‹ Traité des devoirs du chrétien envers Dieu [microforme]Chapitre 33 sur 173 · CONSTANCE DES MAR” YRS · texte numérisé non relu

CONSTANCE DES MAR” YRS

1. La persécution contre l'Eglise de Jésus-Christ ne finit pas avec Ja vie des Apôtres ; toutes les puissances continuèrent pendant trois cents ans à lui faire la guerre. On compte, pendant cet intervalle de temps, dix persécutions suscitées par les édits des empereurs romains, du- ‘ant lesquelles plusieurs millions de Chrétiens de toute condition, de tout sexe et de tout âge, souffrirent les tourments et la mort pour rendre témoignage à Jésus-Christ. On inventa, pour les tourmenter, les supplices les plus effrayants : on les étendait sur un chevalet avec des cordes attachées aux pieds et aux mains; on les suspendait par les mains, après leur avoir attaché des poids aux

1. Les persécutions suscitées à l’Eglise finirent-elles à la mort des Apôtres? Combien de temps durèrent ces persécutions, et quel en fut le nombre ? Quels tourments les Chrétiens eurent-ils à subir alors? Quelle était la conduite des Martyrs au m:lieu des plus cruelles tortures ?

pieds, et, en cet état, on les battait de verges ou de fouets garnis de pointes de fer jusqu’à découvrir les côtes et les entrailles, Quand ils n’expiraient pas dans ces tourments, on jetait du sel et du vinaigre sur leurs plaies, afin de les rendre plus sensibles ; d’autres fois on les rouvrait lorsqu’elles commençaient à se fermer. Les prisons devenaient pour les Chrétiens une nouvelle sorte de supplice : les plus infectes leur étaient réservées; on les y jetait tout nus et tout dechirés de coups, ayant les entrav es aux pieds, et obligés de se coucher sur des verres cassés dont on avait la barbarie de parsemer les cachots dans lesquels on les enfermait. Quelquefois on les laissait mourir de faim, et si on les nourrissait, c'était afin de les pouvoir tourmenter de nouveau. On défendait ordinairement de les laisser parler à personne, parce qu’on savait qu’en cet état ils convertissaient beaucoup d'infidèles, même les geôliers et les soldats qui les gardaient. Le supplice qui terminait toutes ces tortures était d’avoir la tête tranchée, d’être brulé vif, d’être précipité dans la mer du haut des rochers, ou d'être dévoré par les bêtes. Les Martyrs demeuraient cependant fermes et inébranlables au milieu des plus longues et des plus vives douleurs; les tourments mêmes paraissaient augmenter leur courage.

2. Ce n'étaient pas seulement des hommes qui montraient une constance si admirable, c’étaient des femmes délicates, de jeunes enfants: tant était puissante la grâce de Jésus-Christ, qui les fortifiait intérieurement.

L'histoire ecclésiastique rapporte des exemples de courage qui sont non-seulement au-dessus des forces humaines, mais encore au-dessus de toute admiration. On ne peut lire sans étonnement ce qu'ont souffert les Martyrs de Lyon et de Vienne, sous l’empereur Marc-Aurèle ; ce que rapporte l'historien Eusèbe des Martyrs de la Palestine, et Sozomène des Martyrs de Perse ; ce qu’on trouve dans les actes originaux des Martyrs d'Afrique, etc. Tous ces généreux athlètes ont soufiert avec une patience invincible des tourments dont le récit seul fait frémir : quelques-uns même les souffraient avec joie, ils allaient d'eux-mêmes au supplice, ils craignaient qu’on les épargnât. Saint Laurent, étendu sur un brasier allumé, disait à ses bourreaux de tourner son corps de l’autre côté, parce que le feu n'avait plus de prise sur celui qui était déjà brûlé. Quel langage au milieu des douleurs les plus

2, Les hommes seuls faisaient-ils éclater une admirable constance? Où les Martyrs puisaient-ils leur force ?

cuisantes? D'où venait à ces héros du Christianisme ce courage invincible qui leur faisait braver les tourments et la mort? Qui est-ce qui leur donnait cette force supérieure à tout ce que la cruauté des tyrans pouvait inventer? Il fallait sans doute qu'une vertu divine soutint leur faiblesse naturelle,

3. La religion que les Martyrs ont cimentée de leur sang, est donc une religion divine. Jamais elle n’aurait pu subsister, si une main toute-puissante ne l’eût soutenue contre des attaques si violentes et si multipliées; mais Dieu la fit triompher de la fureur de ses ennemis ; tous leurs efforts, qui auraient dû causer sa ruine, n’ont servi qu'à l’affermir : plus les persécutions étaient cruelles, plus la foi faisait de progrès ; le sang des Martyrs était comme une semence féconde qui enfantait de nouveaux Chrétiens, et le monde entier, après avoir persécuté avec fureur les disciples de Jésus-Christ, a été obligé de s’écrier: ‘Qu'il est grand, le Dieu des Chrétiens!” et il a embrassé la foi des Martyrs !

