‹ Traité des devoirs de chrétien envers DieuChapitre 86 sur 124 · DIT SACREMENT DE L'EUCHARISTIE · texte numérisé non relu

DIT SACREMENT DE L'EUCHARISTIE

Exemple. — Lcjcunc Alhini n'ayant pas encore l'âj^c requis i)Oiir faire sîi j)reniière coinnninion, se contentait de soupirer sans cesse après l'heureux jour où il pourrait recevoir son Dieu, caché sous les voil(\s eueliaristiques, et il n'oubliait rien ))our se piéparer à une si sainte action. Il avait une si vive liorreur (hi péché, qu'il évitait jusqu'à l'apparence même du mal. Il disait souvent qu'il ne souffrirait pas que le démon entrât dans son cœur avant Jésus- Christ ; il avait une application constante à s'instruire de tout ce (pli concerne le Sacrement adorable de nos autels. Il ne cherchait pas seulement à retenir les mots du catéchisme, il s'attachait surtout à en pénétrer le sens. L'innocence de sa vie, le désir extrême (pi'il montrait i)Our la communion, etl'api)lication avec laquelle il s'y préparait, engagèrent celui qui était chargé de la direction de sa conscience à l'admettre à la Table sainte j)lus tôt qu'on y reçoit communément les enfants. On ne pouvait lui annoncer une nouvelle plus agréable. 11 remercia son directeur avec les plus vifs transports d'allégresse, et, depuis ce moment, il ne songea qu'à redoubler ses soins pour i)urifier son cœur de plus en plus, et pour y i)répaier à Jésus-Christ une demeure qui fût moins indigne de lui. C'est pour cela qu'avant de communier il voulut faire une retraite, pendant laquelle il lit une confession générale de toute sa vie. A voir le torrent de larmes qu'il répandit et la vive douleur dont il fut pénétré, on eût dit qu'il n'y avait pas de plus grand pécheur que lui sur la terre. Cependant il n'avait jamais souillé par aucun péché mortel la précieuse robe de son innocence ; mais les lumières de la grâce dont il était éclairé, lui faisaient regarder les moindres fautes comme autant de montres odieux, et il ne pouvait se consoler d'avoir oifenser Dieu qui voulait bien lui-même devenir sa nourriture.

C'est dans ces sentiments qu'il passa le temps de sa retraite. L'heureux moment après lequel il sou})irait depuis si longtemps arriva enfin, et il eut le bonheur de recevoir son Dieu ; mais il serait impossible d'ex])rimer les vifs sentiments de piété dont il fut animé i)endant cette sainte action. Ce n'était que soupirs, que larmes, que tran.sports d'amour et de reconnaissance : '" Oui, mon Dieu, s'écriait-il, puisque vous avez eu la bonté de vous donnera moi, je veux me donner entièrement à vous; puisque vous êtes uni si étroitement à moi, rien ne sera capable désormais de me séparer de vous. Je serais la

DIT BACÎRKMKNT l>K l/KrC!HAttlHTIK. fM

\f\uf> ingrate doft <T^»atnro8, m j'uNiin do qurlcjui» réfiervA Oliviers \iii Dieu qui m'a jiini/'« huiis momirc."

Cr iir lui ]M)inl lj\ mir <|r ces frrvriirH )Mi.HHii^^roH nui s\''Vun(Hiiss('iil liwr ViWi'ns'mu «nii Irn fuit lunln*. Alluni iroublia Jamais vvl lu'urfux jour, ni les rn^a^^i-nn-ntH <|iril avait contract^.s avec Dion. La communion fut pour lui un Mlimrnt salutaire <|ui Ir lit croître scnsil)l<'incnt en vertu et CM [>iété. lîien loin que cette nourriture eélesto rassasiât sa laini, elle ne servit, au eontrîiiie, qu'à la redoubler, et depuis lors il ne nian((JUi janniis de eonnnunier de (piinze <*n (piinze jours, sachant l)ieîi(iue la <livine iMieharistie est aussi nécessaire il notre Ame (pie l<*s alinu'Uts terrestres à notre corps, <'t comjjrenant de (pn-lle importance est l'usaî^c (Vc<pU'nt de ce Sacrement pour w maintenir constamment dans les voies i\t' riiinocence et de la J)iété. — Les Eatlicrti rrrtnnt.r.

