‹ Traité des devoirs du chrétien envers Dieu [microforme]Chapitre 60 sur 173 · Comment pèche-t-on contre la Foi · texte numérisé non relu

Comment pèche-t-on contre la Foi

bU ler COMMAND, DE DIEU—-L'ESPÉRANCE, 155

—Dans les entretiens que Bouguer, membre de l'Académie des sciences, eut avec le P, de la Berthonie, et qui opérèrent sa conversion, qu'il rendit publique, ce savant de premier ordre fit l'aveu le plus remarquable: ‘Je n'ai été incrédule que parce que j'étais corrompu : ” et il ajouta aussitôt après: ‘Allons au plus pressé, mon père; c’est mon cœur plus que mon esprit qui a besoin d'être guéri.” —P, DE LA BERTHONIE.

—$i l'on voit quelques esprits douter des articles de la foi, ce n'est point parce que ces articles sont incertains en eux-mêmes; non, mais c’est par suite et de la faiblesse de l'esprit humain et des passions du cœur, —$, THoMAs D'AQUIN,

ARTICLE IT. De à Espérance.

1. L'Espérance est une vertu surnaturelle par laquelle nous attendons avec une ferme confiance de la bonté de Dieu les biens qu'il nous a promis, C'est la seconde des vertus théologalcs.

2, Qu'ils sont grands, les biens que Dieu nous a promis! qu'ils sont précieux ! Ce n’est rien moins que la possession éternelle de Dieu même. Ce bonheur est infiniment au-dessus de nous et de nos eflorts : aussi est-ce par sa pure miséricorde qu’il nous en fait la promesse. Nous ne sommes pas capables par nous mêmes de mériter un tel bonbeur ; mais Dieu, qui nous aime malgré notre misère et notre indignité, nous promet toutes les grâces nécessaires pour y parvenir: &{ nous a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse point, mais qu’il ait la vie éternelle.

3. La vue de nos misères ne doit point nous empêcher d'espérer en Dieu et d’attendre la possession des biens qu'il nous a promis: sa toute-puissance, à laquelle rien n’est impossible ; sa miséricorde, qui est infinie; les mérites de Jésus-Christ, qui sont inépuisables ; la vertu de sa grâce, ses promesses, le commandement qu’il nous a fait d'espérer en lui, tels sont les fondements de l’espérance chrétienne. Après de telles assurances, nous lui ferions injure de ne ne pas espérer. Comme Dieu veut

1. Qu'est-ce que l'Espérance ?—2. Quels sont les biens que Dieu nous a proiuis ?—3. Sur quoi est fondée notre Espérance

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être cru quand il parle, il veut aussi qu’on se confie en lui quand il promet : ainsi notre confiance doit être absolue et constante,

4. Non, l'Espérance chrétienne n'est point incertaine et chancelante ; c'est une confiance ferme, parce qu'elle est appiyée sur ‘in fondement inébranlable, Saint Paul la compare à une ancre ferme et assurée qui retient un vaisseau au milieu des flots et de la tempête. Cette espérance n'est jamais confondue quand elle est humble, sincère et persévérante, car Dieu ne peut manquer à sa promesse, Le ciel et la terre passeront, mais ses paroles ne passeront point. Nous sommes donc assur:s que si nous ne manquors pas de confiance en Dieu, et si d’ailletirs nous ne mettons pas d'obstacle, il nous accordera tout ce qu'il nous à promis.

5. L'espérance chrétienne est combattue par deux vices opposés: le désespoir d’un côté, et la présomption de l'autre,

On pèche contre l'Espérance lorsque l’on désespère de son salut; tel a été le péché de Caïn qui, après avoir ‘ué son frère, dit : ‘Mon jaiquité est trop grande pour en obtenir le pardon.” Le désespoir est le péché le plus horrible aux veux de Dieu, parce qu'il l’outrage dans sa bonté, celle de toutes les perfections qu'il aime le plus à manifester aux hommes, et à laquelle il désire le plus que nous rendions hommage par une confiance sans bornes.

