‹ Traité des devoirs du chrétien envers Dieu [microforme]Chapitre 65 sur 173 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Honore ton père et ta mère, etc.

Tes père et mère honoreras, Afin de vivre longuement,

1. Dieu, par son quatrième Commandement, prescrit les devoirs des inférieurs envers les supérieurs, et des supérieurs envers les inférieurs ; car ce qui est dit des père et mère s'applique dans une certaine mesure à tous ceux qui ont quelque autorité ou droit de commandement.

2. Les enfants ont quatre devoirs principaux à remplir envers leurs père et mère: ils doivent les respecter, les aimer, leur obéir, et les secourir dans leurs besoins.

8. Le premier devoir des enfants envers leurs parents, c'est le respect. Ce respect consiste à recevoir avec dovcilité leurs avis et leurs corrections, à leur parler toujours avec soumission, à craindre de leur déplaire, à cacher et à excuser leurs défauts. Un père et une mère sont les images de Dieu à l’égard de leurs enfants, ils en tiennent la place ; ils sont le- dépositaires de son autorité: leur manquer de respect, c’est en manquer à Dieu même; l’injure qu'on leur fait retombe sur Celui qu’ils représentent; aussi, dans l’ancienne Loi, Dieu avait-il ordonné qu’on le punit du dernier supplice. ‘ Si quelqu'un, dit-il, outrage de paroles son père ou sa mère, qu’il soit mis à mort.”

4, Le second devoir des enfants, c’est d'aimer leurs parents. Est-il nécessaire de prouver cette obligation, et ne suffit-il pas de rappeler à un enfant bien né tout ce que ses parents ont fait et tout de qu’ils font encore pour lui? Ils lui ont donné la vie ; dès qu’il a été au monde

1. A quoi nous oblige le quatrième commandement ? Quelles personnes sont comprises sous le nom de père et de mère ?—2. Quels sont les princi-

aux devoirs des enfants envers leurs parents ?—3. Quel est le respect que es enfants doivent avoir pour leurs parents ?—4. Quels sont les motifs qui font aux enfants un devoir d'aimer leurs parents ?

ils ont pris soin de lui, et dans ce premier âge, qui demandait une attention continuelle, ils n’ont été, pour ainsi dire occupés que de lui: ils ont veillé sur son enfance, et quelque rebutants qu’aient été les soins qui lui étaient alors nécessaires, ils s’y sont prêtés avec joie. Que de peines ne se donnent pas un père et une mère? à quels travaux nese livrent-ils pas pour procurer à un enfant un sort heureux ! Un enfant qui n’aimerait pas son père et sa mère ne serait pas un Chrétien, ne serait pas même un homme; ce serait un monstre.

5. Le troisième devoir d’un erfant envers ses parents est l’obéissance. ‘ Enfants, dit l’apôtre saint Paul, obéissez à vos parents, car cela est juste devant le Seigneur.”” C’est à cette marque que l’on reconnaîtra si vous les respectez et si vous les aimez sincèrement ; un enfant qui désobéit à son père ou à sa mère, ou qui ne leur obéit qu’à regret, n’a pour eux ni le respect ni l’amour qu’il leur doit.

6. Enfin le quatrième devoir des enfants à l’égard de leurs parents, c’est de les secourir dans leurs besoins, par exemple, dans leurs maladies, dans la vieillesse, dans la pauvreté; en toutes ces occasions, un enfant est obligé de les aider autant qu’il est en son pouvoir. Pour sentir cette obligagion, il suffit d’avoir un cœur. On doit se trouver heureux de rendre à son père et à sa mère une partie de ce qu’on a reçu d’eux; manquer à ce devoir serait une monstrueuse ingratitude; il faudrait avoir étouffé tous les sentiment de la nature: aussi i’Ecriture s’exprime-t-elle avec force contre ceux qui se rendent coupables de ce crime. ‘ Combien est infâme celui qui abandonne son père, et combien est maudit de Dieu celui ge aigrit l’esprit de sa mère en refusant de prendre soin

elle !?* Mais si un enfant doit secourir ses parents dans leurs besoins temporels, à plus forte raison doit-il leur procurer les secours spirituels dont ils ont besoin, surtout dans leur vieillesse et dans leur dernière maladie. Plusieurs parents seront redevables de leur bonheur éternel au soin que leurs enfants auront eu de leur faire recevoir les Sacrements avant leur mort.

7. Les enfants doivent encore exécuter fidèlement les dernières volontés de leurs parents, prier et faire prier pour eux après leur mort.

5. Quel est le troisième devoir des enfants envers leurs parents? —6. Comment les enfants doivent-il+ secourir leurs parents? —7. Ne doit-on secourir ses parents que dans l'ordre temporel ?

8, Les pères et les mères doivent quatre choses à leurs enfants: la nourriture, l'instruction, la correction et le bon exemple,

Ils doivens les nourrir, 1es vêtir, les élever selon leur condition.