EXEMPLE.—L'empereur Valens, qui était arien, fit défendre, sous peine de mort, aux Catholiques de la ville d'Edesse, où il était alors, de faire publiquement aucun exercice de leur religion. Les Catholiques, loin de cesser, continuèrent leurs assemblées dans le lieu destiné à cette lin. L'empereur en fut informé: il commanda au préfet de se rendre le lendemain au lieu de l’assemblée avec un grand nombre de soldats, et de faire mettre aussitôt à mort tous ceux qui y seraient. Le préfet, qui n’était pas cruel, frémit ; il fit savoir secrètement aux Catholiques l'ordre qu'il avait reçu, et qu'il ne pourrait s'empêcher de mettre à exécution. Cet avertissement, loin de les détourner, les porta tous à y aller dès le matin. Ils se réjouissaient de l’occasion favorable qu'ils auraient de donner leur vie pour la foi en la divinité de Jésus-Christ. Le préfet se mit en chemin escorté de soldats. Il rencontra dans une des rues qui conduisaient à l'endroit où les Chrétiens s’assemblaient, une jeune femme qui traînait son petit enfant par la main; il lui adressa la parole. “Où allez-vous si vite ? lui dit-il. —Je vais, lui répondit-elle, où vont les autres Catholiques.—Arrêtez-vous, lui répliqua le préfet: ignorez-vous done que l’empereur à commandé de mettre à mort tous ceux qui seraient à l’assem-

3. Que prouvent la constance et la fermeté des Martyrs par rapport à notre suinte religion ?

blée ?—Je le sais, lui dit-elle, et c’est pour cela que je me hâte d'arriver avec mon enfant, l’unique que Dieu m'a donné, afin d’avoir, lui et moi, le bonheur de mourir pour a foi de Jésus-Christ.” Le préfet, admirant sa constance, s’en retourna. Arrivé vers l'empereur, il lui rapporta ce qu'il avait fait, et ce que lui avait dit cette femme. Valens, tout confus, et ne pouvant s'empêcher d'admirer lui-même le courage des Catholiques, ne différa pas de quitter cette ville, et la paix fut rendue aux disciples du Sauveur.—HiISTOIRE ECCLÉSIASTIQUE.

ARTICLE IIT. \ La primauté dans l'Eglise conférée à saint Pierre.

1. Notre-Seigneur Jésus- Christ a fondé son Eglise en choisissant ses Apôtres et en établissant saint Pierre leur chef,

Un jour ce divin Sauveur les ayant interrogés sur ce qu'on pensait de lui, et leur ayant demandé ce qu'ils en pensaient eux-mêmes, Simon, prenant la parole, lui dit : ‘* Vous êtes le Christ, le Fils du Dieu vivant!” Jésus a repartit : ‘ Vous êtes heureux, Simon, fils de Jean, ca ce n’est ni la chair, ni le sang qui vous l'ont révélé, mais mon Père qui est dans les Cieux. Et moi aussi je vous le dis: Vous êtes Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise, et les portes de l'enfer ne prévaudront point contre elle.” Ces paroles sont claires: Jésus-Christ à bâti son Eglise sur Pierre; il en à établi Pierre le fondement et la base; il l’a constitué, par conséquent, le chef de tous les fidèles, y compris les autres Apôtres, qu’il n’a point élevés à une pareille dignité.

Jésus-Christ, après sa résurrection, interrogeant saint Pierre, lui dit: ‘“ Simon, fils de Jean, m’aimez-vous plus que ceux-ci?—Oui, Seigneur, répondit-il, vous Savez que je vous aime.” Jésus lui dit: ‘ Paissez mes agneaux.” Il jui demanda de nouveau: ‘ Simon, m’aimez-vous ? ?— Pierre fit la même réponse, et Jésus lui dit: ‘ Paissez mes agneaux.’—Jésus répéta pour la troisième fois la même question; Pierre, affigé de ce que son divin Maître semblait douter de son amour, lui dit: ‘“ Seigneur, vous connaissez toutes choses, vous savez que je vous aime ; ” et alors Jésus lui dit: ‘ Paissez mes brebis.”?