‘# Une mère peut abandonner son enfant; mais moi je n'abandonnerai jamais celui qui espère en moi, dit le Seigneur, Quand vos crimes seraient rouges comme l’écarlate, et votre âme noir comme le charbon, je ne vous rejetterai pas dès que vous reviendrez à moi avec douleur et confiance.” I n’y a point de péché que Notre-Seigneur n'ait expié par sa mort, et dont il ne nous ait mérité le pardon, Il nous crie du haut de sa croix que tout son s 4 est pour nous, Ce père plein de bonté ne demande oe .e le retour de son enfant; notre repentir réveillera toute sa tendresse; mais, de notre côté, n'abusons pas de sa patience et de sa bonté pour l’offenser avec plus de liberté, et pour persévérer dans le désordre,

6. Car on pêche aussi contre l’espérance lorsque, présumant de l4 miséricorde de Dieu ou de ses propres forces,

4. Quels doivent être les carnei. res de notre espérance ?—5, Montrez combien le désespoir est coupable aux yeux de Dieu.—6. Comment 1 èchet-on par présomption ?

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on diffère sa conversion: tel est le péché de ceux qui, se formant une fausse idée de la miséricorde de Dieu, croient qu'ils se sauveront sans cesser de l’offenser, ou qui, comptant sur une longue vie, se persuadent qu'il suflira de penser à son salut quand le temps de la jeunesse sera passé. Gardons nous de dire. La miséricorde de Dieu est grande; il me pardonnera malgré la multitude de mes péchés. Combien de gens ont été trompés par cette fausse confiance! Ils onc compté sur un avenir, et il ne devait pas y avoir d'avenir pour eux. Evitons cette illusion ; ne diflérons point à nous donner à Dieu; nous ne savons quelle sera la durée de notre vie. La mort ne peut-elle pas nous surprendre à tout moment? Ilest vrai que le bon larron s’est converti en mourant, mais c'est un miracle opéré à la mort de Jésus-Christ, et malheur à celui qui ferait dépendre son salut d'un parcil miracle !

7. On pèche encore contre l'Espérance quand on manque de soumission à la conduite de la Providence dans les choses de ce monde. Et comment peut-on ainsi manquer de confiance à l'égard d’un si bon père, qui nous assure que les cheveux de notre tête sont tous comptés, et qu'il n’en tombera pas un sans sa permission ?

Tout ce qui nous arrive en ce monde est pour notre plus grand bien, et peut nous mériter un bonheur éternel: comprenons bien que la santé, le richesses et les autres avantages de ce monde peuvent être nuisibles i notre salut, et qu’il est bon d'en souffrir la privation lorsque Dieu le veut; soyons persuadés que rien n’est encore perdu pour nous tant qu'il nous est permis d’espérer le ciel.

8. Pour augmenter en nous l'Espérance, nous devons en fuire souvent des Actes, surtout lorsque nous nous trouvons exposés à quelque épreuve,

EXEMPLE.—Dieu permit que saint François de Sales éprouvât une tentation bien pénible, Comme il achevait ses études à Paris, n'ayant alors que seize ans, l'ennemi du salut jeta dans son imagination qu'il était du nombre des réprouvés, Cette tentation fit une impression sur son âme, qu'ilen perdait le repos, et ne pouvait ni boire ni manger; il desséchait à vue d'œil et tombait en langueur, Son précepteur, qui le voyait dépérir tous les jours, ne

7. Ne pêche-t-on pas encore contre l'Espérance, en manquant de sou mission à laronduito de In Providence ?—8. Doit-on faire des actes d'Espérance et duns queiles circon:tances ?

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pouvant prendre goût ni plaisir à rien, ayant un teint pâle, jaune, lui demandait souvent le sujet de sa mélancolie: mais le démon qui l'avait rempli de cette illusion était de ceux qu’on appelle muets, à raison du silence qu’ils font garder à ceux qu'ils aflligent.

