‹ Traité des devoirs du chrétien envers Dieu [microforme]Chapitre 111 sur 173 · Qu'est-ce que les indulgences · texte numérisé non relu

Qu'est-ce que les indulgences

nuassent d'autant nos obligations : ce moyen, ce sont les indulgences.

Par exemple : Dans un royaume, un homme se rend coupable d’un crime : les lois le condamnent à mort. 1i ra monter sur l’échafaud, lorsqu'un personnage illustre vient se jeter aux pieds du monarque, et demande grâce pour le criminel. Le roi se laisse fléchir, le coupable est épargné : ce roi accorde une indulgence. Dans la personne d'Adam, le genre humain tout entier se révolte contre Dieu : il est condamné à la mort éternelle. Aussitôt le Fils de Dieu se présente et demande grâce, s’offrant à mourir à notre place. Le Père éternel accepte, et l’homme est épargné : Dieu accorde une indulgence.

On le voit, l’indulgence en général, c’est la réversibilité des mérites du juste sur le coupable ; c’est la source tout à la fois consolante et terrible de la fraternité et de la solidarité qui lie tous les hommes entre eux ; c’est la base des sociétés et l’essence même du Christianisme.

Par les Indulgences proprement dites, il faut entendre, selon saint Liguori, la rémission de la peine temporelle qui reste à subir après la remise de la faute et de la peine éternelle ; rémission accordée hors du Sacrement de Pénitence par l’application des mérites de Jésus-Christ, de la très sainte Vierge et des Saints,

Pour comprerdre la nature des indulgences et les effets qu’elles produisent, il faut se souvenir 1° que tout péché doit être puni en cette vie on en l’autre. Si le péché est mortel, il doit être puni en l’autre vie d’une peine éternelle sans préjudice des peines temporelles ; s’il n’est que véniel, il doit être puni d'une peine temporelle ici-bas ou dans le Purgatoire. Il faut se souvenir 2° qu'après la rémission, dans le Sacrement de Pénitence, soit du péché véniel, soit du péché mortel et de la peine éternelle qui lui est due, il reste ordinairement une peine temporelle à subir ; car il est rare qu’on ait les dispositions parfaites de contrition et de charité qui excluent toute affection au péché et qui nous justifie pleinement devant Dieu.

2. Autrefois on imposait pour certains péchés des pénitences publiques qui duraient plusieurs années ; il fallait prier beaucoup, passer les jours dans le deuil et les nuits dans les veilles et les pleurs, coucher sur la dure,

2. A quoi doi,ent suppléer les Indulgences dans l'intention de l’Eglise{

jeûner, faire beaucoup d’aumônes et d’autres bonnes œuvres. Quoique cette ancienne discipline ne subsiste plus, cependant, la justice de Dieu est toujours la même : le péché ne mérite pas moins de peines aujourd’hui que dans les premiers siècles.

3. Il faut absolument que nous subissions les peines temporelles dans toute leur rigueur et dans toute leur étendue, soit ici-bas, soit dans le Purgatoire. Mais la foi nous apprend que l'Eglise a reçu le pouvoir de les adoucir ; pouvoir consolant, qui se trouve renfermé dans les paroles que Notre-Seigneur Jésus-Christ à adressées à saint Pierre, lorsqu'il lui dit : ‘“ Je vous donnerai les clefs du royaume des Cieux, tout ce que vous lierez sur la terre sera lié dans le Ciel, et tout ce que vous délierez sur la terre sera délié dans le Ciel.” Il est clair, par cette promesse, que l'Eglise a reçu de Jésus-Christ, en la personne de saint Pierre, qui est son chef, le pouvoir d'ouvrir le Ciel aux pécheurs pénitents ; et, conséquemment, le pouvoir de lever tous les obstacles qui les empêchent d’y entrer ; ce qu’elle fuit par le moyen des Indulgences.

L'Eglise, dans les premiers siècles, avait égard à la recommandation des Martyrs, et, à leur prière, elle traitait avec indulgence les pécheurs auxquels ils s’intéressaient. Elle abrégeait aussi le temps de la pénitence de ceux qui l’avaient commencée avec courage, lorsqu'on était menacé d’une persécution, afin de les fortifier et de les mettre en état de résister à la violence des persécuteurs,.

4, C’est avec les mérites surabondants de Jésus-Christ, de la très sainte Vierge et des Saints, que l’Eglise acquitte les dettes de ses enfants, en puisant dans ce trésor de mérites de quoi satisfaire pour eux à la justice divine.

