‹ Traité des devoirs du chrétien envers Dieu [microforme]Chapitre 138 sur 173 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Observations Générales,

La politesse consiste dans l’aisance et la grâce des manières, dans le désir de plaire aux autres, et dans une soigneuse attention à prévenir leurs besoins et même leurs moindres désirs.

À son entrée dans la société, le jeune homme chrétien doit être instruit, non-seulement des devoirs qu’impose la religion, maïs aussi de ceux que prescrit la politesse, S'il est privé de cette double connaissance. sa vertu même perdra de son influence ; si, au contraire, il la possède, sa vertu sera entourée du respect auquel elle a un droit si légitime.

Créé à l’image de Dieu, et obligé d’imiter natre divin Rédempteur, dont chacune des actions ne iespirait que douceur et affabilité ; destiné également à remplir un rôle relativement important sur la terre, le chrétien doit être animé des sentiments les plus tendres de bienveillance envers ses semblables, et sa conduite à leur égard ne doit cesser d’être l'expression fidèle de ses sentiments. Si toutefois il ne réunit point la simplicité, la douceur et la dignité, qui sont le caractère des mœurs chrétiennes, son maintien, au moins, doit-il être exempt de tout ce qui ne serait qu’affecté, rude ou repoussant.

Les parents et tous ceux qui sont chargés de l’importante fonction d’élever la jeunesse, ne sauraient trop s'appliquer à lui rendre les manières polies et engageantes ; de leur côté, les enfants ne doivent point manquer de correspondre aux efforts faits dans le but de développer en

à POLITESSÉ CHRÉTIENNEÉ,

eux cette partie de leur éducation. Les uns et les autres doivent surtout se souvenir que le jeune âge se prête facilement aux bonnes habitudes, et que les impressions qu’il reçoit, exercent généralement la plus haute influence sur la conduite et les habitudes de l’âge avancé. Un jeune homme, il est vrai, peut dans certaines circonstances, sembler avoir oublié les préceptes d’une bonne éducation, ses sentiments et sa conduite peuvent encore paraître n’en recevoir presque aucune influence ; mais il est aisé de remarquer en lui, même au plus fort de ses plus graves débordements et de ses plus grands excès, les salutaires effets des leçons de vertu et de politesse qu’il a reçues dans son enfance.

Ce petit traité est destiné à aider les jeunes gens à se former à des manières conformes aux règles de la bienséance et aux usages reçus dans la bonne société. Il est divisé en deux parties : la lère traite de ce qui a rapport à la tenue extérieure ; la seconde contient des instructions sur les actions les plus ordinaires de la vie, telles que : le lever, le coucher, les repas, les conversations, les amusements, ete. Il est indispensable d’avoir en tout des règles précises et l’attention la plus soutenue, afin que chaque chose soit faite avec ordre, et que les actions journalières correspondent, pour la fin et la manière de les faire, avec les desseins de Dieu, et finalement puissent tendre à la perfection de notre être.

La propreté sur notre personne nous rend agréables aux autres ; et, tout en favorisant en nous la gaieté, elle contribue puissamment à conserver notre santé. Elle a aussi une grande analogie avec la pureté du cœur, et nous inspire tout naturellement des sentiments honnêtes, Ces seules raisons devraient suflire pour porter les jeunes gens a pratiquer facilement ce qui est enseigné sur un sujet d’une aussi haute importance,

Le sommeil est nécessaire à notre existence, mais il doit être pris en des temps réglés et avec une juste modéation ; dans le cas contraire, il devient nuisible à l’intelligence comme au corps.

La nourriture doit être proportionnée à notre constitution et à nos besoins. L'usage immodéré qu’on en ferait surtout s’il était habitué, déplairait à Dieu et ne manquerait pas de provoquer en nous l’assoupissement, la stupidité et même la perte de la santé: ce dont il faut soigneusement instruire les enfants. Ceux-ci, en effet,

POLITESSE CHRÉTIENNE, 8 ne prévoyant pas les déplorables suites d'un tel abus, sacrifient souvent tout à la satisfaction présente de leur appétit.

