‹ Traité des devoirs du chrétien envers Dieu [microforme]Chapitre 112 sur 173 · PRENEZ ET MANGEZ, CECI EST MON CORPS · texte numérisé non relu

PRENEZ ET MANGEZ, CECI EST MON CORPS

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4. Les espèces du pain et du vin, que nous voyons et que nous goûtons, sont le signe sensible qui nous fait connaître l’effet invisible de l’Euchbaristie : elles signifient que le corps et le sang de Jésus-Christ sont la nourriture spirituelle de nos âmes, comme le pain et le vin sont la nourriture de nos corps. Mais quoique ces apparences, comme la couleur, la figure et le goût, restent les mêmes après la consécration, il n’y a plus de pain ni de vin: toute la substance du pain est changée en celle du corps de Jésus-Christ, et toute la substance du vin est changée en celle de son sang ; de sorte que c’est alors le même corps qui a été attaché à la croix, et qui est maintenant dans le ciel, Et quoiqu’on ne voie pas le corps de Jésus- Christ, mais seulement les espèces, il y est cependant réellement: on voit donc les apparences d’un pain qui n'existe plus, et on ne voit pas le corps de Jésus-Christ, qui y est réellement.

5, Comme c’est un corps vivant et animé, il s’ensuit que Jésus-Christ est tout entier sous chacune des deux espèces, et tout entier sous chaque partie des mêmes espèces: sous l’espèce du pain, le corps de Jésus-Christ est uni à son sang, à son âme et à sa divinité, et sous l’espèce du vin, son sang est uni à son corps, à son âme et à sa divinité; car, maintenant que Jésus-Christ est glorieux et immortel, il ne peut plus être divisé, son sang ne peut être séparé de son corps. On reçoit donc autant en communiant sous une seule espèce que si l’on communiait sous les deux espèces.

6. C’est par la vertu toute-puissante des paroles de Jésus-Christ prononcées en son nom par le prêtre, que se fait le changement admirable du pain et du vin en son corps et en son sang. C’est Jésus-Christ lui-même qui opère toutes ces merveilles par l’organe de ses ministres ; lui qui a changé autrefois l’eau en vin aux noces de Cana, lui qui de rien a fait le ciel et la terre, peut tout ce qu'il veut; et il lui est aussi facile de changer une substance en une autre substance que de tirer du néant toutes choses par sa seule parole. Nous ne comprenons pas, à la vérité, comment toutes ces merveilles s’opèrent, mais nous savons que rien n’est impossible à Dieu, et nous croyons sur la parole de Jésus-Christ, qui nous a

4, En quoi est changée la substance du pain et celle du vin ?—5. Reçoiton J.-C. tout entier sous l'espèce du pain, et pourquoi?—6. Par quelle vertu s’opère cet admirable changement ? Qu'est-ce qui peut nous aider à croire ce changement, quoique nous ne le comprenions pas?

‘ aimés jusqu’à opérer ên notre faveur des choses que nous ne pouvons comprendre. Dieu peut faire ce prodige, puisqu'il est tout-puissant : il le fait réellement, puisqu'il nous assure que c’est son corps. Nous devons donc écouter sa parole avec respect et avec docilité, et ne pas raisonner sur une chose qui surpasse notre raison, ni chercher l’ordre de la nature dans ce qui est audessus de la nature, Croyons donc, croyons sur la arole de notre Dieu qui est réellement présent dans ’Eucharistie ; croyons, malgré le témoignage de nos sens, qu'il n’y a plus de pain ni de vin ; quand Dieu parle, nous ne devons plus écouter nos sens.

Notre-Seigneur, pour nous unir intimement à lui, a voulu devenir notre nourriture ; il nous a ordonné de boire ce même sang qu’il a versé pour nous, et de manger la victime immolée pour nous sur la croix. Il a donc prodigué les miracles pour nous procurer ce bonheur.

EXEMPLIES.—Henri le Grand, roi de France, eut la foi la plus vive à la présence réelle du corps et de l’âme de N.-$. Jésus-Christ dans l’Eucharistie. Passant un jour dans une rue assez près du Louvre, il rencontra un prêtre qui portait le saint Sacrement ; il se mit aussitôt à genoux et l’adora fort respectueusement. Le duc de Sully, protestant, qui l’accompagnait, lui demanda: ‘ Sire, est-il possible que vous croyiez en cela ?”? Le roi repartit : # Oui, vive Dieu ! j'y crois, et il faut être fou pour n’y pas croire ; je voudrais qu'il m’eût coûté un doigt de la main et que vous y crussiez comme moi—(Un historien du temps).

—On raconte qu'un jour, à l’école militaire de Brienne au moment le plus solennel de la messe, un élève affectait de tourner le dos au maître-autel, Le jeune Bonaparte, depuis Napoléon Ier, auprès duquel il se trouvait placé, dans un généreux mouvement d’indignation, le saisit par le bras ; et lui faisant faire volte-face : A genoux ! lui dit-il tout bas, mais avec un énergique accent, à genoux. Le jeune sceptique obéit,

Dt SACREMENT DE L'EUCHARISTIE, »91 ARTICLE IT.

Des dispositions pour recevoir l’Eucharistie.