; 1. Comment sa savez-vous que d: C. a établi saint Pierre le chef des Apôres

Voilà donc saint Pierre établi pasteur de l'Eglise, mais pasteur commis à la garde de tout le troupeau du Seigneur. D'abord ce sont les agneaux qu'il doit paître,

c’est-à-dire les fidèles ; ensuite es brebis, c’est-à-dire les autres Apôtres et leurs successeurs. Le troupeau de Pierre, ce sont tous les Chrétiens, ministres et simples fidèles : le monde est son diocèse, et rien dans l’ Eglise ne se dérobe à sa puissance. Aucun autre Apôtre n’a reçu de semblables pouvoirs; at ‘un n’en a reçu d'aussi étendus. IL est donc certain, d’après les paroles de Jésus- Christ, que saint Pierre à été établi le Chef et le Prince des Apôtres.

2, Cette primauté, qu'il avait reçue de Jésus-Christ, saint Pierre l'exerça en toute occasion, et jamais les Apôtres ne la méconnurent. Ce fut lui qui, après l’ascension du Sauveur, parla le premier dans l’assemblée de tous les disciples, pour les engager à choisir un Apôtre à la place du traître Judas ; et, s S'il ne le nomma pas seul, comme il en avait le droit, dit saint Jean Chrysostôme, c'est qu’il voulait donner l’ exemple de cet esprit de condescendance et de charité qu'il recommande avec tant de force à tous les pasteurs. Ce fut lui qui, le jour de la Pentecôte, prêcha le premier Jésus-Christ ressuscité. Ce fut lui qui, dans le concile de Jérusalem, prononcça le premier discours. ‘ Partout, dit encore saint Jean Chrysostôme, il parle le premier, et il le fait, parce qu'il est le chef des Apôtres, et que c’est à lui que Jésus-Christ a confié tout le troupeau.”

Telle a été aussi la foi de tous les siècles. ‘C’est, dit le souverain pontife Pie VI, un dogme de la foi catholique, enseigné par la bouche de Jésus-Christ, transmis de siècle en siècle, et défendu par la doctrine des saints Pères, soigneusement conservé dans tous les temps par l'Eglise universelle, souvent confirmé, contre les erreurs des novateurs, par les décrets des souverains Pontifes et des conciles, que Jé:us-Christ à fondé son Eglise sur un rocher inébranlable, et que, par une faveur spéciale, il a choisi Pierre entre tous les autres pour lui donner la primauté dans le corps apostolique.” Ainsi, on ne peut en douter, l’Église de Jésus-Christ a été fondée sur la Papauté, sur “Pierre, et les autres Apôtres n’en ont été que le fondement secondaire, Ils ont, comme Pierre, annoncé l'Evangile, administré é les sac rements, consacré des évê-

ie Comment savez-vous encore que se nm établit saint Picrre le chef des Apôtres ?

1i0 PRIMAUTÉ DE ST, PIERRE.

ques et des prêtres, fondé des églises ; en tout cela, ils ne lui ont pas été inférieurs ; mais il n’en a pas été de même, ep au pouvoir de conduire et de gouverner les fidèles, de les rappeler à leurs devoirs, s'ils venaient à s’en écarter, de les conserver dans l'unité, ete, puisque c’est Pierre que Jésus-Christ a établi la source, la racine et le fondement de l’unité ecclésiastique, et que lui seul a été investi d’une autorité sans bornes sur le troupeau tout entier.

Y 3. Après avoir dit à Simon: ‘ Vous êtes Pierre, et sur cette pierre, je bâtirai mon Eglise,” Jésus-Christ ajouta : ‘Je vous donnerai les clefs du royaume des Cieux, et tout ce que vous lierez sur la terre, sera lié dans le Ciel ; et tout ce que vous délierez sur la terre, sera délié dans le Ciel.” Les clefs, dans l’Ecriture, désignent l’autorité du gouvernement; elles sont l’image et le symbole de la souveraineté. C’est donc toute sa puissance que J.-Christ remet à Pierre, sans restriction ni limites ; il l’établit à sa place ; il le substitue, si on peut le dire, à tous ses droits. C’est pour rappeler cette vérité qu’on représente $. Pierre tenant des clefs à la main. Ces clefs sont au nombre de de 1x; l’une exprime le pouvoir de juridiction, l’autre, le pouvoir d’ordre ; l’une est tournée vers le ciel, que Pierre a le pouvoir d'ouvrir et de fermer, l’autre vers la terre, où Pierre a le pouvoir de commander aux fidèles et de leur imposer des lois.

