CHAPITRE X
De la Lecture.
Après avoir fais allusion, dans un précédent chapitre, à la nécessité de posséder une certaine somme de connaissances utiles, il est à propos de parler maintenant des moyens par lesquels ces connaissances peuvent être acquises. On pourra acquérir beaucoup de précieuses informations dans la conversation elle-même, si l’on sait seulement bien choisir ses compagnons, écouter avec attention ce qui est dit, et conduire la personne avec laquelle on converse au sujet qui l’intéresse le plus, ou dans lequel, d’après sa position, les circonstances ou la direction de ses études, elle doit être le plus versée. Ce résultat, néanmoins, ne s'obtient pas toujours très-facilement; mais les livres, l'observation, la réflexion, ainsi que les lectures sur le sujet que l’on veut connaître, ne tarderont pas à mettre en possession d’un grand fonds de connaissances, qu'avec un peu d'industrie, on pourra augmenter chaque jour.
De tous les divertissements que l’on peut se procwer, ou des différents moyens que l’on peut avoir d'acquérir des connaissances, les livres sont, sans aucun doute, les plus innocents ec les plus précieux. On ne devrait passer aucun jour sans chercher à profiter des avantages qu'ils présentent. Nos observations peuvent être limitées: nos occasions de converser peuvent être rares ; le nombre de nos amis intelligents peut être peu nombreux ; mais les livres profitent toujours. Par leur moyen, en effet, on s’instruit des évènements qui ont, eu lieu aux temps les plus reculés et dans les lieux les plus éloignés ; on connaît les opinions et les sentiments des savants de chaque génération ; on voit la naissance et la chute des états, ainsi que les causes qui en ont occasionné la prospérité ou la décadence ; on voit, dans tous les détailé, la vie des personnages qui, par leurs talents, lenir sagesse ou leur industrie, se sont illustrés dans leurs professions
respectives. Au moyen des livres, on s’instruit de l'histoire de la religion, aux différentes époques ; on admire ses glorieux triomphes sur tous les ennemis qui l’ont attaquée, les actions héroïques des saints qui, s’élevant au-dessus des intérêts de ce monde périssable, aspiraient à la gloire d’un royaume éternel, nous laissant, dans le souvenir de leurs vertus et de la récompense qui leur a été accordée, un puissant stimulant pour imiter leur exemple, afin que nous aussi plus tard nous puissions devenir participants de leur bonheur. Par les livres enfin, nous recevons la lnimière, l'instruction et même le délassement, tout en enrichissant notre esprit du fruit des travaux de ceux qui nous ont devancés, et en faisant de la connaissance de leurs actions un guide utile pour diriger les nôtres. On ne saurait donc trop aimer la lecture, et pour cela, chacun devrait toujours avoir à sa disposition quelque bon livre, afin d'employer d’une manière utile les moments de loisir dont il peut disposer.
Il est un moyen très puissant de retirer un grand profit de la lecture, c’est de prendre des extraits des livres qu’on lit. Un auteur a dit que lire sans écrire, c'est une vraie folie.
La première et la plus importante de toutes les connaissances, c'est celle de la religion. Un jeune homme doit se souvenir que tous ses efforts, en ce monde, ne doivent tendre qu'à parvenir au bonheur qui lui est réservé dans la aie patrie ; il doit bien considérer que toutes les connaissances qu’il à pu acquérir, ne sont que comme une vapeur où une lueur passagère, s’il les compare à ce flot de lumières qui se répandront sur son esprit, dans ce céleste séjour, où il verra Dieu face à face pendant toute l'éternité. Il devra donc bien posséder toutes les vérités de la religion, ainsi que les raisons sur lesquelles elles semblent appuyées; de la sorte, il sera toujours préparé, l’occasion s’en présentant, à donner un témoignage de sa foi, et à résister aux railleries et aux moqueries des impies. Il ne limitera pas ses connaissances religieuses aux seules doctrines de l'Eglise : il s’étudiera, par la lecture journalière de quelque livre pratique et religieux, à régler sa conduite ; il s’efforcera d’entretenir et et même d'augmenter en son cœur cet esprit de piété et de dévotion que l’esprit du monde et le tumulte des affaires ne peuvent qu'affaiblir,
Un certain jeune homme, à sa sortie de l’école, fut