DE LA MORT ET DU JUGEMENT
Jésus-Christ viendra juger les vivants et les morts. ARTICLE PREMIER.
De la mort.
1. Vous mourrez, telle est la sentence qui fut prononcée contre Adam après son péché, et que nous voyons se réaliser tous ies jours. Il n’est rien de plus certain que la mort, et rien de plus incertain que le temps de notre mort. Nous mourrons tous, c'est-à-dire nous quitterons cette terre que nous habitons, et nous entrerons pour toujours dans l'éternité. A la mort nous quitterons tout: parents, amis, richesses, honneurs, emplois, sans exception et sans retour. A la mort tout nous quittera aussi, excepté nos œuvres bonnes ou mauvaises.
Si la seule pensée de la mort est insupportable aux amateurs du monde, aux voluptueux, en un mot aux pécheurs, combien terrible doit en être le coup! O moment etiroyable qui leur découvre le vide des choses d’ici-bas qu ls ont trop aimées, et l'importance de la vertu, qu’iis n’ont peut-être connue que pour la mépriser !
2. Rien de plus incertain que le temps et les circonstances de la mort : mourrons-nous d'une maladie lente, ou subi-
1. Par quoi se termine l’existrnee de tous les hommes ici-ba , ?—2, Quelles conséquences pratiques faut-il tirer de la certitude de la mort, de l’incertitude du moment et de la manière ?
tement? Aurons-nous le temps de nous préparer, ou seronsnous surpris? Mourrons-nous dans peu de jours, dans un mome:t, où parviendrons-nous à une grande vieillesse ? Mourrons-nous dans la grâce ou dans le péché? Personne ne peut le dire: ce qui est certain, c'est que nous mourrons, et que probablement nous mourrons comme nous aurons vécu: c’est que l’on ne recueille que ce que l’on à semé ; c’est que la mort est l’écho de la vie; ce qui:est certain encore, c’est que la destinée du mourant est immuable ; que la mort décide de tout ; que si l’on meurt en état de grâce, on est heureux éternellement; et que si l’on meurt en péché mortel, on est malheureux pour toujours.
Puisque la mort est inévitable et qu'elle doit décider de notre sort éternel, nous devons nous y préparer et profiter du temps qui nous reste, Il s’agit ici de notre plus grand intérêt, ou plutôt de notre unique intérêt ; car, dit Jésus-Christ, que servirait à l’homme gagner tout le monde s’il perdait son âme? Et, en effet, sers ait-on bien consolé dans les brasiers éternels par le souvenir qu’on a été grand, riche, puissant, où que l’on à fait fortune en ce monde? Ah! on concevra bien alors que l’on a été dans l'erreur, et qu'il n'y avait pas d'autre fortune que la vertu. ‘“ J'ai possédé le plus grand empire de l'univers, disait Septime-Sévère en mourant ; j'ai été tout ce que peut être un mortel, et il ne m'en reste rien qui puisse me servir dans l’état où je suis.” Un hérau!t portant le drap destiné à ensevelir Saladin criait, par ordre de ce prince : Voilà tout ce que le grand Saladin emportera de tous les empires qu'il a conquis !
Les petites affaires s’expédient sans beaucoup d’appli-
ation, mais les grandes demandent beaucoup de soin et d'étude, Comme c'est la marque d’un esprit faible de s’occuper beaucoup d’une bagatelle, aussi est-ce le propre d'un AU bien fait de penser beauc oup à ce qui est important. I faut proportionner les soins aux affaires, et quelle plus grande atfaire que de bien mourir ? Est-ce trop de la vie pour se préparer à l: a mort? Est-ce trop de Les années pour se préparer à l’éternité ?
. Un homme condamné à zaort estime-t-il beaucoup ie ‘biens et les honneurs de ce monde? Telles doivent être nos dispositions : la mort nous poursuit, et infailli-
3. Montrez combien oncst {éméraire de différer de se préparer à la iuort,
blement clle nous frappera, peut-être au moment où nous nous y penserons le moins. Préparons nous done chaque jour, puisque chaque jour peut être le terme de notre vie. Ne nous y trompon:; pas, ne nous faisons pas illusion sur un point aussi important ; n'attendons pas le dernier moment: peut-être ne serait-il plus temps. Celui, dit saint Augustin, qui a promis le pardon au pécheur qui se convertira, ne lui a pas promis le lendemain pour se convertir, C’est donc une témérité, c’est même un crime d'attendre à une dernière maladie pour se préparer à la mort. Quoi! dans ce moment où l’on n’est pas capable de s'occuper des affaires les plus ordinaires, on penserait pouvoir accomplir l’œuvre la plus difficile, la plus importante, celle qui demande les plus grands soins! Comment recevoir les Sacrements avec fruit lorsqu'on sait à peine ce que l’on fait? Comment débrouiller une conscience pleine d’iniquités lorsque toutes les facultés de l’âme sont absorbées par les douleurs et les horreurs de la mort? Comment prouver à Dieu qu’on déteste le péché, l'ayant aimé, et s’y étant livré aussi longtemps qu’on a pu se procurer sa jouissance? Ce n’est plus alors le pécheur qui quitte le péché, c’est le péché au contraire qui quitte le pécheur. Pour l’ordinaire, Dieu laisse mourir en impénitents ceux qui ont vécu dans l’impénitence. Quand il en arrive autrement, c’est un miracle: Dieu peut faire ce miracle, mais c’est une funeste et damnable présomption que de l’attendre en vivant mal.
EXEMPLE.—Un jeune officier français, forcé de quitter sa patrie, se retira en Espagne, et, touché de la grâce, il résolut de consacrer le reste de sa vie” à se préparer à la mort. Plein de cette pensée, il se présenta à une maison religieuse qui faisait profession de mener une vie trèsaustère, et obtint, à force d’instances, d’y être admis. Pendant son noviciat il écrivit à sa sœur en ces termes : ‘ Il n’y a pas de mendiant en Espagne qui soit plus mal nourri que nous, et qui ne soit mieux en tout ce qui regarde les besoins du corps. Cependant aucun d’entre nous ne voudrait changer son sori contre un empire, sachant bien que la mort ne tardera pas à confondre les empereurs avec le dernier de leurs sujets! Chacun s’en va n’emportant que ses œuvres ; alors on est bien aise d’avoir semé au milieu des larmes : le mal est passé, et la joie succède pour l'éternité.” Cinq mois après sa profession, ce religieux fut attaqué d’une hydropisie qui au bout de quatre mois de souffrances le conduisit au tom-