1. I n’y a point de Sacrement qui nous unisse plus étroitement à Dieu que la divine Eucharistie ; il n’y en a point, par conséquent, auquel nous devions nous préparer avec plus de soin. Plus ce Sacrement est saint, plus on doit y apporter de saintes dispositions. Ce n’est pas à un homme, c'est à un Dieu qu’on prépare une demeure, Parmi ces dispositions, les unes regardent l’âme, et les autres le corps.

2. La première disposition de l'âme, c’est la pureté de conscience. Il faut s’éprouver soi-même, selon le précepte de l'Apôtre, avant de manger ce pain céleste : et, si l’on se sent coupable de quelque péché mortel, il est nécessaire de recourir au sacrement de Pénitence. L’Eucharistie suppose la vie spirituelle dans ceux qui la reçoivent ; il faut être vivant pour s’en nourrir : c’est le Dieu de pureté qui se donne à nous; il nese plaît que dans un cœur pur. C’est pour faire entendre cette vérité à ses apôtres que Jésus-Christ leur lava les pieds avant de leur donner son corps à manger et son sang à boire. C’est pour la même raison que, dans la primitive Eglise, le diacre, se tournant vers le peuple avant la consécration des saints Mystères, disait à haute voix : “ Les choses saintes sont pour les saints.” L'innocence du Baptême, ou conservée ou réparée par la pénitence, est cette robe nuptiale sans laquelle on ne doit point paraître au festin du Père de famille, Cette innocence, cette pureté est la principale disposition : mais il faut y joindre une foi vive, une ferme espérance et une ardente charité.

3. L'Eglise appelle l’Eucharistie un Mystère de foi : celui qui s’en approche doit croire sans hésiter qu’en. le recevant, c’est Jésus-Christ qu'il reçoit, le même qui est venu au monde, quiest mort pour nous sauver, qui est ressuscité glorieux, et qui est maintenant, dans le ciel, à Ja droite de son Père, La ferme espérance consiste à attendre avec confiance de Jésus-Christ tout ce que nous lui demandons par rapport à notre salut ; puisqu'il se donne lui-même tout entier, que pourrait-il nous refuser ?

1. Avec quel soin et pour quelle raison faut-il se disposer à recevoir la sainte Eucharistie ?—2, Quelle est la première disposition de l’âme pour la réception de la sainte Eucharistie ?—3. Quelle est la seconde disposition de l'âme pour recevoir dignement la sainte Eucharistie ?

Il a déclaré que celui qui mange sa chair et boit son sang aura la vie éternelle, et qu'il ressuscitera au dernier jour ; après une telle promesse, quelle confiance ne devons-nous pas avoir en sa bonté! Allons doncà la sainte table dans la même disposition que cette femme de l'Evangile qui disait en elle-même : Ki je touche seulement le bord de sa robe, je serai guérie, et qui effectivement le fût à l’heure même.

L’Eucharistie est un Sacrement d'amour ; c’est par un amour incompréhensible que Jésus-Christ l’a instituée ; ne serait-ce pas une ingratitude monstrueuse de la recevoir dans un cœur froid et indifférent ? Mais cet amour doit être accompagné de profonds sentiments d’'humilité, d’adoration et de reconnaissance,

Que recevons-nous dans l’Eucharistie ? Dieu lui-même, le Créateur et le souverain Maître de l'univers, Celui dont la puissance, la sainteté et toutes les perfections sont infinies. Que sommes-nous ? Nousn’avons de nousmêmes que le néant et le péché. Humilions-nous donc devant notre Dieu, et reconnaissons, avec le centenier de l'Evangile, que nous ne sommes s pas dignes de nous approcher ‘de lui : adorons-le dans un saint tremblement et prosternons-nous à ses pieds ; car, quoiqu'il soit caché sous le voile des symboles euc haristiques, il n’en est pas moins notre Dieu. Excitons dans notre cœur une reconnaissance sans bornes ; si elle doit se mesurer sur la grandeur du bienfait, quelle doit être la nôtre pour un don qui est infini !

4, Il faut aussi que le corps contribue, à sa manière, à honorer l'hôte divin qu'il doit recevoir. Il y a deux dispositions du corps : la première est d'être à jeun ; l'Eglise l’a ainsi ordonné, dès les premiers siècles, par respect pour cet auguste Sacrement : elle n’en dispense que ceux qui, étant dangereusement malades, le reçoivent comme viatique. La seconde est d’être à genoux et d’avoir l’extérieur le plus modeste et le plus recueilli qu’il soit possible. Cette posture du corps et ce maintien annoncent les sentiments d’une âme qui s’abaisse profondément devant la Majesté suprème.

EXEMPLE.—Dieu, irrité de l’endurcissement de Pharaon, et touché des justes plaintes de son peuple, résolut de punir ce prince opiniâtre, et de délivrer son peuple de

4. Quelles sont les dispositions du corps pour la réception de la sainte Eucharistie ?

la servitude dans laquelle il gémissait. Quand le temps marqué par ses décrets éternels fut arrivé, il envoya un Ange exterminateur qui tua en une nuit tous les premiersnés des Egyptiens ; mais il ordonna à son peuple de sacrifier la veille un agneau, de le manger dans chaque famille, et de marquer de son sang la porte de chaque maison, afin que l’Ange ministre de ses vengeances épargnât les enfants de ce peuple choisi.