Il est certain que les satisfactions de Notre-Seigneur ont surpassé de beaucoup les péchés du monde: elles sont infinies, les péchés du monde ne le sont pas. De là ces mémorables paroles du pape Clément XI, qui expliquent si bien la pensée de l'Eglise sur les Indulgences : ‘ Le Sauveur immolé sur l’autel de la Croix, n’a pas versé seulement une goutte de son sang, ce qui cependant, à cause de la dignité de sa nature, aurait suffi pour la rédemption du genre humain, mais il a répandu tout entier. Combien donc, pour que tant de mérites ne

8. A qui notre divin Sanveur a-t-il donné le pouvoir d’accorder des indulgences ?—4. D'où l'Eglise prend-elle pour accorder des indulgences ?

soient pas vains et inutiles, ne doit pas être grand le trésor de grâces qu’il a acquis à l'Eglise militante! Ce trésor, il ne l’a point enfoui, mais il a donné au prince des Apôtres et à ses successeurs le pouvoir d’en distribuer les richesses aux fidèles,

Ilest également certain que les Saints ont fait beaucoup de satisfactions surabondantes, Que n’ont point été celles de la très sainte Vierge, qui, exempte de tout péché, a néanmoins tant souflert ? Celles de tant de martyrs qui, des fonts sacrés du Baptème oùils venaient d’être purifés, n’ont fait qu’un pas jusqu’à l’échafaud où ils consommèrent leur sacrifice? Celles de tant d’autres Saints qui, coupables à peine de quelques légères fautes, ont passé leur vie dans les austérités, les jeûnes, les privations de toute espèce ? telle est la doctrine de l'Eglise, Ainsi, le trésor des Indulgences se compose des mérites surabondants de N.-$.J. C., de la très-sainte Vierge et des Saints: trésor inépuisable, puisque les mérites du Sauveur sont infinis.

5. La remise de la peine temporelle due à nos péchés ne nous est pas toujours accordée dans la même mesure : quelquefois celle est pleine et entière, d’autrefois elle ne l’est pas. De là, les indulgences plénières et les indulgences partielles.

6. L’Indulgence plénière est la rémission non seulement de toutes les pénitences sacramentelles et canoniques, mais encore de toutes les peines du Purgatoire. Ainsi le Chrétien, assez heureux pour gagner dans toute sa plénitude une indulgence plénière, devient pur comme l'enfant qui sort des fonts du Baptême : s’il meurt dans cet heureux état, il monte droit au Ciel sans passer par le Purgatoire.

7. L’Indulgence partielle est celle qui ne remet qu’une partie de la peine due aux péchés.

8. Par l’indulgence partielle, de quarante jours, de cent jours, de sept ans, etc., on entend la rémission de la peine temporelle due aux péchés déjà pardonnés, correspondante à quarante jours, cent jours, ou sept ans de l’ancienne pénitence canonique.

5, Combien y a-t-il de sortes d indulgences ?—6. Qu'est-ce qu'une indulgence plénière ?—7. Qu'est-ce qu’une indulgence partielle ?—$8, Qu'entendon par une indulgence de quarante jours, etc ?

9. La plus grande des Indulgences est celle du Jubilé. C’est une indulgence plénière et extraordinaire accordée par le souverain Pontife à l'Eglise universelle, Outre la solennité dont elle est accompagnée, elle diffère des autres indulgences en ce que, pendant le Jubilé, le Pape accorde aux confesseurs le pouvoir d’absoudre des cas réservés et de commuer les vœux simples, c’est-à-dire de les changer en d’autres œuvres,

10. Le Jubilé proprement dit, ou le grand Jubilé, est celui qui revient tous les vingt-cinq ans, et l’on nomme cette année l’année sainte. Le mot Jubilé veut dire renvoi ou rémission. Chez les Juifs, il avait lieu tous les cinquante ans ; alors les terres retournaient à leurs anciens maîtres, les dettes étaient remises, les esclaves recouvraient la liberté, et la terre demeurait sans culture: c'était une année de grâce et de repos. Or, le Jubilé de la Loi ancienne n’était que la figure de celui de la Loi nouvelle. Le Jubilé du Christianisme remet les dettes spirituelles dont les pécheurs sont chargés ; il délivre les prisonniers et les esclaves du démon; il nous fait rentrer en possession des biens spirituels que nous avons perdus par le péché.

11. Outre le Jubilé ordinaire ou périodique de l’année sainte, les Papes accordent des Jubilés à différentes époques, à l’occasion de grandes j{ las ou de grandes douleurs dans l'Eglise. On les appelle Jubilés extraordinaires. Il est d'usage que chaque pape en donne un l’année de son exaltation. Enfin, il y a des indulgences accordées en forme de Jubilé, c'est-à-dire «ui sont accompagnées d’une certaine solennité, et auxquelles sont attachés les priviléges du Jubilé soit ordinaire, soit extraordinaire.

12. Le Pape, comme chef de l'Eglise, a le pouvoir d’accorder, dans toute l'Eglise, toutes sortes d’indulgences, selon qu’il le juge à propos et utile pour le bien des fidèles.

Les évêques peuvent aussi accorder diverses indulgences dans leurs diocèses, et, hors de leurs diocèses, à leurs diocésains seuls, sur lesquels ils continuent d’avoir autorité ; toutefois, leur peuvoir sur ce point est limité.

9. Quelle est la principale et la plus solennelle des indulgences ?—10, QuPntand-on par Jubilé?—11. Outre le Jubilé ordinaire et périodique

e l’année sainte, n’y a-t-il pas d'autres Jubilés ?—12, Qui a le pouvoir, dans ] Eglise, d'accorder des indulgences ?

