CHAPITRE yi
Des Divertissements.
Le divertissement est un exercice auquel on peut employer quelques moments du jour pour délasser l'esprit des occupations sérieuses qui l'ont tenu dans la contrainte,
lues DIVKUTIHHKMKNTH. 3î»
et U' coi'pA (Ic!* futi^iitvH ((ii'il ]i rproiiviM'H |)ui un ponihU* tnivtiil. DuMi, (|iii coniuiil hi faiMcHHb «le lu imtiire, uiitorisc IrM «Irla^^riiMiits iMM<'>sjiin H i\ \ii réparation «h'HforceM (jniinr lro|> longue a^;ilalion l'ait jM'Hln*.
La ronHécratioii du sept i^'un; jour apn^H la O^;alioii eMt uiir li^uriî (lu rrpos dont riioninH' peut jouir apn'vs h» truvail. Not rr St'i;:;iirur jui-inruir a interrompu j^a lalM>rirus<« mission alin <lr pioturn- à ses Apôtrrs un «h'-hi-siîmrnt court mais nr('t'»aiir. Dans les plus Ikuiux >i(Tlc»H «le rixu:lis(', 1rs fnlrU's, cMicori' jinim^'S de ci'tte fiTVfurqui sr srntail de la prrscMicr visil)'*» du Sauveur^ conHacrairiit certains J(mrs à laJoi<M't au repos; mais e(?lt<î joie était pure, ce repos élail disliimué de <'ett<' molle et eiiminellioi>i\('(é, et <le eelle dj'licat e»e tl(>nl on ne se sent <|Ue trop de n(»> i<Mn >.
Les plaisirs (Tun ("hiétien doixcnt être pesés dans la halanee de la modération vl «le la nécessité.
La eonversaiion, fniine la récréation la plus ordinain» après le repas : elle doit être enjouée sans puérilité, utile sans ti'op <le sérieux ni <r<Kstentalion ; on doit rire, et Ic^ Sajic dit (|u'il est. un temps destiné au divertissenu'Ut. ^lais les ris doivent toujours être modérés: rire avec éclat, c\'st urossièreté ; rire sans suj(»t, (î'est bêtise ; rire de tout indilléremment. c'est léuèrelé et étour<l(Mie, On n(^ doit Jamais tourner ])ersonne en ridicule, pour se procurer l'occasion de se réjouir soi ou les autres à ses dépens : ai::ir de la sorte serait contraire aux préceptes de la Religion, du savoir-vivre et des convenances les plus élémentaires.
Ou ne doit toujours parler de la Religion, de sesmini>tres, des cérémonies du culte et des ])ratiques religieuses (pi'avcc beaucoup de respect et de vénération. Ia»s fautes réelles ou supposées d'un ministredu Seigneur ne doivent Jamais faire le sujet de la conversation. Ou ne saurait tro}) avoir présents à l'esprit ces nobles sentiments de l'empereur Constantin, qui disait : '* Si je voyais un Evéque ou un Prêtre comnuntre une faute. Je m'empresserais de le couvrir de mon nuinteau impérial."
C'est une malhonnêteté, en même temps que la marque d'un mauvais cœur, de rire des défauts d'autrui. Qui n'a pas les siens ? Souvent celui qui raille imprudemment son frère sur une imperfection volontaire ou naturelle, donne lui-même de sa propre eon<luite matière à la plus
40 POLITESSE CHIllîlTIENNE.
!unplo rensure. T'n ]k)ii mot contraire à la charité peut hion, il est vi'ai, exciter à l'hilarité, il ne saurait jamais provocpier rudniiratioii.
La promenade est une autre espèce de divertissement
<(ni c()iitril)ne à la santé. TiOrsfpron est en comi)a*;nie, il faut donner le milieu à la})ersonne la])lus respeetal)le ; si l'on est deux, il faut lui donner la droite ; cette situalion, cependant, ne doit pas ehan<;cr quand on retourne sur ses pas. Quand on est dans les rues, il faut placer du coté des maisons la })ersonne que l'on respecte. ]*our monter un escalier, un monsieur doit précéder les dames, pour le descendre, au contraire, ce sont celles-ci qui passent les premières.
C'est un défaut assez commun aux jeunes gens, lors- ({U'ils se promènent en public, de rire haut, et souvent au nez des })ers()nnes qu'ils rencontrent; rien n'annonce plus sensiblement un esprit léger et une mauvaise éducation ! I/homme de bon sens ne doit jamais s'oublier au ])()int de donner le spectacle d'une indécente familiarité v^u d'une é\aporation continuelle. Il en est d'autres qui, dans les rues, affectent de parler haut, comme pour attirer l'attention des passants ; ce qui est un manque de dignité et une vanité. En tout temps, mais surtout quand on est dans les rues ou en compagnie, le ton de voix doit être modéré, afin de ne pas attirer l'attention des autres ni troubler leur conversation.
Le chant est est un divertissement honnête et agréable. L'apôtre St. Paul, dans deux de ses épîtres, ordonne aux Chrétiens de chanter des psaumes, des hymnes à la gloire du Seigneur, et d'accorder, dans le chant, le cœur avec la voix, parce que ce sont les louanges du Très- Haut. Il serait à désirer que les Chrétiens ai)pliquassent les règles de la musique aux paroles saintes des psaumes et des cantiques que Ton a traduits en langue vulgaire, pour l'iiitelligence du peuple, et qu'ils les chantassent de temi)S en temps ! Ce serait un puissant moyen de conserver en eux l'esprit de piété et de se réjouir au milieu des épreuves de la vie.
liCS grands gestes dans le chant ne conviennent qu'à des acteurs. Dans un cercle privé, on doit conformer doucement les gestes aux paroles et aux gradations de la voix; car il serait ridicule d'être, en chantant, aussi immobile qu'une statue.
DKH KNTUr/I IKNH KT HK KA TON VKIIHATICIN. 41
rllAI'l I i:l. \ Il I>rtt t'iih't'tlr/iH f't fir In ( 'imrrrmîtinn .
liCS pcrsoiiiH'S ([iii visriit (laiis \v iu(>ii<i«' bont oMi^^/m'h, \K\v Inirs alliiiifs, dt* ho voir <t <lc^ ch* si» parli r niiitiiclh*innil ; mais vvs ciil ri-liriis iVriUM'iils, rrs miivrr.Hal ioiis <|r iirccs^ilr ou «rainiisrinnil «loivnil loujoiirs si* H-.-.M«Milir <!»' la circonsiK'ciinn, «le la sa^c^^sc <•! «h- la iiiodrHtic; ( lirrtifimcs.