Peu après il les nourrit de la manne, qu’il fit tomber du ciel pendant quarante ans.

Pourrait-on ne pas reconnaître dans ces deux figures la divine Eucharistie ? Les différents rapports qui se trouvent entre l’ombre et la vérité sont trop frappants pour pouvoir s’y tromper.

Les Israélites qui étaient le peuple de Dieu, furent les seuls auxquels il fut ordonné d’immoler cet agneau mystérieux : l’Ange exterminateur épargna toutes les familles des Israélites dont les portes étaient marquées de son sang. Rapprochons la figure de la réalité : les Chrétiens sont les seuls qui aient le droit d’immoler le divin Agneau pascal : l’Ange ministre des vengeances de Dieu épargne tous ceux qui sont marqués de son sang, et Jésus-Christ a commandé aux fidèles de renouvelersouvent ce sacrifice, en mémoire de leur délivrance de la tyrannie du démon.

La manne, cette nourriture céleste, était encore une image bien naturelle du Sacrement de nos autels. Elle est appelée le Pain du ciei: elle avait tous les goûts les plus délicieux ; les Israélites n’en mangèrent qu'après avoir été délivrés de la captivité de Pharaon.

L'Eucharistie, comme nous le dit Jésus-Christ, est le Pain vivant qui est descendu du ciel; elle est la source féconde de toutes sortes de grâces, et l’on ne peut s’en nourrir qu'après avoir secoué le joug du démon, c’est-àdire après être sorti de l’esclavage du péché.

ARTICLE IIT.

Des effets de l’Eucharistie.

1. L'Eucharistie produit des effets admirables dans ceux qui la reçoivent avec de bonnes dispositions.

Le premier effet de l’Eucharistie est de nous unir intimement et de nous incorporer à Jésus-Christ, On

1. Combien d'effets produit la sainte Eucharistie quand elle est reçue dignement? Expliquez par une comparaison la manière dont ce Sacrement nous unit à J.-C.

peut être uni à Jésus-Christ par la foi, en croyant toutes les vérités qu’il a révélées ; on peut aussi s’unir à lui par la charité, en l’aimant parfaitement : la foi lui soumet notre ‘ ‘nrit, la charité lui attache notre cœur. Mais il y a une union beaucoup plus intime et plus parfaite, c’est celle qui se fait par la participation de sa chair sacrée et, de son précieux sang: cette union est l’effet propre de l’Eucharistie. Jésus-Christ se donne à nous tout entier, il unit son corps avec le nôtre; par cette union nous devenons un même corps et un même esprit avec lui. Comme les aliments que nous prenons nourrissent notre corps, de même la sainte Eucharistie nourrit notre âme. Il y a similitude parfaite ; car, de même que ces aliments se changent en notre substance, de même la communion nous transforme en Jésus-Christ. C’est ce qui faisait dire à l’apôtre saint Paul: ‘“ Ce n’est plus moi qui vis: c’est Jésus-Christ qui vit en moi.”

2. Le second effet de l’Eucharistie est d'augmenter, d’affermir et conserver en nous la vie spirituelle de la grâce. Notre divin Sauveur, devenu l’aliment de nos âmes, n’y reste pas sans agir : il donne un nouvel accroissement àsa grâce ; il nous affermit dans son amour, et nous fait conserver ce précieux trésor avec une fidélité constante ; de là cette sainteté soutenue que nous admirons dans ceux qui communient dignement. Voulezvous savoir ce qui soutient ce jeune homme dans une piété qui édifie tout le monde, dans une régularité de conduite qui le rend le modèle de la maison où ilse trouve ? C’est la sainte Eucharistie, qu’il reçoit souvent, et avec de saintes dispositions,

8. Le troisième effet de cet auguste Sacrement, c’est d’affaiblir en nous la concupiscence et de modérer la violence de nos passions. Nous naissons tous avec une forte inclination au mal; elle est comme un venin qui s'est répandu dans toute notre nature par le pare du premier homme. L’Eucharistie ne nous en délivre pas entièrement, mais elle en affaiblit la malignité; c’est pour cette raison que les Pères de l'Eglise l’ont appelée un antidote, un contre-poison. C’est, en effet, ce qu’éprouvent toujours ceux qui reçoivent souvent et dignement cet auguste Sacrement; ils sentent leurs forces augmenter, et celles de leur ennemi s’affaiblir.

2. En quoi consiste le second effet de cet auguste Sacrement ?—3, Quel est en nous le troisième effet de l’Eucharistie ?

4. Le auatrième effet de l’Eucharistie est de nous donuer le gage de la vie éternelle et de la résurrection glorieuse. C’est Jésus-Christ lui-même qui nous enseigne cette consolante vérité : ‘ Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle, et je le ressusciterai au dernier jour.” La vie que la sainte Eucharistie communique à l’âme est le commencement et comme un avantgoût de la vie bienheureuse ; et cette vie demeurera en nous et sera éternelle, si nous ne nous en privons pas volontairement. Ce divin Sacrement agit même sur nos corps ; il y est comme une semence et un germe d’immortalité, qui les fera un jour renaître de la pousssière du tombeau et les revêtira de toutes les qualités glorieuses.

