CHAPITRE II
])E l'ORAISOX ])0MINICALE.
ARTICLE PREMIER
De ce qu'il faut demander à Dieu.
1. C'est Notre-Seigneur lui-même qui nous a enseigné ce que nous devons demander à Dieu, et l'ordre dans lequel il faut le demander. Il a bien voulu lui-même dresser la requête que nous devons présenter en son nom au Père éternel, et nous laisser une excellente formule de prière, que l'on appelle pour cette raison la prière du Seigneur, ou V Oraison Dominicale. " Jésus-Christ, dit saint Cyprien, entre auti-es avis et préceptes salutaires qu'il a donnés à son peuple pour le conduire au salut, lui a prescrit une fonnule de prière, afin que nous fussions plus fiicilement exaucés par le Père, lorsque nous lui adresserions la prière même que son propre Fils nous a apprise. Prions donc, ajoute ce saint docteur, comme notre Maître et notre Dieu nous l'a enseigné ; c'est une prière bien agréable à Dieu que celle qui vient de luimême, que celle qui frappe ses oreilles par les paroles de Jésus-Christ : que le Père reconnaisse les paroles de
1, Quelle est la plus belle de toutes les prières, et qui nous raenstigiiée?
I»!*: l/oKAIHON |M>MINir\f » V'^f»
(Miiisi <|ui rsl iioirr avocul juipri-s «hi l*rr«-, M'ivoriHiioim «les |>r<>|»rt's paroles «le iiolrr inlri'ccHHtMir ; il noiiH jiMMiirf) <|iir \i) Vvi'i^ nous a<'ron)rra tout rr (|tir iirMis lui driiuiii- (IrioiiH on HOU nom ; conihim plus nous acronlfia-t-il, hI nous demandons non seulrmcnt en son nom, nniis par hi»m paroles ! " Aussi ri!;^lisr fait-cllr un usa^i^ conliiund d« eelte divine prière ; c'est par elle qu'elle eommenee (;t uu'elU^ linit tous ses oUiees : elle la rappelle en partirilher au saint saeriliee «U^ la McHse. I.es vrais fidèleH nu mamiuent jamais <le la réeihr (nus les joui^s, au moins le matin et le soii*.
'J. li'Oraison 1 )<)iiiiin( ;ile est composée <l'inie (!ourt<; préface et de sepl demandes, dont les trois premières HC rapportent î\ Dieu, et les (juatre autres nous rc|^iirdeiit nous-mêmes : elle reiderme tout ce que» nous pouvons désirer et demandera Dieu ; elle est la rè^hî sur hupU'lUî nous devons former nos sentiments etiios désirs. Nous I)ouvons bien nous scMvir d'autres paroles dans nos prières, mais nous ne pouvons demander à Dieu autre crhose (jue ce ((ui y est enfermé ; toute demande qu'on ne peut y rapporter (*st indiuned'un chrétien, et ne saurait être au^réahle à Dieu. La préface consiste dans ces mots : Xofre Ph'e <H(i rU'fi dans les cirux. Jésus-Christ a réuni dans ce peu de mots tout ce (pi'il y ii de plus capable d'engager Dieu i\ nous exaucer, et de nous inspirer à nous-mêmes des sentiments de respect, d'amour et de confiance.
Nous a})pelons Dieu notre Père, c'est Jésus-Christ qui nous l'ordonne. Dieu est en eflet notre Père par la création, ])uisqu'il nous a donné la vie, et qu'il nous a formés à son image ; il l'est encore plus par la grâce de la régénération, puisque dans le Baptême il nous a adoptés en Jésus-Christ pour ses enfants. '^ Considérez, dit Tapôtre saint Jean, quel amour le Père a eu j)our nous, de vouloir que nous soyons ap])elés et que nous soyons en effet les enfants de Dieu ! " '* Parce que vous êtes enfants, ajoute saint Paul, Dieu a envoyé dans vos cœurs l'esprit de son Fils, qui crie : Mon Fère, mon Père ! '' G nom plein d(^ douceur et de charmes ! quel amour, quelle reconnaissance, quelle confiance ne doit-il pas exciter dans votre cœur ! S'il est vrai que Dieu est votre Père, pouvez-vous craindre que votre prière soit rejetée lorsque vous lui
2. De combien de parties se compose l'Oraison Dominicale, et que renferme-t-elle ?
336 T>K l'oraison dominicale.
ra])i)('l('7. ini nom <|iril ])ron(l à notre égard avec taiil de coinplaisanee ? (^iie iracconle-t-il j>a.s à un enfant qui le ])rie, après qu'il l'a reru au nombre de ses enfants par une grâce qui a i)révenu ses prières et ses désirs ! Ne craignez que de vous rendre indigne par votre désobéissance d'être a])pelé l'enfant de Dieu ; rien autre chose ne peut arrêter le cours de ses grâces et refï'et de vos prières.
.'). Chacun de nous, en parlant à Dieu, dit : Notre PèrCj et non ])as Mon Pn'(\ i)ar<(^ (prayant tous le même Père, et es])érant de lui le mrme héritage, nous ne devons pas seulement i)rier j)our nous, mais encore pour tous les Fidèles, qui sont nos frères. Par là nous comprenons que ce n'est pas en notre propre nom que nous prions, mais au nom de Jésus-Christ, et en union avec tout le corps de son Eglise, dont nous sommes les membres. Nous ajoutons : Qui (''tes dans les deux ; car, quoique Dieu soit en tous lieux par son immensité, nous considérons néanmoins le ciel comme le trône de sa gloire ; c'est dans le ciel qu'il fliit éclater sa magnificence, et qu'il se montre à ses élus à découvert, et sans nuage. C'est au ciel que nous sommes appelés nous-mêmes ; le ciel est notre patrie, et riiéritage que notre Père nous destine. Lors donc que nous nous mettons en pi'ière, élevons nos pensées et nos désirs vers le ciel ; unissons-nous à la société des esprits bienheureux, excitons dans nos cœurs le désir et l'espérance de posséder Dieu.
