‹ Traité des devoirs du chrétien envers Dieu [microforme]Chapitre 172 sur 173 · DU CHOIX DE< COMPAGNIES · texte numérisé non relu

DU CHOIX DE< COMPAGNIES

beauté du corps, charmes de l'esprit, douceur et politesse exquise dans leurs manières.

“ Leur éducation fut ce qu'on peut imaginer qu'elle pouvait être dans des familles où la piété était comme héréditaire, et où les pères, les mères, les frères, les sœurs, et les grands-pères des deux côtés, étaient saints.

“Ils cultivèrent avec soin et assiduité les heureuses dispositions dont Dieu s'était plu à les favoriser. Ayant achevé leur études à la maison paternelle, ils furent envoyés séparément dans les villes de la Grèce les plus réputées pour l’enseignement qui s'y donnait, et y furent placés sous la direction des maîtres les plus habiles,

‘# Enfin, ils se rencontrerent de nouveau à Athènes, On sait que cette ville était alors le théâtre et le centre des belles-lettres et de l’érudition. Elle fut aussi comme le berceau de cette remarquable amitié qui exista entre nos deux saints, amitié que des évènements extraordinaires ne firent plus tard que fortifier, confirmer et perpétuer. Il existait alors, à Athènes, une étrange coutume au sujet des étudiants nouvellement arrivés, Ceux-ci étaient d'abord introduits dans une nombreuse réunion de jeunes gens, où ils étaient exposés à toutes sortes de railleries et d’injures; puis précédés par tous les enfants qui marchaient deux à deux, ils étaient conduits en procession à travers la ville. Arrivés au lieu désigné, tous s'arrêtaient, et, poussant un grand cri, ils feignaient, de vouloir enfoncer les portes.

‘# Une fois admis, le nouveau venu était remis en liberté. Grégoire, étant arrivé le premier à Athènes, vit combien cette pratique si ridicule serait opposée au caractère grave et sérieux de Basile, et comme il exerçait une certaine influence sur ses compagnons, il obtint d'eux une dispense en faveur de son ami, * Ce fut, dit St. Grégoire, dans l’admirable récit qu'il fait de cette circonstance, ce fut ce qui commença à allumer en nous cette flamme qui ne s’est jamais éteinte depuis, et ce qui perça nos cœurs d'un dard qui y est fixé pour toujours. Heureuse Athènes, s’écrie-t-il, tu es le principe de tout mon bonheur! je ne suis venu chez toi que pour acquérir des connaissances, et j'v ai trouvé le plus précieux de tous les trésors, un ami affectionné et fidèle.”

‘ Cette relation formée et commencée comme il vient d’être rapporté, ne fit que s'accroître chaque jour, surtout quand les deux amis, qui n'avaient rien de secret entre

eux, et qui s'ouvraient réciproquement leur cœur, reconnurent qu’ils avaient la même fin en vue et qu'ils recherchaient le même trésor, c’est-à-dire la sagesse et la vertu, Ils habitaient la même chambre, mangeaient à la même table, se livraient aux mêmes exercices et aux mêmes amusements, et n'avaient, à proprement parler, que Île même cœur et que la même âme ; ‘ heureuse union, dit St. Grégoire, qui ne pouvait provenir que d’une amitié chaste et chrétienne.”

‘* Nous aspirions l’un et l’autre au moyen de nous instruire, comme à l’objet le plus capable de nous élever audessus des sentiments d'envie et de jalousie ; et non seulement nous étions entièrement exempts de cette subtile et malicieuse passion, mais nous n’éprouvions qu’une noble émulation du bien. Chacun de nous était plus sensible à la gloire de son ami qu’à la sienne propre; comme aussi chacun cherchait moins à s’acquérir de la supériorité qu'à venir en aide à l’autre,

# Notre principale étude et notre seule fin était la vertu. Nous nous efforcions de rendre notre amitié éternelle en nous préparant À une immortalité bienheureuse, et en nous séparant de plus en plus des choses de ce monde, Nous prenions la parole de Die: pour notre conducteur et notre guide ; nous nous servions réciproquement de maîtres et de surveillants, en nous exhortant l’un l’autre à la pratique de la piété : je pourrais même dire que nous nous réglions l’un sur lautre, afin de discerner la vérité du mensonge, et le bien du mal,

‘* Nous n'avions aucun entretien avec ceux de nos compagnons qui paraissaient impolis, passionnés où immoraux; nous ne nous joignions qu'à ceux qui, par leur modestie, leur circonspection et leur sagesse, pouvaient nous assister et nous aider dans les bons desseins que nous avions formés ; bien persuadés que les mauvais exemples, comme les maladies contagieuses, se communiquent facilement.