AllTKM. i:VI

Pu S((rrijirr <lr J<i M/ssr.

1. I/Kucharistie n'est ])as seulement un sacrement où Jésus-Christ st^ donne à nous ])our être notre nourriture spirituelle, elle est encore un sacrltice où il s'oH're il sou Père comme victime ])our nous. Notre-Seigneur ne s'est pas contenté de soullVir une fois sur la croix pour nous racheter; mais il a voulu laisser à son KuliscMui Sacriiicc (|ui re}>résentât celui de la croix, (jui en fût la continuation, qui en ])erpétuat la mémoire jus(ui'à la fin du monde, et qui nous eu aj^plicpiàt les nu'M'ites ; c'est pour cet elîet que dans \a dernière Cène, la nuit même qu'il fut livré, il oflrit à Dieu son Père, sous les espèces du pain et du vin, son corps et son sang, qu'il donna à ses Apôtres, les établissant alors ])rétres du nouveau Testament ; et par ces paroles : Faites ceci en mémoire de moi, il leur commanda, à eux et à leurs successeurs dans le Sacerdoce, d'olfrir ce même corps et ce même sang en sacrifice, comme l'Eglise catholique Va toujoui-s entendu et enseigné.

2. Ce Sacrifice est la figure commémorative et la continuation de celui de la croix : la figure, parce que le sang de Jésus-Christ paraît séparé de son corps ; c'est

1. L'Eucharistie n'est-elle autre chose qu'un sacrement ?— 2. Quel nom donne-t-on à l'Eucharistie, considérée comme sacrifice, et de quoi est-elle la figure aussi bien que la continuation? Combien de sortes de devoir» ireudoDS-nous à Dieu par le sacrifice de la Messe ?

n04 Î)TT SACRKMKNT DK T.'KUCnAKTRTTF.

uiic s<f'parMli(>n njjpnrnitr (pii i-a])j)cll(' unv séparation réelle : la coiitimialion et le renouvellement, parce que c'est la même victime, la même hostie, le même sacrificateur, et par conséquent le même Sacrifice, tant sur la croix que sur l'autel. Ce qu'il y a de ditrérence n'est que dans la manière : sur la croix il s'est offert par luimcme, au lieu (jue sur l'aulel il s'offre par le ministère des prêtres ; sur la croix il s'est olïert d'une nuinière sanglante, au lieu que sur l'autel il s'offre dune manière non san<»;lante. Tel est le Sacrifice de la Religion chrétienne : Sacrifice auguste (pii réunit seul tous les avantages que les difïérents sacrifices ne montraient qu'en figure dans l'ancienne Loi ; il est tout ensemble un sacrifice d'adoration, par lequel nous reconnaissons l'empire souverain que Dieu a sur toutes les créatures ; un Sacrifice d'action de grâces, par lequel nous le remercions de ses bienfaits ; un Sacrifice d'impétration, par lequel nous en obtenons de nouveaux ; et un Sacrifice de propitiation, par lequel nous apaisons sa justice.

3. L'oblation que' Jésus-Christ fait de lui-même à son Père renferme l'hommage le plus parfait qui puisse être rendu à sa majesté infinie, et rien ne peut le porter plus efficacement à nous regarder d'un œil propice, en lui remettant devant les yeux la mort cruelle à laquelle son Fils bien-aimé s'est soumis volontairement pour réconcilier les pécheurs avec lui.