4, L'autorité suprême accordée par Jésus-Christ à saint Pierre a passé, par une succession non interrompue, à ses successeurs légitimes. ‘En quittant la terre, dit saint Léon, saint Pierre n'a pas cessé de gouverner l’Eglise ; uni par une indissoluble alliance au Pontife éternel, il préside encore sur son siège et transmet à ses successeurs la solidité, qu’il reçut de Jésus-Christ; en sorte que, partout où paraît quelque fermeté, on reconnaît aussitôt la force invincible du premier pasteur.

5. D’après la parole expresse du Sauveur, l'Eglise devait commencer à Jérusalem, la cité sainte, pour continuer la succession du peuple de Dieu, et saint Pierre y fut longtemps le chef de la parole et de la conduite. De Jérusalem, où il laissa pour évêque saint Jacques le Mineur, saint Pierre se rendit à Antioche, la métropole de l'Orient. Cette église, la plus illustre du monde, puisque

3. Pourquoi représente-t-on saint Pierre tenant des clefs à la main ?— 4. L'autorité de saint Pierre a-t-elle cessé à sa mort?—5. Quels ont été les successeurs légitimes de saint Pierre?

c'est là que le nom de chrétien a pris naissance, avait été fondée par saint Barnabé et par saint Paul; cependant Pierre, à cause de sa dignité, en fut reconnu pour Île premier pasteur, Après y avoir résidé pendant environ sept ans, il établit saint Ignace à su place, Il vint à Rome, la capitale de l’empire, y fixa son siège, et cette ville fameuse, le centre de l’industrie et le point de réunion de toutes les erreurs, devint la propre Eglise de Pierre, le palladium de la vérité, et la capitale de la religion de Jésus-Christ,

Il y avait environ vingt-cinq ans que saint Pierre tenait son siège à Rome, quand, par ordre de Néron, il fut arrêté et condamné au supplice de la croix, après être demeuré neuf mois en prison. Ainsi, saint Pierre transporta son siège d'Antioche à Rome: il établit sa résidence dans cette dernière ville, et il y souflrit le martyre. Par cela même, il y attacha les droits de primauté, de prééminence, d'autorité souveraine dont il était revêtu. L’évèque de Rome a hérité de cette primauté, en vertu de la possession de ce siège, et il a, comme saint Pierre, plein pouvoir de paître, de régir et de gouverner l’Eglise de Jésus-Christ, non seulement les simples fidèles, mais les pasteurs euxmêmes,

6. Le nom de pape, que l’on donne à l’évêque de Rome, au successeur de saint Pierre, signifie la même chose que père: on l'appelle ainsi parce qu’il est le père, le monarque spirituel de tous les fidèles.—On donne également au successeur de saint Pierre le nom de souverain Pontife, ce qui veut dire le pontife, l’évêque qui, de droit divin, est au-dessus de tous les autres, non seulement en honneur, mais en juridiction, et qui exerce dans l'Eglise la suprème autorité, On l'appelle encore le très-saint Père, le Chef de l'Eglise du monde, l’Evêque universel de l’Eglise, etc.

7. ‘ Bien que le royaume de Notre-Seigneur Jésus- Christ ne soit pas de ce monde, et que le successeur de Pierre n'ait, de droit divin, aucun domaine temporel, cependant, par la munificence des princes chrétiens, une principauté à été attachée au Saint-Siège, sous le nom de Patrimoine de saint Pierre. Cette Principauté temporelle des Etats romains a servi, dans l’ordre de la Providence, à l'exercice libre et non suspect des fonctions spirituelles des Papes, et au développement des intérêts religieux, en contribuant à l’entretien d'institutions de science et de

6. Quel est le nom que l’on donne à l’évêque de Rome ?—7. Le Pape, chef suprême de l'Eglise, n’est-il pas en même temps prince temporel ?

charité, Si l'évêque de Rome était le sujet d'un souverain politique ou le citoyen d’une république, il y aurait à craindre qu'il ne jouit pas toujours de cette liberté d'action qui est nécessaire pour que ses mesures et ses décrets soient respectés par les fidèles de tout l'univers ; ” ainsi s'expriment le Concile de Baltimore, en 1849, et se sont exprimés tous les conciles tenus depuis, y compris le Concile œcuménique du Vatican,

