DH LA VOCATION. 515 CHAPITRE IX
‘ Si Dieu assigne aux Anges leur mission sur la terre et aux astres leur course dans l’espace, il marque aussi aux hommes, n’en doutons pas, la carrière qu’ils doivent suivre pour lui plaire et pour arriver au bonheur, Il ne peut point rester indifférent au gouvernement des âmes, étranger au choix des états de vie, S'il existe dans le monde une créature capable de déranger ou de seconder les plans de la Providence, c’est sans contredit l’homme qui, doué de raison, armé du libre arbitre, placé entre le vrai et le faux, entre le bien et le mal, peut lui obéir ou lui résister, et, dans la mesure de sa fidélité ou de ses résistances, devenir pour le peuple de Dieu tout entier un sujet d’édification ou une pierre de scandale,
Or il est certain que la conduite bonne ou mauvaise des hommes dépend presque toujours de l’état qu’ils ont embrassé. Si cet état est celui qui leur a été assigné par la Providence, comme le mieux approprié à leur caractère, à leurs forces, et même à leurs faiblesses, on peut dire, en général, qu’ils se conduisent bien, S'ils embrassent, au contraire, par entraînement, pee passion ou par irréflexion, un état auquel Dieu ne Îles appelle point ou qu’il leur interdit, leur conduite sera rénétonels e, mau- . Vaise. C’est la pensée de saint Grégoire de Nazianze. ‘Pour moi, dit-il, je tiens que le choix d’un état de vie est si important, qu’il décide, pour le reste de notre existence, de notre conduite bonne ou mauvaise.” Le choix d’un état de vie ressemble donc, sous certains rapports à la vocation, à la foi, et même à la prédestination : i décide pour nous de toute une suite de devoirs à remplir, et d’une longue série de grâces à obtenir, grâces semblables à une chaîne qui nous lie au ciel et nous y attire. Si nous saisissons cette chaîne, nous sommes sauvés ; si nous l’abandonnons, nous sommes perdus.
Gardons-nous donc de croire que le choix d’un état de vie’ soit une chose indifférente, dans laquelle nous pouvons suivre sans inconvénient notre goût ou notre caprice. Dieu y revendique ses droits ; il prétend y intervenir et assez souvent y imposer sa volonté. S'il destine la plupart des hommes à la vie commune, il se réserve néanmoins le choix des chefs de son peu le, et des personnes qu’il veut employer dans le monde comme
instruments de sa miséricorde ou de sa justice, Il destine l’un à servir l’Eglise dans l’état ecclésiastique ; l’autre, à édifier le peuple de Dieu dans la pratique des conseils évangéliques et de la vie parfaite ; un troisième à briller es, + monde par l'éclat des vertus chrétiennes, et à servir utilement l'Etat. Il ne nous arsartient point d'intervertir ces rôles ou d'échanger ces “arrières, Un jeune homme appelé au sacerdoce ou au cloître ne se sauvera pas dans la vie du monde ; un autre, appelé à la vie du monde, se perdra s’il s'engage dans le cloître ou dans le sacerdoce. En fait de vocation à un état de vie, on ne se trompe point impunément; on est coupable lorsqu'on résiste à la voix du Ciel ; on ne l’est pas moins lorsqu'on s’étourdit au point de ne pas l’entendre. Il importe donc beaucoup de procéder dans cette affaire avec réflexion, avec pleine connaissance de cause, et surtout avec un sentiment de parfaite soumission À la volonté de Dieu.
La grande difficulté en cette matière naît presque toujours de l'inexpérience de ceux qui en délibérent et de la mobilité de leurs affections. Quand les jeunes gens commencent À fixer sur l’avenir un regard sérieux, mille considérations diverses, parfois contradictoires, s'emparent successivement de leur esprit et les préci-
itent dans lu plus grande perplexité. Tantôt l’avenir eur paraît radieux, clair, brillant; tantôt incertain, sombre, menaçant. D'une part, le monde étale ses richesses, ses grandeurs, ses plaisirs ; de l’autre Jésus-Christ notre divin Sauveur, armé de sa croix et de son Evangile, se présente et il semble dire : Si vous voulez être
eureux, suivez-moi ! Le vice se montre d’un côté, entouré de prestige et de séduction ; la vertu, de l’autre, apparaît avec sa ravissante simplicité, sa céleste douceur et ses récompenses immortelles. Tantôt l'esprit n’aperçoit que de faibles lueurs, tantôt il ne rencontre qu’obscurité et ténèbres, tantôt ses yeux sont frappés des lumières les plus vives : l’âme se débat dans de pénibles alternatives de craintes et d’espérance, de tristesse et de joie. Les affections terrestres se heurtent au fond du cœur avec les attraits divins, et ses mouvements divers semblent ne conduire qu’au doute, qu’à l'incertitude. Cette position est pénible, il faut en convenir; elle paraîtrait insup-
rtable si elle se prolongeait longtemps. Mais un jeune homme chrétien en sort sans peine, du moment qu'il élève ses pensées et ses mains vers le ciel pour invos
quer le Père des lumières, du moment qu'il demande conseil à sa mère l'Eglise, et qu’il s’abandonne aux décrets souverains de la Providence, Dieu lui procure alors, comme autrefois À saint Paul, un Ananie, qui l’éclaire, qui le guide, qui le conduit par des voies faciles à une détermination définitive, d’où naît cette conviction, ce calme qui fait ensuite tout son bonheur, Mais, pour aborder au port, il faut déployer les voiles, diriger le gouvernail, consulter la boussole ; je veux dire qu'il faut traiter cette afraire avec un grand sentiment de foi, d'humilité et de ferveur.” (Mgr Malou.)
Chacun reçoit de Dieu le don qui lui est propre. (1 Cor. VII, 7.)
Malheur à vous, dit le Seigneur par la bouche d'Isaïe, enfants déserteurs qui arrêtez vos conseils sans ma participation, et qui ourdissez la toile sans étre animés de mon esprit. (Isaïe, XXX, 1.)