5. La présence de Jésus-Christ en nous devient un gage assuré de notre immortalité, mais il n’y a que la communion faite dignement qui opère ces heureux effets, La communion tiède diminue en nous la vie de la grâce, loin de l’augmenter. Quant à la communion sacrilège, il suffit de dire avec saint Paul que ceux qui ont le malheur de s’en rendre coupables mangent et boivent leur propre condamnation.

EXEMPLE.—Un jour que Jésus-Christ enseignait dans la synagogue de Capharnaüm, ceux qui l’écoutaient lui firent cette question: ‘* Que ferons-nous pour produire des œuvres de Dieu?” Jésus leur répondit: ‘ L’œuvre de Dieu, c’est que vous croyiez en Celui qu’il a envoyé.” A ces mots les Juifs lui repliquèrent : ‘‘ Quel miracle donc faites-vous, afin que le voyant nous vous croyions ? Nos pères ont mangé la manne dans le désert, selon qu’il est écrit: Il leur a donné le pain du ciel à manger.” Alors Notre-Seigneur, reprenant la parole, continua en ces termes : ‘“ En vérité, en vérité je vous le dis, Moïse ne vous a point donné le pain du ciel, mais c’est mon Père qui vous donne le véritable pain du ciel ; car le pain de Dieu est celui qui vient du ciel, et qui donne la vie au monde. C’est moi qui suis le pain de vie ; vos pères ont mangé la manne dans le désert, et ils sont morts; mais voici le pain qui est descendu du ciel, afin que celui qui en mange ne meure point. Je suis le pain qui est descendu du ciel; si quelqu'un mange de ce pain, il vivra éternellement, et le pain que je donnerai, c’est ma chair pour la vie du monde. Celui qui mange ma

mr

4. Quel est le quatrième cffet de ce Sacrement ?—3, Quand la commu nion opère-t-elle tous ces effets ?

chair et qui boit mon sang a la vie éternelle, et je le ressusciterai au dernier jour; car ma chair est véritablement viande, et mon sang est véritablement breuvage; celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et moi en lui.”

Quoi de plus clair que ces paroles : Le pain que je donnerai, c’est ma chair; ma chair est véritablement viande, et mon sang véritablement breuvage? Et ne démontrentelles pas invinciblement la présence réelle de notre Seigneur Jésus-Cbrist dans l’Eucharistie? S. Jean, VII.

—Saint Denis l’Aréopagite disait que la très-sainte Eucharistie possède la vertu souveraine de sanctifier les âmes. On lit dans saint Vincent Ferrier qu’une communion bien faite produit pour l’âme une plus grande utilité que huit jours de jeûne rigoureux. Que s’il arrive à quelques-uns de s’approcher du sacrement sans profit pour la vie de l’esprit, la faute en est à eux. La privation des fruits spirituels ne vient pas, pour ces âmes, de la nourriture car il suffirait, dit sainte Marie-Magdeleine de Pazzi, pour les sanctifier, d’une seule communion bien faite, mais de la froideur, de l'indifférence avec laquelle elles s’en approchent. Les sacrements, comme dit saint Thomas, opèrent selon nos dispositions. Donc, si la Communion ne produit en nous que peu ou point de fruit, toute la faute doit nous en revenir, car nous n’apportons pas à la table sainte les dispositions qui la rendent féconde. —(L’ Ame dévote.)

—C'était pendant la guerre de Crimée. Un colonel français reçoit l’ordre d’enlever une redoute ; il s’élance comme un lion à la tête de son régiment, qu’il électrise par sa bravoure. Il reste calme et impassible au milieu des baïonnettes et de la mitraille, comme s’il eût été à une parade, ou occupé à passer une revue, et il enlève la batterie ennemie qui était fortement déiendue... Son général, étonné, lui crie du milieu de son état-major : ‘ Colonel, quel sang-froid ! Où avez-vous pris un pareil calme en face d’un danger si imminent ?—Mon général, répond le colonel avec une simplicité sublime, j'ai communié ce matin.’ Et tous ceux qui l’entendent sont ravis d’admiration en voyant tant de courage uni à tant de vertu. É

De la mauvaise Communion.

1. Ceux qui communient en état de péché mortel reçoivent véritablement le corps et le sang de Jésus-Christ, mais il ne reçoivent pas les grâces et les salutaires effets de ce Sacrement. Au contraire, ils mangent et ils boivent leur jugement et leur condamnation: c’est la terrible expression dont se sert l’apôtre saint Paul : ‘ Quiconque, dit-il, mangera de ce pain et boira le calice du Seigneur indignement, c’est-à-dire dans un état de péché qui l’en rend indigne, sera coupable de crime contre le corps et le sang du Seigneur. Que l’homme donc s’éprouve lui-même, qu'après cela il mange de ce pain et boive de ce calice; car celui qui boit et mange indignement, mange et boit sa condamnation, ne faisant pas le discernement qu’il doit du corps du Seigneur.” Ces paroles nous apprennent quel est le crime d’une mauvaise communion et quelles en sont les suites.

