‹ Traité des devoirs de chrétien envers DieuChapitre 20 sur 124 · Î CHUTE DE L^HOMME · texte numérisé non relu

Î CHUTE DE L^HOMME

•"). QiK' les hommes sont tous coupables, même avantque de naître, c'est un des dogmes le plus clairement contenus dans la sainte Ecriture.

Le saint roi David dit lui-même qu'il a été formé dans l'iniquité, et que sa mère l'a conçu dans le péché.

L'Aj)ôtre saint Paul dit que le péché est entré dans le monde par un seul homme, et la mort par le péché ; et qu'ainsi tous les hommes ont été assujettis à la mort, parce que tous ont péché dans un seul.

Nous naissons tous coupables et enfants de colère ; c'est pour cela qu'on appelle ce péché le péché d'origine ou de transmission.

Bressan vide écrit: ** On dit qu'il y a un procédé par lequel on peut empoisonner tous les fruits d'un arbre en empoisonnant sa racine. J'ignore si c'est vrai. Mais ce que je sais, c'est que ce procédé fut employé par le démon quand, par ses ruses, il engagea notre premier père à commettre le jjéché. Il sut communiquer à Adam, racine du genre humain, un poison si actif, qu'il se répandit dans toutes les branches et leur transmit ses effets délétères; ce poison, c'est le péché originel, avec lequel nous venons tous au monde et dont nous sommes tous atteints."

6. Les philosophes païens eux-mêmes sont parvenus, par le secours de la raison seule, non pas à connaître cette vérité, mais à soupçonner que l'homme naissait coupable de quelque crime. La vue des misères auxquelles il est assujetti dès le berceau les av.ait conduits jusque-là. En effet, sans la foi du péché originel, l'homme est lui-même un mystère encore plus incompréhensible ; car comment expliquer toutes les contradictions qui se trouvent en lui ? Tant de grandeur et tant de bassesse tout à la fois, tant de lumières et tant de ténèbres, un penchant si vif pour le bonheur et une si profonde misère. Il approuve le bien, et ne le fait pas ; il condamne le mal, et il le commet.

7. Il n'y a que la foi au péché originel qui puisse expliquer ces difficultés et concilier ces contradictions.

Ce qu'il y a dans l'homme de bonté et de lumière vient de Dieu et de la première institution de la nature : ce

5. Ce dogme est-il clairement enseigné dans rEcriture?— 6. Les païens avaient-ils l'idée de la chute originelle? — 7. Peut-on sans la foi à ce mystère, expliquer les contradictions qui se trouvent dans le cœur de rhomme?

(Hl IK hK I. llnMMK. f,:?

sont <U' biiiux restes d'un )^r;unl rdillcc toinhr en ruine. L'i^noriinco cl \vh vicuH viennent du lyôcM, qui a tfât^< l'on Villon <1(^ Dieu, et drli^urr .son inni^n juM|u'a. lu rt'iidro ni('':'(>nniii>.s:d»lt!.

8, NouH voyons un cx(Mn|ne do cotto justice ri^ourcuHO <lunH la conduite <i*un roi qui punit un Huji't n^l)(*ll(^ en le dc^radanl lui cl toute sj> posirrité; mais les comparaisons tirées {]{>> <'lioycs humaines sont toujours im[)arfiiites; les règles i\v la justice des hommes ne «ont (ju'uiuî omhre de celles d(* la justice divine ; elles peuvent aicler notre foi, mais elles ne ])cuvcnt pas nous découvrir le fond de vi' mystère iiiipénétrahle.

Dieu avait créé riiomme pour le rendre éternellement heureux avec toute sa postérité. Il é^ait juste et saiiït <iuand il sortit de ses mains: il ne tenait (ju'il lui d(^ conserver ces piécieux avaiita<::es et de les faire passer :\ ses enfants; il ne (allait }K>ur cela (pie lui <lemeurer fidèle. S'il eût persévéré dans la justice, il aurait communi(ju6 le même bonheur :Y tous ses descendants, et leur aurait assuré une félicité éternelle ; mais sa désobéissance a tout perdu, et les suites de son péché, c'est i\-dire ri;^niorance, l'inclination au mal, les misères de la vie, la mort du corps, et la j)erte de l'âme, ont passé jusqu'à nous. Ainsi nous étions exclus du ciel, si Dieu, par une infinie miséricorde, n'avait ])réparé un remède à nos maux eu euvoyant un Rédempteur.

ExK^iPLE. — Vn grand Seio:neur avait un château et un jardin maunifiques. Son jardinier s'appelait 3Iathuriu. Le grand Seigneur aimait beaucoup celui-ci, et lui avait dit qu'il pourrait demeurer chez lui toute sa vie, avec sa femme et ses enfants, qu'il ne travaillerait que pour son plaisir, que les domestiques et les chevaux seraient à ses ordres pour la culture.