Nous (levons. <lil le Saj^i*, jH'scr nos paroles au poids »1(' l'tu*, (' l'sl-à-dirc ipu', coiinnc nous atta<'hon> un ^rand pi'ix j\ CH^ métal, et (pu- nous m usons avfc beaucoup d'éeononiic, nous d(»vons également estimer préeieUHeiiieiit n(>s j)aroles et ne les prononciT (ju'avec réserve et prudcnei». l'n (Heur pur cl dioil. remanpie l'apôtn* saint .I;i((pies, ne fournira que des diseouis honnêtes, et, de lu bouche d'un honnne eori-onipu, il ne sort (jue <les paroles de mort, (pie Avr^ expressions sales et révoltantes.
Outre le plaisir cpTelle nous procure, la c'onversat ion est un des moyens les plus piopres et les j)lus naturels pour nous in>truire. Mlle nous ap|>rend à connaître les liommes, leurs o])inions et ce (pi'il nous est utile «le savoir touchant les alliures du monch». ainsi (pie les dillérents ])rocédés ]»ar les(pu*ls il est, dirigé et gouverné. Kilo nous ai)prend bien des choses ((ui, sans ce moyen, échaj)j)eraient à notre observation ; et, en nous faisant connaître les opiinoiis et les sentiments des autres, elle nous met à même de nous former un modèle i)ar le(}uel nous j)ou vous juger des nôtres ])ropres. Par cet échange nuUuel des ])cMisées que la conversation permet, nous ajoutons à la somme de nos connaissances, comme aussi nous nous rendons nos récréations utiles et même très ]) rôti tables.
^Falgré les précieux avantages que procure la conversation, elle est encore la source de bien des maux, car il n'y a rien en quoi les hommes se permettent autant de légèreté et d'indiscrétion. '* La langue, dit St. Jacques.
bien qu'elle soit un membre fort petit , est un
monde d'iniquités;'' et ailleurs: "Celui qui ne pèche î)as par sa langue, est un honnne parfait.'' David luimême priait Dieu de lui mettre une garde sur les lèvres, afin de le préserver des excès de la langue. Il importe donc à chacun de bien connaître les règles d'une bonne conversation.
42 POLITESSK chri^:tiknne.
ARTICLE I
De la vérité et de la sincérUr (jni doive ni toujours régner dans la conversation.
La vérité est la ])mnièr(' (jualilé i\\w doivent avoii nos eiilietiens. Sous aucun ])rét('xte, on ne doit proféi'cr un mensonge, ni se rendre (•oupa])le dc^ la inoindre dissinnilation ou duplicité. Le saint vieillard Kléazar préféi-a la mort à la dissimulation, et saint Cyiuien ne voulut l)oint conserver sa vie aux dc])ens de la vérité. La jeunesse de rinnnortel Georges Washington présente un exemple admirable de l'amour pour la vérité ; le fait est trop connu pour qu'il soit nécessaire de le rappeler ici. Le mensonge est toujours un vice odieux ; et les entants, ne léfiéchissant pas sur les maux qui résultent de l'habitude de mentir, ne se familiarisent (pie troj) souvent avec la dissimulation, vice d'autant plus dangereux qu'il revêt souvent chez eux l'apparence de la modestie. " La vie du menteur sera sans honneur ; la confusion couvrira son visage." Le prophète David nous avertit que si nous voulons couler des jours heureux, nous devons éviter le mensonge.
Ce qui ajoute encore un nouveau degré de malice et d'opprobre à l'habitude de mentir, c'est que le menteur tombe souvent dans des indiscrétions funestes à son prochain et à lui-même ; si, i^our sauver ou conserver sa l'éputation exposée par un mensonge, il faut joindre la perfidie à l'indiscrétion, il ne balancera pas ; il veut mentir, et ne veut pas passer pour menteur ; le secret d'un ami étant révélé le sauve de sa confusion, cela suffit ; il répand ce qu'il avait juré de tenir secret. Voilà cependant où conduit rhabitude de mentir. Qu'arrive-t-il ? On ])erd la confiance des hommes, on ruine sa réputation, on perd ses amis ; s'il en reste, ce sont ou des imprudents ou des perfides.
Le déguisement dans les paroles mérite une sévère condamnation, parce qu'il confond la vérité avec le mensonge, parce qu'il est employé dans le but de mettre le menteur à couvert des reproches qu'il a si justement mé]-ités. C'est une production de mensonge artificieux, également proscrite par l'esprit évangélique, par l'honnêteté et par la bonne éducation.
Il ue faut jamais avancer de nouvelles qu'on ne .soit
DICH KNTRKTIKNH KV l»K I.A CONVKIlHATiriN 1 :
f^ilr <lr Iriir I \a<'( iliith , mi «lu nioiiiH I«*m «Ioiiimt pour «loii- U'Ust'S, ni flU'S^unl hllr.v, r{ iir |ias ulli-rti r n lilinii
(li^'pljKY'r, eu 1rs «iiiIh lli--:ml «Ir ii.iii al i«.ns l'.i i |»<*ii
vraiH<'ml>lal>l<'s.
I)aiis iiiic ('ii(|iu-lr NOM iiiitllc «|u il iai.nait iiii .)<*tir, lira rt hua I < '(»loiiiia a Mâcha autant < l'un port auct* a hi ^iniphparole «hijcuno JN'trari h (pTaii hcnncnt fait iiar IcMjuirrrM ^iMis (lo su luai-^on, pareil (pui ce jeune lioninie «'«lail reconnu, poiu* avoir piofessé, «h'^s stui enfaui'e, un profond iH'spi'ct pour la v«rilé, et, uiu' extrême hoiieui* pour le nu'usou.iie. *' (^uant- à vous, lui «lit le cardinal, von n'avez pas Ix'soiu tie prêter serment ; voire parole "•ullii.* Ce (pli prouve les grands avantages cpU' procure l'hahi tudede hisincêritê ; mais, pour ac(pM'»rir cette halatudi . il t'aut s(^ fairi^ uni^ renie invi<»lahlc de ne dire lou'(Mir.. (juc la. })lus exa<'t<» vérité, même dans les occaion- les plus insigniliantcs, eu a|>parcn(c.
