ; et bien qu'on n'ait qu'un petit nombre de livres à sa disposition et peu de temps à consacrer à la lecture, on ne tardera pas à acquérir une certaine somme de connaissances qui ne fera que s'accroître chaque jour.
DKK MriTIlW». Cl
( lIAnrKi: \II. (Suppli^iiieiiluiri*.)
Il Hc piY'scntr hi .Hoiivcnt «1<^ «MCiiKiouH <lt* foinmiiniii WH pt'lisôcs |Mir rrrrilun*, <jur 1rs ji'UlM-s ^rliH m* «Irvni rien ^^parmuT juMir HO rcmlrc; Imliih'H «laiiH l'art <l« roiiiposcr. ('«MU* mihih'lr pnxMirr liini (1rs avaiita^CM : riiitre le ton rrllrrlii iju'rllr iloniir à r<vM|nit, v[ lu ^i jiiHlr Jiihti'ssc <r<'Xpicssi<)ns ri la<jiH*llr cllr li:il)iliir, <'llr<^t tii'^a^rral>U' pour cchii (pii y fx<'<*ll«*, rllc rst iiiAinr un principe de» satisfaction, pour ceux qui correMpondcnt avec lui, 4't souvent cllrest un moyen «Ir fjivoriser son avaneenient per.-onncl.
Un Jeune lionnnc. (|iii n'a\siil d'autre savoir r|u'une certaine connjiissaiHr <lrs alliiirrs et de rajititude poui* la correspondance, se jnrstiita, il y a «jiieUjues anncr*. dans une «grande ville, ]»our y cherclici- un emploi. Ayant In, sur un Journal, qu'on di mandait un <'ommis pour une maison de commeice, il formula sii denninde j)ar écrit, exposant, les t'onnaissances (pi'il croyait j)osséder et (pi'il Jugeait h^ rendre j)ropre pour occuper un tel j)o>te. A pi es s'être assuré (jut* le candidat était rauleur même delà lettre, le propriétaire de rélahlissement l'adopta aussitôt. Un autre ayant écrit par un des Journaux publies, un article t|ui jn-ésentait de l'intérêt, obtint, j)ar (c moyen, un em])loi n^lati\ cment lucratif. Il s'est présenté bien des cas éiralcnuMit où, par le moyen d'écrits jmblics, des intérêts uénéraux et la charité privée ont été favorisés, et la vie de certaines personnes conservée.
L'échange de pensées et de sentiments dont les lettres sont comme le moyen, produit une des jouissances les plus raisonnables et les j)lus délicieuses. Celui qui a ressenti les angoisses de la séparation de la maison et de la famille, peut, mieux (ju'un autre a}q)récier le baume qu'une lettre pleine d'alî'ection répand sur un cœur oppressé par le chagrin ; de même aussi, ceux qui ont senti et pleuré l'absence d'un ]>arent chéri, peuvent dire combien il est doux et agréable d'apprendre, de sa ])iopre main, qu'il jouit d'une bonne santé et qu'il est heuieux, après avoir échappé à tous les dangers que leur imagination craintive et atïectionnée leur avait fait entrevoir. Ainsi donc les agréments et les avantages que procure la correspondance épistolaire, sont bien propres à exciter
62 POLITESSE CHRlî:TrENNE.
les jeunes pjtnis à eonsiicrer à eette élude si i m portante et si utile, une partie de ce printemps de leur vie, seule époque où ils peuvent aequérir facilement un élégant et gracieux style.
Pour bien écrire, deux choses sont nécessaires: la connaissance des règles de la grammaire, et celle aussi de quelques bons ouvrages de littérature. Si un jeune homme n'a pas appris la grammaire à l'école, il doit s'applicpier à l'étudier. Celui (pii ignore les règles de la grammaire, ne peut ni parler ni écrire sans trahir son ignorance et sans s'exposer aux rires et aux moqueries des gens pointilleux et peu charitables. De quelque bon jugement que l'on fasse preuve, on ne saurait suppléer entièrement à la connaissance de sa langue.
Parmi les différentes méthodes d'acquérir un style beau et élégant, la transcription est une des })lus recommandables. Un autre excellent moyen de se former au style, consiste à reproduire de mémoire un paragraphe, aussitôt qu'on l'a lu, puis à le comparer avec l'original, et à cou: tinuer ainsi jusqu'à ce qu'on approche le plus possible de la ressemblance. Ce procédé, néanmoins, exige beaucoup de patience et une constance qu'on ne rencontre pas toujours. La méthode la plus pratique, pourvu qu'on sache épeler correctement et construire ses phrases grammaticalement, semblerait être d'écrire ses propres réflexions sur un sujet qu'on aurait lu, avec tous les détails et toutes les circonstances qui pourraient lui donner le plus de relief. Ce dernier procédé continué chaque jour, ne saurait manquer de procurer une grande facilité dans la pratique de la composition, et tendrait à fixer d'une manière durable, dans l'esprit, les sujets sur lesquels on se serait exercé.