‘ Ces deux saints, comme nous ne saurions trop le répéter à la jeunesse, se firent toujours remarquer parmi leurs condisciples par leur activité et leur travail, par les succès extraordinaires qui couronnèrent leurs études et par la facilité avec laquelle ils acquirent toutes les sciences, alors enseignées à Athènes : belles-lettres, poésie, éloquence et philosophie, Mais ils se firent encore bien plus remarquer par l'innocence de leurs mœurs, laquelle

DU CHOIX DES COMPAGNIES, Fa

s'alarmait à la vue du moindre danger, et craignait l'ombre mème du vice,

‘ Un songe qu'eut St, Grégoire, pendant sa première enfance, et dont il nous a laissé une élégante description en vers, contribua pour beaucoup à lui inspirer ces nobles sentiments, Pendant son sommeil, il Jui sembla voir deux vierges, du même âge et d’une égale beauté, modestement vêtues, et sans aucun de ces ornements pour lesquels les personnes de leur sexe sont ordinairement passionnées, Leurs yeux étaient baissés, et leur visage couvert d'un voile, * Leur vue, dit le saint, me remplit de joie, car il me semblait qu'il y avait en elles quelque chose de surhumain, Quand je leur demandai qui elles étaient, l’une d'elles me dit qu'elle était la Pureté, et l’autre la Continence : les deux compagnes de jésus- Christ et les amis de ceux qui ont renoncé au mariage pour mener une vie céleste, Elles m'exhortèrent à unir mon cœur et mon esprit aux leurs, car si j'étais orné de la gloire de la virginité, elles pourraient me présenter devant la lumière de l’immortelle Trinité. A ces mots, elless’envolèrent dans les cieux, où mes yeux les suivirent aussi loin qu'il leur fut possible,

‘ Bien que cene fut qu'un songe, le cœur du saint en éprouva néanmoins une forte impression. Il n’oublia jamais l’image de la chasteté, et il aimait à se la rappeler. ‘ Ce fut, dit-il lui-même, une étincelle de feu, qui, grossissant graduellement, m'enflamma de l'amour de la par:faite continence.”?

‘ Basile et Grégoire avaient lun et l'autre un grand besoin de cette vertu, afin de se préserver des nombreux périls dont ils étaient entourés à Athènes, qui était, de toutes les villes, celle qui présentait les plus grands dangers pour la moralité, à cause de la grande affluence des étudiants étrangers, qui y apportaient avec eux leurs vices et leurs défauts, ‘ Muis, dit St. Grégoire, nous eûmes le bonheur d'éprouver, dans cette ville corrompue, quelque chose de semblable à ce que les poètes racontent d'une rivière qui conserve la douceur de ses eaux au milieu du sel de la mer, et d'un animal qui conserve la vie au milieu du feu, Nous fuyions la conversation et la société des méchants ; nous ne connaissions que deux rues à Athènes : celle qui conduisait à l’église et celle qui conduisait aux écoles, Quant aux festins, aux spectacles,

aux assembléeset autres fêtes, nous y étions complètement étrangers,

‘ On serait porté à croire que les jeunes gens de ce caractère, qui se tensient en dehors de toute société, qui ne prenaient part à uucun des plaisirs de ceux de leur âge, et dont la vie innocente était une censure continuelle des déportements de leurs condisciples, on pourrait croire, qu'ils étaient l’objet de leur haine ou tout at moins de leur mépris. Ilena été tout le contraire cependant: et rien n’est plus glorieux à la mémoire de ces deux illustres saints, et, je ne crains point de le dire, rien aussi ne répand plus de gloire sur la piété elle-même qu'une telle considération, Il faut, en effet, que leur vertu ait été bien pure, et leur conduite bien sage et discrète, pour leur avoir gagné ainsi l'estime, le respect et l’amour de tous leurs compagnons.

‘ Ce qui parut d'une manière bien sensible, quand le bruit se répandit qu'ils étaient sur le point de retourner dans leur patrie. Le chagrin était universel : de tous côtés on n’entendait que gémissements et lamentations, et les larmes coulaient de tous les yeux. Chacun regardait leur départ comme la perte de l'honneur de la ville et de la gloire des écoles. Les maîtres et les élèves, joignant la force et même la violence aux instances etaux supplications, protestaient qu’ils ne consentiraient point à leur départ. L'un des deux amis ne put résister à une si extraordinaire sollicitation, qu’on pourrait plutôt appeler une vraie conspiration pour le retenir, Ce fut Grégoire, et on peut facilement juger combien il en fut consterné,

‘ Je doute qu'il soit possible d'imaginer des modèles plus parfaits pour les jeunes gens que ceux que je viens de placer sous leurs yeux. En eux, en effet, on trouve toutes les qualités qui peuvent rendre la jeunesse aimable et estimable : noblesse de la naissance, profond savoir, ardeur incroyable pour l'étude, succès prodigieux dans toutes les sciences, manières nobles et élégantes, modestie admirable au milieu des applaudissements publics, et, ce qui ermbellissait le plus toutes ces qualités, c'était une piété et une crainte de Dieu telles, que les mauvais exemples ne faisaient que les perfectionner et les fortifier. On peut voir un magnifique tableau de ces deux grands saints dans les lettres de M. du Guet, écrite spécialement pour l'usage des élèves qui devaient expliquer quelquesuns Jde leurs discours, ni | |

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