2. Ce crime est le plus horrible de tous les sacrilèges, c’est la profanation du plus auguste de tous les Sacrements et de ce qu’il y a de plus saint dans la Religion. Celui qui s’en rend coupable profane de la manière la plus outrageante l’humanité et la divinité de Jésus-Christ ; il unit, autant qu'il est en lui, ce divin Sauveur avec l’iniquité, en faisant couler son sang adorable dans des veines infectées par le péché. Ce crime est une perfidie et une trahison semblables à celles de Judas: comme lui, celui qui fait une communion sacrilège livre son divin Maître à ses plus cruels ennemis ; comme lui, après avoir été comblé de ses bienfaits, il viole les droits les plus sacrés de l'amitié et de la reconnaissance ; il le crucifie de nouveau, il en fait le jouet de ses passions, et il foule aux pieds le sang de la nouvelle alliance ; ce sont encore. les paroles mêmes de l’Apôtre.

Quelles sont les suites d’un crime si énorme ? Les voici : celui qui communie indignement mange et boit son jugement et sa condamnation. Le profanateur mange et boit l’arrêt qui le condamne ; il se l’incorpore. La nour- . riture se change au corps et au sang de celui qui l’a prise,

1. Quelest le malheur de ceux qui communient indignement, et que faut-il faire pour l’éviter ?—2. Quelle est l’énormité du crime d’une maur-ise communion, et quelles en sont les suites ?

elle devient une même chose avec lui; de même le profanateur a mangé son jugement, il l’a, pour ainsi dire, changé en lui-même; sa condamnation n’est pas seulement écrite sur un livre, ni sur des tables de pierre ou de marbre, mais sur son propre cœur; elle a passé dans ses veines: il la porte sans cesse avec lui. O punition terrible, qui ne peut venir que de la colère d’un Dieu indignement outragé !

Aussi arrive-t-il souvent que celui qui a commis ce crime tombe dans un endurcissement de cœur et un aveuglement d'esprit qui le conduisent à l’impénitence finale, Nous en avons un exemple effrayant dans le perfide Judas : à peine a-t-il reçu indignement la sainte Eucharistie, que son esprit s’obscurcit et que son cœur devient insensible ; désormais rien ne l’arrête ; il se Jève brusquement de table, et consomme son crime, A quoi se termine son sacrilège? Au désespoir, à la mort, à la réprobation éternelle.

3. Il ne faut cependant pas conclure de là que celui qui a fait une communion indigne doive désespérer de son salut: à Dieu ne plaise! quelque grand que soit son crime, il lui reste toujours une ressource, car la miséricorde de Dieu est infinie; s’il y a recours avec un cœur contrit et humilié, il ne sera point rejeté; ce sang précieux qu’il a profané peut encore le purifier. Mais ce que nous devons en conclure, c’est que nous devons prendre toutes les précautions possibles pour ne jamais tomber dans un si grand malheur, et que si l’on y était tombé, il faudrait promptement avoir recours au sacrement de Pénitence.

ExEMPLESs.—Les Livres saints ne nous présentent qu’un exemple de communion indigne: c’est celle de Judas, qui reçut son Dieu dans une âme souillée par l’avarice, et déjà agitée du projet de le trahir. Aussitôt Satan entré chez lui : il vend son bon Maître, il le livre à ses ennemis, sans que le baiser du Fils de Dieu ni le doux nom d’ami qu’il lui donne touchent le cœur de ce barbare. Quelle fut la fin de ce monstre, objet d’une juste et éternelle exécration ? Il tomba dans le désespoir et fut lui-même son bourreau : il se pendit ; etses entrailles criminelles se crevèrent et se répandirent. Son âme

CU

. 3 Ne reste-t-il aucun espoir de salut à celui qui a fait urie communion indigne *

horrible tomba dans les enfers, où elle est depuis dix-huit cents ans. Hélas! ces siècles entassés les uns sur les autres ne sont pas même un point de l'éternité qu’il lui faudra passer dans ce lieu de tourments !

Que cet exemple est terrible! Pesez-en attentivement toutes les circonstances: voyez l’aveuglement de cet apôtre sacrilège, son endurcissement, son désespoir, et concluez que c’est un crime bien détestable que de communier indignement, puisqu'il attire après soi des châtiments si épouvantables

—C'était dans une ville du midi de la France; on se a à faire la première communion de la paroisse.

a retraite est finie, le beau jour tant souhaité arrive enfin. Le ciel paraît pur, et le soleil semble se lever plus brillant que de coutume, pour éclairer l’entrée triomphante de Jésus-Christ dans un grand nombre de cœurs innocents; mais en même temps quelle ter: ble scène ne doit-il pas éclairer! On se rend à l’église; la joie brille sur tous les fronts; un seul paraît triste et soucieux, Le saint sacrifice commence, le chant des cantiques porte la joie dans tous les cœurs ; les voûtes sacrées retentissent de pieux accents. On voit toute une aimable jeunesse palpiter d'espérance et d'amour. Voici le moment d'aller à la sainte table, La Communion commence. Le plus profond recueillement se fait remarquer. Des larmes d’attendrissement mouillent plus d’une paupière, Le Dieu caché fait sentir à tous les cœurs son auguste présence. Mais qu’elle n’est pas la surprise des assistants, lorsqu'ils voient un de ces jeunes enfants tomber tout à coup renversé, après avoir reçu la sainte hoïtie! On accourt, on le relève; il est roide, il ne donne aucun signe de connaissance ni de vie. On l’emporte dans une maison voisine; on lui prodigue tous les secours. Les médecins arrivent; vainement ils essaient de le rappeler à lui. La messe finie, son confesseur s’empresse de venir le visiter. Il l’appelle, point de réponse; il l’appelle encore, même silence, Enfin, on remarque des mouvements convulsifs. Il ouvre des yeux hagards ; le confesseur redouble ses instances et ses caresses ; il l’embrasse, il lui adresse les plus tendres

aroles. Ce malheureux enfant desserre enfin ses lèvres ivides, se tourne vers son confesseur, et fait entendre à tout le monde ce peu de paroles: J'ai fait un sacrilège ! 11 dit, se tourne contre la muraille, et il expire !—(Catéch. de Rhodez.