Exemples. — Tertulien disait que le Notre Père est nonseulement un résumé de toutes les autres prières, mais qu'il contient encore toute la doctrine du Sauveur. Ainsi il nous prescrit de soupirer, avant tout, après les choses célestes, de pardonner à nos ennemis, etc. De telle sorte qu'on peut, ajuste titre, appeler cette prière un abrégé de l'Evangile. .
— C'est maintenant, disait saint François d'Assise, après avoir été déshérité par son père à cause de ses grandes lii)éraliiés envers les ])auvres, c'est maintenant que je pourrai dire : Notre Père, qui êtes aux cieux.
Oh ! quelle est la noblesse d'un chrétien ! Dieu est son Père.
— Un jeune berger avait pris rhabitude de prier en paissant son troupeau. Interrogé s'il n'éprouvait pas
3, Explique^ la préface de l'Oraison Dominicale,
Houvtnl «If I rmiiii à n-MltT jiuhhÎ moiivoiiI miiI «l.in.H Iji caiiipa^^iic, il rr)M)iHli( (pui h(»ii 'l'titrr lui Milli^ait |Mnii' abroger hvh j<im'iH'cs vl Irn n-iulrr tmi'MAvH, pan*<î (|ii*U y trouvait uur source t(»uj<Mii'H iinuv4*lh' ^\^' im'Iih/'ch cousoIautfM (>l (1<> hoim sent iuirntH, cil Horto (pTil lui fallait (|Url<|Ut'rnis t<>ul(> unr srinjuiir pour le iii/MliUT ni «'iitiiT. Lr /uni ('utrchintr, par M. «Ir La I'ai.MK.
Saint Ihigurs, <'\r<(ur «In (irfiiohlf, /'tant toujours ni:il:i<l(\ m* lit pn-scjur MUtit* ('li(i<>c priidaiit, lout<* iliir nuit (|U(mIi* ivciliM- r()iai><>n I)(nninical('. J^c <loiin!.sti(|ue ((ui lo giinlait lui n* présent a (puî la ivritation d<5 cette prière, si soUNrul rrprtrc, serait <*ertain(*incnt nuisihlo à sa santé. Il lui K-pomlil : " 1 )éti<Mnp«'/-v<)Us : la récitation «l'une prière .^i belle ne jn'ut îne faire aucun mal, je sens niènie «lu'elle me lait un urand bien." I. v>v l'ssi:.
AKTICLIO 11
Que votn' nom soit >;m«i iii.-.
1. Jl est bii'u Juste (pic notre i)rcnuer désir cL notre preniicrtMlcniande aient la gloire tic J)icu p(mr objet. Si nous sommes ses entants, rien ne doit nous être plus cher (pic riionnciir et la gloire de notre Tère. Nous commciK^'ons donc par demander que son nom soit sanctifié, c'est-à-dire bonoré et glorifié. Le nom de Dieu est saint par lui-même, et il ne peut acquérir aucun nouveau degré de sainteté ; mais il est souvent déshonoré par le.s discours et par la conduite des hommes. Ce que nous demandons par ces paroles, c'est que le saint nom de Dieu soit(*onnii, loué et adoré i)ar toutes les créatures ; que toute langue le bénisse ; que tout l'univers lui rende l'hommage qui est dû à la souveraine ^Majesté : que sa gloire s'étende dans toutes les contrées du monde.
2. Il y a encore des nations infidèles, des peuples qui ne connaissent point Dieu : nous le prions de les faire sortir des ténèbres o\\ ils sont ensevelis, et de les appeler à la lumière admirable de l'Evangile. Il y a des héréti- (pics qui le connaissent, mais qui ne lui rendent pas un culte ptir : nous demandons qu'ils renoncent à l'erreur, (pi'ils reconnaissent la vérité, et qu'ils rentrent dans le sein de la véritable Eglise, hors de laquelle il n'y a point
1, Quel est l'objet de la première demande de lOraison Dominicale ? — 2. Que demandoDs-nous par ces paroles pour les intidèles et pour les méchuntà 1
338 i>K l'oraison dominicale.
de siiliit. lOiilin il y u de mauvais chrétiens qui ne servent i)as Dieu, c^ui l'oulragent même par leurs péchés, (|ui ])roran(Mil et hhisplièment son nom l'edoulahle : nous (Icmandons (pTils se converlissent à Dieu i)ar une sincère ))énitence, et ({u'ils commencent à le glorifier par une conduite édifiante.
3. Nous prions même pour les justes qui honorent déjà le nom de J)ieu jiar leurs vertus, afin qu'ils croissent et qu'ils persévèrent jusqu'à la fin dans la justice ; mais ce que nous devons surtout désirer, c'est de sanctifier nous-mêmes le nom de Dieu, de consacrer toute notre vie à le glorifier et à le faire glorifier par les autres.
4. On sanctifie le nom de Dieu par ses pensées, en s'iiumiliant profondément devant la Majesté divine, en ne pensant jamais à Dieu ni aux choses de Dieu qu'avec ini profond respect et une vénération religieuse. On sanctifie le nom de Dieu par ses paroles, en ne parlant jamais de Dieu qu'avec un sentiment d'adoration intérieure et un saint tremblement. On le sanctifie par ses actions, en menant une vie exemplaire, qui porte les autres à louer Dieu et à le servir. Nous devons donc, en prononçant cette demande : Que votre nom soit sanctifié, avoir un désir sincère de procurer la gloire de Dieu autant qu'il nous est possible ; de porter les autres à l'honorer, de leur inspirer, par nos discours et par notre exemple, l'amour de la vertu et le goût de la piété. Sans ce désir notre cœur démentirait notre bouche, et nos paroles déposeraient contre nousmêmes, puisque nous ne désirerions pas ce que nous paraissons demander. Que serait-ce si, en demandant à Dieu que son nom soit sanctifié, nous étions au nombre de ceux qui portent les autres à l'ofPenser?
