‹ Traité des devoirs du chrétien envers Dieu [microforme]Chapitre 68 sur 173 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Tu ne seras point adultère,

Luxurieux point ne sera“, De corps ni de consentement.

1. Par le sixième commandement, Dieu défend toutes les choses contraires à la pureté de l’âme et du corps, lesquelles sont regardées dans l’Ecriture comme des péchés abominables : et saint Paul, comparant aux idolâtres ceux qui se rendent coupables du vice d’impureté, dit qu’ils n’entreront ni les uns ni les autres dans le royaume des cieux.

Il est donc défendu, par ce Commandement, de dire ou de faire quoique ce soit contre l’honnêteté publique et la pureté : ainsi, c’est de soi-même un péché abominable devant Dieu de proférer des paroles et de chanter des chansons lascives, ou de les entendre volontiers ; de lire des livres, d'écrire des lettres ou de donner des conseils capables d’exciter à l’impureté; d'arrêter ses regards sur des tableaux ou des statues peu modestes ; d’être indiscret dans les regards, ou autres actions sur soi-même et sur autrui, pour se contenter et satisfaire des penchants déréglés.

2. Iln’y a point de vice qui soit plus contraire à la sainteté de Dieu, et qu’il punisse plus sévèrement, quel’impureté. a fait souvent éclater sa vengeance, dès cette vie même, sur ceux qui le commettaient ; nous en voyons des exemples terribles dans l’Ecriture. Ce péché sera puni même dans les infidèles qui ne connaissent pas Dieu, parce qu’il est contraire à la raison qui les éclaire, parce qu’en s’y abandonnant, l’homme se dégrade lui-même, et qu'étant par sa nature au-dessus de la bête, il se met au même rang, et se confond avec elle; mais il est beaucoup plus énorme encore dans les Chrétiens, dans ceux qui ont été régénérés en Jésus-Christ, parce que rien n’est plus contraire à leur vocation, parce qu’il fait

1. Que défend le sixième commandeinent ?—2. Pourquoi le péché con-

damné par le sixième Commandement est-il un si grand crime, surtout dans un Chrétien ? :

injure au Saint-Esprit, dont il profane le temple, et à Jésus-Christ, dont il souille les membres, Quel crime que de profaner le temple de Dieu ! quel sacrilège que de désonorer les membres de Jésus-Christ? Cette idée doit faire horreur; mais nous nous affermirons dans cette disposition si nous considérons les suites funestes de ce péché. Il ruine la santé, il renverse la fortune, il déshonore les familles, il couvre d’infamie ceux qui le commettent. Un libertin, devenu l’opprobre de sa famille et la fable de toute une ville, périt misérablement à la fleur de son âge, ou bien il traîne une vie languissante dans l’ignominie, dans la douleur et le désespoir.

3. Les suites de ce péché sont encore plus funestes à l'égard de l'âme ; il éteint les lumières de l’esprit, et le rend incapable de toute application sérieuse. Un jeune homme livré à ce vice honteux ne peut penser à rien de solide : sa passion le suit partout et l’occupe tout entier ; toute espèce de travail l’ennuie, le lasse et limpatiente. Le cœur est encore plus malade que l'esprit, il a un dégoût presque insurmontable pour la prière et pour tous les exercices de piété; c’est cet homme animal dont parle saint Paul, qui ne conçoit rien aux choses de Dieu ; la vue même des gens de bien lui fait peine, parce que leur conduite est comme une censure secrète de ses désordres. ‘Celui qui fait le mal, dit Jésus-Christ, hait la lumière ; il ne s’en approche pas, de peur que ses œuvres ne soient condamnés.” Il tombe bientôt dans l’endurcissement.

4, Il n’y a point de vices qui répande des ténèbres plus épaisses dans l’âme ; les intérêts les plus chers ne touchent plus, les promesses, les menaces de Dieu sont également méprisées ; un bonheur, un malheur éternel ne font plus d'impression ; tout est sacrifié, tout est compté pour rien. On oublie ce que l’on doit aux autres et ce que l’on se doit à soi-même; ce n’est plus la raison qui guide, c’est un penchant aveugle et impétueux qui emporte ; et, tandis qu’on se donne en spectacle au public, seul on ne se voit pas soi-même. On en vient même jusqu’à perdre la foi; car la religion ne peut s’allier avec une vie dissolue. Pour étouffer les remords de la conscience et vivre tranquillement dans le crime, on commence par douter des vérités les plus certaines, et l’on finit par ne rien croire.

3. Quelles sont les suites du péché d'impureté ?--4.Quels ravages exerce-t-i ; dans l'âme de ceux qui ont le malheur de le commettre habituellement!