Ilse vit en mêmetemps privé de toute la suavité du divin amour, Les douceurs et le calme qu'il avait goûtés avec tant de contentement avant cet orage, lui revenaient à la mémoire et redoublaient sa peine, ‘ C'est donc en vain, se disait-il à lui-même, que la bienheureuse Espérance me nourrissait de l'attente d’être enivré de l'abondance des douceurs de la maison de Dieu, et noyé dans le torrent de ses plaisirs. O aimables tabernacles de la maison Dieu, je ne vous verrai donc jamais ! ”

Il demeura un mois entier dans ces angoisses et ces amertumes de cœur, qu'il pouvait comparer aux douleurs de la mort et à tout ce qu’on peut endurer de plus cruel en ce monde, Il passait les jours dans des gémissements douloureux, et les nuits, il arrosait son lit de larmes. Enfin étant entré par une inspiration divine dans l'église de Saint-Etienne-des-Grès pour invoquer la grâce de Dieu sur sa misère, et s'étant mis à genoux devant une image de la sainte Vierge, il prix cette Mère de miséricorde d’être son avocate auprès de Dieu, et de lui obtenir de sa de sa bonté que, s’il était assez malheureux pour être destiné à le haïr pendant l'éternité, il pût au moins l’aimer de tout son cœur pendant la vie.”

Une prière si éloignée des sentiments d’un réprouvé fut aussitôt exaucée: les ténèbres qui étaient répandues sur son esprit se dissipèrent, et il demeura rempli de consolation et de joie.

ARTICLE ITI

De la Charité.

1. La Charité est une vertu surnaturelle par laquelle nous aimons Dieu pardessus toutes choses, parce qu'il est infiniment bon et infiniment aimable, et notre prochain comme nous-mêmes pour l'amour de Dieu. ‘“ Voilà le premier et le plus grand Commandement,” dit Jésus- Christ. La Charité est la troisième des vertus théologales,

1. Qu'est-ce que la Char.ié? Par quelles paroles J,C, montre-t-il l'improtance de ia Charité?

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2, Etait-il nécessaire que Dieu nous commandât de l'aimer? N'’est-il pas de lui-même souverainement aimable? Ses perfections infinies, sa bonté pour nous, les bienfaits dont il nous comble, les avantages que l’on trouve à s'attacher à lui, tout ne nous engage-t-il pas à l'aimer? Il nous a créés, il nous conserve, il nous nourrit; il a formé le ciel et la terre et toutes les créatures pour notre usage : tout cela ne nous crie-t-il pas que nous devons l'aimer ? Dieu a fait encore beaucoup plus pour nous dans l’ordre du salut: il nous a donné son propre fils; il l'a sacrifié pour nous racheter, il nous à admis au nombre de ses enfants; chaque jour, à chaque instant, il nous soutient par sa grâce ; il nous destine après cette vie une félicité éternelle dans le séjour de la gloire : comment, après cela, pourrions-nous lui refuser notre cœur? Quoi donc! faut-il prouver à un enfant bien né qu’il doit aimer son père ? Ce sentiment n'est-il pis naturel à l'homme? Le cœur ne s'y porte-t-il pas de lui-même? Un enfant n'éprouve-t-il pas cet attendrissement au souvenir d'un père ? Et Dieu n’estil pas notre père? Eït-il quelqu'un à qui ce nom convienne mieux qu'à lui? y en eut-il jamais un meilleur? Ajoutons à tous ces motifs les douceurs que l'on goûte dans l'exercice de ce saint amour, Oh! quelle joie pure, quelle douce consolation ne répand-il pas dans un cœur qui en est embrasé! Non, tous les plaisirs que le monde nous offre n’ont rien de comparable à cette paix délicieuse que Dieu met dans une âme qui l’aime, Attachons-nous donc à Dieu; hâtons-nous de lui donner notre cœur avant que le péché le rende indigne de lui être offert. Nous ne pouvons être heureux qu’en l’aimant ; et plus nous l’aimerons, plus nous serons heureux.