Ou lu' sauiait apporter trop de soin a elr<* ilune Inleiii> à toute épreuve <lans ses promesses ; car rien ne rend plus méprisahle ((Ue de mancpier i\ sa parole. Si l'honneiir exi<;e qu'on soit- Inîèlo <lans ses i)r()me.sses, la prudence exi^e (pi'on n'en tasse jamais sans en avoir prévu les suites, et sans s'être prémuni contre les i('L!:ret s (jui }H)urraient naître d'uiu^ trop ni'ande iaciiitéà i»romettre
Lorsipi'on s'entretient fanuiièrenu'ni , il \ïr fant Jamais se déiiuiser, même ])ar j»laisanterie : la iKinne foi en toute circonstance doit être rame de l.i conversation.
AUTICLi: I r.
7Vx }n()f/rn>t de rendre hi conrcrsafion agréable.
Pour ]>roriter de la conversation, il faut tenir notre esprit toujours atttmlif à Cv' (pii fait le sujet de l'entretien, et conserver comme un trésor les sentiments ou les opinions qiù pourraient nous êln^ utiles. D'un autre côté, ponr que notre con\ ersaiion soit agréable aux antres, il tant que notre esprit soit ahondamment pourvu d'idées, principalement sur les sujets qui sont la hase ordinaire des discours dans la sociéié. Il convient anssi de n'employer toujours qu'un lanirage correct et recherché. A ce (pli précède, il est bon d'ajouter une certaine grâce de diction, sans laqtielle nos opinions, quoiipie justes, et hien (^n'exprimées dans le luugat^e lo plus élégant, ne laisçie^
raient pas <le perdre beaucoup de leur valeur et manquerai<'nt d'exciter cet intérêt au(piel elles peuvent avoir un droit légitime.
Il n'est rien qui contribue davantage à fortifier notre opinion et à insinuer nos sentiments dans l'esprit et le cœur de nos auditeurs, comme une l)onne j)ron()nciation, une construction grammaticale des phrases, comme aussi des gestes convenables, de la dignité sans affectation, avec une certaine aisance et bonté : le tout uni au calme et à une dignité modeste.
Peu de personnes, il est vrai, possèdent toutes les qualités qui rendent un orateur élégant et agréable ; néanmoins, chacun peut, par la lecture, l'observation, la réflexion et le désir de se rendre agréable, améliorer considérablement sa conversation, et ainsi se voir accueilli avec plaisir dans toutes les compagnies où sa position sociale lui permet d'être admis.
Parfois la conversation devient ennuyeuse et sans intérêt, faute de sujets convenables et plaisants. En allant dans une compagnie, il est bon de préparer quelques sujets et d'utiles anecdotes que l'on pourra introduire, si l'occasion s'en présente. Ces anecdotes doivent être courtes, et en harmonie avec la compagnie et la nature de l'entretien. Quand un sujet est une fois commencé et qu'il semble exciter l'intérêt général, on ne doit pas en proposer d'autre que le premier ne soit épuisé ou qu'il n'ait cessé d'attirer l'attention. Si aucun autre n'a été présenté, on peut alors en proposer un.
Il existe un autre procédé pour intéresser la conversation, procédé qui, dans les réunions domestiques, est trèsprécieux, c'est celui de lire un ou deux paragraphes d'un livre, jusqu'à ce qu'on rencontre quehiue passage qui devienne le sujet de la conversation. On cesse alors la lecture, dont l'objet est atteint. L'entretien vient-il de nouveau à se ralentir, on reprend la lecture, jusqu'à ce qu'on obtienne un pareil résultat. On a reconnu souvent qu'un entretien de plusieurs heures de durée, et présentant un caractère varié et utile, a dû son origine à un tel expédient.
Toute personne qui connaît à fond les convenances, réserve toujours une certaine partie de la conversation pour cha(iue membre de la compagnie en particulier. Ceci tend à tenir en éveil l'intérêt de tous, et à complimenter chacun par l'attention qu'on lui porte.
I>r.H KNTIIKTIKNH KT l»K LA TON VKUHATICIN !•>
Il Ihiil ('lir t rÔH-iY'wrvi'i ni lu foiiipii;<iii<' (\i*n |>i*iiioiiim'H pom U'Si|U('lU's le ciinulrr*', l;i |»rorrs#si(ni ou V-A'^f h4«iiiÎ' iM»u.H iiispirrr <Iii rrsjMM'l, «Ir jM-iir qu'il îh* immih <'tIi.i, <iu('l(|ur paroh* qui puisnt* taut Hoit p4Mi Iih olIitiHrr. Fauto <lo ct'llr pivcauliou, il vhI aniv/^ .Houvnit (1rs inri(l(>nts tr^s-<lt''sa;^rr.il>l(s cl hicn «'inlMirra.H.HiiiitM. l'nr fois qu'on a <'*l('« inlr<»<luil aupiv^ «l'unr prrMonni*, il (•lul (âchcr <!(' ne pas ouhlirr sou nom, afin qu<% s'il Kurvii*nt unt' nouvrllr mi irvnc, ou >-arhr roinniciit M'u<In*Hs(T:\rllc.
\i;i l< i.i. I II.
/);/ nsjfrct /////• l'nn dnit ctmHervfv daim lu nmverHatit'ii
jHnir tout ce (/ni a rapjxtrt n Piru rf () Itt Iir/if/itm.
rt ilu Hoiii (fiir fou doit antir df n'y jauni in
parlrr au di'Havantaijr du prochain.
Il i'sl dos liouiUH's (pli s(» font gloire (rairicluT. «lai»leurs discours, l'invli^iou et rincmlulité : la paroU' inruu* do Diou u'ost pas à ral)ri do leurs raillorios; ils la lournont ou dos sous soaudaloux, ot ([Uolquoibis obsoouos. Il faut ovitor a\ oc un soin extrême la société de ces hoiuuios toniorairos ; car, dit saint Paul, les mauvais entretiens corrompent les houuos m<ours, et l'on peut ajouter de ces sortes do faux chrétiens, avec le Sajio. que leur entretien est d'autant plus détoslablo, qu'ils se font du péché un jeu et un divertissement, et des choses saintes, le sujet de leurs discoui*s licencieux.