EXEMPLES.—Durant le schisme d'Antioche, saint Jérôme fut inquiété dans son désert, On lui demandait avec qui il était en communion, avec Vital, ou Mélèce, ou Paulin, qui tous trois divisaient le troupeau. Dans le doute, il écrivit au Pape saint Damase en ces termes : ‘ Ne suivant d'autre chef que Jésus-Christ, je suis attaché à la communion de Votre Sainteté, c'est-à-dire de la chaire de saint Pierre, Je sais que l'Eglise a été bâtie sur cette pierre. Quiconque mange l’Agneau hors de cette maison est profane ; quiconque n’est pas dans l'arche de Noé, périt dans le déluge; quiconque n’amasse pas avec vous dissipe ; ainsi je vous prie de me marquer avec qui je dois communiquer.” Le souverain Pontife eut égard à la prière de saint Jérôme, et, en conséquence des instructions reçues de Rome, cet illustre docteur adopta la communion de Paulin, qui l’ordonna prêtre.—$e soumettre humblement aux décisions de l'Eglise, c’est le seul moyen de ne pas errer dans la foi.—SAINT JÉROME, Lettre 57.

—Daniel O’Connell, l’homme le plus extraordinaire de ces derniers temps, s’est montré, pendant toute sa vie, le chrétien le plus fidèle aux lois de Dieu et de l'Eglise. Loin de rougir de sa religion, alors même que, privée de tous ses droits, elle n’obtenait que l’indiflérence et le mépris, comme une malheureuse proscrite, il s’en fit toujours un titre de gloire. Jamais il ne se présenta à la cour, sans avoir près de lui un prêtre catholique; partout et toujours, il le voulait à ses côtés. Jamais il ne s’assit à un banquet politique, où, mêlés aux catholiques, se trouvaient les hérétiques de toutes Jes sectes et de toutes les opinions, sans que son prêtre, auquel il céda toujours et partout la première place, eût béni la salle du festin. Dans les réunions publiques, il se faisait une gloire particulière de professer, par .ses actes et ses paroles, son attachement à la foi romaine, Et, en effet, cacher les sentiments de la vraie foi, rougir d’en accomplir publiquement les préceptes, n’est qu’une faiblesse et la plus grande

de toutes les faiblesses ; c'est pourquoi elle se trouve le plus comi iunément dans les petites âmes, dans les esprits bornés, Lo vrai génie fut toujours vri ment religieux et aima à le paraître ; jamais il ne connut la vile atteinte du respect humain.

Que dirai-je maintenant des sentiments de ce grand chrétien pour le clergé de sa patrie? Roi de fait de l'Irlande, arbitre du cœur et des bras de huit millions d’hommes qui, comme des enfants, attendaient un signe pour obéir, vrai champion et soutien de l'Eglise catholique, qui lui dut sa plus grande gloire et sa liberté, il ne sortit jamais des limites d'une humble dé ‘pendance de son évêque et de son curé. A la tête de tous comme personnage politique, comme homme religieux, il s'estimait le dernier de tous; et, nouveau Constantin, à peine osait-il accepter pour lui-même la dernière place dans les assemblées du clergé, quand il y était appelé, pour manifester ses desseins et donner ses conscils pour la défense de la religion et de Ja liberté. Prêt à s'élancer comme un lion contre quiconque eut osé, dans ses paroles, manquer de respect aux prêtres, 11 donnait lui-même les preuves du plus profond respect pour ce corps vénérable. Il en parlait toujours avec la plus grande estime et la plus grande affection. Veut-il donner au peuple un motif pour fuir les sociétés secrètes: “ Notre clergé, dit-il, nous les a défendues ; y aurait-il parmi nous quelqu'un qui osût désobéir à ce clergé si sage, si bon, si généreux, si édifiant ?—P. VENTURA, Or aison funèbre d'O’Connell.

—N'a-t-on pas vu ce héros de l'Irlande, plein de respeet et d'amour pour la foi catholique, laisser tout, sacrilier tout, quand il s'agissait de la servir et de se mettre à l'œuvre pour elle, La défense des dogmes, des cérémonies et de la discipline de l'Eglise catholique, était le thème favori de ses harangues publiques et de ses discours privés. Quelqu'un s'avisait-il de lui jeter l'insulte, à voix basse et sur le ton sacrilège des anciens jours, en l'appelant papiste, il se retournait aussitôt et lui répliquait hardiment : “ Misérable! tu crois, en m'’appelant papiste, me faire injure, et tu m’ ‘honores : oui, je suis papiste, et je m'en glorifie: je suis papiste, et cela veut dire que ma foi, par une suite non interrompue de Papes, remonte jusqu’à Jésus-Christ, tandis que la tienne ne vas pas au-delà de Luther, de Calvin, de Henri VIII et d’Elisabeth. Eh bien, oui, papiste! ‘Si tu avais une étincelle de bon sens, imbécile, ne comprendrais-tu pas qu’en