3. Oui, Dieu seul peut faire notre bonheur ; un homme à qui Dieu manque est malheureux, même dans le sein des richesses, de la gloire et des plaisirs; il désire toujours quelque chose, il n’est pas content. Mais celui qui aime Dieu trouve dans ce saint amour des consolations qui lui tiennent lieu de tout le reste. $es désirs sont satisfaits, son cœur est tranquille, et rien ne peut troubler le calme de son âme: dans l’indigence même, il est riche; dans l'humiliation, ii est grand ; dans les souffrances, il est comblé de joie, C’est donc de tout notre cœur que nous devons aimer Dieu ; il est notre premier principe et notre

2, Lo sont les principaux motifs de l'amour que ñous devons avoir pour Dieu ?—3, Montrez que Dieu seul peut faire le bonheur de l’homme, Comment devons-nous aimer Dieu”?

160 DU 1er COMMAND. DE DIEU—LA CHARITÉ,

dernière fin. Ce grand Maître veut posséder notre cœur tout entier : il faut donc le préférer à toutes les créatures, être disposé à perdre tout plutôt que sa grâce, enfin n'aimer rien que par rapport à lui.

C’est pécher contre ce commandement que de mettre son souverain bien dans un autre objet que Dieu, comme les ambitieux dans les honneurs, les avares dans les richesses, les voluptueux dans les plaisirs des sens,

4. L'amour de Dieu doit être agissant. ‘Si quelqu'un m'aime, dit Notre-Seigneur, il gardera mes commandements.” Eneflet, l’on cherche à plaire à celui qu'on aime, et le moyen de lui plaire, c’est de faire sa volonté, d'accomplir fidèlement tout ce qu'il exige, et de faire souvent des actes qui prouvent la sincérité de cet amour, On doit donc prouver son amour par les œuvres, car l'amour de Dieu ne peut être oisif, c’est un feu qui agit toujours ; s’il cesse d’embraser Je cœur, c’est une preuve qu'il est éteint.

5, Mais Celui qui a dit: “ Vous aimerez le Seigneur votre Dieu de tout votre cœur, de toute votre âme, de tout votre esprit et de toutes vos forces,” a tout de suite ajouté: ‘Et vous aimerez votre prochain comme vousmême.”

L'amour du prochain doit aussi se prouver par les œuvres,

Il n’y a rien que Jésus-Christ nous ait recommandé plus fortement que cette amour du prochain. * Le commandement que je vous fais, nous dit-il, c’est de vous aimer les uns les autres.” Aussi, dans les beaux jours du Christianisme naissant, wit-on régner parmi les fidèles l'union la plus intime et la charité la plus tendre ; ils n'avaient tous qu'un cœur et qu'une âme. “Voyez, disaient les païens eux-mêmes, comme ils s'aiment les uns les autres.

6. On peut réduire tous nos devoirs envers le prochain à celui de la charité ; et, en effet, si on aime véritablement le prochain, on sera bien éloigné de faire à son égard rien de ce qui est défendu: on ne lui dira point d'injures; on ne commettra point de violences contre lui; on ne lui fera point de tort, on ne le trompera point; on lui rendra même toutes sortes de bons offices.

4. Quelle est la meilleur preuve que nous aimons Dieu ?—5, Sur quelles paroles de l'Ecriture est fondé le devoir que nous avons d'aimer le prochain ?—6, Quels sont nos devoirs envers le prochain ?