Le style -doit être simple, naturel et intéressant, dégagé de tout ce qui pourrait pararaître affecté ou prétentieux, et conforme au sujet dont on traite et à la personne avec laquelle on correspond. Avec les supérieurs, le style doit être grave et respectueux ; avec les inférieurs, il doit exprimer des témoignages d'affection et de bienveillance ; avec les égaux, surtout avec les amis et les parents, il doit être simple, gai et agréable. Il faut que les lettres soient la fidèle expression de ce qu'on dirait aux correspondants, si on leur parlait personnellement. Elles doivent cependants être écrites en des termes plus polis, s'il était possible, que ceux employés dans
i»K^ i.K.rritKH. *"*
l.'i roiivcrHution, piiicr <(U>ii (M'ilvuiil on pi^iit pltiM im lU iih'iil. p«*srr Hi'H rx|n«'HsioiiH (in'rii purluiil.
(pliant ïi Tonli'o iV olmerver daiiH lu r/ulactioii (rtiiie let-
lir, il sria Imhi <Io Hiiivn' la i^^lr Huivaiilc». Hl lu li»llr« Iraih* <lr pIiisii-mH siijrl-^, !«• plnn. iiniMiiiaiit Hi-vrii Alr« lY'sorv/' pour Ii' Hrinirr, alin ipir rinlnVt «In l«T|i*iir aille toujours croisHant, vl (pTil parviniiio à koii pliiM liant poinl. vciH la lin <li' la hllrr. (Vt arraii^ciiirtit, ri'p<'ii- (laiit, peut adiiH'Mrr Kim des inodilirjit ioiiH, rar il doit «Irpcinlir, t'ii ;;rjiinh' pail ir, drs rircoiistaiMM'H rt dil lioiiilnT i\vH p(»ns<H'.s (h* r«''vrivain. Si, avaiil dr roininciM'cr fi t'crirc, on a soin i\r \)\viï considricr tons li's Hnj<*ts j\ Imiter, il sera faciU* de <lonncr A. cliacnn la phuw (pii lui riin- \ irnt ; cclui-lsï non pins n'/'pronv<Ta pa*^ dr ditlirnlt/'H ponr U' riioix «Irs <'Xprrssions à rniplovM', (pli |M»>-«*do niH' vue claire d(» son snjrt . et <pii s'est exercé, pendant (picl((nc temps, soit :\ la lecture des bons auteurs, soit à la pratitpiede la composition.
Les lettres d'aHiiir^'S doivent être courtes, jn-écisen «'t sans tM|uivo({ue : on doit y éviter tout préanihule et tout lonjjj détail, clnnpie articIcMloit être établi clainMneut c*t distinctement, alin d(^ ne laisser aucun doute sur les intentions de celui (pli écrit , ni <lonnei- lieu plu< tard au moindre malenten<hi on lili^e.
On doit répondre au j>lus t()l a louie lettre «pu exi^e une répons(\ Sni- ce point, la ])olitesse demande delà promptitude.
11 tant apporiei- une ceriaine alleniion à la manière de plier une lettre: celle (pli est la j)lus convenable, comme aussi la i)lus uénéraleinent adoptée aujourd'hui, c'est do renternu'r la lettre dans une envelopiie. l*our cela, il faut ])lier proprement la lettre suivant les dimensions de renvelo})pe. l'y introduire, puis cacheter l'envelopiie avec de la cire rouge; ceux qui sont en deuil emploient de la cire noire; les envelop})es pour lettres d 'affaires .se terment généralement au moyen d'un enduit de gomme.
11 n'est jamais permis, sous (luebpie prétexte que ce soit, de lire une lettre cachetée ou non cachetée quand elle n'est pas à notre adresse. Le secret des lettres est sacré. Si l'on trouve une lettre ouverte et qui serait adressée à une autre personne, il faut la cacheter et la faire parvenir au destinataire. Une lettre ou tout autre papier \ient-il à tomber, il ne faut point b^ ramasser; il suffit de le montrer à son possesseur.
64 rOI.lTESSE CHRÉTIKNNE.