On doit non-seulement éviter les juromouts. les 1)1:>- ]>homes, les imprécations, les termes grossi e i*s ; mais'i:i doit encore éviter avec soin Tentretien de ceux qui 1. « ont souvent à la bouche. Il est d'autres termes, qui. ]*ar eux-mêmes, ne signilient rien, mais dont on doit cepei.dant s'abstenir, ainsi que de prononcer sans attention et à tout ])ropos le saint nom de Dieu. Le respect <pu^ tout Chrétien doit avoir pour le Soigneur, est ennemi de ces légèretés, qui dégénoroiu souvent en indillerenee. et quelquefois en une habitude sacrilège. Il serait superflu d'ajouter qu'on ne saurait, on aucun cas, se ]>ermettre ni tolérer toute conversation qui tendrait tant soit pou à blesser la modestie chrétienne, soit directement soit indirectement. Une personne vertueuse frissonnerait à la seule pensée d'écouter do semblables discours.
46 poLiTKssK (?iikY:tiknnk.
Il est aussi impoli (ju'il est i>(mi chrétien, dv parler mal du prochain. La nicdisance, pour ctre coniimme et souvent ai)plaudic, n'en est i)a.s moins un vice (pii décèle une âme basse, jalouse, envieuse et pleine d(; fiel," de haine ou de vengeance. Lorsque l'on entend un mot médisant, il ne faut jamais le i*éi)éter à d'autres. On doit toujours excuser celui (pu; la médisance alta(jue et déchire, et envisa<;er toujours du côté favorable au j)rochain ce (pie l'on entend raconter de lui. Il faut croire (jue ceux qui jjarh nt de la sorte ont été mal informés, et si l'on ne peut pas excuser, on doit garder le silence. La maxime, qui l)rcscrit à chacun de faire aux autres ce que l'on voudrait qui fût fait à soi-même, contient tout ce (pii est nécessaire pour régler notre conduite relativement à la réputation du prochain. Néanmoins, cette maxime souvent répétée est rarement mise en pratique.
On doit aussi éviter dans la couversatiou les parallèles injurieux, ou qui pourraient l'être par les circonstances. C'est une impertinence de dire devant un boiteux, borgne, bossu, ou disgracié autrement de la nature, par exemple : Vn tel a ce défaut, ainsi du reste. Il faut encore moins rappeler aux personnes présentes les fautes qu'elles auraient commises, ou les désagréments qu'elles auraient éj)rouvés, ce seniit les humilier. Les injures, les paroles picpiantes, le ton dédaigneux sont tout à fait opposés à l'esprit de J.-C, (pii dit dans l'Evangile que celui qui traitera son frère de fou se rendra digne d'un supplice éternel; et la bienséance proscrit jusqu'au ton ironique.
Contrefaire les autres i^eut être l'amusement favori des petits esprits, mais les gens de bon sens ont toujours regardé cette action comme une injure des plus grossières. On ne doit donc jamais, se rendre coupable soi-même d'une telle bouffonnerie, ni l'encourager dans les autres. Cette bouffonnerie, en effet, outrage la personne qui est contrefaite, et cet outrage s'oublie rarement.
Pour (pie la raillerie soit permise, elle ne doit jamais attaquer les choses saintes, les défauts naturels, la réputation, le mérite, encore moins ceux .qui sont morts. La raillerie peut être innocente, mais de quelles précautions ne doit-on pas l'accompagner ? Il est si difficile de ne pas violer les règles saintes de la charité et de la bienséance, qu'il serait à désirer qu'on n'en fît jamais usage.
Elle peut cependant quelquefois servir à l'agrément (Iq
I>KH KNTUKTIKNH KT I>K LA CONVKUHATION. 47
la (-<MiV('r>a(ioii, mais on doit vu hatiiiir raHlifctiilioii, lu piirrihlr, Ir trivial, \vh 'tMliii-H ot Ifn loii^iifiirM ; tU*H i\\\\A\v n'a |KH lin luit ti\r. la raill<Ti<Ml<»vi<'iit ihhipi»!»* <•!, inntilc.
Lfs railUMirs «le prol(i's>^i()n sont ^iMirralciiiciit liaïn ; hÎ i|iM*l<nH*rois ils plaident, plus HoiM '"• • «M-ori- il f.ri..ii. ni (I riiniiit'iit .
AHIKU. |\ I >4 s f)intrs (fiir /'tni rnnnnrt ni jutihiiit i mniiHiili n'iin'iit .
l'ai hr iiK'onsidt'rrinrnl , v'v>\ parlci* sur tniitr> cliosi'S sans l'aire attcnlion à vr {\\\r r«»n «lit ; v\'>\ parU r lors- <|u'on doit sr taire, on dire «ieselioscs inutiles on puériles. Ia's grands parleurs sont pres<pie lonjonrs ineonsidérés <lans K'nrs <liseours ; la démangeaison <le jjarler fait débiter i\v.i^ sottises; et, dans nn ^rainl nonibrt' dt» ])aroles, il est rare de ne ])as trouver des fautes considérables. Ainsi, poursuivre l'avis du Sap'. il faut mettre la main siu" la bouehe, si l'ini n'a i)as assez d'intellijxt'nee pour parler à ])ropos, ou jjour entendre ce (jue les autres disent. Il faut distinguer et observer le temps où l'on ]HMit «lire son miU sans indiseréti<ni, car c'est un siirne de léi!:èreté el une imprudi'uce de discourir toutes les fois qu'on se .sent queUpie envie de parler. Il faut aussi, selon l'avis de saint Faul, que toutes nos j)aroles soient dites avec diseerneni*^nt, afin de n'en proférer aucune .<ans stnoir ])our(iuoi et comment : enfin, il ne faiU ])arler ((ue de ce ([Ue 1 On connaît, et toujours se taire sur ce que l'on ignore ; en outre, il faut se souv<Mîir (jue la conversation ne doit pas être une pure et simple causerie.