" Je ne mets, ajouta-t-il, qu'une seule condition, c'est que tu veilleras avec beaucoup de soin sur quelques arbres qui me tiennent à cœur ; tu empêcheras, de tout ton pouvoir, qu'on ne vole les fruits, et je te défends aussi et à ta femme d'en manger, pour des raisons particulières que je te dirai un jour ; mais prends-y garde, si tu manges de ces fruits, je te mets dehors avec toute ta famille. Je te laisse pleine liberté de manger îes autres fruits, les légumes, tout ce qui te fera plaisir." Mathurin

8. Faites oomprendro par \ni (woiuple la justice de la transmissiv>n «ii» piVhé originel.

64 CHUTE 1)K l'homme.

promit d'extoitei les ordres qu'on lui donnait, et il n'était i)as à plaindre, n'est-il pas vrai? A sa place, n'auriezvous pas été «contents? Quelques jours se passèrent trèsbien. Mathurin et sa femme étaient heureux et contents; il se présentait un hv\ avenir pour eux et leurs enfants. La femme de INIathurin se promenait un jour, fort contente, lorsqu'elle aperçut un homme, dans le jardin, auprès de l'arbre dont les fruits leur étaient défendus. Cet homme était un vieux domestique, qui avait été chassé du château pour cause de désobéissance ; il adressa la parole à la femme de Mathurin, qui eut l'inv prudence de lier conversation avec lui. D'abord, elle ne cessait de parler de la bonté de son maître, et du bonheur qu'elle éprouvait. Le vieux domestique, jaloux de ce que d'autres avaient pris sa place, commença par fiiire des compliments à cette femme, ensuite peu a peu il dit beaucoup de mal de son maître ; elle l'écouta malheureusement. Le domestique s'aperçut quelle était curieuse, qu'elle était faible, peut-être même un j)eu gourmande, il lui dit : " Vous ne savez pas pourquoi votre maître vous a défendu de manger de ce fruit? — Xon, répondit la femme. — Le domestique : C'est qu'il est le meilleur de tous et qu'il empêche de mourir. Voyez comme il est beau ; mais sa beauté n'est rien en comparaison de sa bonté; j'en ai mangé ; il est délicieux." A l'instant, il porta la main sur un des fruits et en présenta à la femme. Celle-ci rougit, fut troublée ; mais la faiblesse, le respect humain, et la gourmandise l'emportèrent. Elle en goûta et le trouva délicieux. Elle s'empressa d'en porter à son mari, qui, par complaisance, en mangea aussi. Sur ces entrefaites, le maître arriva et les trouva en flagrant délit; il les chassa à l'instant. Ils eurent beau pleurer, faire des promesses pour l'avenir; on les mit dehors.

Certes, Mathurin et sa femme étaient bien coupables, et en les chassant, le maître ne fit que les traiter comme ils le méritaient ; et, s'ils furent, par la suite, pauvres, malheureux, sans asile, mourant de froid et de faim, ils ne purent s'en prendre qu'à eux-mêmes. L'application de cette parabole à la triste famille d'Adam est bien facile à faire.

CIIAÎMTKK IV.

DlC LA PKoMICSSK ICI' DK l/ATTK.VrK 1)1' MK.S.^IK. ,h' croiH cil .16MiH-Chr\êi, AUTICLI-: PHKMIKK.

Prnnicssr <!' un Smtrrnr.

1. L'homme était perdu sans ressource, si Dieu n'avait eu pitié (le lui : il avait oITensé une majesté intinie. et par eonséciuent il était incapable de réparer son pé(thé, puis- (pi'il ne pouvait ollrir une satislaclion épile ;\ l'ollense.

"2. ]\Iais par une miséricorde toute gratuite, et dont les ellets sont aussi incoinpréiiensihlescjue ceux de sa justice, Dieu avant même de j)rononcer contre Adam Tarrét de sa condamnation, lui donna Fespoir (l'un ^lédiateur en maudissant le serpent dont le démon s'était servi pour tromper nos premiers parents: "Je mettrai, dit-il au serpent, l'inimitié entre toi et la femme, entre ta race et la sienne ; elle t'écrasera la tête." D'où nos ])remiers parents comprirent (],u'il naîtrait d'eux un Libérateur qui détruirait la puissance de Satan.

3. Cette promesse ne fut exé^nitée qu'au bout de quatre mille ans. Dieu se réservait do la développer pendant ce long intervalle, et de la réitérer avec plus de clarté et plus d'étendue. Eu effet, la promesse que Dieu avait faite à Adam fut confirmée dans la suite par celle qu'il fit à Abraham, destiné à être la tige et le père d'un peuple tout spécialement consacré au culte de Dieu. *' Sortez, lui dit le Seigneur, sortez de votre patrie, et venez dans le pays que je vous montrerai. Je ferai naître de vous un peuple nombreux, et toutes les nations de la terre seront bénies en celui qui naîtra de vous." La promesse fut renouvelée dans les mêmes termes à Isaac et à Jacob.

1. Que serait devenu l'homme sans la venue du Messie? — 2. Par quel motif Dieu iit-il la première annonce du Messie?— -3. Quelle promesse Di«u fit-il plus tard à Abraham ?

.*)f> t'ROMESSE 1>'UN BA13VEUR.