15. Pour gagner une indulgence, il y a plusieurs conditions à remplir ; si on ne les remplit pas, si même on en omet une seule, “quand bien même ce serait involontairement, l’ indulgence n’est point gagnée.

14. Les Indulgences ne dispensent nullement de l’obligation de faire pénitence. Car 1° la pénitence est commandée à tous les hommes sans exception ; 2° nous devons imiter Jésus-Christ et les Saints, dont la vie a été une pénitence continuelle ; 3° l’Indulgence ne s'accorde que sous des conditions onéreuses, qui sont elles-mêmes, dans un sens, des œuvres de pénitence. L'Indulgence est donc un moyen d'aider le pécheur dans les satisfactions qu’il doit à Dieu, en suppléant à son insuffisance, et non de le décharger de cette obligation.

COMPARAISON.—Un ouvrier a contracté une dette tellement forte, qu'il faut qu'il travaille toute sa vie pour la payer. Or, voilà qu’arrive un homme riche qui lui dit : “ Donnez ce que vous pourrez; et, s’il manque quelque chose, je suis prêt à y suppléer afin que votre dette soit entièrement acquittée.” Quelle consolation, quelle joie n’éprouverait pas cet ouvrier en entendant ces paroles ? Eh bien ! voilà de quelle manière l'Eglise agit à notre égard. Nous devons accomplir les œuvres de “Pénitence qui nous sont imposées, et faire tout ce qui est en notre pouvoir ; alors elle nous accorde du trésor de ses grâces autant qu’il nous en faut pour payer nos dettes, pour expier les peines temporelles dues au péché.

EXEMPLE.—Une personne pieuse qui avait commis de grandes fautes dans sa jeunesse, faisait exactement les différentes prières auxquelles les souverains Pontifes ont attaché des Indulgences. Chaque jour elle se condamnait à quelques mortifications, faisait l’aumône selon son pouvoir, et répétait souvent ces belles paroles : “ Seigneur, ayez pitié de moi maintenant, à tous les instants de ma vie, etsurtout à l’heure de ma mort ;: je vous en conjure par les mérites de Jésus-Christ, et par l’intercession de Marie, des Anges et des Saints. Je vous offre en esprit de pénitence tout ce que j'aurai à souffrir, et je ne veux me satisfaire en quoi que ce soit.” Lorsqu'on lui représentait que la vie mortifiée qu’elle menait abrégeait ses jours, elle répondait : “ Il faut souffrir un peu dans cette vie pour ne pas souffrir beaucoup dans l’autre.” — Explication du Catéchisme de l'empire.

13. Que faut-il faire pour gagner une indulgence ?—14. Pourquoi les indulgences ne dispensent-elles pas de faire pénitence ?

ss DU SACREMENT DE L'EUCHARISTIE, CHAPITRE V.

ARTICLE PREMIER

Institution de l'Eucharistie. Transsubstantiation.

1. L'Eucharistie est un sacrement qui contient réellement et en vérité le corps, le sang, l’âme et la divinité de notre Seigneur Jésus-Christ, sous les espèces du pain et du vin,

C’est le plus grand et le plus auguste de tous les sacrements. En effet, les autres sacrements nous donnent la grâce, mais l’Eucharistie nous donne l’Auteur de la grâce, Dieu lui-même, Par elle Jésus-Christ demeure en nous, et nous demeurons en lui,

2, Notre-Seigneur en avait fait la promesse longtemps avant qu’il l’instituât : nous la lisons au chapitre sixième de l'Evangile de saint Jean. Après avoir dit aux Juifs : ‘ Je suis le pain vivant qui est descendu du ciel.” Notre- Seigneur ajouta : ‘Le pain que je donnerai c'est ma chair que je livrerai pour la vie du monde.” Et comme les Juifs en murmuraient, il insista de nouveau et plus fortement encore, en disant: ‘ En vérité, en vérité je vous le dis: Si vous ne mangez la chair du Fils de l’homme et si vous ne buvez son sang, vous n’aurez point la vie en vous ; celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et je demeure en lui.”

3. Il a exécuté cette promesse, la veille de sa Passion, dans la cène où il mangea l’agneau pascal avec ses Disciples. Il prit le pain, et après avoir rendu grâces à son Pere, il le rompit et le donna à ses Disciples en disant: ‘ Prenez et mangez; ceci est mon corps, qui sera livré pour vous; faites ceci en mémoire de moi.” Puis, prenant le calice, il dit: “ Buvez-en tous; c’est mon sang, le sang de la nouvelle alliance, qui sera répandu pour vous et pour plusieurs pour la rémission des péchés : Le ceci en mémoire de moi toutes les fois que vous le

oirez.”?

1. Que contient le sacrement de l’Eucharistie, quelle idée devons-nous en avoir, et pourquoi ?—2. Par quelles paroles N.-S. J.-C. a-t-il fait la promesse de l’Eucharistie ?—3, Quand et comment l’a-t-il éxécutée ?

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