11 est très-im{)ertant d'écouter avec attention, évitant avec soin tout ce qui ])eut dénoter lUie certaine absence d'esj)rit ou la distraction. On ne saurait rien faire de l>lus poli ni de plus agréable aux autres, que de paraître s'intéresser à ce qu'ils disent. I^a meilleure règle (pries jeunes gens aient à observer dans une com}>agnie, c'est d'écouter beaucoup, de parler peu et toujours à propos; le babil d'un jeune homme dans ces rencontres est une incivilité. C'est le propre d'un esprit sans consistance de se répandre *sans cesse en discours inutiles, d'user de longues périphrases pour dire des choses que l'eu doit exprimer d'une manière concise, d'envelopper le
48 POLITKRSK CHRlfeTIKNNE.
])iin(ij>;il ol»)('t (le tiuit (rincidonts, qu'on peut à peine y retourni'r sui-niùme et y rappeler les autres.
C'est une iin])ertinence de parler de soi en compagnie. Nos propres a lia 1res ne regardant point les autres, nou^ Ui'. saurions les tenir troj» secrètes; quant aux afïaires (les autres, (jue vous inipoi'tent-elles ? Kn ]>arlant des choses qui ne nous coueernent })as, nous sommes exposés à commettre bien lU^i^ Ix'vucs ; et, si nous froissons les scniiments de (|uclqu"un. nous perdrons très-certaincmcut son estimes 11 est aussi ridicule (|ue déplacé de p nier sans cesse de ses actions, de soi-même, de sa forlune, et de se comparer aux autres. Les comparaisons sont toujours odieuses ; peut-on, en effet, supporter ces airs de présomption et de confiance qui tendent presque toujours à donner une médiocre idée de ceux qui les adectent? '* qu'un autre vous loue, et non votre i)ropre bouche," dit Salomon ; " que ce soit un étranger, et non V0.5 propres lèvres." Un homme qui ose faire son éloge, f.ut assez connaître qu'il n'en mérite aucun.
Ainsi, il ne faut jamais parler avantageusement de soimême ; mais aussi ne faut-il point taire les louanges dues iv\ mérite ou à la vertu, observant d'en écarter tout ce (|ue l'adulation et la flatterie pourraient y mêler. On (loit recevoir modestement les éloges, et ne jamais les mendier. Ce serait une sotte modestie de se mettre de mauvaise humeur contre les personnes dont on reçoit des applAudissements, surtout s'ils sont mérités par quelque ac.iou d:)nt on ne puisse se dissimulera soi-même la bonté naturelle.
Il est des hommes qui s'offensent des louanges que l'on donne aux autres, ou qui les affaiblissent par d'odieuses restrictions ; il faut éviter ce défaut, et ajouter toujours aux éloges des autres. Si l'on ne peut parler en bien (le la personne en question, il faut garder le silence à son égard, à moins que la justice ou la charité n'exige évidemment qu'on fasse connaître son opinion à son sujet.
Il n'est pas cependant de la sagesse de donner à qui que ce soit, présent ou absent, des louanges excessives, ni de blesser la vérité en voulant préconiser les autres. Si l'on entend faire des éloges de ses parents, on ne doit pas y ajouter, mais témoigner ^sa reconnaissance et applaudir modestement.
On ne doit pas, en voyant une chose pour la première fois, la louer par une surprise accompagnée d'exclama-
DKH KN rin'l M N- Il l'i I A r(iS;VKir- \ j lov «lO
tidli ; r'rst faiir >tniii qUMii ii .i |:iinai- iJ«ii vu. I\ii ^/•iirral, il laiit <'*trr rrsri'Ni'*, i^ToiioiiH* «Iuiih lu «liMl rihiitioii <li's louaii^çrs, ('UN JMi;^» r toujours Irn cliosi'M, appn'i'iiT n* (jU'rlU'S valciU, pour h-s rslinuT v\ \vh Imur ^rh.n liH r^gli'H <!«• la pruilrnrr ri lin (liHrcriifiiicnl
<ii \n ri;i; \ iii.
('(niimciit (>// (lait inlt'n'iniif)rr. rrjunulrr ft dirr t<o/i Ht'ii-
t'nnnit, rt dcM vf^if/rs ifttr l'un dnit (thnn'rer dann Irn
dif<fnih'f<, et /(irst/nnii est nh/ltfr dr rrjtniidrr.
\l\v\\ n'i'st plus iusipi<l('. plus iiiipoituu (pic rcMitrctieii (le t!os grands j>arlrurs, «pii font (ifs (jnesiions à Tinfini sur les choses les plus iiHlilTércnles, ou sur cclIeH (ju'ils (livraient toujours i^itiorci . Il nr faut jamais adrc.ssrrcbrs (piestions à nue jx'rsoimc, <piaiHl on :t <l«'s laisons de penser ((u'il lui serait indélicat^ d'y répondre. Les infornuilions (pie l'on prend sur ht santé des autres, doivent être l'ornuilées d'une nninière indireete, afin de laisser à la personne la liberté de donner telle réponse ((u'elle jui^era à })ropos.
11 y a une elasse de personnes ((ui se font renumpier ])ar leur «grossièreté et l'ennui (pi'elles eausent, ce sont certains vt)yai»:eius, (pii ne font (pie }>arler de leurs aventures, des ]>ays ([u'ils ont traversés, des dangers réels ou l)rétendus ([uils ont. courus, et (pii répètent cent fois i)()ur luie les même faits, les même détails. Il est des personnes qui, à cha(pie phrase' de leur discours, demandent si on les entend, si on con(;oit ce qu'elles disent : rien n'est plus indécent : on doit ac^hever ce ({ue l'on avait à dire, et si la personne à qui l'on })arlait n'avait pas entendu ou compris ce qu'on lui disait, il faut le répéter avec douceur et sans témoii>ner aucune peine. On n'est pas entendu souvent parce (pie l'on s'énonce mal, ou parce que l'on se sert de termes obscurs ou équivoques.
Il est de la politesse d'instruire brièvement du sujet de la conversation ceux qui surviennent dans la compagnie, surtout les personnes auxcpielles on doit des égards. On ne doit jamais interrompre ceux (|ui parlent, mais on doit attendre qu'ils aient tinicequ'ils ont à dire, puis répoudre avec modestie ; il ne faut pas non plus s'empresser de répondre à une question qui n'est pas adressée directement à soi, mais ne le faire que si, après un temps suffisant, personne de la compagnie ne répond.