DU ler COMMAND. DE DIEU-—LA CHARITÉ. 161

7. Mais ne croyons pas que par ce mot de prochain l’on entende seulement ceux avec qui nous avons quelque liaison de parenté où d'amitié, ‘Si vous n'aimez, dit Notre-Seigneur, que ceux qui vous aiment, que faites-vous en cela de plus que les Péiens? 7 Par le prochain il faut done entendre tous les hommes, parce qu'ils ont tous le méme Créateur ét la méme origine, parce qu'il ne composent tous qu'une même famille, dont Dieu est le père ; parce qu'ils ont tous été créés pour la même fin, qui est la félicité éternelle, et qu'ils ont tous été rachetés au même prix, c’est-à-dire par le sang de Jésus-Christ, qui est mort pour tous les hommes, Cet amour doit s'étendre à nos ennemis mêmes; le précepte de Jésus-Christ est formel : ‘Et moi je vous dis: Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haissent, priez pour ceux qui vous persécutent et qui vous calomnient; rendez le bien pour le mal, afin que vous ressembliez à votre Père céleste, qui fait luire son soleil sur les bons et sur les méchants.” Gardonsnous de dire que c’est assez de point vouloir de mal à ceux qui nous haissent ; mais que de les aimer, de les prévenir, de leur rendre service, cela est impossible, Non, cela n’est pas impossible avec la grâce, et Dieu la donne, cette urâce, à ceux qui la lui demandent, Dieu nous le commande, et il ne commande rien d'impossible ; mais il veut que nous fassions tout ce que nous pouvons, avec les forces qu'il a mises en nous, et que nous demandions ce que nous ne pouvons pas encore.

On fait connaître qu'on aime son prochain en exerçant envers lui les œuvres de miséricorde spirituelles et corporelles,

S. Les œuvres spirituelles de miséricorde sont de ramener à la vertu ceux qui s'en écartent, d'enseigner les iynorants, de donner conseil à ceux qui en ont besoin, de consoler les affigés, de pardonner les offenses, de souffrir patiemment les injures, de prier pour les vivants et pour les morts.

9, Les œuvres corporelles sont de donner la nourriture à ceux qui en manquent, des vêtements à ceux qui en ont besoin, de racheter Îes captifs, de visiter les malades et les prisonniers, de loger les étrangers et d’ensevelir les morts,

.T. Qu'entend-on par le prochain? Devons-nous aimer nos ennemis ? Est-ce possible ?—S8. Quelles sont les œuvres spirituelles de miséricorde ? —9. Quelles sont les œuvres corporelles de miséricorde ?

162 pu ler COMMAND. DE DIEU—DE L'ADORATION,

EXEMPLES, — L'apôtre saint Paul peut être proposé comme un modèle excellent d'un parfait amour pour Jésus-Christ, qui, l'ayant destiné à un grand ouvrage et à beaucoup soufirir, lui avait donné une grande âme, un grand courage et une grande charité, ‘La charité de Jésus-Christ nous presse, dit-il dans ses Epitres, considérant qu'il est mort pour tous, afin que ceux qui vivent ne vivent plus pour eux-mêmes, mais pour Celui quiest mort et est ressuscité pour eux. Je vis, dit-il encore, mais ce n'est plus moi qui vis, c'est Jésus-Christ qui vit en moi. Qui donc nous séparera de l'amour de Jésus-Christ ? Serace l’affiction, ou les angoisses, ou la faim, ou la nudité, ou les périls, ou la persécution, ou le glaive? Parmi tous ces maux nous demeurons victorieux à cause de Celui qui nous a aimés; car je suis assuré que ni la mort, ni la vie, ni les puissances, ni aucune créature ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu en Jésus-Christ notre Seigneur. Si quelqu'un n’aime point notre Seigneur Jésus-Christ, qu'il soit anathème ! ”?

—S$aint Paulin, de riche devenu pauvre pour avoir soulagé les indigents qui avaient eu recours à lui, n'ayant lus rien à donner, se vendit lui-méme pour rendre la iberté au fils d'une pauvre veuve qui n’implora pas en vain sa charité, Saint Grégoire le Grand, qui rapporte ce trait dans ses Dialogues, ajoute que saint Paulin trarailla comme esclave dans un jardin jusqu'à ce que son maître, ayant découvert son mérite, le mit en liberté et le renvoya.—GODESCARD, tome V, page 445.

ARTICLE IV

De l'adoration.

1. Le premier Commandement nous ordonne en termes formels d'adorer Dieu, c'est-à-dire de lui rendre le culte et l'hommage qui lui sont dus, comme au souverain Seigneur de toutes choses,

2, On distingue trois sortes de cultes: celui de Zatrie, qui est dû à Dieu: celui d'hyperdulie, qui est dû à la très-sainte Vierge, et celui de dulie, que nous devons aux Saints.