Par ce qui précède, il est suffisamment démontré que Tauteur d'une lettre doit bien examiner auparavant ce qu'il a l'intention d'écrire ; il doit aus>i disposer les diflérents sujets avec ordre, nuiis sans i-eeherelie. Son style sera simple, sans afieetation et conforme au sujet ; la lettre sera }>liée et cachetée ])roprement ; la signature et l'adresse seront écrites simi)lement, nuus d'une manière lisible. L'attention (pi'on prêtera à ces choses, pendant la jeunesse, se chani^eia bientôt en habitude, et préviendra pour plus tard une grande perte de temps. Grâce à ces précautions, nos lettres seront reçues avec plaisir ])ar nos amis ; et elles donneront, à ceux <pii les recevront, une bonne imi)ression de notre politesse et de notre aptitude.
CHAPITKE XIII.— (Supplémentaire.)
Du Choix des Comjxigiiies.
C'eût été un grand bonheur pour bien des gens, d'avoir eu, pendant leur jeunesse, des amis assez dévoués pour les })révenir de la nécessité de bien choisir les comi)agnies auxquelles ils voulaient se lier. Ce qui a été dit des livres, peut très bien s'ajjpliquer aux compagnies que l'on veut fréquenter. Elles infiueut, à un haut degré, sur notre bonheur tant éternel que temporel. Kous adoptons leurs principes, nous nous pénétrons de leurs sentiments, nous contractons leurs habitudes, souvent même et imperceptiblement nous imitons leur conduite. Si nos compagnies sont bonnes, elles nous stimi^lent dans la pratique de la vertu : si, au contraire, elles sont mauvaises, elles nous précipitent dans l'abîme du vice. Il est raconté d'un jeune homme que, pendant tout son séjour à l'école, il conserva une vertu sans tache, mais que, s'étant ensuite introduit dans une mauvaise société, il perdit bientôt ses bons principes, devint un libertin et mourut dans le désespoir, refusant même les secours et les consolations de la Religion. Un autre, après avoir mené une vie déréglée, fut, sans avoir eu un seul moment pour faire un retour sur hii-méme, frappé de mort au milieu même de ses excès. La plupart des maux qui existent dans la société parmi la jeunesse, aussi bien que les mauvaises habitudes et les malheurs qui en sont comme une suite nécessaire parmi les autres personnes d'un âge plus
DITClhHX I»I04 <'<)MI*ACiNIKH. 65
aviiiH'i'*, priiNt'iit rlrr altiilnH''M ù lu ))<Tiii(!ic*UH4) influonCA
On choisit souvent hcvs (•oiniui^^niert, «riijiriSs rri'taiiiH :i\iuilii^('s rxlôricmn et ii;;m»l»U'rt, iiuiiH Iroi» Hi)iiV(*iit supcirK'ic'Is «•! mriiu' dun^t'nMix : tuiidlM que \vh (rotnnaplions ((ui |)nssr(lriit «les «jiialih's iutorlcun's iimis H<»li(i<»M, s»»Mt parfois al)aiHioiiiirs ou nirjuisés. Un luni ninci'^n» ot lidèlc rst uu t ivsor, i\ )ii vriilc, nmis jiussi ('(nnhi^rii <ltî (jualitôs uïoralcs et iiitrllccîlucllcs iw lui fiiut-il pas î Ou <ioit trouver <'u lui nu (MMJsolattMU* <liins ralïlidion. uu (■ous(>ill(>r <laus le iloiiti', uu appui dans la tentation ; en uu mot, un an;;*^ ^ai<li<»u visil>le, ;^ui<laut, enctoura^eaut dans la prati(pUMi«' la veriu. Il doit entiu, au milieu des séductions (pK^ présentent- les vanités nuMulaines, dirii^er sans cesse les re^xiinls de son Jeune ami vers un mon<l(» meilleur pour leipud celui-ci n'est (pi'nn ]>assa^e. et ou les sacrifices du jeune âge seront récompensés par une éternité de bonheur.
Les premiers amis (juc devra se choisir ordinairement un Jeune homme, seront les nuMuhres de sa propre famille. 11 s'étudiera à s'atreetioniuT à sa maison et à chacun de ceux (jui l'hahitent : il se j)crsuad(M-a bien ([uc hM>t>nheur ([u'il y i^oûtcra sera. ])our lui j)lus pui-etplus ])récicux (pie cehii (|u'il ])oiirrait trouver partout ailleurs. Il s'etîbrcera, dans le sein même de sa famille, surtout s'il eu est un des nuMnbres les })lus î\u:és, (Ven ])rocurer le bonheur et la ])rospérité. Il se fera un i)laisir d'assister ses parents dans leurs travaux et dans leurs ditlicultés, d'instruire et de guider, autant qu'il le pourra, ses frères et ses sœurs dans le sentier de la vertu, comme aussi il tiichera de les instruire dans les connaissances qui sont à leur portée. Il ne perdra pas de vue ([ue par sa bonté, son allabilité et ses prévenances, il peut augmenter le bonheur de chaque membre de sa famille ; de plus, par la réciprocité des prévenances qu'il aura soin d'encourager, il resserrera fortement les liens d'affection qui unissent tous les membres les uns aux autres. En même temps, il goûtera les plus pures délices d'ici-bas, par le témoignage que lui rendra sa conscience d'avoir accompli un si important devoir ; il aura aussi une grande part au bonheur provenant de la paix, de l'union et de la bonne harmonie qu'il aura contribué à établir. Heureuse, en effet, la famille qui possède un tel membre! Il est précieux comme l'or et comme les choses rares que l'on fait
Tenir de loin, et il oM digne du regard des anges et des hommes.