50 POLITESSE CHR^rriENNE.
(.'e stirait une iinpîirdonnjiUlc ^rossièn*t«^ étant obligé «le contredire (jnelcin'uM, de le faire en <lisant : '* Cela n'est j)as vrai ; '' '* vous mentez, vous ne savez ee(iuevous dites; " " Je soutiens mon ojunion ; " ete. Cesexi)ressions sont indignes d'un homme bien élevé; on doit toujours ehereher à déguiser la dureté de la eontradietion sous des termes ])olis. On peut dire à une ])ersonne qui se 1i'om})e : " Permette/. moi d(^ vous dire (ju'on veus a mal informée; " " e'est j)robal)lement une erreur; " '' Je ])ensais qu'il en était autrement,'' ou toute autre eliose de ce genre. On ])()uirait aussi cesser l'entretien ou changer de sujet, à moins (^ue le devoir ou la charité n'exige de soutenir son sentiment.
Si l'avis de (jueliju'un ditrère de celui des autres membres de la comj)agnie. il doit se taire, ou présenter son o])inion ave(^ une grande modestie et sans la défendre avec oi)iniatreté. S"il croit que son avis est juste, exact et prudent, il peut exposer les ])i-euves qui en constatent la vérité, mais éviter tout entêtement. L'opposition de son avis à celui des autres n'est î)as une preuve certaine de son exactitude, mais c'est une j)uissante raison pour lui de ne pas s'y tenir trop fortement attaché.
L'apôtre saint Paul exhorte son disciple Timothée à fuir les disputes de mots : re>])rit de contention et de dispute est entièrement opposé à la douceur évangélique, la bienséance îe proscrit de toutes les assemblées. La dispute prend ordinairement sa source dans la présomption et la fausse idée que Ton se forme de son propi'e mérite; il est des caractères qui s'opposent perpétuellement au sentiment des autres, et à qui, pour entrer en dispute, il suffît de voir une opinion suivie par le plus o:rand nombre. Cette manie déshonore et rend odieux.
Les grands j^arleurs sont ordinairement de grands disputeurs: le seul parti qu'on doive prendre avec eux est celui du silence ou la fuite de leur compagnie. Les contredire, c'est les échauffer et les animer à la dispute. Un homme sage et prudent ne doit jamais se compromettre avec des esprits contentieux.
Il est important de ne s'opiniàtrer jamais dans son sentiment, s'il îi'est pas absolument exact, et dans le cas même où il serait vrai en tout, il fiiudrait ne le soutenir qu'avec toute la douceur possible, se souvenant toujours de ces paroles du sage : " que la parole douce multiplie les amis et réconcilie les ennemis." Il faut d'abord
}yK^ < OMri.IMK.N'I'H. M
expriui«;i' jiiH(((rà <|ii(-l jMiiiit on appioiui* Imh %«'iitiii)«iit •< (|ui vitMinriit <ri*trr /'iioiic/'W, puin iiioiitriT nvi^r (|ucll*i lY^puj^imnco on no j)riit doniicr hou ciilirn* mlh/Mion. On
peut alors, niiiiH potinu^nt, et (iiinM un liirir * ' un ton
non blcHsnntH, oxponri* \vh niinonM do xon inienl,
H'iil>.s((Miant' Hoi^iuMiMrnicnt dr toiit'iiir de . ti)M udrit/'i, «t \w Ht* laissant janiais aller à la gloirr d'un t ri(>iii))lir.
(iuan<l uno pt-rnonnc^ ^-iIcv^mï en di^iiiWj nM-'onniitt cpuî «ou dr\ oir r<)bli^«' :\ rontrcdin» les hcmI (iiicnt^, ni/'Un* do S4's inlrrifurs, 4'llr rommcncr par considrirr a\ «t calnio <•(* (|U(^ cluHMiM adil, faisant rrinaijpirr iwt'c Hoin tout ro (pli srnibU^ raisonnablo, puis ayant rrn<lu justifo i\cluuiuo HtMitiiuout ^Mionc^% ollo proHcnto, nmis poliment, le Mien propit'. Ont nMpH' crtto ainni)»h^ ('oudrscéudanro donno du poids vl <](' Tauliorité à Ij: décision, <'ll<* iimpin- des s(Mi(inu'nts de rt'spcrt, de vrni^'iat ion <•! «l'anjour. Celui ([ui n'a en vucMpio d'établir ou de déftîndre la vérité, ko regarde connue largement ré(»omp(MiHé quand ee but e«t atteint.
Il n'est Jamais peiinis (rinlerroniprr' (pli (pie ce soit dans la conversation ou dans la dispute, de commenter la narration ((ue Ton entend, de la repnnidn» sous prétexte de la rendre plus claire, plus exacte. Si Ton a des observations à taire, il faut (pie la personne fpii parle ait fini son discours p(nir les proposer. Si on reconnaît avoir soutenu une opinion fausse ou commis une erreur dans le récit d'un fait, on ne doit i)as luViter i\ se rétracter.
Ou ne doit jamais rougir d'une correction é(piilable ; une personne (pli fait uiuî faute dans la conversation donnerait l'exemple d'une ol)stinali()n (lé[)lacée, hi elle prenait en mauvaise part les observations qu'on lui ferait pour la redresser et lui f:iirc connaître son erreur.
(^HAPrrRE IX.
Des Compliments.
Pour que le compliment soit convenable, il faut qu'il soit dicté par la sincérité et les bons sentiments : il faut encore qu'il soit libre d'une part, de toute froideur ou inditïerence, de l'autre, de toute flatterie et adulation.
"' C'est une ancienne maxime dans les écoles, que la flatterie est la nourriture des fous."
Il eu est qui adressent des compliments avec tant d^
52 POLITESSK CHRÉTIENNE.
maladresse, qu'au lieu de procurer du ])laisir, comme ils en ont cepeudaut l'intention, ils ne font (jue provoquer des sentiments pénibles.