1. Avons-nons d'au'res devoi:s à remnlir envers Dieu que cenx que rescrivent les vertus théologales? Qu'est-ce qu'adorer Dieu ?—2. Com en y a-t-il de sortes de cultes :

bU ler COMMAND, DE DIEU—L'ADORATION. 168

8. L'adoration, due à Dieu seul, est un profond abaissement de l'âme devant la Majesté sûprème, devant Celui qui d'un seul mot a créé le ciel et la terre, qui d’un regard fait fondre les nations comme la cire ; sous les pas duquel les collines se courbent avec respect ; devant ce Dieu qui envoie les foudres et les tempêtes pour être les ministres de sa colère, et qui les enchaine quand'il lui plaît d'exercer sa miséricorde, A la vue de hi grandeur de Dieu, l'âme qui adore s’humilie, se confond et s’anéantit en sa présence ; elle fait lhumble aveu de sa dépendance et de sa servitude ; elle Joue et gloritie le saint nom de Dieu; elle rend grâces des biens qu'elle a reçus de lui; elle lui demande humblement tous ceux qui lui manquent, et qu'elle n'attend que de sa seule bonté ; elle s'offre elle-même etse consacre à lui sans réserve pour accomplir en tout sa sainte volonté.

4, Ces sentiments intérieurs se manifestent au dehors par des actions qui y répondent, comme des génuflexions, des prières, l’offrande de ses actions, et surtout par le Sacrifice de la Messe, qui est de tous les actes d’adoration le plus excellent et le plus auguste.

5. Nous devons rendre à Dieu tous les jours, principalement le matin et le soir, le tribut de louanges et d'adoration qu'il exige de nous. C’est par cet exercice de reliligion qu'il faut commencer et finir la journée, Ne manquons jamais de remplir un devoir si important et si essentiel; que notre première pensée, que le premier mouvement de notre cœur s'élève vers Celui qui nous a créé, qui nous conserve et qui nous comble chaque jour de nouveaux bienfaits; que notre première action soit de nous prosterner aux pieds de la souveraine Majesté, de l'adorer, de la remercier de ses bienfaits, de nous consacrer à son service, et de lui demander les grâces dont nous avons besoin.

Avant et après chaque repas, adorons ce père tendre qui ouvre sa main bienfaisante, et qui remplit ses enfants de bénédictions.

A la fin de la journée nous devons renouveler à Dieu l'hommage que nous lui avons rendu le matin, Humilions-nous alors en sa présence des fautes que nous avons commises; demandons-lui-en pardon, et remercions-le

3. Quels sentiments doit nous inspirer la suprême majesté de Dieu ? —4. Comment le: sentimeuts intérieurs se manifestent-ils au dehors ?— 5. Quund devons-nous principalement adorer Dieu ?

164 DU ler COMMAND, DE DIEU-—L'ADORATION,

des grâces qu'il nous a accordées, Mais souvenons-nous que les formules de prières et les autres pratiques sensibles de piété ne sont que le corps de lu Religion : c'est le sentiment intérieur dada ation qui en est l'âme, Sans cette disposition du cœur, les paroles et toutes les actions extérieures ne sauraient plaire à Dieu ; elle nous attireaient ce reproche qu'il faisait autrefois au peuple juif: ‘Ce peuple m'honore des lèvres, et son cœur est loin de moi.”

6. L'adoration n'appartient qu'à Dieu. Nous honorons à la vérité les Saints, nous les révérons; mais nous ne Îles adorons point. Nous ne leur rendons point le culte suprême, qui n’est dû qu’à Dieu; nous les honorons seulement comme ses serviteurs et ses amis, Il est bon et utile de les invoquer pour obtenir de Dieu, par leur intercession, les grâces dont nous avons besoïn ; mais c’est à Dieu seul que nous les demandons, au nom de Jésus-Christ, leur Sauveur et le nôtre, qui seul nous les a méritées par ses souffrances et par sa mort, Nous honorons aussi leurs reliques, parce que ce sont les précieux restes d’un corps qui a été le temple du Saint-Esprit et qui doit ressusciter glorieux ; en cela nous ne faisons que suivre l’usage de tous les siècles, Nous honorons aussi leurs images ; mais cet honneur se rapporte à l’objet qu’elles représentent : nous ne reconnaissons point en elles d’autres vertu que celle de nous rappeler le souvenir de ceux dont elles portent la ressemblance, Ainsi, en nous mettant à genoux devant l'image de Jésus-Christ, devant celle de la trèssainte Vierge ou de quelque autre Saint, ce n’est pas l’image, c'est Jésus-Christ que nous adorons ; ce n’est pas l'image que nous honorons, c'est celui ou celle dont elle nous rappelle le souvenir et les vertus.