Exemples. — Un enfant bien né ne peut s'empêcher de bénir le nom de son père ; tout son plaisir est de l'entendre louer, son malheur serait de le voir mépriser. C'est ainsi qu'un chrétien en agit envers Dieu ; son cœur est animé du zèle de la gloire de son Maître ; l'indolence du lâche l'afiaige ; le blasphème de l'impie le glace d'effroi.
— A l'époque de la chevalerie, lorsque le prince recevait une injure, ses chevaliers ne le laissaient jamais combattre lui-même pour obtenir réparation de son honneur ; mais
3. Que demandons-nous pour les justes ? — L Comment faut-il sanctifier le nom de Dieu ?
|)K I/OUAIHON lM)MINirAI,K. '
ils r »iiil>;iliahiil iMiiirhiift ciil i'ai<Mil joycilHcinriit «laiiM la lier pour V4*npM' radroiil (ail ;\ leur inaltrr. Noiig «livoii s n»)iiM aiHsi, cnlrcr roiiraj^tMiHciiH'iit «laiin Tun'iie jumr (h^fcndri» riiomifiir <1 • notre ViHf qui rnt aux (•i<'U \.
AlcrP'LM III QiH" votre r^ifiH? urrivu.
1. l*ai CCS paroles, Qitr votre n^gne arrive^ nous ne (IcniaïKions pas (juc Dieu possède un pouvoir souverain snr(<Mi(es leseiralures ; cet le H )UVeraiiieté hii appartient nécrssairenient et esscnt ielienienl ; nul ne peut se soustraire à son eninire. Mais il y a un autre rè^ne, un re^ne <le j^raee aucpiel nous devons coopérer, et (|ue Dieu fuit dépendre de notre consentement : ini repie tout spirituel, ou rânïc, prévenue et aidée ]>ar la Lçrâce, ohéil volontairement et lihrcnïcnt à toutes les inspirations d«' Dieu, se conlormc en toutes choses et sans réserve à son bon plaisir, exécute avec une pleine lidélité tous ses ordres, et n'a ]^(>int d'autre rèi^^lt^ <1^- conduite (pie Sii Loi et ses divins CommandcnuMits ; un rè<»;ne où le c(eur se donne luimême à Dieu, alin (ju'il le possède tout entier, afin ([u'il le gouverne selon son gré, pour qu'il le dégage de toute alïéction terrestre, de toute attache humaine. Voilà le rcune que nous désirons que Dieu établisse en nous dès à présent.
l2. Il y a un règne de gloire où Dieu a préparé à ses élus um» couronne immortelle, où il se donne à eux i)our qu'ils le possèdent à jamais, où il répand sur eux tous ses trésors et ses richesses, où il les enivre de l'abondance des biens de sa maison et d'un torrent de délices, où il les lait régner avec lui dans tous les siècles des siècles. Voilà le règne que nous désirons de voir arriver.
Ce que nous demandons, c'est donc que Dieu règne dès à présent dans nos cœurs par la grâce, et qu'il nous fasse régner un jour avec lui dans sa gloire. En faisant cette demande, nous devons désirer sincèrement que le règne du péché, que le règne des passions soit détruit en nous, et que notre esprit, notre cœur et notre corps soient soumis à Dieu, qu'il en soit le maître et l'unique souve-
1. Que demandons-nous par ces paroles : Que votre rèpne arrive ?— 2- Outre le règne de Dieu sur nous par sa grâce, n'y en a-t-il pas un autro que Douâ devou& demander ?
S40 »E l'oraison dominicale.
raiii. Si nous sommes dominés par de mauvaises habitudes et assujettis à des vices, il faut que nous gémissions de cette mallieureuse servitude, que nous souhaitions de briser nos chaînes, et de rentrer dans la liberté des enfants de Dieu ; il faut ensuite que nous élevions nos pensées et nos désirs au-dessus de la terre, qui n'est pour nous (pi'uu lieu d'exil ; que nous soupirions après notre ])atrie, où, plon<;és dans les délices éternelles, nous régnerons avec Jésus-Christ. Ce doit être là l'objet de nos désirs et de nos espérances, la consolation de nos travaux et de nos peines.
La vie de l'homme, si courte dans sa durée, est remplie de l)eaucoup de misères. Comment pouvons-nous être attachés à cette vie misérable, nous qui sommes destinés i\ une vie éternelle? Comment pouvons-nous appréhender la séparation de ce corps mortel et corruptible, qui nous empêche de voir Dieu, de nous réunir à la société des esprits bienheureux ? Que j)eut-il nous arriver de plus avantageux que de sortir de cette prison, que de quitter ce monde visible, où nous sommes exposés à tant de dangers, où tout est piège pour nous, où nous courons risque de périr à chaque instant ? Un bon chrétien a sans cesse devant les yeux la récompense qu'il attend ; il se regarde sur la terre comme un voyageur ; il est déjà citoyen du ciel par la vivacité de sa foi et de son espérance : assis sur les rivages des fleuves de Babylone, il pleure amèrement au souvenir de la Jérusalem céleste, qui est sa véritable patrie ; il lève souvent les yeux vers la montagne sainte, où est le séjour de la paix, où son héritage l'attend, où Jésus-Christ doit le couronner et le rendre éternellement heureux.
Exemple. — Peu m'importe la perte de mes biens, disait un Martyr de la Foi ; le ciel me reste : c'est là le véritable héritage de mon Père, personne ne pourra me le ravir ; dans un moment je vais en prendre possession.
ARTICLE IV
• Que Totr« volonté soit faite en la terre comme au ciel.
