CHAPITRE IX
Des Compliments.
Pour que le compliment soit convenable, il faut qu’il soit dicté par la sincérité et les bons sentiments ; il faut encore qu'il soit libre d’une part, de toute froideur ou indifférence, de l’autre, de toute flatterie et adulation,
‘“ C'est une ancienne maxime dans les écoles, que la flatterie est la nourriture des fous.”?
Il en est qui adressent des compliments avec tant de
maladresse, qu'au lieu de procurer du plaisir, comme ils en ont cependant l'intention, ils ne font que provoquer des sentiments pénibles,
Les compliments doivent être faits en des moments opportuns ; il faut qu’ils soient appropriés aux personnes et aux circonstances -, qu'ils soient rarement présentés d’une manière directe, mais autant que possible, sous la forme d’allusion et de comparaison. Dans les compliments de condoléance, à l’occasion de la mort d’un parent, d’une perte de biens ou d’un procès, il ne faut pas trop parler de la chose qui afHige, mais se borner à engager, par des motifs chrétiens, la personne affigée à inettre fin à sa douleur.
Cette maxime du Sage : “ On ne doit louer personne avant sa mort,” ne signilie pas qu’on ne doive jamais faire de compliments ni louer personne ; mais elle insinue qu’on ne doit jamais accabler les personnes de compliments, parce que ceux qui les donnent manquent souvent de sincérité, et ceux qui les reçoivent, d’une modestie assez parfaite pour ne pas tirer vanité des louanges.
On doit éviter l'affectation daus les compliments, et il ne faut jamais: s’écarter du naturel ; et si l’on veut qu'ils soient agréables, la prolixité, l'emphase, le verbiage doivent en être bannis. Le ton et la manière d'adresser les compliments doivent être une si fidèle expression des sentiments qu’on exprime, qu'il n’y ait pas le moindre lieu d’en soupçonner la sincérité.
Celui qui reçoit des compliments doit répondre modestement, sans montrer trop de satisfaction ni trop d’indiftérence.
Il faut se servir, dans le langage, de termes clairs, usités, exacts et propres au sujet que l’on traite. Ki les enfants s'appliquent à contracter l'habitude de s’énoncer d’une manière correcte et élégante, ils la conserveront sans peine le reste de leur vie; si, au contraire, ils ne manifestent que de la négligence ou de l'indifférence, tant dans le choix des mots que dans l’arrangement des phrases, ils ne parviendront que très difficilement à s’en corriger dans un âge plus avancé, Une personne fort distinguée par la pureté et l’élégance de son langage, interrogée par un de ses amis cou.ment elle avait pu acquérir une si précieuse habitude, répondit que, depuis son enfance, elle s'était accoutumée à ne parler toujours que correctement, que c'était devenu chez elle une habi-