Les compliments doivciu viw faits en des niomenls opportuns; il faut (qu'ils soient approi)riés aux personnes et aux circonstances et (ju'ils soient i-arement ])résentés d'une manière directe, mais autant (|ue ])ossible, sous la forme d'allusion et de comparaison. J)ans les compliments de condoléance, à l'occasion de lamortd'un parent, d'une j)erte de biens ou d'un procès, il ne faut pas trop })arler de la chose (pii afflige, mais se borner à engager, par des motifs chrétiens, la personne affligée à mettre fin à sa douleur.
Cette maxime du Sage : " On ne doit louer personne avant sa mort," ne signifie pas qu'on ne doive jamais faire de compliments ni louer personne ; mais elle insinue qu'on ne doit jamais accabler les personnes de compliments, parce que ceux qui les donnent manquent souvent de sincérité, et ceux qui les reçoivent, d'une modestie assez I)arfaite pour ne pas tirer vanité des louanges.
On doit éviter l'affectation dans les compliments, et il ne faut jamais s'écarter du naturel ; et si l'on veut qu'ils soient agréables, la prolixité, l'emphase, le verbiage doivent en être bannis. Le ton et la manière d'adresser les compliments doivent être une si fidèle expression des sentiments qu'on exprime, qu'il n'y ait pas le moindre lieu d'en soupçonner la sincérité.
Celui qui reçoit des compliments doit répondre modestement, sans montrer trop de satisfaction ni trop d'indifférence.
Il faut se servir, dans le langage, de termes clairs, usités, exacts et propres au sujet que l'on traite. Si les enfants s'appliquent à contracter l'habitude de s'énoncer d'une manière correcte et élégante, ils la conserveront sans peine le reste de leur vie ; si, au contraire, ils ne manifestent que de la négligence ou de l'indifférence, tant dans le choix des mots que dans l'arrangement des phrases, ils ne parviendront que très difficilement à s'en corriger dans un âge plus avancé. Une personne fort distinguée par la pureté et l'élégance de son langage, interrogée par un de ses amis comment elle avait pu acquérir une si précieuse habitude, répondit que, depuis son enfance, elle s'était accoutumée à ne parler toujours que ^correctement, que c'était devenu chez elle une habi-
1>K I.A I.KXTrilK. 68
tilde liMitn iniliircllc d ((iii ir(*xi)^(*iiit uuciiii Hrort clu
HH [lUrt. ('t'ttr IIh'miu* pcr.HolilH* lljolltutt ((llc ni «'IN; Vrilllnit
juiiln* iiicorrtu'lriiiciil, il m* lui vu vitûiviiiu puM moinM (|u'i\ un nmuviilK puiU'ur nour H'rxpriin^T nvvc ><rû<'f H cxarlilmic. '* ( 'lioisisscz <lnn<' <•<•* nui rMt Ir iiiirux ; VUnbiludf \v n'udni l'iuih* v\ n^vMAv.
m \n ri:i; \
I >i hi Lnlinr.
Apic'^s avoir fait allusion, dans un piV^iY^lcnt chapitre, à la nôcossitr de po>s(Mlci' unr ccrtainr somme; do ronnais>anccs iitiirs, il rst à propos <lr paihi* maintenant dcH moyi'iis par hscjncls ces coiniais-anccs jMMivcnt être aiMpiisrs. ( hi jxmrra accpirrir hcain-oup de pn*<*i<MiH<'S infoi mations dans la convei'sation ('lle-mr*me, hi Ton «ait si'ulcnuMit bien choisir ses coinpa;^nons, ^«coûter avec; attcnlion ce (pii est dit, et condniic la personne avec hupielie on conveisc» au suj( ( (pli Tintércsse le plus, ou dans leipiel, d'après sa position, les circonstances ou la direction de ses études, elle doit être le plus versée. Ce résultat, néanmoins, ne s'obtient pas toujouî*s tr(\s-facilement ; mais les livres, l'ob-ervation, la réflexion, ainsi ([uc les lectures sur le sujet (pu* l'on veut connaître, ne tarderont pas à nu'ttre en injssession d'un grand fonds de connaissances, (pi'avec un ])eii d'industrie, on pourra augmenter cluKjue jour.
De tous les divertissemenl^ (pie l'on peut se procurer, ou des (lilléiiMits int)y(MKS ({Uv' Ton ])eut avoir d'acfpiérir des connaissances, les livres sont, sans aucun doute, les plus innocents et les i)lus précieux. On ne devrait passer aucun jour sans chercher à ])roiiter des avantages qu'ils présentent. Nos observations peuvent être limitées; nos occasions de conveiser peuvent être rares; le nombre de nos amis intelligents ]>eut être peu nombreux ; mais les livres profitent toujours. Par leur moyen, en eflet, on s'instruit des évènemenis qui ont eu lieu aux temps les plus reculés et dans les lieux les i)his éloignés ; on connaît les opinions et les sentiments des savants de chaque génération ; on Voit la naissance et la chute des états, ainsi que les causes qui en ont occasionné la prospérité ou la décadence; on voit, dans tous les détails, la vie des personnages qui, })ar leurs talents, leur sagesse ou leur industrie, se sont illustrés dans leurs professions
M POLITESSE CHROTIENNE.
respectives. Au moyen des livres, on s'instruit de l'histoire de la religion, aux dilli'rcMites épocjues ; on admire ses glorieux irioniplu-s sur tous le.s ennemis qui l'ont attaquée, les actions héroïques des saints qui, s'élevant au-dessus des intéiéts de ce mondes j)érissable, aspiraient à la gloires d'un royaume éternel, nous laissant, dans le souvenir dr, leurs vertus et de la récompense qui leur a été accordée, un })uissant stimulant i)our imiter leur exemple, afin que nous aussi ])lus tard nous puissions devenir i)articipants de leur bonheur. Parles livres enfin, nous recevons la lumière, l'instruction et même le délassement, tout en enrichissant notre esprit du fruit des travaux de ceux ((ui nous ont devancés, et en faisant de la connaissance de leurs actions un guide utile pour diriger les nôtres. On ne saurait donc trop aimer la lecture, et pour cela, chaciui devrait toujours avoir à sa disposition quelque bon livre, afin d'employer d'tuie manière utile les moments de loisir dont il peut disposer.
Il est un moyen très puissant de retirer un grand profit de la lecture, c'est de prendre des extraits des livres qu'on lit. Un auteur a dit que lire sans écrire, c'est une vraie folie.