Il est aussi de leur devoir de leur apprendre, ou par eux-mêmes, ou par d’autres, les principaux Mystères de la foi, les Commandements de Dieu et de l'Eglise, et les prières qu’ils doivent réciter tous les jours; et, en ce qui concerne le choix d’un état de vie, ils doivent les aider de leurs conseils sans jamais les contraindre, et leur laissant une pleine liberté pour répondre à leur vocation.

Ils sont obligés de veiller constamment sur leur conduite, et, au besoin, de les corriger, c’est-à-dire de les reprendre lorsqu'ils tombent dans quelque faute ; mais il faut que ce soit avec douceur et charité, et non pas avec colère et passion,

Les pères et les mères doivent beaucoup veiller sur euxmêmes, pour donner toujours bon exemple à leurs enfants, et ne jamais faire aucun mal en leur présence: qu’ils soient bien convaincus que plusieurs seront damnés pour avoir été la cause des péchés de leurs enfants, pour ne les avoir pas élévés chrétiennement, ou leur avoir donné mauvais exemple.

9. Ce même Commandement ordonne aussi à tout fidèle la soumission aux supérieurs ecclésiastiques. Le Pape est le vicaire de Jésus-Christ, l’évêque diocésain est le successeur des Apôtres, un curé est le père spirituel de ses paroissiens, un confesseur est l’ange visible pour conduire au ciel ceux qui lui donnent leur confiance, tout prêtre catholique est le ministre de Jésus-Christ pour l’administration des Sacrements et la rémission des péchés. Il faut donc leur témoigner en toute rencontre l’amour, le respect et l’obéissance que méritent le caractère dont ils sont revêtus et les fonctions qu’ils sont chargés d’exercer de la part de Dieu. C’est à tous les ministres de son Eglise que Jésus-Christ a dit: ‘Qui vous écoute m'écoute, et qui vous méprise me méprise.”

C’est encore à ce commandement que se rapporte ce que saint Paul a écrit aux Romains: ‘ Que tous, dit-il,

8. Quels sont les devoirs des parents ‘envers leurs enfants. quant au corps, à l’esprit et à l’âme?—9. A qui devons nous obéir dans l’Église, et quel est le fondement de notre obéissance ? Sur quelle parole de l’Ecriture est fondée l’obéissance que nous devons à la puissance temporelle?

soient soumis aux puissances supérieures; car il n’y en a aucune qui ne vienne de Dieu. Le prince est le ministre de Dieu pour le bien; il est done nécessaire de nous soumettre à lui, non par la crainte du châtiment, mais par le devoir de la conscience. Rendez done le tribut à qui vous devez le tribut, le respect à qui vous devez le respect.”

10. Il y a une obligation étroite d’obéir aux lois de ceux qui ont la puissance, en tout ce qui n’est pas contraire aux préceptes divins.

Telle était la doctrine des Apôtres et la conduite des premiers fidèles, quoiqu'ils vécussent sous des princes barbares et idolätres qui faisaient mourir inhumainement une multitude de Martyrs.

Les souverains sont des hommes, ils peuvent avoir des défauts ; il faut les excuser, et observer encore plus à leur égard qu’envers les autres hommes les lois de l'Evangile sur la charité.

Vouloir sonder toutes leurs intentions, incriminer toutes leurs actions, c’est une témérité, une usurpation sur les droits de Dieu, dont ils tiennent la place.

Le Prince des Apôtres ordonne aux fidèles d’être soumis non-seulement aux souverains, mais encore à ceux qui sont chargés de l’autorité, aux magistrats, qui sont leurs représentants.

11. Les maîtres qui sont chargés d'élever les enfants tiennent auprès d’eux le premier rang, après leurs pères et mères. Leur fonction est d'enseigner à leurs élèves la religion et les sciences humaines, de veiller sur leur conduite, de former leurs cœurs et leurs sentiments. Ils sont obligés d’avoir pour leurs disciples un cœur de père, et d'en remplir les devoirs.

12. Les disciples, de leur côté, doivent à leurs maîtres le respect, l'amour, la docilité et la reconnaissance, Un maître consacre son temps, ses veilles, sa santé, pour former ses élèves aux sciences, aux arts et à Ja vertu: il sacrifie pour eux sa liberté, se réduit à une espèce de servitude ; il supporte avec patience le dégoût, l’ennui de répéter sans cesse les mêmes choses. Quels droits n’iequiert-il pas sur leurs cœurs, tandis qu'il fait pour eux tant de sacrifices et qu’il leur procure des avantages si

10, En quoi doit-on obéir à ceux qui ont la puissanee temporelle ?—11, Quels sont les devoirs des maîtres envers leurs disciples?—12, Quels sont les devoirs des disciples envers leurs maîtres ?

estimables! Les avis qu'il leur donne leur sont nécessaires pour éviter les dangers auxquels les passions les exposent ; c’est un frein .salutaire qui les arrête et qui les empêche de tomber dans les précipices ouverts de tous côtés sous leurs pas. Les réprimandes qu’il leur fait quelquefois ne doivent point affaiblir leur amour, s’ils sont raisonnables. Il les reprend, mais c’est par zèle pour leur avancement ; s’il les aimait moins, il ne prendrait pas tant à cœur leur éducation. Ce n’est qu’à regret qu'il use de sévérité, et sa tendresse souffre toujours des reproches qu’il est obligé de leur faire.