matière de religion, il vaut mieux dépendre du Pape que du roi, de la tiare que de la couronne, de la crosse que de l'épée, de la soutane que de la jupe, des conciles que des parlements? Rougis donc toi-même de n'avoir ni vraie foi, ni intelligence, et tais-toi.”

ARTICLE IV

Caractères de l’ Eglise.

1. L'Eglise est la société des fidèles réunis en un seul et même corps, gouvernés par les pasteurs légitimes, dont Jésus-Christ est le chef invisible, et le Pape, successeur de saint Pierre, le chef visible, Mais comme plusieurs prennent et usurpent le nom d’Eglise, il faut que la véritable Eglise, l'épouse de l’Homme-Dieu, porte sur son front des signes si éclatants, des caractères si parfaitement inimitables, qu'aucune secte ne puisse ni les contrefaire, ni se les arroger, Or, ces marques ne peuvent être que celles de la vérité même ; on en compte quatre principales : savoir, l’unité, la sainteté, l’apostolicité et la catholicité.

2. L'Eglise est une. L'unité est le caractère essentiel de la vérité, car Dieu est un, et la vérité, c’est Dieu révélé à l’homme. Le sauveur a demandé que son Eglise fût une ; illa représente sous la forme d’un bercail qui n’a qu'un seul pasteur, d’une maison où demeure un seul chef, d’un corps dont tous les membres sont parfaitement unis, Ainsi la véritable Eglise doit être une: une dans sa foi, une dans ses lois, une dans ses espérances, une dans son chef,

3. L'Eglise est sainte. La sainteté est le caractère essentiel, la perfection par excellence de Dieu; cette sainteté en Dieu exclut même l’ombre du mal et de l'erreur, L'Eglise véritable doit donc être sainte : sainte dans ses maximes, sainte dans ses dogmes, sainte dans ses Sacrements, sainte dans ses préceptes, sainte dans le but qu'elle se propose d'atteindre, sainte dans ses membres, et d'une sainteté rendue visible par des miracles, afin que tous, savants et ignorants, puissent la connaître. C'est pour obtenir une Eglise semblable que Notre-Scigneur est mort. ‘‘ Il est mort, dit saint Paul, afin de se former une Eglise sans tache et sans ride.”

1. Qu'’entend on par l'Eglise? Combien y a-t-il de marques de la véritable Eglise, et pourquoi est-il nécessaire de les connaître ?—2. Comment l'Eglise est-elle une ?—3. Coument est-elle sainte ?

4, L'Eglise est apostolique. Venir des Apôtres, avoir été prèchée par eux, voilà le caractère de la vérité ; car c'est à eux que le Sauveur confia toutes les vérités qu’il avait puisées lui-même dans le sein de son Père, vérités qui développaient, qui confirmaient, qui complétaient toutes celles que Dieu avait révélées depuis le commencement du monde, C’est à eux qu'il donna commission de les annoncer par tout l’univers; la véritable Eglise doit donc venir des Apôtres, remonter jusqu'aux Apôtres,

5. L'Eglise est catholique ou universelle, La vérité est une, et la même dans tous les temps et dans tous les pays; ce qui est vrai en Europe ne peut pas être faux en Asie; ce qui est vrai aujourd’hui ne peut pas avoir été faux hier, De plus, tous 1 hommes étant faits pour la vérité, la vérité doit être accessible à tous les hommes, se trouver partout où il y a des hommes. Donc la véritable Eglise, en qui seule réside la vérité, doit embrasser tous les temps, tous les lieux, toutes les vérités enseignées par Notre-Seigneur Jésus-Christ. Telles sont les marques que doit nécessairement avoir la véritable Eglise ; il faut tout cela pour que nous puissions la reconnaître ; mais aussi, avec cela, il est impossible de ne pas la reconnaître et de ne pas la distinguer de toutes les autres sociétés,

6. Faites maintenant le tour du monde, étudiez toutes les sociétés religieuses qui existent chez les différents peuples, et cherchez quelle est, entre toutes, celle qui vous présentera ces quatre caractères; celle-là, et celle-là seule, est la véritable Eglise. Or, ce voyage a été fait, non pas une fois, mais des milliers de fois ; non par un homme, mais par des millions d'hommes ; et toujours il a donné le résultat suivant: les quatre marques de la véritable Eglise conviennent uniquement à l’ Eglise romaine que l’on appelle ainsi, parce que le Pape, successeur de saint Pierre, a son siège à Rome, Donc l’Egiise romaine seule est une, sainte, catholique, apostolique ; eii® porte donc seule les marques de la véritable Eglise: elle est donc seule, et à l’exclusion de toute autre, la véritable épouse de Jésus-Christ, la colonne et l’appui de la vérité.

