‹ Traité des devoirs du chrétien envers Dieu [microforme]Chapitre 146 sur 173 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Du Visage. (Suite.)

11 faut éviter de rider le front. Un front ridé est souvent la marque d'un caractère mélancolique ou a'une âme fière, qui méprise ceux qu'elle regarde comme ses inférieurs, On doit avertir les enfants de réprimer en eux avec soin tout sentiment d’orgueil, et de ne jamais manifester le moindre signe d’un vice si dangereux. Ils doivent se rappeler souvent que, tout aussi bien qu'eux, les pauvres, même les plus misérables, ont été créés par le même Etre tout-puissant et pour la même destinée, qu'ils ont été rachetés également par le même sang précieux d’un Dieu fait homme, et que tous nous devons les considérer comme nos frères sur la terre, nos futurs cohéritiers dans le ciel, et les représentants de Celui qui regarde comme fait à lui-même le bien ou le mal que nous leur pouvons faire. Si les jeunes gens s’imprimaient fortement cette juste et salutaire pensée dans l’esprit et dans le cœur, ils seraient loin de déshonorer leur conduite par l’arrogance et le mépris avec lesquels ils traitent parfois les pauvres. Quelle augmentation de bonheur pour tous les hommes, si chacun s’appliquait à acquérir de tels sentiments !

La modestie est le plus bel ornement du visage, C’est une des marques les plus distinctives d’un serviteur de Dieu. ‘Que votre modestie soit connue de tous les hommes, dit l’Apôtre, le Seigneur est proche.” La modestie répand sur le visage du chrétien vraiment vertueux une certaine teinte, qu’un ancien écrivain appelle la couleur de la vertu. Lorsque le cœur est pur et élevé, la moindre parole ou action inconvenante provoque une rougeur qui est la manifestation de cette délicatesse de sentiments dont l’impie et l’homme endurei ne sauraient être susceptibles.

Bien que l'Evangile nous conseille de présenter la joue droite à celui qui nous frapperait à la joue gauche, néanmoins il ne peut y avoir personne d'assez insensé pour se permettre de frapper son semblable, sous le prétexte que

celui-ci doit souffrir cet outrage avec ‘patience, Donner un soufHet à son prochain est une des plus grandes insultes qu'on puisse lui faire ; ce ne peut-être que l'effet d’une colère effrénée, d’une basse et ignoble vengeance, Cependant, celui qui est ainsi outragé ne doit jamais se venger par une injure de même nature, quoi qu’en pense ou en dise le monde, mais il doit se souvenir que Jésus-Christ a été souffleté et couvert d’opprobres pendant sa passion. Il doit se souvenir également que, pour un chrétien, la manière la plus noble de se venger, c’est de supporter patiemment les injures et de pardonner à ceux qui l’outragent : il imitera ainsi notre adorable Modèle, qui, sur le point de mourir, pria pour ses ennemis et demanda gràce pour eux à son Père éternel, A la vérité, il n’est pas toujours possible de maîtriser un premier mouvement d’impatience, mais on peut toujours, par une vigilance et une retenue continuelles, s'abstenir de tout ce qui serait opposé à l'esprit et aux maximes de l'Evangile.

La vengeance a été regardée par tous les sages de l'antiquité plutôt comme une preuve de faiblesse que comme une marque de courage et de force.

Le pardon généreux d’une injure suffit quelquefois pour changer en ami celui qui jusque-là avait été notre ennemi le plus acharné. Si toutefoison venait à s’oublier à cet égard, il faudrait au moins se rendre au cri salutaire de la conscience, en sacrifiant le ressentiment au devoir ; on accomplirait ainsi une action qui ne pourrait qu'attirer les applaudissements de tous les honnêtes gens, et mériter l'approbation de Dieu et de ses anges.

Page 1