De la fréquente communion.

1. L’apôtre saint Paul, après avoir exposé dans les termes les plus forts l’énormité d’une communion indigne, ne tire pas cette conséquence : Eloignez-vous de la sainte Eucharistie ; mais il dit: ‘ Que l’homnie donc s’éprouve lui-même, et qu’ensuite il mange de ce pain et boive de ce calice.” La crainte de communier indignement ne doit pas nous détourner de la communion, mais elle doit nous engager à examiner sérieusement nos dispositions, et à redoubler notre vigilance sur nous-mêmes pour pouvoir approcher souvent et dignement de la Table sainte.

Communier indignement est un grand mal sans doute, mais ne pas communier en est un autre; l’un et l’autre conduisent certainement à la mort éternelle. L’Eucharistie est nécessaire pour entretenir et conserver la vie spirituelle de la grâce. Les forces de l’âme s’épuisent peu à peu comme celles du corps si on n’a pas soin de les réparer. Le moyen que Jésus-Christ a établi pour entretenir ces forces spirituelles, c’est la divine Eucharistie. ‘ Si vous ne mangez, nous dit-il lui-même, la chair du Fils de l’homme, et si vous ne buvez son sang, vous n’aurez point la vie en vous.” Il a institué ce Sacrement sous les espèces du pain et du vin pour nous faire sentir que nous devons le recevoir souvent: la sainte Eucharistie doir être la nourriture ordinaire de notre âme, comme le pain et le vin sont la nourriture ordinaire de notre corps.

2. Dans les premiers jours du Christianisme, les fidèles comprenaient bien cette vérité; ils regardaient l’Eucharistie comme le pain quotidien des enfants de Dieu; ils le mangeaient, en effet, tous les jours, et ils ne craignaient rien tant que d’en être privés. Nous devons nous eflorcer d'entrer dans les mêmes dispositions et d’imiter leur ferveur. Et qu’on ne dise pas que la fréquente communion était alors en usage, maisque la discipline de l'Eglise a changé. Avouons que les Chrétiens ont changé, et que la ferveur s’est ralentie ; mais l’esprit de l'Eglise est toujours le même. Le saint Concile de Trente dit qu’il souhaiterait que les fidèles, toutes les fois qu’ils assistent au

1. Pourquoi la crainte de communier indignement ne doit-elle pas nous détourner de la communion ?—2. Quelle était la pratique des premiers Chrétiens à l’égard de la sainte communion.

sacrifice de la Messe, y participassent non-seulement spirituellement, mais encore par la réception actuelle de l’Eucharistie. Un autre Concile exprime en ces termes le désir de l'Eglise touchant la communion fréquente : ‘ Nous voyons avec douleur qu’il y a des Chrétiens assez négligents pour ne communier qu’une fois dans l’année ; c'est pourquoi nous ordonnons aux curés et à ceux qui exercent le ministère de la parole, d’instruire les fidèles, sur la fréquente communion, qui était autrefois en usage, sur les fruits merveilleux qu’elle produisait alors, et de leur persuader qu’il n’y a point de moyen plus propre à ramener parmi nous les beaux jours de l'Eglise naissante, que la fréquente communion.”

3. Si donc l'Eglise n’oblige rigoureusement les fidèles qu'à une communion dans l’année, ce n’est pas qu’elle croie que cette communion annuelle suffise généralement pour entretenir dans ses enfants la vie spirituelle de la grâce ; elle n’a pas voulu leur faire un précepte de communier plus d’une fois, dans la crainte de multiplier les transgressions ou les sacrilèges ; mais elle désirerait qu'ils fussent assez purs pour communier souvent: et ils doivent le faire aussi souvent que cela est nécessaire pour qu'ils conservent, par la vertu de l’Eucharistie, la vie et la santé de l’âme. Si nous aimons Dieu, nous nous unirons souvent à lui: il nous invite à ce banquet sacré. “ Venez à moi, nous dit-il, vous tous qui avez de la peine et qui êtes chargés, et je voussoulagerai ; venez avec confiance, et ne craignez rien; venez à moi, qui suis votre père, et je vous donnerai le gage le plus touchant de mon amour ; venez à moi qui suis votre Dieu, et je vous enrichirai de mes grâces les plus précieuses.’ La conduite ln plus assurée qu'un fidèle puisse tenir à cet égard, c’est de se confesser souvent, au moins à l’approche des grandes fêtes, et de suivre l’avis de son confesseur relativement à l’usage plus ou moins fréquent de la sainte communion.