1. Pour obtenir du Père céleste l'héritage qu'il nous réserve et le royaume qu'il nous destine, il faut faire sa volonté. Notre-Seignenr nous en avertit lui-même dans
1. Que faut-il faire pour aller au ciel ? Comment faut-il accomplir la volonté de Dieu ?
I>K l,'(>KAr«C)N IN>MINirALK. *M\
l'FiVan^ih» : '' 'I'oiih rr\[\ «(in hm- ilir^rni Seigneur^ Set- (pit'ur ! iri'iitm'ont pas |MMir rrlu ilaiin \v royiiiitiH* rlcw <'i*Mix, main ceux (|iii font la vtiloiit/î <lo mon IV'n-." Il y a ni Dini uiu^ v(»lniihM|iii rnt lu v^\i\v. <!c non (h*voirH, jwir ln(|(irllr il nous connnandr le liim rt nous (IrfcnM le mal ;
c'rst, (•«'({<• V<>lontr «jUr \r l'|n|ilir|r (Irsitllit «l'r \i'rilt<T
«Hi.uid il (lisait : " Apprrnr/. -moi à fairtî voln* volont/*, laites moi marcher dans la voie <h' nos connnamJcmrntH, (ionnr/. i\ mon <'(iMir du ):^i)(\i pour voh wiinU'H ordonnances." Cctt*' vcdontc divine nous est nninifestécr «lans k»H ( \>nnnandements «le Dieu et de Tll^^lise, dans les avertissements de nos supérieuis. Ainsi, en di>ant à Dieu; (/ne votre volonté mnt faite va Id terre comme au ciel, noUH lui demandons la ^râce d'observer su Jx)i, d'oWin\ TIOgliMO et :\ tous ceux ((u'elle a chari^/'s de nous conduire; nouH désirons «jue notre ohéissance soit aus>i parfait*' «jue l'ï^st dans l(» ciel celle i\{'-^ an^cs et des hicnlieureux. Dans h; ciel tout obéit à Dieu avec promptitude, ave(' ponctualité, avec urdeur. Est-(^o ainsi ([ue nous lui obéissons? Sommes-nous fidèles :\ ol)server ses commandements? Sommesnous soumis ;\ ceux {{xù tiennent sa place à notre é^ard? Cependant on ne fait sérieusenu*nt cette prière rjue lors- (|ue le cceur est d'accord avec la langue : ce serait mentir à Dieu que de lui deman<ler des lèvres ce que le cœur ne désire ]>as.
-. 11 y a une volonté de Dieu (pu est la cause dc.^ événements de la vie : tout ce qui arrive dans le monde est réglé par la volonté^le Ditni : il ne dépend pas de nous d'en arrêter ou retarder l'eUct ; notre devoir à l'égard de cette» volonté di\ine est de l'adorer, de nous y soumettre, d'accepter avec résignation les maux qu'il lui plaît de nous envoyer, de recevoir, comme de la main d'un père, les coups dont il nous frappe. Dieu permet que ces maux nous arrivent, ])arce qu'il a sur nous des vues de miséricorde. S'il nous envoie des afflictions, c'est parce qu'il veut nous Siuiver: il veut qu'elles servent à expier nos ])échés. Ainsi c'est plutôt par bonté que par justice que Dieu nous punit en cette vie ; ce qui fait dire à l'Apôtre que le Seigneur châtie celui qu'il aime, et qu'il frappe celui qu'il reçoit au nombre de ses enfants, et qu'en cela même il le traite comme son enfant : car, ajoute-t-il, quel est l'enfant qui n^ est pas châtié par son père? Ce que nous demandons à Dieu par ces paroles, Que votre volonté
2. Comment faut-il se conduire pour îiccomplir la volonté de Dieu dans les événements de la vie ?
'U2 DE l'oratron dominicalk.
f<oit faite, c'^si donc de supporter avec une entière soumission toutes les peines qu'il lui j)lairadc nous envoyer; c'est que, quelcpie chose qui nous arrive, il nous trouve toujours j)atients, résiLcnés, et dans une i)arfaitc conformité de cceur et d'esprit aux desseins de sa ])rovidence.
On ne fait donc cette })rière comme il faut qu'en renonçant il sa i)ropre volonté, ou en s'eflbrcant d'y renoncer. Rien n'est en effet plus avantageux pour nous que de s'assujettir à la volonté de J)ieu. li" homme ne s'est perdu que pour avoir préféré sa propre volonté à celle de Dieu, et il ne se sauve qu'en préférant la volonté divine à la sienne. Otezla propre volonté, dit saint Bernard, il n'y aura plus d'enfer.
8. Xotre-Seigneur a donné l'exemple de cette parfaite conformité à la volonté de Dieu. ^' Je suis venu sur la terre, nous dit-il lui-même, non pour faire ma volonté, mais pour faire celle de mon Père ;" et ailleurs : '' ]Ma nourriture est de faire la volonté de Celui qui m'a envoyé." En effet, toute la vie de Xotre-Seigneur n'a été que l'accomplissement exact des ordres de son Père : s'il naît dans une étable, s'il passe sa jeunesse dans une humiliante obscurité, et ses dernières années dans les fonctions d'un pénible ministère, c'est parce que son Père l'a envoyé, et qu'il règle toutes ses démarches sur les ordres qu'il a reçus de lui ; enfin, s'il meurt par le plus ignominieux des supplices, c'est qu'il faut cpie la volonté de son Père s'accomplisse, et non pas la sienne.
Exemple. — Quand on annonça à saint Louis la mort de la reine Blanche, sa mère, son premier mouvement fut de verser un torrent de larmes ; mais, revenu bientôt à lui-même, il se prosterna devant l'Arbitre souverain de la vie et de la mort, en disant : '• Je vous rends grâces, ô mon Dieu, de m'avoir conservé jusqu'ici une mère si digne de toute mon affection. C'était un présent de votre miséricorde ; vous le reprenez comme votre bien, je n'ai point à m'en plaindre. Il est vrai que je l'aimais tendrement ; mais, puisqu'il vous plaît de me l'ôter, que votre saint nom soit béni dans tous les siècles." Telle était la tendresse de cœur de cet incomparable monarque, telle était sa résignation. On ne se lasse point d'admii-er tant de vertus ni de bénir la Religion sainte qui les a produites. — Yelly.
3. Quel exemple J.-C. nous a-t-il donné de conformité à la volonté de Dieu V
UK I/OIIAIHON inïMINMALK. 'MH
MVrU'LE V.
Doiinex iiiiiii iiiiioiinl liiii notre pnin* «In chaiiue jour.
