‹ Traité des devoirs du chrétien envers Dieu [microforme]Chapitre 115 sur 173 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

1. Les cinq premiers sacrements sont communs à tous les Chrétiens, et tous doivent les recevoir dans le temps et dans les circonstances où ces secours leur sont nécessaires : les deux suivants sont particuliers à deux états qui, par leur importance et les grandes obligations qu’ils imposent, ont besoin de grâces toutes particulières.

4 1. Quelle différence y a-t-il entre les cinq premiers sacrements: et les deux derniers, par rapport à tous les Chrétiens ?

2. Le sacrement de l'Ordre donne à l'Eglise des pasteurs qui la gouvernent ; c'est par l’imposition des mains et par la prière dont elle est accompagnée qu'ils sont séparés du reste des fidèles, et qu’ils reçoivent le pouvoir d'annoncer l'Evangile, d’administrer les Sacrements, d'offrir le saint Sacrifice ; en un mot, d'exercer le saint ministère. Jésus-Christ institua ce sacrement lorsqu'il appela les Apôtres et qu’il leur dit : ‘“ Je vous envoie comme mon Père m'a envoyé ; allez, instruisez les nations; baptisez-les. Recevez le Saint-Esprit ; les péchés seront remis à ceux à qui vous les remettrez, etc. ; ‘‘ et lorsque, après avoir établi le Sacrifice de son corps et de son sang, il ajouta : ‘ Faites ceci en mémoire de moi.”

3. L'Ordre est donc un sacrement qui donne le pouvoir de faire les fonctions ecclésiastiques et la grâce pour les exercer saintement. Les Apôtres n’ont pas reçu ce pouvoir pour eux seuls, mais pour le communiquer à d’autres. Nous voyons dans l’Ecriture qu’ils ont ordonné des évêques, des prêtres et des diacres par l’imposition des mains; et nous lisons dans l'Histoire ecclésiastique que les premiers évêques, établis par les Apôtres, en ont ordonné d’autres pour leur succéder; et cette succession, qui n’a Ve QE été interrompue, continuera dans l'Eglise jusqu’à la fin des siècles.

4, On parvient au sacerdoce par plusieurs degrés ou ordres différents. Il y a quatre ordres qu’on appelle mineurs, savoir : Celui de portier, de lecteur, d’exorciste, et d’acolyte ; et trois majeurs, savoir: le sous-diaconat, le diaconat et le sacerdoce.

5. Un état si saint demande de grandes dispositions dans ceux qui veulent l’embrasser. La première est d’y être appelé et de ne pas s’y ingérer de soi-même. S'il n’y a aucun état où il soit permis d’entrer sans avoir consulté Dieu pour savoir s’il nous y appelle, cette précaution est bien plus nécessaire encore quand il s’agit du Sacerdoce, dont les fonctions sont si saintes et si sublimes. ‘ Ce n’est pas vous, disait Jésus-Christ à ses Apôtres, ce n’est pas vous qui m'avez choisi; mais c’est moi qui vous ai établis, afin que vous alliez et que vous portiez du fruit.” La seconde disposition pour entrer dans l’état ecclésiastique, c'est d’être animé du zèle de la gloire de

2, Qu'est-ce que le sacrement de l'Ordre ?—3. Quel pou7air le sacrement de l’Ordre donne-t-il ?—1. Nommez les divers dégrés par lesquels or parvient au sacerdoce, qui complète ce sacrement.—5. Quelles dispositions faut-il apporter à la réception de ce sacrement ?

310 DU SAËREMENT DE L'ORDRÉ.

Dieu et du salut du prochain. Malheur à ceux qui n’auraient en y entrant que des vues humaines, qui ne consulteraient que l’intérêt ou l’ambition, qui ne se proposeraient que de s’y enrichir et d’y vivre plus commodément et plus honorablement! La troisième disposition est d’être irréprochable dans ses mœurs ; il serait bien à souhaiter que l’on eût conservé la grâce de son Baptême : du moins faut-il l'avoir recouvrée depuis longtemps, et mener une vie édifiante et exempte de reproche. Enfin la quatrième disposition est d’être en état de grâce; ce serait un horrible sacrilège de recevoir un sacrement si saint avec une conscience souillée par le péché mortel.

EXEMPLE.—Savez-vous ce que c’est qu’un prêtre, vous que ce seul nom irrite ou fait sourire de mépris? Un prètre est par devoir l’ami, la providence vivante de tous les malheureux, le consolateur des affligés, le défenseur de quiconque est privé de défense, l’appui de la veuve, le père de l’orphelin, le réparateur de tous les désordres et de tous les maux qu’engendrent vos passions et vos funestes doctrines. Sa vie entière n’est qu’un long et héroïque dévouement au bonheur de ses semblables. Qui de vous consentirait comme lui à échanger les joies domestiques, toutes les jouissances, tous les biens que les hommes recherchent si avidement, contre des travaux obscurs, des devoirs pénibles, des fonctions donit l'exercice brise le cœur et rebute les sens, pour ne recueillir d’autre fruit de tant de sacrifices que le dédain, lingratitude et l’insulte !

Vous êtes encore plongés dans un profond sommeil, et déjà l’homme de charité, devançant l’aurore, a recommencé le cours de ses bienfaisantes œuvres. Il a soulagé le pauvre, visité le malade, essuyé les pleurs de l’infortune ou fait couler ceux du repentir, instruit l’ignorant, fortifié le faible, affermi dans la vertu les âmes troublées par les orages des passions. Après une journée toute remplie de pareils bienfaits, le soir arrive, mais non le repos. . A l’heure où ie plaisir vous appelle aux spectacles, aux fêtes, on accourt en grande EÂte auprès du ministre sacré : un chrétien touche à ses derniers moments, il va mourir, et peut-être d’une maladie contagieuse ; n'importe, le bon pasteur ne laissera point expirer sa brebis sans adoucir ses angoisses, sans l’environner des consolations de l’espérance et de la foi, sans prier à

ses côtés le Dieu qui mourut pour elle, et qui lui donne à cet instant même, dans le Sacrement d’amour, un gage certain de l’immortalité,

Il est encore plus aux yeux de la Foi ; il est le ministre de J''sus-Christ sur la terre, son représentant chargé d'exercer des fonctions qui n’ont pas même été confiées aux Anges,

Voilà le prêtre, non tel que l’aversion se plaît à se le figurer mais tel que réellement il existe au milieu de vous,

—L'empereur Charlemagne s’exprimait ainsi au sujet du respect dû aux prêtres : ‘“ Notre volonté ferme et bien arrêtée est que tous nos sujets obéissent ponctuellement à leurs prêtres comme aux représentants de Dieu ; car nous ne saurions comprendre comment ceux-là pourraient nous rendre la fidélité et l’obéissance qu'ils nous doivent, qui sont infidèles et désobéissants envers Dieu et envers ses ministres. Tous ceux qui désobéissent aux prêtres devront être déposés de leur dignité, dussent, parmi ceux-là, se rencontrer mes propres fils ; ils seront tenus pour infidèles, coupables de lèse-majesté divine et humaine, et bannis de nos Etats ; car notre royaume doit être un royaume composé de chrétiens et non de païens.”

—S$aint François d'Assise était pénétré d’un si grand respect pour le sacerdoce, qu’il ne pouvait se résigner à recevoir l’ordination, Il avait coutume de dire que, s’il rencontrait en même temps un prêtre et un ange, il saluerait le prêtre avant l’ange, parce que le pouvoir du prêtre l'emporte sur celui de l’ange.—$S. BONAVENTURE.

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