7. Il est encore une autre marque de la véritable Eglise, prédite par le Sauveur lui-même quand il disait: ‘ Vous serez en butte à la haine et à la persécution continuelle des hommes.” Cherchez done parmi toutes les sociétés

.4 Comment l’Eglise est-elle apostolique ?—5. Comment est-elle catholique ?—6, Quels est la véritable Eglise? Pourquoi l’appelle-t-on l’Eg/ise romaine ?—1. N'y a-t-il point d’autres marques de la véritable Eglise ?

religieuses celle qui est en butte à la haine de toutes les autres, à la haine du monde, et vous aurez trouvé la véritable épouse de l’'Homme-Dieu. C’est à la couronne d'épines, constamment placée sur sa tête, qu'on la reconnaît. Or, cette couronne, nulle secte ne Fa portée, nulle même ne l'ambitionne ; c'est un diadème qui o1ne le front de l’Église romaine toute seule, Catholiques, qui tremblez quelquefois au bruit du craquement etiroyable de ce monde qui se disloque, loin de vous troubler, Iles tempêtes qui assaillent aujourd'hui l'Eglise sont merveilleusement propres à aflerm:: votre foi. Que prouvent ces nouvelles persécutions venu.s à la suite de tant d'autres, sinon que l'Eglise romaine, votre mère, n'a pas cessé d'être la fidèle épouse du Dieu du Calvaire? Tant que le diadème douloureux ceindra son augustée front, soyvez-en sûrs, elle n'aura fait ni avec le monde, ni avec le vice, ni avec l'erreur, aucune alliance adultère. Plus la persécution sera vive, plus vif aussi sera le rayonnement de son inviolable fidélité, plus elle sera digne de votre confiance et de votre amour.

EXEMPLES.—ÿSaint Irénée, évéque de Lyon, qui avait été disciple de saint Poivearpe, disait à Florin, qui semait des dogmes erroiés, contraires à ceux de l’Église catholique : *“ Votre doctrine n'est pas celle des évêques qui ont été avant vous. Il me semble entendre le bienheureux Polycarpe nous raconter les entretiens qu'il avait eus avec Jean et les autres qui avaient vu le Seigneur, et nous faire le récit de ce qu'ils avaient appris de sa doctrine et de ses miracles. Je puis assurer devant Dieu que si ce saint évêque eût entendu la doctrine que vous enseignez, il se serait bouché les oreilles, et se serait écrié selon sa coutume: Bon Dieu! ne m'avez-vous réservé jusqu'à ce temps que pour entendre de telles choses ? Et à l’heure même il aurait pris la fuite.” —LASAUSSE.

—Quel homme fut jamais plus attaché à la foi catholique que cet admirable O’Connell, dont nous avons déjà arlé! Ayant été nommé représentant de l'Irlande au Darlement britannique, malgré la terrible opposition que lui fit le gouvernement, mais aux grands applaudissements des vrais fidèles, il se présenta à la Chambre des Communes, pour y occuper le siège auquel l’avait appelé le suffrage de ses concitoyens. Un oflicier se présente et lui en refuse l’entrée. ‘ Vous êtes catholique, lui dit-il ; il n’y a point de place, pour un catholique, dans une assemblée protestante. Jurez-vous le trente-neuvième article

de la religion anglicane ?—Je jure, répond O’Connell, fidélité À mon roi et à toutes les lois justes du parlement ; mais je ne jure pas l'hérésie et le blasphème, Je demande à la chambre d'être admis à prouver mon droit.” Cette demande ayant 6té accordée, plutôt par un instinct de curiosité que par un principe dé justice, O’Connell parle avec tant de force qu'il ébranle et fait frémir tout d'abord l'assemblée. Les préjugés cèdent, les haïines religieuses se taisent, les vieux usages ne sont plus écoutés, l’'hérésie se rend, la justice triomphe ; et voilà qu'en la personne d'O'Connell, le Catholicisme prend place dans le parlenent dont, depuis trois siècles, il était banni.