4. Une pratique extrêmement avantageuse, c’est de faire de temps en temps la communion spirituelle ; pour cet effet, il faut se recueillir un instant, produire un acte de désir de la communion réelle, inviter Jésus-Christ à venir en nous, et le prier de nous faire participants des mêmes grâces que si nous avions le bonheur de communier en réalité. ,

je Qu'est-ce que la communion spirituelle, et comment faut-il la aire

EXEMPLE.—Le jeune Albini n'ayant pas encore l’âge requis pour faire sa première communion, se contentait de soupirer sans cesse après l’heureux jour où il pourrait recevoir son Dieu, caché sous les voiles eucharistiques, et il n’oubliait.rien pour se préparer à une si sainte action. Il avait une si vive horreur du péché, qu'il évitait jusqu’à l’apparence même du mal. Il lisait souvent qu’il ne souffrirait pas que le démon entrit dans son cœur avant Jésus- Christ ; il avait une application constante à s’instruire de tout ce qui concerne le Sacrement adorable de nos autels. Il ne cherchait pas seulement à retenir les mots du catéchisme, il s’attachait surtout à en pénétrer le sens. L’innocence de sa vie, le désir extrême qu’il montrait pour la communion, et l’application avec laquelle il s’y préparait, engagèrent celui qui était chargé de la direction de sa conscience à l’admettre à la Table sainte plus tôt qu’on y reçoit communément les enfants, On ne pouvait lui annoncer une nouvelle plus agréable. 11 remercia son directeur avec les plus vifs transports d’allégresse, et, depuis ce moment, ilne songea qu’à redoubler ses soins pour purifier son cœur de plus en plus, et pour y préparer à Jésus-Christ une demeure qui fût moins indigne de lui. C’est pour cela qu'avant de communier il voulut faire une retraite, pendant laquelle il fit une confession générale de toute sa vie. A voir le torrent de larmes qu’il répandit et la vive douleur dont il fut pénétré, on eût dit qu’il n’y avait pas de plus grand pécheur que lui sur la terre. Cependant il n'avait jamais souillé par aucun péché mortel la précieuse robe de son innocence ; mais les lumières de la grâce dont il était éclairé, lui faisaient regarder les moindres fautes comme autant de montres odieux, etil ne pouvait se consoler d’avoir offenser Dieu qui voulait bien lui-même devenir sa nourrit’.re,.

C’est dans ces sentiments qu’il passa le temps de sa retraite. L’heureux moment après lequel il soupirait depuis si longtemps arriva enfin, et il eut le bonheur de recevoir son Dieu; mais il serait impossible d'exprimer les vifs sentiments de piété dont il fut animé pendant cette sainte action, Ce n’était que soupirs, que larmes, que transports d'amour et de reconnaissance : ‘ Oui, mon Dieu, s’écriait-il, puisque vous avez eu la bonté de vous donner à moi, je veux me donner entièrement à vous; puisque vous êtes uni si étroitement à moi, rien ne sera capable désormais de me séparer de vous, Je serais la

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plus ingrate des créatures, si j’usais de quelque réserve envers un Dieu qui m’a aimé sans mesure.”

Ce ne fut point là une de ces ferveurs passagères qui s’évanouissent avec l’occasion qui les fait naître. Albini n’oublia jamais cet heureux jour, ni les engagements qu'il avait contractés avec Dieu. La communion fut pour lui un aliment salutaire qui le fit croître sensiblement en vertu et en piété. Bien loin que cette nourriture céleste ‘assasiât sa faim, elle ne servit, au contraire, qu'à la redoubler, et depuis lors il ne manqua jamais de communier de quinze en quinze jours, sachant bien que la divine Eucharistie est aussi nécessaire à notre âme que les aliments terrestres à notre corps, et comprenant de quelle importance est l’usage fréquent de ce Sacrement pour se maintenir constamment dans les voies de l’innocence et de la piété.—Les Ecoliers vertueux.

ARTICLE VI

Du Sacrifice de la Messe.

1. L’Eucharistie n’est pas seulement un sacrement où Jésus-Christ se donne à nous pour être notre nourriture spirituelle, elle est encore un sacrifice où il s’offre à son Père comme victime pour nous. Notre-Seigneur ne s’est pas contenté de souffrir une fois sur la croix pour nous racheter ; mais il a voulu laisser à son Eglise un Sacrifice qui représentât celui de la croix, qui en fût la continuation, qui en perpétuât la mémoire jusqu’à la fin du monde, et qui nous en appliquât les mérites ; c’est pour cet effet que dans la dernière Cène, la nuit même qu'il fut livré, il offrit à Dieu son Père, sous les espèces du pain et du vin, son corps et son sang, qu'il donna à ses Apôtres, les établissant alors prêtres du nouveau Testament ; et par ces paroles : Faites ceci en mémoire de moi, il leur commanda, à eux et à leurs successeurs dans le Sacerdoce, d'offrir ce même corps et ce même sang en sacrifice, comme l'Eglise catholique l’a toujours entendu et enseigné.