Si, à part les satisfactions qn'il éprouve au sein de sa famille et par l'usage de ses livres, un jeune homme veut se créer d'autres amis, il sera très soigneux dans le choix qu'il en fera ; ce sera pour lui un sûr moyen d'échapper aux dangers auxquels il ne man(iuera pas d'être exposé <lans la société. Ses amis ne devraient pas être nombreux, car ils pourraient le détourner du soin de ses proj)res affaires ; ils seront d'une condition peu supérieure à la sienne, car ils pourraient l'entraîner dans de folles dépenses ; ils seront exempts d'ignorance, et n'ai)partiendront])oint non ])lus à une condition vulgaire, parce qu'il serait bientôt obligé de se séparer d'eux ou de se réduire à leur niveau; ils seront vertueux, sinon ils l'entraîneraient dans le vice ; ils pratiqueront la religion, ou bien, par leurs maximes et leur conduite, ils le détourneraient de la fidélité à ses devoirs religieux, sans laquelle il ne saurait conserver l'amitié de Dieu ni thésauriser pour l'éternité.
Que les jeunes gens se choisissent des amis^s'ils le désirent, mais que ces amis soient dignes d'estime et de confiance ; qu'ils ne contribuent pas seulement au bien-êtrede ceux qui leur ont voué leur amitié, mais aussi à leur avancement dans la vertu, et, tout en augmentant, par leurs marques de sjmipathie, les jouissances de cette vie, qu'ils les excitent à s'acquitter de leurs devoirs envers Dieu et envers leurs semblables, comme étant une des principales conditions pour s'assurer le salut. Bien qu'ils ne soient pas très nombreux, il y a cependant plusieurs exemples d'une semblable amitié.
Deu^s: jeunes gens, liés d'une étroite amitié, faisaient tous les matins, une lecture dans le même livre. Le soir, s'ils se rencontraient, ils se promenaient ensemble et faisaient de la lecture du matin le premier sujet de leur conversation. Ils acquirent ainsi plusieurs connaissances utiles, et tirèrent un grand profit des réflexions de l'un et de l'autre. Leur amitié devint pour eux une source de si douces jouissances, qu'ils n'en goûtaient point d'autres en dehors de leurs familles respectives. Aujourd'hui ils sont avancés en âge, et ils regardent les soirées qu'ils ont passées ensemble comme le plus heureux temps de leur vie. Une semblable amitié est d'un prix inestimable : elle éclaire l'intelligence, perfectionne le cœur et pose les
i>u CHOIX i>K« roMPAOïfini. 67
IniHeH doH vertu» et den habit ikIch de paix et de reeueilli»luent. Ave(^ d<'rt cuinpji^Miii's «!<• cr^mn', il n'y u ni ]>ert<; de temps, ni n^^^K^iK*''»*-'' des iilliiirrH, ni éloi^nenient de lu famille, ni IV/Miiientatien den uuber^eH, ni d/*p4*nH4*H frivoles, ni dan^MT dr «'orruption, ni riHipie j»our non nalnt, ni aucun i\r ers anniscnn'hts vains, dan^cn-ux «•! souvent criminels, nii x«|in*ls la jeunesse se laisse nialluMirru^ement
aller, «*l dont lôl «m hud rllr dr\iriil l'i ii foi t ii im'i-
vietime.
'* i}\w chacun «'vil*^ avet: soin l«*s niauvai.^**.-^ < <»n»pau;nies, dit M. Collet, car avec h's mauvaises com]Ki>;nie,H les bons se j)ervertissent, et les inéehunts s'enracinent dans letirs d^*sordres. Quiconcpie s'aHsocie avec les Uiéchants, doit s'atten<lre ;\ partaj^er leursort.