De là l’impénitence finale ;: on meurt dans le péché, et l'on paraît au tribunal de Dieu tout couvert des crimes dont la vie entière a été souillée, selon cette maxime de l’Ecriture. ‘Les désordres de la jeunesse pénètreront jusque dans ses os, l’accompagneront dans la poussière même du tombeau,” et de À dans l'enfer.

5, Nous sommes obligés non-seulement d'éviter cet abominable péché, mais encore les occasions prochaines qui nous y portent, car celui qui s'expose au danger, y périra, dit l'Esprit saint. Les occasions les plus ordinaires qui portent à l’impureté, sont :

1° L’excès dans le boire et le manger, parce qu’il abrutit l’âme, la rend tout animale et sensuelle, lui ôte tout sentiment de Dieu, et la tient comme courbée vers la terre.

2° Te lnxe et l’immodestie des habits, qui, devenant pour soi-même et pour les autres un sujet de chute et de scandale, sont l'indice de la chasteté mourante ou déjà morte dans une âme.

3° L'oisiveté, car vivre sans rien faire, c’est s’exposer à des tentations continuelles, la paresse étant la mère de tous les vices.

4° Les mauvaises compagnies, car rien n’est plus dangereux que la société des libertins, qui ont per: la crainte de Dieu et le sentiment naturel de la pudeur, et qui portent les autres à commettre le mal, soit par leurs discours, soit par leurs exemples. Le Saint-Esprit nous avertit souvent dans l’Ecriture de fuir les méchants et de rompre tout commerce avec eux. ‘ Si les méchants veulent vous attirer à eux, nous dit-il à tous, ne les écoutez pas; s'ils vous disent: Venez à nous, prenez bien garde de les suivre ; si vous les fréquentez, vous deviendrez bientôt aussi méchants qu'eux.” Instruits par la Vérité même que le vice est une maladie contagieuse, que les méchants répandent cette contagion sur ceux qui les approchent, qu’en les fréquentant on s’accoutume à penser, à parler et à agir comme eux, nous serions grandement coupables si nous nous exposions au danger de leur ressembler. Voudrions-nous vivre avec des pestiférés ? Non, non, sans doute; nous appréhenderions d’être bien-

5. Quelles sont les occasions ordinaires du péché d'impureté”? Faites connaître combien sont funestes les mauvaises compagnies. Faites comprendre le danger des mauvais livres. N’est-il pas permis de les lire a cause de l'intérêt qu'ils offrent, et du talent avec lequel ils sont écrits ? Les spectacles offrent-ils de bien grands dangers ?

tôt attaqués de leur maladie. Les mauvaises compagnies sont la peste de l'âme, Comme ceux dont les entrailles sont gâtées communiquent par leur haleine la corruption de leurs corps, de même les méchants communiquent par leurs entretiens la corruption qu’ils portent au fond de leur cœur; car de quoi s’entretient-on dans la société des jeunes gens livrés à leurs passions? Quel est le sujet ordinaire de leur conversation quand ils se trouvent en liberté? Hélas! on y parle de tout ce qui peut flatter les passions ; tout ce que l’on a vu, tout ce qu’on a entendu de scandaleux, on le raconte avec complaisance; on s’y permet quelquefois les propos les plus licencieux ; on va même jusqu’à se glorifier de ses désordres, jusqu’à s’en attribuer que l’on n’a pas commis. La pudeur yest tournée en ridicule, la piété y devient un un objet de mépris et de dérision. A quel danger n’est pas exposé alors un jeune homme encore vertueux, s’il ne ne prend aussitôt la fuite et s’il ne se sépare d’une compagnie aussi pernicieuse ! Le venin du péché entre dans son cœur; d’abord une mauvaise honte le retient, il n’a pas le courage de reprendre ceux qui offensent Dieu, et de s'opposer au mal qu’ils font ; il craint de leur déplaire ou d'en être raillé s’il ne fait pas comme eux ; peu à peu il se familiarise avec ce qui lui faisait horreur auparavant ; il se livre aux mêmes désordres, et il finit par rougir de son ancienne modestie.

5° La lecture des mauvais livres. Elle remplit l'esprit de mille pensées dangeureuses, et l'imagination de mille fantômes indécents ; de là le poison passe dans le cœur, et y porte le ravage et la mort. Il ne faut qu’un mauvais livre pour corrompre une multitude de jeunes gens. Ce livre pernicieux passe dans toutes les mains ; la contagion se répand, et elle infecte une maison entière L'effet est bien plus funeste encore si c’est un de ces ouvrages abominables où des intrigues passionnées, à des anecdotes lascives, à des peintures obscènes, se trouvent joints des maximes impies, des principes d’irréligion capables de détruire la crainte de Dieu et d’ébranler la foi. Cette barrière une fois rompue, à quels excès ne se porteront pas ceux qui auront avalé le poison ? dans quels désordres ne tomberont-ils pas? et qui pourra les retenir dans leur chute ? La foi est la meilleure sauvegarde des mœurs ; c’est la plus forte digue que l’on puisse opposer aux passions ; sion lève cette digue, le torrent se débordera et raVagera tout, La foi, tant qu’elle reste dans le cœur,