I. A jH'^S U'H tlni> jM'i-mirrrs «IriNMInlr-^, «jui rr^ar(lf*iit la ^loirr dr |)i('U, nous ilniiaiHlons an IV-rr r«'-l4'.H(<' cr (pii nous rsl nrcrssaiiT. <'lKhjU<' joni'. ponr la \ ir »ln ciM'im l't poui" (M'Ilc <lr l'ann
hit'ii est lasonicr «le tous U.^ hnns, <*'t'st lui (jUi pourvoi! à tous n(>s hrsoins «lans Tonln' i\v. la natun- vi «laiis orlui (le la ^nicc. Nous soniinrs tous (IrvanI lui coniiiuî (les in(li;::rnts (pii n'ont rien ([\iv cr (|u'ils rcroivc'nt dv hu main iMcnfaisant»'. " '{'(Mites les ciYniturcs, dit U; Prophète en pailanl à Dit'U, toutes les eiratnrrs attendent de vous la nom riture <jne \ ous leur donne/ rn son t<'ni|»s : vous ouvrez votn» main, et elles sont rassasi^»es de vos biens." Les riches eux-mêmes sont ohli^^s de deman<ler, eluKjue jour, leur ])ain, pour reconnaît re <|ue tout ce (ju'ils possèdent est dans la main de Dieu. <pi*ils le tiennent de sa lihéi-alité, et (qu'ils peuvent le perdic en mille manière.s s'il 110 le leur conserve.
-. Kemarcjuons bien ((uc nous demandons à J)ieu, non ])as des richesses supcrfhu's. non pas de (pioi satisfaire noire sensualité ou notre orgueil, mais uni(juement notre pain, c'est-à-dire ce qui nous est absolument nécessaire j)our notre subsistance, selon notre état ; encore ne devons-nous le demander (pic pour le jour pr('sent ; car Xotre-Scii»neur nous délcnd de nous in(iuiélcr du lendemain, où nous ne sommes pas sûrs d'arriver ; il veut que nous nous reposions sur sa providence, et que chac|ue jour nous recourions à lui, bien assurés que nous retrouverons chaque jour lui bon père, toujoui-s également disl)osé à accorder à ses enfants tout ce qui leur est nécessaire. '' Ne vous mettez point en peine, nous dit-il luimême, où vous trouverez de quoi boire et de quoi manger pour le soutien de votre vie, ni d*où vous aurez des vêtements pour couvrir votre corps : votre Père qui est dans le ciel sait que \ ous avez besoin de toutes ces clioses. Ne soyez point inquiets pour le jour (pii doit suivre ; à cliaciue jour sutîit son mal.''
Cette confiance en la Providence ne doit cependant pas être oisive et présomptueuse ; Dieu ne veut pas favo-
1. Pourquoi deniuiulons-noiis ce «4ui nous est nécessaire, chaque jour, pour la vie de rame et celle du corps? — !2. Pourquoi ne dev;;us-nous demander que le nécessaire ?
344 DE l'oraison dominicale.
riser la jmresse ; mais il nous ordonne de faire tout ce <iui d('*pcnd de nocis, cl (juand nous l'avons fait, de nous conlier vu lui, et de compler alors sur les trésors inépuisables de sa bonté. La manne était donnée, jour par jour, aux Israélites dans le désert, et pendant (quarante ans elle ne manqua pas une seule fois : voilà pour les besoins du corps.
3. Nous avons aussi une âme qui a besoin d'une nourriture si)irituelle ; c'est ce pain de Pâme que nous demandons principalement dans cette prière. La nourriture de notre âme, c'est la i)arole de Dieu, c'est la grâce, c'est la divine Eucharistie.
4. La parole de Dieu nourrit notre âme ; elle conserve les justes et les fait avancer dans la justice ; elle guérit les pécheurs et les ramène à la vie de la grâce qu'ils ont perdue ; c'est le moyen ordinaire dont Dieu se sert pour faire entrer et croître dans notre âme la connaissance et l'amour des vérités du salut. Nous ne devons donc jamais négliger d'entendre la parole de Dieu ; nous devons l'écouter avec respect, avec attention et avec le désir d'en profiter.
5. La grâce est aussi nécessaire pour la vie de l'âme que le pain matériel l'est pour la vie du corps ; c'est la grâce qui soutient l'âme, qui la fortifie, qui la fait agir ; nous en avons un besoin continuel ; Dieu veut que nous la demandions, et que nous fassions instance tous les jours pour l'obtenir.
6. Enfin Jésus-Christ lui-même nous assure que la sainte Eucharistie est la nourriture de notre âme : '* En vérité, en vérité je vous le dis, si vous ne mangez la chair du Fils de l'homme, et si vous ne buvez son sang, vous n'aurez point la vie en vous. Je suis le pain vivant descendu du ciel; celui qui mange de ce pain vivra éternellement."
Les Chrétiens des premiers siècles recevaient tous les joiu-s ce pain céleste; il serait bien à souhaiter que nous î)ussions y participer comme eux, parce que notre âme tombe eu défaillance et meurt quand elle néglige de s'en nourrir: mais comme il faut avoir le cœur pur pour recevoir la sainte Eucharistie, en priant Dieu de nous
3. Notre âme a-t-elle besoin d'une nourriture, et quelle est celle qui lui est propre ?— 4. Comment la parole de Dieu aourrit-elle les âmes, et comment fiiut-ilTécouter?— 5. La grâce est-elle nécessaire à notre âme? —6. Par quelles paroles J,-Ç. nous assure-t-il qu'il est lui-même la nourriture de notre âmel
<l()iinn rlnupir jour, w |i;iiii •!< \ i. ihmih lui (IciiniiiflonM la pmrir «Ir «•«iMii<|ui iinu-^ iiiiiir tit l'îliit t\v \v prc*ii<lre n\^'^' fruit .