La première et la plus importante de toutes les connaissances, c'est celle de la religion. Un jeune homme doit se souvenir que tous ses efforts, en ce monde, ne doivent ten(h-e qu'à parvenir au bonheur qui lui est réservé dans la céleste patrie ; il doit bien considérer que toutes les connaissances qu'il a pu acquérir, ne sont que comme une vapeur ou une lueur passagère, s'il les compare à ce flot de lumières qui se répandront sur sou esprit, dans ce céleste séjour, oii il verra Dieu face à face pendant toute l'éternité. Il devra donc bien posséder toutes les vérités delà religion, ainsi que les raisons sur lesquelles elles semblent appuyées; de la sorte, il sera toujours préparé, l'occasion s'en présentant, à donner un témoignage de sa foi, et à résister aux railleries et aux moqueries des impies. Il ne limitera ])as ses connaissances religieuses aux seules doctrines de l'Eglise: il s'étudiera, par la lecture journalière de quelque livre pratique et religieux, à régler sa conduite ; il s'efforcera d'entretenir et et même d'augmenter en son cœur cet esprit de piété et de dévotion que l'esprit du monde et le tumulte des affaires ne peuvent qu'aÔaiblir.
Un certain jeune homme, à sa sortie de l'école, fut
pUuY^ «hiriH un bureau où <h;inur jour w» t^ntii^nt U'h [»ro- ]Mis 1rs plus ilauj^rrrux, pour lu ri'llj^lon ronitnc pour !«•« nupurs. Il ne taidu pan a K4^ voir alta<pi/i (liri-rti'iiicfit i*t ouvcrhiiHUl «laiis rr ipTuii l.in;rji^«' iinpii* im' |< pas «l'appritT l«*s ahsunlih'*-^ <!«• s:i «momumu*. Iluïont, il ^'•lail iusirnil j\ l'oiul drs mmiIi^h iÎi» lii n'h^ion, H, <I<V HOU «nlaîUM', il s'était appli<pu'* à nn r<*u«Irr oh/MH^ant î\ m*s <'oiniii:iiMlrnM'uts. Sa foi ilrnirura fi*ruir«'t hii v<Ttu u'rprouva aucunr altérai ion ; dans «Ii-h cin'on^raiiri'M aussi critituus, tout aulrr, moins instruit ou moins v«'rtucux, vdiy tros prol>al)lrnn'nt, hucconiho houh de t4-ll«'H intlurnccs. Ce jeune honnne occupe nuiiutetuint un«* position rcsp('(tal>lr «lans la so<'icté ; il a été ainsi nia^nilitpnincnl r/M-oinpcnsé, niénir «lanscr monde, dr sa fidélité aux princip«'s icliuirnx . dont, inmc cnrorc il a donii/î un si éelalant rxcniplc
l'ne autre sorlr «rinloiinalion «juc 1<miI jctine honjim* doit s'rHoiN'crd'acciuéiir. <*'t'st celle <(ui conrcrne sa prcdéssion. parer <ju'un(M"onnaissanc(^ jiaifait*' de ses atlaires, unie à un earactèn^ di^-ne et élevé, est l«' plus sûr moyeu de s'assurer la* réussite et. rindépenilanee. Il ne se bornera ])our(ant ]»as là. Il s'eMbreera d'orner de plus en plus st)n inlelii^enee, par l'aecpiisilion de la jdus «grande sonnne possible de connaissances, tant littéraii'cs (pie scient ifuiues. (Juelle abondante source d'innocents et utiles plaisirs s'ouvre devant lui! A î)eine a-t-il acquis les éléments de la s<Mence, et a-t-il ])ris goût aux beautés de la littérature, «pi'il ne peut contemjder un édifice, regarder le ciel ou ouvrirun livre, siinséj)rouver un charme (pril ne saurait goûter, s'il était encore plongé dans l'ignorance.
11 est regrettable que les jeunes gens, en général, apprécient si ])eu les avantages d'une bonne instruction. Ils perdent un temps x)récieux qu'ils pourraient employer très utilement, soit en acquérant des connaissances, soit en se formant à l'habitude de l'étude, ce qui ])ourtant leur assurerait pour plus tard le bien-être et le bonheur.
Ils ne sauraient se rappeler trop souvent que la jeunesse est le temps cù l'on s'instruit le plus aisément, que ce que Ton ap])rendà cet âge se retient le plus longtemps, et qu'une occupation constante de l'esprit, est alors avec la grâce de Dieu, un des meilleurs ))réservatifs de la pureté des mœurs sans laquelle ni la fortune, ni la position, ni l'intelligence, ne peuvent procurer le bonheur, non plus que la considération de ses semblables.
56 roLlTlvSSK CHRKTIKNNK.
Los ]):ir('nts et 1rs maîtres s'opposent souvent à la lecture, sous prétexte (pTelle luiit aux oceuiKitions principales. Si l'amour de la lecture dégénère en passion, et si le temps qu'on y consacre devrait être employé à Taccomi)lissement des devoirs de sa i)rofession, cette opposition est aloi's juste et raisonnable; mais si la lecture ne se lait ({ue dans les seules heures non emj)loyées au travail, et si les livres (ju'on lit sont moraux et irréprochables, quelle autre récréation peut être aussi innocente et môme aussi utile? Combien qui, par la lecture, ont été j)uissamnu»nt éclairés et aidés ]>our se ]>errectionner dans leur état, et ont ainsi jeté les bases de leur fortune à venir !
Un ouvrier cliarpentier, (pii n'avait reçu, dans son enfance, (pi'une instiuction très limitée, se levait chaque jour de <;rand matin, et, après avoir fait sa prière, eml)loyait le tem})s qui lui restait jusqu'à son travail, à l'étude des spécialités qui pouvaient lui être utiles pour sa profession, comme la géométiie, le dessin, la mécanique, etc. En ])eu d'années, grâce aux connaissances supérieures qu'il avait ainsi accpiises, il s'éleva à une possition relativement honorable; i)eu de temps après, et sans interrompre le moins du monde ses occupations ordinaires, il acquit une telle somme de connaissances, qu'il passait ajuste titre i)armi tous ceux qui avaient des rapports avec lui, pour un homme habile et intelligent.