L'homme est né pour la société afin de vivre et de communiquer avec ses semblables. Il faut donc que, dans ses conversations comme dans les visites qu’il reçoit ou qu’il rend, et enfin dans toutes les circonstances où il peut se trouver, il connaisse à fond tous les devoirs que prescrivent la bonne éducation, la raison et la religion. Ces devoirs sont : la prudence dans la conduite ; la circonspection dans les paroles ; la pureté d'intention ; les égards dus aux égaux et aux supérieurs ; la patience et la douceur dans les rapports avec les personnes d’un caractère chagrin et difficile ; une charité égale dans les circonstances critiques ; un soin constant à éviter de blesser soit la réputation des absents, par de malicieuses calomnies ou des rapports désavantageux, soit la modestie de ceux qui sont présents, par des louanges inopportunes ou de dégoutantes adulations ; la modestie des yeux ; une grande retenue de la langue ; enfin, la fuite de tout ce qui pourrait tant soit per enfreindre la loi sacrée de la charité. Tel est l’abrégé des vertus auxquelles les jeunes gens doivent, dès leur enfance, être formés par ceux aux soins desquels ils sont confiés. Il faut que ces vertus soient si profondément gravées dans leur mémoire et dans leur cœur, qu’elles se reproduisent instantanément dans leurs actions, suivant que le semblent exiger les circonstances.

Quoique l’homme, sans distinction de rang ni de condition, soit condamné au travail, néanmoins Dieu, toujours juste dans ses décrets, lui permet de prendre les délassements nécessaires pour réparer ses forces et maintenir sa vigueur. Ce repos, cependant, doit être proportionné à ses besoins ; car autrement il dégénèrerait en paresse ou en dissipation, et serait opposé à la volonté de Dieu, à sa puissance, et par suite, serait le principe d’un grand nombre de péchés. Comme, en général, les gens sans principe et sans honneur n’ont aucune idée de ce sujet, il est d’une extrême importance d’en instruire soigneusement la jeunesse, si portée du reste à l’amusement, dans l'usage duquel elle ne manque que trop souvent de discrétion et de modération.

Î AVANTAGES DE LA POLITESSE, SECTION II, Nécessité et avantages de la Politesse.

Après que Michel-Ange eut passé plusieurs jours à donner, sur une statue, ce qu'il appelait un léger degré de grâce à un membre et d'énergie à un autre, un gentilhomme lui fit remarquer que ce n'étaient que des minuties indignes d’une aussi grande attention. ‘ Des minuties très-certainement,”? répliqua-t-il; ‘ mais les minuties font la perfection, et la perfection n’est pas une minutie.” Cette observation peut parfaitement s'appliquer à la politesse, laquelle consiste en une foule de petites choses, telles qu’un regard, le ton de la voix, une bonne parole, une action obligeante, une marque de satisfaction et de

ratitude pour un service reçu, en un mot une infinité otantione délicates qu’il est plus aisé d’éprouver que de décrire, Prises isolément, ces choses peuvent bien paraître des minuties, mais, dans leur ensemble, elles sont les marques caractéristiques de la vraie politesse.

C'est dans le cœur que la vraie politesse prend sa source, car c’est du cœur que nous vient ce désir sincère d’être obligeant envers nos semblables et de les rendre heureux, Si elle est pratiquée dès le jeune âge, la politesse devient une habitude dont l’exercice, comme celui des autres habitudes, nous est aisé et agréable. Elle commence sous le toit paternel et se perfectionne dans les relations journalières de la vie domestique. Là, en effet, plus facilement que partout ailleurs, les passions, naissant graduellement, peuvent être comprimées ; Jà encore on peut s'exercer fréquemment à des sentiments de bienveillance et se livrer à de continuels échanges de bons offices; là enfin, on se forme aux véritables manières du savoir-vivre et de la courtoisie.

L'enfant qui, pendant son séjour à la maison, agit envers ses parents avec respect et amour, enversses frères et sœurs avec bonté et affection ; qui cherche les occasions de leur rendre de petits services et s’attriste quand il ne peut contribuer à leur bien-être et à leur bonheur ; qui ne se laisse jamais aller à la colère, à la morosité où à l’incivilité, mais qui est uniformément doux, aimable et obligeant ; cet enfant, disons-nous, trouvera également aisé d'agir, en toute occasion, envers ses semblables avec douceur et affabilité. Celui, au contraire, qui est accoutumé à agir avec rudesse et incivilité au sein de sa famille,

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