'* Qu'on ne s'y trompe ])as : les mauvais entretiens corromjxMit les ])oniu's nueurs : Un ])eu de levain corrompt toute la pàtc. La ^râee du Baptême, <|ui nous a r»'-;^*'nêi«''s : le sa<Tenu'Ut de l:i ( 'oiiliiniation, (pli nousa donné le Saint-IOsprit aM'c rahoudauce de ses grâces; celui de P^>nitence, (pii a j^uéri les blessures de notre âme et lui a C()mmuni([ué une nouvelle vigueur pour le bien ; le choix de ,Iésus-Christ, (pli, j)our ])arler le langage des saints P^tcs, nous a (l('ili('s, toutes ces grâces nous ont rviuius IcH enfantin de Pieu, vi ont i)lac('^ entre nous et les enfants de ténèbres^ une barrière qui subsistera éternellement, (^uel raj)port ])eut-il donc y avoir entre l'injustice et l'iniquiti', entre la lumière et les ténèbres, entre Jésus- Christ et Bélial ?
" Ne comptez point sur vos vertus, ni sur l'horreur que vous pouvez avoir de certains défauts. Dans une semaine ou deux, dans un seul jour peut-être, ou même encore moins, tout cet édifice que vous croyez solidement établi, peut être renversé.
^' Alipius, si célèbre dans les '* Confessions de St. Augustin," avait naturellement une horreur extrême de ces cruels spectable pour lesquels les Romains éprouvaient un plaisir sauvage. Quelques-uns de ses jeunes amis, étudiant comme lui la loi, l'ayant un jour rencontré par hasard, résolurent de le conduire àTamphithéâtre. Ils rentraînèrent en usant envers lui de cette violence que Pamitié semble autoriser ; mais il leur dit : " Vous pouvez contraindre mon corps et me placer sur les degrés du cirque, mais vous ne pouvez rien sur mon esprit et mes yeux, lesquels ne prendront assurément aucune part au
et POLTTE8SE CHRÉTIENNE.
spectacle. Je serai doue là comme si j'étais absent; et, par ce moyen, je serai supérieur à la violence que vous me faites et à la passion qui vous obsède." En dépit de ces protestations, Alipius fut entraîné au spectacle, et tandis que tout l'amphithéâtre s'abandonnait à des plaisirs dignes des barbares, Alipius interdi.ssait à son cœur d'y prendre part, et tenait les yeux fermés. " Mais plût à Dieu ! dit St. Augustin, de qui nous tenons ce récit, (ju'il eût tenu aussi les oreilles fermées ; car ayant entendu un grand cri, il céda tellement à la curiosité, qu'il ouvrit les yeux ; c'en fut assez pour infliger à son âme une blessure bien autrement mortelle que celle dont venait d'être frappé un combattant. Ainsi, son cœur, plus présomptueux que fort, et faible en proportion de ce qu'il avait ])lus compté sur lui-même que sur Dieu, fut à l'instant même blessé grièvement. La cruauté passa dans son cœur à la vue du sang; et Alipius, au lieu de détourner ses yeux de ce spectacle sanglant, les y tint mêmes fixés attentivement. Buvant en quelque sorte la férocité à longs traits, et sans s'en apercevoir, il s'enivra de ce plaisir brutal : et, au lieu de cet homme qu'on avait dû entraîner ))ar force, dans ce lieu ; il devint, en un instant, un homme de même caractère et des mêmes goûts que ceux qui composaient l'assemblée. Il revint chez lui avec une telle ardeur pour ces spectacles inhumains, qu'il soupirait après le moment de pouvoir y assister ; et nonseulement il désirait retourner à l'amphithéâtre, mais encore il y conduisait les autres.
" Après une telle chute, continue St. Augustin, qu'estce qui pouvait aider au malheureux Alipius à se relever, sinon la main de votre miséricorde, ô mon Dieu ! et c'est ce qui seul eut lieu, en effet. Vous lui avez appris à mettre toute sa confiance en vous seul, et à ne jamais compter sur ses propres forces, et vous lui vîntes en aide presque aussitôt après sa chute. Cependant Alipius conserva toujours un amer souvenir de ce fait, et, lorsque, dans la suite, il rappelait à son souvenir sa faiblesse passée, il s'en servait comme d'un préservatif contre de nouvelles fragilités."
Le pieux et savant Rollin ^ propose pour l'instruction des jeunes gens, la sainte amitié qui existait entre St. Grégoire de Nazianze et St. Basile. " Ils avaient, dit-il, toutes les qualités qui rendent les enfants aimables :
♦ Belles-lettres, toI. iv.
DU CHOIX DKH (OMI'AfiNIlCH.
l)L'jmh'î «lu rurim, r'huniieH de IVnpril. «Ioim'imii- «t polit fxiiuirtiî iliiiiH Ii'ui-H iiiiiiji«>rcrH.
'^ Leur ^Mlucatioll lut Ct^ (lll on ]•• ul iimii)/iii<i «|I| l'iii*
pouvait r«tn' «liinn «les ruiiiillrH où lu piôt/i /'tiiii roinuii; li<!!MYMlilnirr, et où Irn pi^rrs, Ii-h inrirs, 1<vh j'hti'H. Ii*h MlMirs, vl les gnilHls prirs <irs «Iriix côl/'s, «''tUM'Ilt HuilllH.