4. Eclairé d'une lumière divine, Jacob prédit plus clairement la venue du Libérateur promis dès le commencement du monde. 11 en désigna le temps, lorsque étant au lit de la mort, et annonçant, par lesprit de Dieu, à ses douze enfants assemblés ce qui devait arriver i\ leur postérité dans la suite des siècles, il adressa à Juda, le quatrième de ses fils, ces paroles remarquables; '* Juda, tes frères te combleront de louanges, et ils se prosterneront devant toi ; le sceptre ne sortira point de Juda, et il y aura toujours un chef de ta race jusqu'à ce que vienne Celui qui doit être envoyé, et qui sera l'attente et le désiré des nations." Ainsi se développe et s'éclaircit la promesse faite d'abord à Adam, puis à Abraham.

Le Sauveur naîtra de la famille de Juda. Le temps de son arrivée est marqué, c'est lorsque le sceptre, c'està-dire la prééminence, la prixicipale autorité, sera ôtée à la maison de Juda.

5. Trois cents ans après la mort de Jacob, Dieu, voulant délivrer son peuple du joug des Egyptiens, qui l'opprimaient, suscita Moïse, qu'il remplit de son esprit, et lui donna le don des miracles.

Ce saint homme, ayant conduit le peuple jusqu'à l'entrée du pays qu'il devait posséder, et se sentant près de mourir, assembla les Hébreux, et leur renouvela les promesses de la venue d'un libérateur bien plus puissant que lui, et seul capable de les introduire dans la véritable terre promise, dont celle de Chanaan n'était que la figure. Ainsi Dieu les tenait-il dans l'attente du Messie promis.

Ce prophète plus grand que Moïse, sauveur de son peuple et auteur d'une nouvelle loi, médiateur d'une nouvelle alliance, devant qui Moïse lui-même doit se taire, et qui doit seul être écouté quand il commencera à parler, c'est le Sauveur du monde, dont la doctrine devait un jour éclairer l'univers, et dont Dieu lui-même devait dire : ** Celui-ci est mon Fils bien-aimé : écoutez-le."

Jusqu'à lui, il ne devait point paraître dans tout Israël un prophète semblable à Moïse, à qui Dieu parlât face à face, et qui donnât une loi à son peuple.

Exemple. — Un jour que Daniel répandait son âme devant le Seigneur, qu'il lui adressait des prières ferventes

4. Faites connaître la prophétie de Jacob.— 5. Moïse a-t-il annoncé la venue du Messie?

CONVKUHION rmillK I>KH CiKNriIJ*. hl

pour son |K'upli«, l'Allée Oubriel vint pur Tonlre de Dieu, verH ce propht^te, et Finstriiisit du temps où le MehHie, (lu'il appela JiTHTK'K Atkknkllk et le Saint dkh hainth, (levait, selon les décrets de Dieu, paraître Hur la terre, et du temps où ee Christ, promis et attendu drpuis si lon><temps, serait mis à mort. Il lui dit «pie Dieu Itii accordait cette insigne favciu* parce qu'il était un homme de désirs.— -Dan. ix.

AiniCLK II.

(initih.

1. A l'exception des .hiits, tous les autres peuples étaient plon<zés dans les ténèhres cl dans les désordres de Tidolatrie. Dieu était ])rolbndément oublié, et le <lémon était adoré i)artout sous dillérentes foiines. Ce culte inipie s'était allermi pendant une lonj^ue suite de siècles; toutes les pas>ions, aux(iuelles il était si iavoral)Ie, lui avait servi d apî>ui, et il semblait qu'on ne devait Jamais revenir d'une erreur aussi ancienne, aussi universelle et aussi accréditée. Cependant Dieu avait résolu de détruire l'empire du démon, comme il lavait promis à Adam, et de rappeler les hommes à la connaissance de la vérité.

2. Un aussi grand renouvellement devait être l'ouvrage du Messie ; et, un des caractères les p. us sensibles de sa venue, c'était qu'en éclairant tous les peuples, il devait aussi les convertir : Dieu n'avait cessé de faire annoncer cet événement si favorable à la Gontilité ; tous les Prophètes l'avaient vu par une lumière divine, et l'avaient prédit en mille manières bien des siècles avant qu'il s'accomplît, et dans les temps mêmes où il paraissait incroyabie.

8. Ils ont tous annoncé que le Messie dissiperait les ténèbres qui couvraient, avant lui, toute la terre ; qu'il éclairerait les Gentils; qu'il en serait le Libérateur aussi bien que des Juifs, et qu'il ne formerait des uns et des autres qu'un seul peuple, adorateur du vrai Dieu. Ces Prophètes étaient les avant-coureurs que le grand Roi envoyait devant son Fils pour tenir les hommes dans l'attente de sou avènement.

1. pans quel état étaient les peuples avant la venue de Jésus-Christ ? — 2. Dieu avait-il annoncé que les(T(îitils seraient appelés à la connaissance du Messie?— o. X)iteô par qui l>ieu u luit préiiire cet évènemi:nt.

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