MxKMi'Li;. Seigneur, «lihjiil U' nu Saloiii.,ii. n. jm- «loniM'/ ni la paiiviflr ni 1rs riclirHsrs ; n<* nir ronduiiine/, pas ;\ nnr in<limMM'<' ahsohir, <!<• prur ipn* la faihlrsHi», (jui ni'csl natnirllr, nr nir portr an diVsi'.Hpnir ; n<' uw uonnt'/ pas i^ahondancf «les riclirsst's, i\r \h'\iv cpir, ni'olovant ])ar or^ncil, je nr nrinia;4;in<* lollcnicnt pouvoir iiw* passrr <!(' vous, honnrzinoi donc sfulrnicnl <•<• (pii m'est ntM't'ssaiiT pour vivrr, vl apprcncz-nioi <pic r\'M <lr votr*' main lilM'rait' (juc je liens toute*' <p»ej(* pos.srd<-, alin que Je vous ^^lorilie sans cesse, vous (jui êtes le 8ei- ^neur mon Dieu.
.•\KTri'ij': VI.
P;ir»lonuo«-nous nos oflen.»<o.«< comiiic nou.s punlonnons.
1. l'n Dieu si bon, un Tère si tendre, ne devrait trouver dans ses entants «pTune docilité i)arlaile à sa sainte liOi, et une lidélité constante et inviolable; mais il s'en faut bien (pie les bommes aient ces sentiments cttiennent cette conduite à son éuard. Ils rollen.^ent tous les joui*s: la ])lupart l'abandonnent, violent ses Commandements dans les i)oints les i)lus essentiels, et l'oulragent par les plus grands crimes. Les justes mêmes tombent souvent dans les fautes qui contristent le Saint-Esprit: ils ne commettent point, à la vérité, de ces crimes qui donnent la mort à l'àme et (pii la séi)arent de Dieu ; mais ils font tous le§ jours des cboses (pii lui déplai.sent. '* Il n'y a point d'homme qui ne pèche ; et si nous disons que nous ne sommes coupables d'aucun péché, nous nous trompons nous-mêmes, et la vérité n'est point en nous**' Ce sont les paroles de l'apôtre saint Jean. Aussi notre divin Sauveur, quiconnaissait lafaiblesse de notre nature, nous a fait un devoir de demander tous les joui^ à Dieu le pardon de nos offenses.
2. Il n'a mis cette demande dans la prière qu'il nous a enseignée que parce qu'il veut nous pardonner ; il ne nous l'aurait pas prescrite, s'il n'avait pas eu la volonté de nous accorder l'effet de cette demande. Mais il ne
1. Devrions-nous avoir besoin de demander le pardon de nos offenses?
2. Pourquoi cette demande est-elle renfermée dans l'Oraison Dominieale?
MC} DE l'oraison dominicale.
faut ))as oublier que, sans la contrition, aucun péché, ni mortel ni véniel, ne peut être remis. Dieu ne pardonne qu'à ceux qui ont du regret de l'avoir offensé, et qui sont dans la résolution de n'y plus retomber. Il ne faut cependant pas se dispenser de ijrier sous })rétexte qu'on se croit éloigné de cette disposition : il faut, au contraire, prier pour la demander à Dieu. Kn lui disant : Pardonnez-nous nos offenses^ nous lui demandons la grâce d'une sincèie pénitence, afin d'obtenir par ce moyen le pardon de nos péchés. Quand on est dans cette disposition, on est sûr d'être écouté favorablement et de parvenir à une entière réconciliation avec Dieu.
3. Mais serait-il juste de vouloir que Dieu nous remit nos offenses, tandis que nous ne pardonnons pas à notre prochain les fautes qu'il a commises contre nous ? Seraitil raisonnable de vouloir que Dieu usât d'indulgence à notre égard et qu'il oubliât les injures que nous lui avons faites, si nous voulions nous venger de celles que nous avons reçues ? Nous disons tous les jours à Dieu : Pardonnez-nous nos offenses^ comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés ; le pardon que nous accordons aux autres est donc la mesure de celui que nous demandons à Dieu pour nous-mêmes : si nous pardonnons à notre prochain, Dieu nous pardonnera ; si nous ne voulons pas lui pardonner. Dieu ne nous pardonnera pas non plus. Faire cette demande, et conserver dans son cœur du ressentiment contre ceux qui nous ont offensés, ce serait donc dire à Dieu : ne me pardonnez ])as, parce que je ne veux pas pardonner à ceux qui m'ont fait de la peine ; vengez- vous de moi, parce que je veux me venger d'eux. Ce serait prononcer l'arrêt de sa condamnation, en demandant pour soi-même le traitement que l'on fait aux autres.
Exemples. — Saint Jean l'Aumônier apprenant qu'un seigneur refusait de pardonner à un ennemi, le fit venir et l'engagea à assister à la sainte Messe qu'il allait célébrer. Comme c'était la coutume que tout le monde récitât l'Oraison Dominicale, le saint fit signe au servant de se taire à ces paroles : Pardonnez-nous nos offenses comme nous pardonnons ... Et le seigneur les récita seul ; alors, le saint, se tournant vers lui, lui dit avec fermeté : ^' Qu'avez-vous fait ? vous avez prononcé votre sentence, vous
3. A quelles conditions et dans quelle mesure pouvons-nous obtenir le pardon de nos offenses ?
I)K l/oilAIH4»N l>OMINI('AI.K. 'M7
avez <1it :\ Dicii «Ir nr pas \<*iim panloiitM*!', |iiiiHi(UO yotu ne pMi<l(HiiM'/ plis ! " \a' Sri;^Mrui-, lVir|»p<'* «Ir <ts piir<»li*M, se pi'Dstrnia (icviiiil r:iiilrl, cl prniiiil tdiit <*<• «pir Ir nainl voulut ; la ivcdiK-ilial ion fut parfaite.
< )ii irprtH'hail nii pnir a lh«nri I V <lr tniiU^r nvvc trot) <lc l)(»iil«* 1rs limh'urs, sfs ciuu'iiiiH inrcniicilialilrs. Il irpoiidit : " hicii nie pardouiic, je dois pardoinicr ; il oublie mes t'antrs, je (lois oiil)lirr <'rllrs <l«* hhmi peiipli». Qwr crUX (|Ui ont priliT-s.- icpciihnl il «mi'oii m- m'in i.:iil<plus."