** Il8 (îultivèivnt avec; soin et uKsidiiit/î le« hifiircuM^H disposilions <lonl I)i«'U s'rliiil phiil Irs favorisrr. Ayant achrvr leur rimlfs :\ la maison natrrnrilr, ils rurcrjt cnvo yos séparrnHMJl dans 1rs villes de la <»rt*c«» les plus r/'i)n t6es pour rcnscinnrnicnt (pii s'y «lonnait, <t y îurrrit placés sous la direct iou des nniîtres les plus habiles.
*' Enliu, ils se rencontrèrent dt; nouveau à Athènes. On siiit (pie cette ville était alors le théâtre et h; centre des belle— lettres et de rérudition. Elle fut aussi comme le berceau de cette i-enjai«|uable amitié <pii exista entre nos deux saints, amit ié (pic des événements extra<jrdinaires ne firent plus tard (jue fortifier, conlirmer et jierl)étuer. 11 existait alors, à Athènes, une étrange couturao au sujet des étudiants nouvellement arrivés. Ceux-ci étaient d'abord introduits dans une nombreuse réunion déjeunes ^ens, où ils étaient exposés à toutes sortes de railleries etd'injures; i)uis précédés par tous les enfants qui marchaient deux à deux, ils étaient conduits en procession à travei's la ville. Arrivés au lieu désigné, tous s'arrêtait nt, et, ])oussant un grand cri, ils feignaient de vouloir enfoncer les ])ortes.
" Une fois admis, le nouveau venu était remis en liberté. Grégoire, étant arrivé le ])remier à Athènes, vit combien cette pratic^ue si ridicule serait opposée au caractère grave et sérieux de Basile, et comme il exerçait une certaine influence sur ses compagnons, il obtint d'eux une dispense en faveur de son ami. '* Ce fut, dit St. Grégoire, dans l'admirable récit qu'il fait de cette circonstance, ce fut ce qui commença à allumer en nous cette flamme qui ne s'est jamais éteinte depuis, et ce qui perça nos cœurs d'un dard qui y est fixé pour toujours. Heureuse Athènes, s'écrie-t-il, tu es le principe de tout mon bonheur I je ne suis venu chez toi que pour acquérir des connaissances, et j'y ai trouvé le plus précieux de tous les trésors, un ami affectionné et fidèle.'"
'* Cette relation formée et commencée comme il vient d'être rapporté, ne fit que s'accroître chaque jour, surtout quand les deux amis, qui n'avaient rien de secret entre
70 POUTESSK CHRÉTIENNE.
eux, et qui s'ouvraieut réciproquement leur cœur, reconnurent ([u'ils avaient la même fin en vue et qu'ils recherchaient le même trésor, c'est-à-dire la sagesse et la vertu, ils habitaient la même chambre, mangeaient à la même table, se livraient aux mêmes exercices et aux mêmes anuisements, et n'avaient, à proprement parler, que le même cœur et que la même âme ; " heureuse union, dit S(. (hégoirc, (jui ne pouvait provenir (pie d'une amitié chaste et chrétienne."
" Nous aspirions l'un et l'autre au moyen de nous ins- Iruire, comme à l'objet le })lus capable de nous élever au- «iessus des sentiments d'envie et de jalousie ; et non .seulement nous étions entièrement exempts de cette subtile et malicieu.se passion, mais nous n'éprouvions qu'une noble émulation du bien. Chacun de nous était plus sensible à la gloire de .son ami qu'à la sienne propre; comme au.ssi chacun cherchait moins à s'acquérir de la supériorité qu'à venir en aide à l'autre.
'^ Notre principale étude et notre seule fin était la vertu. Nous nous efforcions de rendre notre amitié éternelle en nous préparant à une immortalité bienheureuse, et en nous séparant de plus en plus des choses de ce monde. Nous prenions la parole de Dieu pour notre conducteur et notre guide ; nous nous servions réciproquement de maîtres et de surveillants, en nous exhortant l'un l'autre à la l)ratique de la piété : je pourrais même dire que nous nous réglions l'un sur l'autre, afin de discerner la vérité du mensonge, et le bien du mal.
'• Nous n'avions aucun entretien avec ceux de nos compagnons qui paraissaient impolis, passionnés ou immoraux ; nous ne nous joignions qu'à ceux qui, par leur modestie, leur circonspection et leur sagesse, pouvaient nous assister et nous aider dans les bons desseins que nous avions formés ; bien persuadés que les mauvais exemples, comme les maladies contagieuses, se communiquent facilement.