est un principe de retour a la vertu ; si on fait le mal, du moins on se condamne soi-même, on se le reproche ; mais quel moyen de se relever de ses chutes si on a perdu la foi? Le mal n'est-il pas alors presque sans remède ? Ne devrait-on pas désespérer du salut de celui qui est tombé dans un tel état, si on ne savait que la miséricorde divine est sans bornes? O vous donc, jeunes enfants, que cette contagion n’a pas encore gagnés, ne lisez jamais de livres pernicieux; rejetez avec horreur ceux que l’on vous présenterait. S'il vous en tombe quelqu'un entre les mains, ne le regardez même pas, vous succomberiez à la tentation de le lire. Etne dites pas que vous ne lisez que dans la vue de vous instruire, d’orner votre esprit et de former votre style. Vous pouvez puiser ces avantages dans de meilleures sources ; on ne manque pas d'ouvrages excellents en tout genre, qu’on peut lire sans aucun danger pour les mœurs: consultez un homme instruit, il vous en indiquera plus que vous ne pourriez en lire dans le cours d’une longue vie, qui réunissent aux grâces du style l’utilité des connaissances, Et d’ailleurs tous les avantages du monde ne méritent pas d’être achetés au prix de votre innocence. Si vous donnez la préférence à ceux qui peuvent vous corrompre, ce sera donc la passion qui présidera à votre choix.

6° Les spectacles. C’est sur les théâtres que le démon de l’impureté étale ses pompes avec tant d'appareil et d’attraits, que la vertu la plus solide ne saurait s'y soutenir. Là, tout respire la volupté: les décorations, les chants efléminés, les jeux, les parures, tout y est piège ; rien n’est plus contraire à l’esprit du Christianisme, qui est un esprit de pureté, de modestie, de priere et de pénitence.

6. Il ne faut pas attendre, pour éviter toutes ces occasions, qu’on aille se confesser ou qu’on y ait été obligé par le confesseur ; il est très à propos de les quitter avant que de se présenter au tribunal de la pénitence ; c’est le meilleur moyen de s'assurer qu’on veut véritablement ne plus commettre ce péché. Il faut aussi prendre garde à ne pas celer ni déguiser en ancune ‘nanière ces sortes de péché dans la confession ; car ce serait faire des confessions nulles et même sacrilèges, et mériter la damnation,

Ceux qui veulent se corriger de ce péché doivent se

6. Quels sont les principaux moyens à prendre pour se préserver d’un vice aussi honteux et pour conserver la sainte pureté ?

confesser souvent, à un même confesseur, pieux et éclairé, éviter les occasions qui y portent, avoir une dévotion articulière envers la très-sainte Vierge, et lui faire tous es jours quelque prière à cette intention.

EXEMPLES.—Tous les hommes, sans distinction d’âge ni de sexe, ensevelis dans les eaux du déluge, à l’exception du juste Noé et de sa famille, parce que toute chair avait corrompu ses voies, dit l’Ecriture; cinq villes infàmes inondées d’une pluie de feu et réduites en cendres avec leurs habitants ; vingt-quatre mille Israélites mis à mort en un seul jour pour leurs impudicités ; et Dieu, par ses éloges et ses récompenses, se déclarant l’approbateur et l’auteur de ces épouvantables châtiments, ne sont-ce

as là des preuves évidei tes que le Seigneur a en horreur e vice impur, et que bien souvent il le punit dès cette vie par les châtiments les plus terribles ?

—Les hommes adonnés à la luxure ont d'ordinaire une vie courte. Ils épuisent leurs forces et leur vigueur naturelle, au lieu que les hommes chastes vivent plus longtemps et jouissent d’une santé meilleure. Ces derniers ont, en outre, l’esprit plus ouvert et plus vif; ils sont plus propres à l’étude des belles lettres, aux emplois de la magistrature, au gouvernement, à toutes les choses enfin qui demandent de l'intelligence et de la prudence.

L'homme charnel s'enfonce tellement dans la matière, qu’il devient en quelque sorte semblable aux bêtes. Il ne saurait élever sa pensée à rien de spirituel; et, comme certains animaux immondes, il ne se plaît que dans la boue. Tandis que pour un instant de plaisir il perd la grâce de Dieu et se rend digne des châtiments éternels, dans ce même instant, souvent d’incurables maladies lui préparent des douleurs cuisantes pour le corps, empoisonnent son existence tout entière et lui rendent impossible toute fonction dans la société.