AKTICIJ'; \ II.
Ne nouM ui)an(luiiiM'/ point :i lu triit.it ion.
1. Ccircsi pas assez ([ue la niis('Tie<n<ie <lt' |)i(U noua }>ar(l()nue les péchés (jue nous avons déjà eoininis ; nous avons besoin que .sa f^râee nous j)réserv(^ (Vvn eonnnettre de nouveaux. Nous y .sonnnes à tout moment expo.sé.s à cause des tentations ([ui nous y sollicitent: c'est j)our cela ([ue nous im})lorons la protection de Dieu en lui disant : Ne nous abandonnez jk/,v à la tentation : nous lui demandons (|U'ayant ét^ard à notre lail)les.se, il détourne de nous la tentation, ou (pf il nous donne la ^râce de la surmonter.
2. Le monde, le démon, la concu})iscence conspirent ensemble pour nous perdre. I^e monde nous tente par ses mauvais exemples, i)ar ses discours, par ses niîiximes ; le démon nous tente en faisant sur nos sens et sur notre imagination des impressions (|ui tendent à nous suggérer de mauvaises pensées et de mauvais désirs. Il n'y a point de ruses qu'il ne mette en œuvre pour nous faire tomber : il tourne sans cesse autour de nous, cherchant à nous dévorer ; enlin la concupiscence, c'est-à-dire ce penchant vicieux que nous apportons en nai.^sant, et qui nous porte au mal, nous tente: elle nous suit partout : elle est au-dedans de nous comme un ennemi domestique, et elle fournit des armes au démon et au monde pour nous attaquer avec plus d'avantage. Etre tenté n'est point un péché, c'est même souvent une occasion de mérite par la résistance qu'on y oi)pose ; mais c'est un péché de consentir à la tentation. Si par la crainte d'of-
1. Pourquoi demandons -nous de n'être pas abandonnes à la tentation 1 —2. Quels sont les ennemis qui conspirent pour nous perdre, et par queli
moyens
.'^>48 T>K l.'ORAISON DOMINIC^ALE.
fcnsci' Dieu nous réprimons les premiers mouvemoiits qui s'excitent en nous, et si nous refusons constamment de consentir au mal, il n'y a point de i)éché ; cette résistance est même une action de vertu que Dieu récompensera un Jour : mais si l'on s'y arrête avec complaisance après (ju'on s'en est n])er(;u, alors c'est un i)éché, et Ton devient coupable. Quoi(pu; la tentation ne soit i)as un ])êché par elle-même, elle est toujours dan<z;ereuse. Opendant nous ne demandons pas à l^ieu d'être exempts de toutes tentations ; elles sont inévitables dans cette vie, qui est une guerre, un combatcontinuel : les plus i;rands saints ont été tentés. Nôtre-Seigneur lui-même a voulu être tenté, pour nous api)rendre la manière de vaincre les tentations, et pour nous en mériter la grâce. Ce que nous demandons, c'est que nous ne soyons pas abandonnés dans la tentation.
3. Nous sommes si faibles, que la moindre tentation est capable de nous renverser : toute notre ressource est dans la grâce de Dieu ; nous recourons donc à lui, nous lui faisons l'iunuble aveu de notre impuissance, nous lui demandons qu'il veuille bien nous épargner ces grandes tentations auxquelles nous succomberions, et que, dans toutes celles par lesquelles il lui plaira de nous éprouver, il daigne nous soutenir et nous donner la force d'en sortir victorieux. Nous n'avons rien à craindre avec le secours et la protection de Dieu : il est assez puissant pour nous faire surmonter toutes nos tentations, et même pour nous en faire tirer avantage. Il le fera si nous veillons sur nous-mêmes pour ne pas nous exposer témérairement au danger, et si nous lui demandons le secours de sa grâce dans les tentations que nous n'avons pu éviter, alors nous ne combattons pas seuls ; Dieu combat lui-même avec nous ; et la victoire nous est assurée. " Dieu est fidèle, dit saint Paul, et il ne permettra point que vous soyez tentés au-dessus de vos forces ; mais il vous fera tirer avantage de la tentation même, afin que vous puissiez persévérer." Dieu ne peut manquer à sa parole, il s'est engagé à délivrer ceux qui espèrent en lui et à protéger ceux qui l'invoquent. Ils seront attaqués, mais rien ne pourra leur nuire tant que Dieu sera leur asile ; il les fera sortir du combat avec avantage ; la tentation servira à perfectionner, à affermir leur vertu, afin qu'ils puissent persévérer jusqu'à la fin.
3. De quoi avons-nous besoin pour résister aux tentations? Que devonsïious faire de notre côté ?
UK l/ollAlr<»N iHiMINICALK. Mit
ExKMl'LKH. -La plaie <l(^ votp^ vM^ ont hirii fr.rtiw\i-,
S(M^Il(•ul■, «lisait NJiinl l*hili|»pr dr NVtj ; mai)» ni voiim ri*' nie n'Iniic/, jf lélarifinii"* l>i«ii diivaiitn^'* pur m«'»* iiiMtlt''Ii((''S.
Ne nrulMUi(ionihv. |i.i «iii iimiiiriii .1 moi mm im . .^1 )4;iH'Ui , «lisnil un nul n* Miiiil , sans ipioi jf vain périr. *' On éticz-vons? ilisîiil siiintr <'allH*rinf jijnv-i avoir houtcnii les assauts ilnnc NJoirnlc li'Ulahon, où «'tir/-vous, Si'i- ,u;n('ur ? '* Il lui sembla rnlendrc une voix (pii lui disait : .rélais au fond de (on m'ur pour \r s(Hilrnir ; <*\*sl moi (iri (e donnais luu* si urainlr li«»nrui- poui* Ir mal que Ir <lémon le suuLîri'.iil .
Plus un arhre est a.uilé par les vt'Hts, nliis aunni, s'il a la loree de ^é'^ister, ses racines s'étendent, et il n'en <levient <|Ur plus solide, .\insi la vertu s'afïermit par les lentations, «luand <'11<' Imr m résisté.