" Ces deux saints, comme nous ne saurions trop le répéter à la jeunesse, se firent toujours remarquer parmi leurs condisciples par leur activité et leur travail, par les succès extraordinaires qui couronnèrent leurs études et par la facilité avec laquelle ils acquirent toutes les sciences, alors enseignées à Athènes : belles-lettres, poésie, éloquence et philosophie. Mais ils se firent encore bien t)lus remarquer par l'innocence de leurs mœurs, laquelle
i>n nioix itVM ('OMi*Ac;NiRA. 71
fi'aliinnait ;\ hi vin* «lu iiioindir lUunif'v. et rifiii/tiiiit roinlirc in^fiiti du vicr.
*' Un Hon^;»^ (prout Ht. Ori^'j^oiro, iMMidiint mi pn»ini^r« oiifiUK'r, vl «Iniii il iioim 11 lai^sr min /•l/'j^iiiitr (li'.Hrri|>(ioti i'ii vrrs, coiit rilniii pour bciiu<'oup ;i lui iu^pirrr vvh im*Ii1«'H HiMitinu'iits. IV ii<l:iut Hou soiiiuiril, il lui hcuihhi voir deux virr^i'S, du nu'UUM\'XC3 et d'une* <'î;^;iI«: Ix'aul/î. niodcH* timuMit votncs, ot hiius aurun do coHornrmentH pour IfHqu(»ls It'H p<MS(»nnrs dr Ifur hpxo Hont ordinainiiii'iit pansionutM's. Lrurs y^ux rlai<'iit Uaissrs, <-t Irur visa^<! ronvcrt (l'un voile. " L<'ur vur, dit le naint, me miiplit <I<r joie, car il u\r. siMublait qu'il y avait eu «•Iles cpudcpuî chose do surhumain, (luandjt^ hMir dcnuin<hii qui (dics ctairnt, l'une «l'cllrs inr «lit (prcllc était la Tu rot /% et l'autn' la Contincncr : les deux compaunes ^\^^ JésuH- C'iu'ist et les amis de ceux qui ont r(*noueé au mariage pour mener inu' vie céleste. I^lles m'exhortèrent à unir mon cœur et mon esprit aux leui*8, car si j'étais orné de la «gloire de la vir^^iuité, elles pourraient me présenter devant la lumière de rimmorlelle Trinité. A ces mots, elless'envolèrent dans leseieux,où mes yeux les suivirent aussi loiu cpril leur lut possible.
'' Hien <pie cène fut (pi'un sonji^e, le cœur du .saint en éprouva néannu)ins uue forte imj)ression. Il n'oublia jamais l'imani' de la chasteté, et il aimait à siOa ra])peler. '• Ce l'ut, dit -il lui-même, une étincelle de feu. qui, grossissant graduellement, m'entlamma de l'amour de la parfaite continence."
*' Basile et Grégoire avaient l'un et l'autre un grand besoin de cette vertu, afin de se préserver des nombreux périls dont ils étaient entourés à Athènes, qui était, de toutes les villes, celle qui présentait les plus grands dangers pour la moralité, à cause de la grande affluence des étudiants étrangers, qui y apportaient avec eux leurs vices et leurs défauts. " ^lais, dit St. Grégoire, nous eûmes le bonheur d'éprouver, dans cette ville corrompue, quelque chose de semblable à ce que les poètes racontent d'une rivière qui conserve la douceur de ses eaux au milieu du sel de la mer, et d'un animal qui conserve la vie au milieu du feu. Nous fuyions la conversation et la société des méchants ; nous ne connaissions que deux rues à Athènes : celle qui conduisait à l'église et celle qui conduisait aux écoles. Quant aux festins, aux spectacles,
72 POLITESSE CHUfrriENNE.
aux assemblées et autres fêtes, uous y étions complètement étrangers.
'' On serait porté à croire que des jeunes gens de ce caractère, qui se tenaient en dehors de toute société, qui ne prenaient part à aucun des plaisirs de ceux de leur âge, et dont la vie innocente était une censure continuelle des dé])ortements de leurs condisciples, on pourrait croire, ([U'ils étaient l'objet de leur haine ou tout au moins de leur mépris. Il en a été tout le contraire cependant: et rien n'est plus glorieux à hi mémoire de ces deux illustres saints, et, je ne crains point de le dire, rien aussi ne répand plus de gloire sur la piété elle-même qu'une telle considération. Il faut, en effet, que leur vertu ait été bien pure, et leur conduite bien sage et discrète, pour leur avoir gagné ainsi l'estime, le respect et Tamour de tous leurs compagnons.