Un poëte a dit: Pourquoi marcher toujours le cou ployé, [jeune homme, Le dos voûté, pareil à la bête de somme ?

Pourquoi ce regard terne? et, comme un large affront, Pourquoi ces cheveux gris, ces rides sur ton front ? C’est qu’un pesant fardeau captive ta pensée Comme un plomb sur ton cœur lourdement affaissé. C’est la corruption de notre impur égout, Des mœurs, hélas! sans frein, c’est le noble dégoût ;

C’est le hideux tableau de la misère humaine

Qui te rend ainsi blême et te charge de peine,

La méditation mâûrit l’homme au printemps,

Comme un rayon d'été les fruits avant le temps? Mais je me suis trompé! c’est le libertinage,

Qui s’est fait dans toi-même une vivante image !

Vous le reconnaîtrez à son rire moqueur,

A son regard éteint, au marbre de son cœur,

Il n'avait pas vingt ans ! à la table rougie

Qu'il savait librement déjà mener l’orgie!

Ce jeune homme depuis...n’est plus qu’un charbon mort ; En son âme jamais n’a crié le enordé

Celui qui vit ainsi n’est pas fils de la femme ;

Qu'il meure en quelque coin comme un reptile infâme.

“J'ai vu, s'écrie de La Mennais, et le souvenir m'en sera toujours présent, j'ai vu de ces malheureuses victimes d’une passion dévorante, ofirir à la fleur de l’âge la dégoûtante image d’une complète décrépitude. Le front chauve, les joues hâves et creuses, le regard plein d’une tristesse stupide, le corps chancelant et comme courbé sous le

oids du vice, épuisés de vie, de pensée, d'amour, déjà 1ideusement en proie à la dissolution: à leur se AE on croyait entendre les pas du fossoyeur se hâtant de venir enlever le cadavre.”

—Pères et mères, maîtres et maîtresses, si vous voyez un mauvais livre entre les mains de vos enfants, de vos élèves, ayez au moins le zèle de Diderot: est-ce trop vous demander”? Arrachez, comme il le fit lui-même, arrachez avec indignation, des mains de ce qui vous est cher, le livre où la religion ne serait pas respectée. C'était son propre ouvrage que l’incrédule ne put souffrir un instant entre les mains de sa fille. On eût pu lui dire: Si votre doctrine est funeste, comme vous paraissez l’avouer, pourquoi la répandez-vous dans le public? pourquoi faire circu'er dans la grande famille de la société, des poisons que vous jugez si dangereux pour la vôtre? — MÉRAULT, les Apologistes.

— T1 n’y a pas de plus grand voleur qu’un mauvais livre. (Proverbe italien.)

—“ Les livres sont à l’âme ce que la nourriture est au corps,” a dit Saint Evremond. Comment donc une âme qui se nourrit de poisons et d’immondices, ne tomberait-

elle pas bientôt en défaillance et en langueur? Mieux aut cent fois n’avoir jamais ouvert un livre et ignorer de . quelle façon on épelle un mot, que de fausser son jugement et de risquer sa moralité dans | ignoble lecture de tel ou tel roman absurde ou infâme.

—J.-J, Rousseau a écrit les lignes suivantes au sujet de ses propres ouvrages: ‘Dire et prouver également le pour et le contre, (‘out persuader et ne rien croire, a de tout temps été le jeu favori de mon esprit. Je ne regarde aucun de mes livres sans frémir ; au lieu d’instruire, je corromps ; au lieu de nourrir, j'empoissonne ; mais la passion m'égare, et avec tous mes beaux discours, je ne suis qu’un scélérat.”’—(Correspondance.)

—$Saint Louis de Gonzague ayant trouvé, pendant son enfance, un roman qu'il prit pour un bon livre, entreprit de le lire; mais il n’en eût pas plutôt vu le titre, qu’il le jeta dans le feu; il courut se laver les mains, pour en avoir seulement touché du bout des doigts la couverture, tant il était persuadé qu’il n’y a rien de plus pernicieux et de plus funeste à l’innocence que ces sortes d'ouvrages !

—Un jeune homme aimait le monde; il fréquentait les spectacles et lisait des romans. Mais Dieu permit qu’enfin il se prit à réfléchir : son état le remplit d’effroi ; quelques années de cette vie de dissipation l’avaient changé à à ce point que lui-même ne se reconnaissait plus. ‘Je n'aimais plus personne, dit-il, pas même ma mère.” —(Pensées d'Humbert.)

—L’ importance accordée au théâtre est une mesure infaillible de la dégradation des nations. Ce thermomètre n’a jamais trompé.—DE MAISTRE.

Page 1