N'éjuouver aucune tentaliou est le propre (U's bienheureux ; nxoii- <les tentations et h's surmonter est le fait d'un ehrélieu ; ress(»nlir des lentations et y succomber est le fait dti démon. -S. Ansklmk.
AK'riCLK \ III.
Di^'livrez-iioiis <lu nul.
1. X(»us terminons cette i)rière pour demander à Dieu (ju'il nous délivre du mal, c'est-à-dire des mi.'^ères de cette vie, des ennemis de notre salut, et de la damnation éternelle. A combien de maux, n'est-on ])as sujet dans cette vie : dv combien d'amertumes n'est -elle pas remplie! Le.s maladies, la douleur, assiègent notre corps ; le trouble, l'inquiétude, le chagrin attaquent notre âme. C'est bien avec raison que l'Eglise appelle cette terre où nous vivons : une vallée de larmes.
2. Nous ne demandons pas d'être entièrement atiranchis de toutes ces misères, ce privilège ne convient point à notre état présent ; ce que nous demandons, c'est d'être délivrés de celles qui seraient pour nous des occasions de péché, qui nuiraient à notre salut. Il n'y a de véritable mal que ce qui mettrait obstacle à notre justification. Si
1. De iiuel mal onteiulans-îiou? principalement être délivrés par la dernière demande de ri>raison Dominicale? — 2. Les infirmités, l'indigenee, gont-elles de véritables maux, et que demandons-nous à cet égard /
350 im l/ORAIRON DOMINTCALK.
les iiifinnités, riiidii^ence, les calamités, sont appelées des maux, ce ne peut être que parce qu'elles jettent Pâme ans le trouble, qu'elles nous exposent à l'impatience, au lurmure, au désespoir, parce que nous n'avons pas assez le vertu pour les supj)orter sans pécher ; mais les maux uc l'on soutire ])atiemm('nt. loin de nous être j)réjudiciables, servent à nous purifier, et contribuent à notre justification : ce sont plutôt des biens que des maux : quelque pénibles qu'ils soient, ils sont, dans l'ordre de la Providence, le cbAlinicnt du pé(;hé et un moyen pour îirriver au bonheur éteinel. '* Il faut, dit l'Apôtre, passer j)ar beaucoup de tri])ulati()ns et de souffrances jjour entrer dans le royaume du ciel." Il nous e^t cependant permis de désirer et de demander d'être délivrés de ces maux, pourvu que nous fassions cette prière avec une entière résignation à la volonté de Dieu et que nous soyons disposés à les souffrir avec soumission, si Dieu les juge nécessaires ou utiles pour notre salut. En priant ainsi et en persévérant dans la prière, nous trouverons le vrai remède à nos maux. Dieu nous exaucera, soit en nous en délivrant, soit en nous donnant la force de les supporter, ce qui est bien plus avantageux pour nous.
3. Nous demandons d'être délivrés, des ennemis de notre salut, et en particulier du démon, qui, de tous, est le plus cruel. Cet esprit de ténèbres, non content d'avoir séduit nos premiers parents,et d'avoir attiré sur leur postérité un déhige de maux, ne cesse de nous faire la guerre et de nous tendre des pièges pour nous perdre ; mais Dieu arrête sa fureur, et lui prescrit des bornes qu'il ne peut franchir.
Enfin nous demandons à Dieu qu'il nous délivre de la damnation éternelle, qui est le comble de tous les maux, le souverain mal, mal irréparable, mal éternel. Dans cet abîme de maux, dans cette fatale éternité, il n'y aura plus à demander d'en être délivré ; il faudra porter à jamais tout le poids de la colère et de la vengeance divine. C'est là qu'il n'y a plus de rédemption à espérer, plus de bonheur à attendre, plus de salut à demander, mais un assemblage de tous les maux à souffrir, et à souffrir pendant l'éternité. Avec quelle ardeur, avec quelle l)ersévérance ne devons-nous pas demander d'être préservés de ce malheur affreux ! Devons-nous jamais nous
3. Quel est le souverain mal dont la délivrance fait l'objet de cette demande?
LA HAIJJTATION ANCJ^JJQÏJK. .V*l
Inssri' (Ir l-iirr rrtlr |H•i^^^•, tulMllK «lUr liollH fKillVOim l'IMMlT rl\ nlilmir 1 rMil '
KxKMn.K. — Le» khiihI Hiiiiil Ha7iU% iirchcv^-tiiH^ de Cé-
siivrr, plutôt <|iir iU' \n'v\\vi' v\i faisant (•<• (HM* «h'inaiiclnit <li' lui rriM|M'!«ur \ airns, (|ui «'-tait ari<*n, <t «{ui |H'rH<'ru lait les rat linli<|Ui's, résista runstanmH'nt à M'H voIoiiI «'•><. I/rinpiTcui- liiar^cu Ir prrlrt ModcHlr <lr iiiriiariT U? saint (l«' la ronliscation dt- ses bicnn, de Toxil, den l<iiirnu'uts et d<' la nunt, s'il n'olx^'issait . Ha/.ilr dit an pn'frt : •' .le suis :\ <'()uvrrt df la conliscat i()U : Jt* n'ai «pir «pnhpM'H livres et les haillons i[Ur jr porte. < >ù nr»xihTa-t-on ? ("l'st le eiel (pli l'st ma patrie. Les tourments (pie l'on pourrait nie l'aire endurer ne seront ]n\s longs, tant je suis l'aihle, et Je regarderai eonnne un honlieur de soiif-- IVir pour .hVus-Christ. Si l'on croit m'intiniider en me mena(,*ant de la m<ut,(pron sache (pu* la mort est à niOH yeux une laveur. Tout perdre, tout soullrir et mourir plut(*)t (pie de ]HH'her." Le inY^fet alla rendre rompt e à l'em])ereur, et lui dit : '* Prince, nous sommes vainrns ; Ha/ilc ne eraint qu'une chose, c'est le p('*ch(''." -7/m/. EccL
ciïArrriîK m.