‹ Traité des devoirs du chrétien envers Dieu [microforme]Chapitre 171 sur 173 · DU CHOIX DES COMPAGNIES · texte numérisé non relu

DU CHOIX DES COMPAGNIES

bases des vertus et des habitudes de paix et de recueillement, Avec des compagnies de ce genre, il n'y a ni perte de temps, ni négligence des affaires, ni éloignement de la famille,ni fréquentatien des auberges, ni dépenses frivoles, ni danger de corruption, ni risque pour son salut, niaucun de ces amusements vains, dangereux et souvent criminels, auxquels la jeunesse se laisse malheuretisement aller, et dont, tôt ou tard, eile devient l’infortunée victime.

‘ Que chacun évite avec soin les mauvaises compagnies, dit M. Collet, car avec les mauvaises compagnies les bons se pervertissent, et les méchants s’enracinent dans leurs désordres. Quiconque s'associe avec les méchants, doit s'attendre à partager leur sort,

‘ Qu'on ne s’y trompe pas : les mauvais entretiens corrompent les bonnes mœurs : Un peu de levain corrompt toute ia pâte. La grâce du Baptême, qui nous a régénérés : le sacrement de la Confirmation, qui nousa donné le Saint-Esprit avec l'abondance de ses grâces ; celui de Pénitence, quia guéri les blessures de notre âme et lui a communiqué une nouvelle vigueur pour le bien ; le choix de Jésus-Christ, qui, pour parler le langage des saints Pères, nous a déifiés, toutes ces grâces nous ont rendus les enfants de Dieu, et ont placé entre nous et les enfants de ténèbres, une barrière qui subsistera éternellement, Quel rapport peut-il donc y avoir entre l'injustice et l’iniquité, entre la lumière et les ténèbres, entre Jésus- Christ et Bélial ?

‘ Ne comptez point sur vos vertus, ni sur l'horreur que vous pouvez avoir de certains défauts. Dans une semaine ou deux, dans un seul jour peut-être, où même encore moins, tout cet édifice que vous croyez solidement établi, peut être renversé.

Alipius, si célèbre dans les “ Confessions de St. Augustin, avait naturellement une horreur extrême de ces cruels spectable pour lesquels les Romains éprouvaie -{ un plaisir sauvage. Quelques-uns de ses jeunes amis, étudiant comme lui la loi, l'ayant un jour rencontré

ar hasard, résolurent de le conduire àl'amphithéâtre, Ils

’entraînèrent en usant envers lui de cette violence que l’amitié semble autoriser ; mais il leur dit : ‘ Vous pouvez contraindre mon corps et me placer sur les degrés du cirque, mais vous ne pouvez rien sur mon esprit et mes yeux, lesquels ne prendront assurément aucune part au

spectacle, Je serai done là comme si j'étais absent; et, par ce moyen, je serai supérieur à la violence que vous me faites et à la passion qui vous obsède.” En dépit de ces protestations, Alipius fut entraîné au spectacle, et tandis que tout l’amphithéâtre s’abandonnait à des plaisirs dignes des barbares, Alipius interdissait à son cœur d'y prendre part, et tenait les yeux fermés, ‘ Mais plût à Dieu! dit St. Augustin, de qui nous tenons ce récit, qu'il eût tenu aussi les oreilles fermées ; carayant entendu un grand cri, il céda tellement à la curiosité, qu’il ouvrit les yeux ; c’en fut assez pour infliger à son âme une blessure bien autrement mortelle que celle dont venait d’être frappé un combattant. Ainsi, son cœur, plus présomptueux que fort, et faible en proportion de ce qu’il avait plus compté sur lui-même que sur Dieu, fut à l'instant même blessé grièvement. La cruauté passa dans son cœur à la vue du sang; et Alipius, au lieu de détourner ses yeux de ce spectacle sanglant, les y tint mêmes fixés attentivement. Buvant en quelque sorte la férocité à longs traits, et sans s’en apercevoir, il s’enivra de ce plaisir brutal: et, au lieu de cet homme qu’on avait dû entraîner par force, dans ce lieu ; il devint, en un instant, un homme de même caractère et des mêmes goûts que ceux qui composaient l’assemblée, Il revint chez lui avec une telle ardeur pour ces spectacles inhumains, qu’il soupirait après le moment de pouvoir y assister; et nonseulement il désirait retourner à l’amphithéâtre, mais encore il y conduisait les autres.

‘ Après une telle chute, continue St, Augustin, qu’estce qui pouvait aider au malheureux Alipius à se relever, sinon la main de votre miséricorde, à mon Dieu! et c’est ce qui seul eut lieu, en eflet. Vous lui avez appris à mettre toute sa confiance en vous seul, et à ne jamais compter sur ses propres forces, et vous lui vintes en aide presque aussitôt après sa chute. Cependant Alipius conserva toujours un amer souvenir de ce fait, et, lorsque, dans la suite, il rappelait à son souvenir sa faiblesse passée, il s’en servait comme d'un préservatif contre de nouvelles fragilités.”?

Le pieux et savant Rollin * propose pour l'instruction des jeunes gens, la sainte amitié qui existait entre St. Grégoire de Nazianze et St. Basile. ‘Ils avaient, dit-il, toutes les qualités qui rendent les enfants aimables :

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* Belles-lettres, vol. 1v.

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