CHAPITRE IV
DU TROISIÈME COMMANDEMEXNT,
Observe le jour, etc.
Les Dimanches tu garderas, En servant Dieu dévotement.
1. Tous les jours appartiennent au Seigneur; il n’y en a aucun que nous ne devions rapporter à sa gloire ; mais comme les besoins de la vie nous empêchent de vaquer continuellement à des exercices de la Religion, Dieu s’est réservé spécialement un jour de chaque semaine qu'il nous ordonne d’employer à l’adorer et à le servir. Ce précepte est aussi ancien que le monde: Dieu, aussitôt après avoir créé l’univers, consacra ce jour, afin que les hommes célébrassent la mémoire de la création et du repos mystérieux où il entra après avoir consommé ce grand ouvrage. Ce jour du repos de Dieu était, dans l’ancienne Loi, le septième jour, et on l’appelait Sabbat, qui signifie repos ; mais dans la nouvelle Loi c’est le premier jour de la semaine qu’on appelle Dimanche, ou le jour du Seigneur.
2. Le Dimanche à été substitué au samedi dès le temps des Apôtres, et par inspiration divine, en mémoire de la résurrection de Jésus-Christ, parce que c’est le jour auquel Notre-Seigneur, après les travaux de sa vie mortelle, est entré dans son repos éternel. Ce jour est destiné à honorer le Dieu vainqueur de la mort par qui nous avons été rachetés. ‘“ Vous travaillerez pendant six jours, dit le Seigneur ; mais le septième jour est le repos du Seigneur votre Dieu; vous ne travaillerez point en ce jour, ni vous, ni votre fils, ni votre serviteur, ni l’étranger qui sera avec vous dans l’enceinte de vos murs.”
3. Les Juifs observaient si rigoureusement le Sabbat, qu'ils préparaient la veille ce qui était nécessaire même pour la nourriture du lendemain. La loi de l'Evangile est moins rigoureuse: elle permet les travaux que demande la charité ou la nécessité, ainsi que les œuvres
1. Quelest le jour de la semaine que Dieu s'est spécialement réservé, et pourquoi s’en est-il réservé un ? Ce précepte est-il bien ancien ?—2. Pourquoi le Dimanche a-t-il été substitué au Sabbat?—3. Comment les Juifs observaient-ils le Sabbat ?
qu’on nomme libérales, comme la lecture, l'écriture, le dessin, etc.; mais il n’est pas permis de s'occuper à des œuvres serviles, c’est-à-dire à tout travail auquel on se livre ordinairement pour gagner sa vie, ni à tout ce qui serait capable de détourner du service de Dieu. C’est donc un grand mal de s'occuper, pendant ce jour, de travaux mercenaires sans nécessité rigoureuse, imposée par le service divin, la nécessité publique ou les besoins indispensables de la vie.
4. Les ouvriers qui travaillent en ce jour, sous prétexte d'achever un ouvrage, ou par la crainte de perdre une pratique, ne sont pas pour cela exempts de péché. Ce serait aussi profaner le saint Dimanche que de se livrer en ce jour à une dissipation profane de se permettre des divertissements criminels, comme sont les bals, les spectacles. Ces actions défendues en tout temps le sont bien davantage dans les jours consacrés au Seigneur. De toutes les œuvres serviles, en est-il de plus contraires à la sanctification de ces jours que les œuvres du péché, qui nous rendent les esclaves du démon ? Le péché, qui est toujours un grand mal, même quand on le commet un jour ordinaire, ne parait-il pas avoir un nouveau degré d’énormité lorsqu'il est commis le Dimanche? Une telle conduite n’annonce-t-elle pas un grand oubli de Dieu, un mépris plus marqué de sa sainte Loi ?
5. Ce n’est point assez de s'abstenir des œuvres serviles et criminelles, il faut encore employer le Dimanche au service de Dieu, en s'appliquant à des œuvres de piété et de Religion; c’est là l’essentiel et la fin du précepte. Si Dieu nous commande d'interrompre les travaux ordinaires, c’est afin que rien ne nous détourne de l’application à son service. Dieu serait-il donc honoré par un repos d’oisiveté ? sanctifirait-on ce jour en le passant au jeu, à la table, aux visites? Non, sans doute: ce qui sanctifie véritablement le jour que le Seigneur s’est réservé, c’est l'assistance aux offices divins, aux instructions publiques ; ce sont de saintes lectures, et généralement toutes les bonnes œuvres qui ont pour objet le culte de Dieu, notre sanctification ex le soulagement du prochain. Il est vrai que Dieu ne nous défend pas un soulagement honnête et modéré. Ce délassement nous est nécessaire, et nous
4. Comment devons-nous observer le Dimanche ? Ne manque-t-on à ln sanctification du Dimanche, qu en se lit à des œuvres serviles ?—5, pe es pour sanctifier le Dimanche, de s'abstenir du travail et du péc
pouvons nous l’accorder, mais ce ne doit jamais être au préjudice de la piété, et le temps de nous récréer ne doit pas être pris sur celui qui est destiné à la prière, au chant des louanges de Dieu et à notre instruction.
EXEMPLES.—I1 y avait peine de mort, dans l'Ancien Testament, contre les profanateurs du Sabbat ; car nonseulement Dieu ordonna de lapider un homme qui avait été trouvé ramassant du bois dans le désert le jour du Sabbat, mais encore il dit à Moïse : “ Parlez aux enfants d'Israël, et dites-leur : ‘ Observez mon Sabbat, parce
w’il doit vous être saint: celui qui le violera sera puni
e mort; si quelqu'un tra aille au jour du Sabbat, il sera retranché du milieu du peuple. On travaillera les six autres jours; mais le septième est le Sabbat et le repos consacré au Seigneur; quiconque fera quelque ouvrage au jour du Sabbat doit être puni de mort.’ —EXODE, XXxI.
—Saint Augustin, parlant du temps qui précéda sa conversion, dit qu’il avait soin de se trouver à l’église, autant que le lui pouvaient permettre ses occupations, dont le poids le faisait gémir, et qu’il allait entendre les discours que saint Ambroise, évèque de Milan, faisait au peuple tous les dimanches. Son cœur, touché de l’éloquence de ce saint homme, s’ouvrit peu à peu à la vérité: “ Votre divine parole, à mon Dieu, dit encore saint Augustin, estun pain qui nourrit et qui engraisse, une huile qui embellit et qui fait qu’on a la joie peinte sur le visage, un vin qui enivre, mais d’une ivresse qui, nous faisant goûter les plaisirs du ciel, nous détache de ceux de la terre.” Parlant ensuite des pieuses lectures, le même saint ajoute: ‘ Ce qui me touche le plus au monde et ce que j'aime par-dessus toutes choses, c’est d'entendre votre voix dans les divins livres de votre sainte Ecriture, à mon Dieu; et c’est un plaisir pour moi, qui passe tous les autres plaisirs. Les méchants m'ont étalé leurs vaines joies; mais je n’y trouve rien de comparable aux douceurs de votre sainte Loi.” Les saints offices le remplissaient aussi d’ineffables consolations. ‘‘ Combien, dit-il le chant des hymnes et des psaumes que j’entendais dans votre église, Ô mon Dieu, me faisait répandre de laf®mes! Et combien j'étais vivement touché d’entendre retentir vos louanges dans la bouche des fidèles ! À mesure que ces divines paroles frappaient mes oreilles, les vérités qu’elles expriment, s’insinuaient dans mon cœur; et l’ar