Instruits du mystère de l'Eucharistie, persuadés que Jésus-Christ est réellement présent sur l'autel, et qu'il y renouvelle et perpétue la mémoire de sa mort, avec quelle piété et quelle reconnaissance devons-nous"assister à ce Sacrifice auguste ! Si nous avions été présent sur le Calvaire quand notre Sauveur s'est immolé pour nous, quels auraient été nos sentiments ! N'aurions-uous pas été pénétrés de douleur, de componction et d'amour, à un spectacle si touchant ? Puisque le Sacrifice de la Messe est le même que celui de la Croix, nous devons y être animés des mêmes sentiments. Il faut avoir soin de nous unir au prêtre qui l'offre, et de conformer nos intentions aux siennes. Il l'offre pour rendre à Dieu le culte souverain qui lui est dû, pour obtenir la rémission de nos péchés, pour attirer les grâces qui nous sont nécessaires, pouiremercier Dieu de toutes celles que nous avons reçues.

3. Que renferme l'oblation que J.-C. fait à son Père dans ce sacrifice ? Comment le sacrifice de la Messe renouvelle-t-il et perpétue-t-il le sacrifice de la croix ?

liU HA('i(hMhN 1 liK L IbUCH AliiM^h. ii<>.i

i. (î'oHtiV Dieu rtfui (m\»n oll'riî le Kuorince, purri) (|ui* (•'«•Ht mi hominag*' <l<* iiotir <lr|M'iM|jiiu<^ H <!(• notre nervi- UuU'. < >n y JiiiJ snilrmciil iinMin»iir i\vH HuititH pour louer cl i'('iiu'rci<'r Dieu «les vidnirrs (jn'il leur n fjiil reniiKirlrr jmr su ^riVcc, cl de la j^loin* dont il ii*H a <*ouronnos, ri pour leur (U^niandcr <|uM1m uninsent leurs j Migres avec les nôt n-s.

On oiVvv ce Sacrilici^ non sculcnàent pour ton.-» Irn Ihunnios vivants, nniis cin'ori' pour vvm\ cpii sont morts ri\ état de ^râcf, r\ à <|ni il icslr (jurlijurs pédi/vs à expier dan.s le pnr)j;aloii'e. i/M^lise <leniaiide pour eux, |>ar le mérite de ee Sacrifice, (juc leurs ânu's soient souIa|;ées dans les peines (pfi'lles souH'reut, et <prelles en soient déli\ rées pour entrer dans la vie éternelle. (Vt usa^^e d'ollrir li» Sacrifice pour les morts est «le la jiremière anti- (plité, et vient de la tra<Iition dv^ Apôtres.

1v\i:mpli-:. — lue mcrc de iamille (pii avait contracté l'heureuse habitude d'assister tous l(\s jours à la sainte Messe, l'entendait le Dimanche pour accomplir le précepte de ri\ulise : U^ lundi, pour les âmes ihi j)ur^atoire ; le mardi, pour la conversion des pécheurs et la persévérance <les justes ; le mercredi, pour se nuMtre, elle et sa famille, sous la protection de saint Joseph ; le jeudi, pour rendre ses devoirs à Jésus-Christ au très-saint Sacrement ; et le samedi, j)our se mettre, elle et sa famille, sous la protection de Marie. Elle assurait avoir retiré les plus grands avantages de cette pieuse pratique.

— Thomas Morus, chancelier d'Angleterre, n'omettait jamais, malgré ses nombreuses occupations, d'assister au saint sacrifice ! Un jour, pendant la Messe, on vint l'avertir que le roi réclamait sa présence pour des affaires trèsimportantes, le chancelier répondit : *' Encore un peu de patience ; je n'ai pas achevé de présenter mes hommages à un souverain encore plus élevé : il faut que j'assiste jusqu'à la tin à l'audience divine." Morus ne croyait pas au-dessous de sa dignité de servir la messe ; à ceux qui lui faisaient des observations à ce sujet, sous prétexte qu'il méconnaissait les bienséances de sa position, il répondait : '* Je me fliis un véritable honneur de pouvoir reuilre ce faible service au plus grand des souvei-ains.''

Page 1