*' Ce qui parut d'une manière bien sensible, quand le bruit se répandit qu'ils étaient sur le point de retourner dans leur patrie. Le chagrin était universel : de tous côtés on n'entendait que gémissements et lamentations, et les larmes coulaient de tous les yeux. Chacun regardait leur départ comme la perte de l'honneur de la ville et de la gloire des écoles. Les maîtres et les élèves, joignant la force et même la violence aux instances et aux supplications, protestaient qu'ils ne consentiraient pointa leur départ. L'un des deux amis ne put résister à une si extraordinaire sollicitation, qu'on pourrait plutôt appeler une vraie conspiration pour le retenir. Ce fut Grégoire, et on peut facilement juger combien il en fut consterné^
" Je doute qu'il soit possible d'imaginer des modèles plus parfaits pour les jeunes gens que ceux que je viens de placer sous leurs yeux. En eux, en effet, on trouve toutes les qualités qui peuvent rendre la jeunesse aimable et estimable : noblesse de la naissance, profond savoir, ardeur incroyable pour l'étude, succès prodigieux dans toutes les sciences, manières nobles et élégantes, modestie admirable au milieu des applaudissements publics, et, ce qui embellissait le plus toutes ces qualités, c'était une piété et une crainte de Dieu telles, que les mauvais exemples ne faisaient que les perfectionner et les fortifier. On peut voir un magnifique tableau de ces deux grands saints dans les lettres de M. du Guet, écrite spécialement pour l'usage des élèves qui devaient expliquer quelquesuns de leurs discours.
DU CHOIX 1>KH COMPAUNlKfl. 78
Oui m Ifs rxrinpirs <lr «|ihI.hi««m HiiiiitH illim(n*H t45l/ ((lie IcM <lrit.\ <|Ui viriinciit (Trlrn inriil ioliti/'*^, il M4*niit avjuilii;^rux pour I«h jcuiirs ^nis «h* jctrr 1<-h y<*nx /î^llleiiH'nt Hiir ceux qin* Ton n*inoii(rr diiiiH lu Huiiitr Kcrilure. Ainsi, ils y tnnivnit In ji'iinn Shiimk^I h(i rriMlaiiL pur Ma pirto cl s:i xcrlii, nj^r/'al»!^ à I)irii <•! mix Ihhnum'h, *' Or, riMiiaiil Sainiirl se fnriili:iil, et il cinisMail aiiiii'' <l<* J>icu et (les hoiiiiii('>/' ils y a<liiiir4 roiit un pieux n»i <|ui, (Itm TA^c do huit ans, s'appliqua toujours, à r(*xeiiiplo do David, à plaire i\ !)i('U dans toutes ses ui'tions. " Or il faisait toul ee <(ui elail a^réahlr aux yeux du Seigneur vi niaicliail dans tcnites les voies de havid son pèrt-.'' Us y verront ToImc, passant toule saJ<Minesse dans rinnoecnc'o, t'uyant la conipa^nic^ dr ceux <|ui avait saeritio aux veaux d'or, n'ayant rien d(» pu«'Til dans hh conduites et ohscMvant avoc lidélilé, dès son enfane*', toutes les prescrip; ions i\o la loi. Us lei venont, dis-Je, ^«levant son lils dans les mônu's principes, on lui enseignant, dos ses ]»remières ann^'os, il oraiuilro Dieu et à s'ahstonir do tout péeh^^ Us soront suipris <lo tiouver, lonî^tenips avant h^ Cliristianisnio, u i eourai:;o vraiment héioïque ot chrétien <lana les sept frères Machahée-, (pli tous moururent à la suite des ])lus cruels tourme?its, plutôt (jue de transgresser la loi do Dieu: ''Nous sommes i)rôts à mourir plutôt (pie <le violer los lois de Dieu (pie nous avons roeuos do nos pores.*'
" ]Mais ils }>uiseront surtout leurs sentiments à la pure source de la sainteté et de la piété, fpii est Jésus-Christ, notre Seigneur, qui, j>our sanctifier renfance et la jeunesse, voulut bien se faire enfant lui-même. Plus tard, ce divin Sauveur donna à tous les hommes un exemple l)arfait des vertus qu'ils devaient pratiquer, et cela, par son exactitude à se rendre au temple, aux jours indiqués; par son assiduité à écouter les docteurs de la loi ; par la sagesse et la modestie dans ses manières: par sou application à faire l'œuvre de son Père céleste, et à exécuter sa volonté sans aucun égard à la chair et au sang ; par. sa parfaite soumission à ses parents ; et enfin par le soin qu'il prenait, à mesure qu'il avançait en âge, à croître en grâce et en sagesse, devant Dieu et devant les hommes, bien qu'il en eût reçu la plénitude dès le premier moment de son incarnation.''
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Échéonc«
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Dote duc
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tO SOLLEi JEON BOPTIST