7. L'usage des images est très-utile, elles nous rappellent les exemples des Saints, leurs combats, leurs victoires et la gloire dont ils jouissent dans le ciel,

8. On pèche contre l'adoration due à Dieu par idolâtrie, par superstition, par irrévérence.

9. On pèche par idolâtrie en rendant à des créatures le culte qui n’est dû qu’à Dieu seul, comme les Païens, qui rendaient à des hommes, à des figures, à des animaux,

6. Adore-t-on les Saints”? A qui se rapportent ler honneurs que nous rendons aux croix, aux images de la très-sainte Vierge et des Sainte. —7. Quelle est l'utilité des images ?—8. Comment pèche-t-on contre l’adoration due à Dieu ?-9. Quand tombe-t-on dans l’idolâtrie ?

DU ler COMMAND, DE DIEU—L'ADORATION, 165

aux astres, aux légumes de leurs jardins, aux vices même, des hommages divins. Si cette idolâtrie grossière n'existe plus aujourd'hui, l'irréligion, l'impiété en ont pris la place, Il y a des insensés qui disent: Il n'y a point de Dieu, et n'en adorent point ; ou plutôt, comme dit l'Apôtre: Ilsse font d'autres divinités ; leur orgueil, l'amour des richesses et des plaisirs, l'impureté, la gourmandise, ete., deviennent leurs dieux.” IT y a une autre sorte d’idolâtrie abominable aux yeux de Dieu; elle consiste à prodiguer un sacrilège encens à ces idoles de chair qui tiennent dans un cœur dépravé la place de la Divinité.

10, On pèche par superstition en se servant, dans le culte divin, de certaines pratiques que l'Eglise n'autorise point, ou en mettant sa confiance en des paroles ou en des actions qu'elle désapprouve, et par lesquelles on prétend obtenir da effets particuliers, la connaissance de l'avenir, des choses cachées, ete; toutes ces choses ne sont propres qu'à attirer la malédiction de Dieu sur ceux qui s'en servent,

11. On pèche par irrévérence en profanant les églises, les reliques de Saints, leurs images, l’eau bénite et autres choses saintes, et plus encore par le sacrilège que l'on commet en recevant les Sacrements sans les dispositions nécessaires. C’est encore un sacrilèce de voler une chose sainte dans l'église, ou de frapper une personne consacrée à Dieu, etc.

EXEMPLES.—Constance Chlore, prince sage et humain, estimait et protégeuit le Christianisme, Il usa cependant quelque temps de dissimulation, et déclara publiquement que tous les Chrétiens de son palais eussent à offrir des sacrifices à Jupiter et aux autres divinités du paganisme, s'ils voulaient conserver leurs charges et ses bonnes grâces. [Il s'en trouva qui, préférant leur fortune à leur intérêt éternel, s'empressèrent d’obéir à cet ordre, qui n'avait été donné que pour les éprouver: mais, pour prix de leur obéissance, ils n'obtinrent que le mépris du prince, qui, indigné de leur lâcheté, les éloigna pour toujours de sa personne, Un deses confidents lui ayant demandé la raison de cette conduite, dont il était fort étonné, Constance lui fit cette sage réponse : “ Les hommes qui sacrifient leur religion à leur intérêt sont capables de manquer à tous les devoirs ; et je ne pouvais espérer

10, DEP que la superstition ?—11, Comment pèche-t-on par irrévérence‘

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