L'horreur que nous éprouvons pour l’hérésie, ne doit pas nuire à la charité que nous devons avoir pour tout le monde même pour ceux qui ne partagent pas nos convictions religieuses. Avyons toujours présente à notre esprit cette belle maxime de Saint Augustin; ‘ Détruisez les erreurs, mais aimez les hommes.” O’Connell, fidèle à ce vrincipe, tout en combattant ses adversaires, ne cessait de respecter et d'aimer encore leurs personnes. Aïnsi sévère, implacable et terrible contre eux sur le champ de bataille de la diseussion politique, dans la vie privée, il n'avait pas une parole contre eux; il se faisait un devoir de les excuser, de les défendre, et de leur rendre tous les bons offices de la charité chrétienne.—PÈRE VENTURA.

—Un prêtre catholique et un ministre protestant se promenaient un jour ensemble; ils rencontrèrent par hasard un rabbin Juif. ‘Tiens! dit en riant le ministre protestant, nous voilà de trois religions différentes ; quel

est celui d’entre nous qui est dans la bonne? La question est facile à résoudre, répondit le rabbin. C’est moi, si le Messie n’est pas venu ; c’est le prêtre catholique, si le Messie est venu; quant à vous, qu'il soit venu ou non, vous êtes dans l’erreur.”— VIE DE MGR. DE C(HEVERUS.

—“ Je n'aime pas ceux qui changent de religion, disait un prince protestant d'Allemagne à M. le comte de Stolberg nouvellement converti. Ni moi non plus, répondit le comte ; car si mes ancêtres n’en avaient pas changé, je n'aurais pas été obligé de revenir au Catholicisme.” Cela est très vrai: un protestant qui se fait catholique ne change pas de religion, il ne fait que rentrer dans celle que ses pères avaient eu le tort de quitter. Il y a à ce sujet une bien belle lettre d’un ambassadeur français, malade à Stockholm, capitale de la Suède, Quelqu'un lui deman-

dait si, au cas où il mourrait de cette maladie, il n’éprouverait pas une certaine répugnance à savoir que ses cendres seraient mêlées avec celles des hérétiques.—Non, répondit-il, je demanderais seulement qu'on creusàât la terre un peu plus bas, et je ine trouverais avec vos ancêtres, qui étaient de fervents catholiques.—SCHMID ET BELET,

ARTICLE V

Hors de l'Eglise Catholique point de salut.

1. Plus que tout autre, cette vérité a peut-être excité, surtout dans ces derniers temps, les outrageantes clameurs des ennemis de notre sainte Religion. Rien cependant n’est plus facile à démontrer et à comprendre que ce point capital.

Pour être sauvé, il faut croire tout ce que Jésus-Christ a enseigné, et faire tout ce qu’il a commandé ; or, ce n’est que dans l'Eglise catholique que l’on croit tout ce que Jésus-Christ a enseigné, et que l’on fait tout ce qu’il a commandé ; donc, point de salut hors de l'Eglise catholique.

Notre-Seigneur compare le royaume des Cieux, qui est l'Eglise, à un roi qui célèbre les noces de son fils, et qui, voyant les invités refuser d’y venir, s’irrite et jure ‘ que pas un de ceux qu'il avait invités ne goûtera les mets de sa table.” Ailleurs, le Fils de Dieu dit aux Apôtres : ‘ Prêchez l'Evangile à toute créature; celui qui croira et qui sera baptisé sera sauvé; celui qui ne croira pas sera condamné, Les portes de la vie éternelle, dit encore le Sauveur, ne s’ouvriront que pour ceux qui auront gardé les commandements ; celui donc qui aura connu le commandement et qui refusera de l’accomplir, sera condamné.’

Héritiers de la doctrine de notre divin Sauveur et des Apôtres, les Pères de l’Eglise professent hautement la même vérité. ‘‘ Celui-là n’aura pas Dieu pour père, disent saint Cyprien et saint Augustin, qui n’a pas l’Eglise pour mère.” Et saint Jérôme et saint Cyrille d'Alexandrie : ‘ De même que tous ceux qui n'étaient pas dans l’arche de Noé ont péri dans les eaux du déluge, ainsi, se perdent tous ceux qui ne sont pas dans la vraie Eglise.” —‘ Dans les mains de Picrre, dit saint Jean Chrysostôme, sont les

Page 1