2. Ce Sacrifice est la figure commémorative et la continuation de celui de la croix : la figure, parce que le sang de Jésus-Christ paraît séparé de son corps ; c’est

1. L'Eucharistie n'est-elle autre chose qu'un sacrement ?—2. Quel nom donne-t-on à l'Eucharistie, considérée comme sacrifice, et de quoi est-elle la figure aussi bien que la continuation ? Combien de sortes de devoirs rendons-nous à Dieu par le sacrifice de 1x Messe ?

use séparation apparente qui rappelle une séparation réelle : la continuation et le renouvellement, parce que c’est la même victime, la même hostie, le même sacrificateur, et par conséquent le même Sacrifice, tant sur la croix que sur l’autel. Ce qu'il y a de différence n’est que dans la manière : sur la croix il s’est offert par luimême, au lieu que sur l’autel il s’oflre par le ministère des prêtres ; sur la croix il s’est offert d’une manière sanglante, au lieu que sur l'autel il s'offre d’une manière non sanglante. Tel est le Sacrifice de la Religion chrétienne : Sacrifice auguste qui réunit seul tous les avantages que les différents sacrifices ne montraient qu’en figure dans l’ancienne Loi ; ilest tout ensemble un sacrifice d’adoration, par lequel nous reconnaissons l’empire souverain que Dieu a sur toutes les créatures ; un Sacrifice d’action de grâces, par lequel nous le remercions de ses bienfaits ; un Sacrifice d’impétration, par lequel nous en obtenons de nouveaux ; et un Sacrifice de propitiation, par lequel nous apaisons sa justice.

3. L'oblation que Jésus-Christ fait de lui-même à son Père renferme l’hommage le plus parfait qui puisse être rendu à sa majesté infinie, et rien ne peut le porter plus efficacement à nous regardet d’un œil propice, en lui remettant devant les yeux la mort cruelle à laquelle son Fils bien-aimé s’est soumis volontairement pour réconcilier les pécheurs avec lui.

Instruits du mystère de l’Eucharistie, persuadés que Jésus-Christ est réellement présent sur l’autel, et qu’il y renouvelle et perpétue la mémoire de sa mort, avec quelle piété et quelle reconnaissance devons-nous assister à ce Sacrifice auguste ! Si nous avions été présent sur le Calvaire quand notre Sauveur s’est immolé pour nous, quels auraient été nos sentiments ! N’aurions-nous pas été pénétrés de douleur, de componction et d’amour, à un spectacle si touchant ? Puisque le Sacrifice de la Messe est le même que celui de la Croix, nous devons y être animés des mêmes sentiments. Il faut avoir soin de nous unir au prêtre qui l’offre, et de conformer nos intentions aux siennes. Il l'offre pour rendre à Dieu le culte souverain qui lui est dû, pour obtenir la rémission de nos péchés, pour attirer les grâces qui nous sont nécessaires, pour remercier Dieu de toutes celles que nous avons reçues.

3. Que renferme l'oblation que J.-C. fait à son Père dans ce sacrifice ? Comment le sacrifice de la Messe renouvelle-t-il et perpétue-t-il le sacrifice de la croix ? ?

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4, C'est à Dieu seul qu'on offre le Sacrifice, paree que c’est un hommage de notre dépendance et de notre servitude. On y fait seulement mémoire des Saints pour louer et remercier Dieu des victoires qu’il leur a fait remporter par sa grâce, et de la gloire dont il les a couronnés, et pour leur demander qu'ils unissent leurs prières avec les nôtres.

On offre ce Sacrifice non seulement pour tous les hommes vivants, mais encore pour ceux qui sont morts en état de grâce, et à qui il reste quelques péchés à expier dans le purgatoire. L'Eglise demande pour eux, par le mérite de ce Sacrifice, que leurs âmes soient soulagées dans les peines qu’elles souffrent, et qu’elles en soient délivrées pour entrer dans la vie éternelle. Cet usage d'offrir le Sacrifice pour les morts est de la première antiquité, et vient de la tradition des Apôtres.

EXEMPLE.—Une mère de famille qui avait contracté l’heureuse habitude d'assister tous les jours à la sainte Messe, l’entendait le Dimanche pour accomplir le précepte de l'Eglise ; le lundi, pour les âmes du purgatoire ; le mardi, pour la conversion des pécheurs et la persévérance des justes ; le mercredi, pour se mettre, elle et sa famille, sous la protection de saint Joseph ; le jeudi, pour rendre ses devoirs à Jésus-Christ au très-saint Sacrement ; et le samedi, pour se mettre, elle et sa famille, sous la protection de Marie. Elle assurait avoir retiré les plus grands avantages de cette pieuse pratique.

—Thomas Morus, chancelier d'Angleterre, n’omettait jamais, malgré ses nombreuses occupations, d'assister au saint sacrifice ! Un jour, pendant la Messe, on vint l’avertir que le roi réclamait sa présence pour des affaires trèsimportantes, le chancelier répondit : ‘ Encore un peu de patience ; je n’ai pas achevé de présenter mes hommages à un souverain encore plus élevé : il faut que j'assiste jusqu’à la fin à l’audience divine.” Morus ne croyait pas au-dessous de sa dignité de servir la messe ; à ceux qui lui faisaient des observations à ce sujet, sous prétexte qu’il méconnaissait les bienséances de sa position, il répondait : ‘ Je me fais un véritable honneur de pouvoir rendre ce faible service au plus grand des souverains.??

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