‹ Traité des devoirs du chrétien envers Dieu [microforme]Chapitre 145 sur 173 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Du Visage.

Le Sage dit qu’à l’air du Visage on connaît l’homme de

bon sens. ‘ Le visage est ”” dit un ancien, ‘le miroir de l'âme, l'interprète de la pudeur, ou le témoin de la cor-

pU VISAGE, 13

ruption du cœur.” Quand notre conduite est inspirée par un sentiment de bonté et de bienveillance, le visage est un sujet d'édification. Pour être agréable, il faut n’avoir rien de sévère ni de repoussant dans le visage, rien de sauvage ni de farouche, rien non plus qui indique la légèreté ni l’ostentation. Il convient également de faire paraître, en toute occasion, une gravité aimable, une bienveillance pure et désintéressée, une sérénité calme et réfléchie, exempte surtout de toute alternative de tristesse ou de découragement, de frivolité ou de dissipation.

Il est cependant à propos de composer son visage selon les circonstances où l’on se trouve et les personnes à ec lesquelles on converse. Il serait ridicule et insultant de plaisanter et de rire avec des gens qui sont dans la tristesse, de leur parler d’un ton gai, où d’annoncer un événement fâcheux avec un air indifférent. De même, lorsqu'on se trouve dans une compagnie dont les entretiens roulent sur des choses agréables et amusantes, on ne doit pas avoir un air sombre et rêveur.

A l'égard de ses propres affaires, l’homme sage conserve, autant qu’il est possible, un visage toujours égal. Comme il reconnaît la volonté du Tout-puissant dans tous les événements qui surviennent, et qu'il se soumet humblement à ses décrets éternellement sages et équitables, ainsi son visage annoncera toujours cette résignation calme et paisible qui règne en son âme. Ce n’est pas que le visage ne doive se ressentir des différentes situations de l'âme, mais il fant que l'homme sensé et vertueux soit assez maître de lui-même pour se modérer dans le chagrin comme dans le plaisir. |

Rien n’est plusincommode ni plus fâcheux qu’un horime avec lequel on est obligé de vivre et de converser, et dont le visage annonce tantôt de la gaieté, tantôt de la mauvaise humeur, Cette mobilité est une preuve qu'il se laisse conduire par la passion, et, par conséquent, qu’il est peu sensé et peu vertueux, et qu’il est bien peu sensible À son bonheur et à celui de ses amis. Une teiie personne devient un vrai fléau pour ses enfants et ses domestiques, au lieu d’être le modèle proposé à leur imitation e& comme le gardien chargé de les aider et de les protéger.

Lorsqu'on se trouve avec des personnes qui, par leur Âge. leurs vertus et leur position, méritent des égards, le respect qu’on leur témoigne doit être peint sur le visage,

14 POLITESSE CHRÉTIENNÉ.

sans cependant y mêler un air de timidité puérile, qui est ordinairement la preuve d’une âme basse. Avec sesamis, il faut toujours avoir un visage gai, afin de les mettre plus à l’aise et de donner plus de facilité et d'agrément à la conversation, Quant aux personnes avec Tesquelles nous sommes peu en rapport, où qui sont au-dessus de ‘nous par leur position, et dont le caractère ne nous est pas suffisamment connu, nous devons user envers elles d’une réserve respectueuse mais affable, et éviter à leur égard cette familiarité, qui ne pourrait être que peu agréable pour elles et inconvenante pour nous.

Quelle que soit la position sociale d’un jeune homme, il doit, par le fidèle accomplissement de ses devoirs, s’efforcer de se rendre digne d’estime. IL faut de plus qu'il fasse paraître une noble indépendance, en ne s'imposant pas à l’attention de ceux qui pourraient se considérer comme supérieurs à lui en dignité ou qui seraient indifférents à faire sa connaissance.

Bien des jeunes gens ont nui souvent à leur réputation et à leur avenir en se mêlant à des personnes d’une position plus élevée, Ce déplacement a toujours pour conséquence, la négligence dans les aflaires, la prodigalité dans les dépenses, et enfin, la pauvreté et l’avilissement. Un jeune homme qui vit dans l'intimité de sa famille, entouré d’un petit nombre de connaissances et d'amis, et s’occupant avec soin et intelligence des affaires de sa profession, jouit d'un bonheur autrement réel, et se prépare pour l’avenir une prospérité et un bien-être autrement grands, que ne saurait lui procurer la fréquentation des gens supérieurs par leur intelligence ou par leur position sociale : le premier cas est un préservatif et une protection pour la vertu et le bonheur, tandis que le second ne leur est que trop souvent une cause certaine de naufrage.

Avant de terminer ce chapitre; il ne sera pas sans importance de rappeler aux enfants, auxquels 1l est destiné, que Ja propreté, surtout de la figure, doit être de leur part le sujet d’une attention particulière. En parlant du visage, il est à propos de remarquer que la pensée habituelle de la présence de Dieu, outre les nombreux avantages spirituels qu’elle procure, contribue puissamment à en former l'expression. Celui, en effet, qui est attentif à cette Divine présence, peut, suivant la remarque d’un saint, regarder tous les jours de sa vie comme autant de jours heureux, parce qu’il se considère comme vivant en

Page 1