13. On voit quelquefois dans le monde des hommes qui ont été gratifiés de tous les soins d’une bonne éducation, et qui n’en ont retiré presque aucun profit; ils sont incapables des emplois dont ils se trouvent chargés, et ils y commettent une infinité de fautes par leur ignorance. Voulez-vous savoir d’où vient ce désordre, interrogez ceux qui les ont connus dans leur jeunesse: c’étaient, vous diront-ils, des esprits rebelles, pleins d'eux-mêmes et déterminés à ne jamais plier sous l’autorité; ils n’écoutaient les avis de personne, ils ne pouvaient souffrir aucune réprimande ; ils se croyaient tout permis à l’égard de leurs maîtres, ils relevaient leurs moindres défauts ; ils ne leurs pardonnaient rien, ils prenaient un plaisir malin à parler mal d’eux et à indisposer les autres contre eux. Qu'est-il arrivé? ils sont restés ignorants et pleins de défauts, et sont devenus des hommes au moins inutiles et méprisés ; en un mot, ils sont de mauvais citoyens, parce qu'ils ont été dans leur jeunesse des disciples indociles, Jeunes gens, vous ne sentez peut-être pas maintenant toutes les obligations que vous avez à ceux qui vous instruisent, ni l’importance du service qu’ils vous rendent ; mais un jour vous connaîtrez le prix d’une bonne éducation, et vous comprendrez combien vous leur êtes redevables, Le bienfait de l'éducation ne saurait s’apprécier ; on n’en est pas quitte envers ceux de qui on l’a reçue en leur payant un modique honoraire, Les avantages que l’on en retire durent autant que la vie: la reconnaissance d’un disciple ne doit point avoir d’autres bornes.

EXEMPLES.—M. Delleglaie était transporté d’un cachot de Lyon à Paris. Sa fille ne l’avait pas quitté. Elle demanda au conducteur d’être admise dans la même voiture ;

13. Quelles sont les funestes suites de la négligence à profiter de l’éducation que l’on reoit? Quelle reconnaissance les élèves doivent-ils avoir pour leurs maîtres ?

elle ne put l'obtenir, Mais l'amour filial connaît-il des bornes? Quoiqu’elle fût d’une constitution très-faible, elle fit le chemin à pied, et suivit, pendant plus de cent lieues, le chariot dans lequel son père était trainé. Elle ne s’en éloignait que pour aller dans chaque ville lui préparer des aliments, et le soir mendier une couverture qui facilitât son sommeil dans les différents cachots qui l’attendaient. Elle ne cessa pas un moment de l'accompagner et de veiller à tous ses besoins, jusqu’à ce que son père fût arrivé à Paris, et que l’on défendit à sa fille de lui donner des soins. Habituée à fléchir les bourreaux, elle ne désespéra pas de désarmer les persécuteurs, et, après trois mois de sollicitations et de prières, elle obtint la liberté de l’auteur de ses jours.—L'abbé CARRON, de l'Education.

—Un père avait un malheureux fils qui l’injuriait et l’outrageait souvent. Ce père avait eu aussi le malheur de manquer lui-même au respect qu'il aurait dû avoir pour son père; mais il gémissait tous les jours sur ce péché, et, toutes les fois qu’il recevait de son fils quelque outrage, il offrait à Dieu la peine qu’il ressentait, le suppliant de lui accorder le pardon de l’injure qu'il avait faite à son père. Un jour que son indigne fils l’avait jeté à terre et le foulait aux pieds, il s’écria : ‘ Vous vous vengez, mon père, vous vous vengez; je le mérite bien. Seigneur, faites-moi miséricorde.” —LASAUSSE.

—Un petit garçon de onze ans, l’ainé d’une pauvre famille, composée du père, de la mère et de trois autres enfants, avait été placé, depuis quelque mois, en apprentissage chez un bijoutier; il n’était pas payé, comme on on le pense bien, mais il dînait et couchait chez son patron. Le matin il recevait selon l’usage, quatre sous pour son déjeûner, Un soir, la mère voit arriver l’apprenti tout joyeux ; et quel n’est pas son étonnement, lorsqu'elle l'entend lui dire: ‘“ Tenez, ma mère, voilà cinq chelins; vous achèterez du sucre pour ma sœur qui est malade et une blouse pour mon petit frère.—D'où te vient cet argent ?—Il est bien à moi, ma mère ; ce sont les quatre sous de mon dejeûner qui, depuis mon entrée chez le patron, ont formé cette somme.” Ainsi le noble enfant avait eu le courage de manger du pain sec à tous ses déjeûners, pendant trente jours, pour se donner la joie d'apporter ce premier soulagement à ses parents.

Page 1