CHAPITRE VIII
Tu ne déroberas point,
Le bien d'autrui tu ne prendras.
Ni retiendras à ton escient.
1. Dieu nous défend, par son septième Commandement, de prendre ou de retenir injustement le bien de notre pro-
1. Que nous défend le septième Commandement? Sur quoi est fondé le respect du bien d'autrui ?
chain. Maître de tous les biens, Dieu les distribue comme il lui plaît, et veut qu’on respecte l’ordre que sa providence a établi, défendant d’ôter aux autres ce qu’il leur a donné. Cette loi est écrite dans notre cœur; consultonsle, et nous y lirons qu’il ne faut point faire aux autres ce que nous ne voulons pas qu’on nous fasse. Si l’on nous enlevait ce qui nous appartient, nous crierions à l’injustice; c'en serait une en effet: mais un autre a le même droit que nous de se plaindre, quand on n'observe point la justice à son égard. Sans la justice la société ne saurait subsister ; il est donc défendu de faire tort à son prochain dans ses biens, en quelque manière que ce soit. ‘ Les ravisseurs du bien d'autrui, dit saint Paul, ne seront point héritiers du royaume de Dieu.”?
2. C'est une injustice de prendre le bien d'autrui par surprise, par violence ou par fraude, c’est-à-dire en trompant son prochain soit par rapport au poids, soit par rapport à la qualité ou à la quantité de la marchandise qu’on lui vend.
3. Il n'es, pas non plus permis aux enfants de rien prendre à leurs parents; c’est un véritable vol, contre lequel le Saint- Esprit s'élève avec force dans l’Ecriture. I] déclare que ‘ celui qui dérobe à son père ou à sa mère, et qui dit que ce n ‘est pas un péché, a part au crime des homicides.” Comment cela? C’est qu’un jeune libertin, qui vole ses parents pour satisfaire ses passions, semble vouloir s'emparer de leur succession et jouir de leur bien avant leur mort, qui tarde trop à son gré; ce qui suppose un cœur barbare et qui s’est dépouillé” de tous les sentiments de la nature.
4, C’est encore une injustice que ae retenir le bien d’autrui en ne payant pas ce que l'on doit, comme les gages aux serviteurs ou le salaire aux ouvriers. “ Lorsque quelqu'un aura travaillé pour vous, disait Tobie à son fils, payez-lui aussitôt ce qui lui est dû, et que la récompense du mercenaire ne demeure jamais chez vous.” C’est une injustice de ne pas rendre ce qui nous à été confié, de s'approprier les choses que l’on a trouvées, de prêter à usure, c’est-à-dire en recevant plus qu’on a prêté. C'est encore une injustice de causer quelque dommage au prochain, comme de détruire ou de gâter ce qui lui appar-
2. En combien de manières prend-on le bien d’antrni?—3. Est-il permis aux enfants de prendre quelque chose à leurs parents ?—4. Peut: on retenir le salaire des ouvriers, des serviteurs ?
tient, soit qu’on fasse le mal par soi-même, soit que l’on conseille aux autres de le faire,
5. Quand on a pris quelque chose au prochain, ou quand on lui a causé quelque préjudice, il ne suffit pas de s’en repentir, d'en demander pardon à Dieu ; il faut encore restituer au prochain ce qu’on lui a pris ,et reparer le dommage qu'on lui a causé: sans cette réparation il n’y à point de pardon à espérer, point de salut à attendre ; car on ne peut entrer dans le ciel avec le bien d’autrui. Lorsqu’on ne peut restituer tout de suite, il faut au moins avoir une volonté sincère de s'acquitter de cette obligation aussitôt qu’on le pourra, et faire tous ses efforts pour se mettre en état de la remplir.
6. Ce Commandement oblige aussi de faire l’aumône, chacun selon ses moyens et les besoins des pauvres; c’est le Sage qui nous en assure lorsqu'il dit qu’on doit assister le pauvre à cause du Commandement, et ne le pas abandonner dans sa pauvreté. Saint Jean dit que si quelqu'un a des biens dans ce monde, et que, voyant son frère en pécessité, il lui ferme son cœur, la charité ne peut demeurer en lui; et Jésus-Christ condamnera au feu éternel ceux qui auront refusé de l’assister dans la personne des pauvres.
On est oblige, dit saint Thomas, de faire l’aumône aux pauvres lorsqu'ils sont dans la nécessité, et qu’on à plus que le nécessaire, selon son état et sa condition.
7. Quoique l’aumône se prenne directement pour la distribution qu’on fait aux pauvres de biens temporels, on peut dire cependant qu’il y en a une autre bien plus méritoire : elle consiste à soulager le prochain dans ses misères et ses besoins spirituels en contribuant au salut des âmes, soit pa: de bons exemples et de bons conseils, soit en leur procurant ou en leur donnant l'instruction. C’est à quoi sont principalement obligés les pasteurs et tous ceux qui sont chargés d’instruire les autres et de travailler à leur salut et à leur sanctification.
8. Sauver la vie à un pauvre qui manque de nourriture, est sans doute un grand bien; mais contribuer au salut d’une âme-est une œuvre dont on ne connaîtra le prix que dans l’autre monde. ‘ Celui, dit saint Jacques, qui gagnera son frère sauvera son âme et couvrira la multi-
5 Que faut-il faire quand on a causé quelque préjudice au prochain ? —6. À quoi sommes-nous obligés par ce commandement ?—7. Ne devons nous assister le prochain que de nos biens temporels ?—8. Quelle sera la récompense de ceux qui contribuent au salut des autres?
tude de ses péché.” “Celui qui en instruira plusieurs, dit le prophète Daniel, brillera comme les astres du firmament.”
EXEMPLES.—Un usurier se voyant près de mourir, fit appeler un confesseur. Celui-ci lui imposa tout d’abord une complète restitution. ‘Mais que deviendront mes enfants ? s’écria le malade. — Le salut de votre âme doit vous être plus cher que la fortune de votre famille, repliqua le confesseur. — Non, je ne puis me résoudre à ce que vous exigez, reprit le moribond, et j’en courrai les risques.” Et sur ces paroles, ayant fait un effort pour se tourner vers la muraille, il rendit le dernier soupir. Quelle mort! Combien elle doit faire trembler ceux qui ne doivent les biens qu’ils possèdent qu’à la fraude et à l’injustice —MÉ£- RAULT,.
—Pendant une vision, un ermite entendit Lucifer, assis sur son trône infernal, qui demandait à un autre démon pourquoi il revenait si tard de la terre. Celui-ci répondit qu’il avait tardé, parce qu’il avait été occupé à empêcher un voleur qui s'était confessé de restituer le bien qu’il avait volé. A ces paroles, Lucifer fronça le sourcil : ‘* Sot que tu es! ne sais-tu pas que celui qui a volé le bien d’autrui n’a pas l’habitude de le restituer? Pourquoi donc perdre tant de temps pour empêcher ce qui même, sans ton inutile entremise, ne devait pas arriver ? — Abstraction faite de la réalité de cette vision, quel triste conclusion n’en devons-nous pas tirer, nous qui la voyons si souvent se vérifier dons la vie réelle! —$S. ALPHONSE DE LIGUORI.
—ÏT! est rapporté dans les Lettres édifiantes, qu'un brillant officier tartare, entrant à cheval par une des portes de Pékin, laissa tomber sa bourse. Un pauvre artisan chinois, qui avait le bonheur d’être chrétien, la ramassa et courut après le cavalier pour la lui rendre. Mais l’officier, jetant un regard de mépris sur cet homme qui osait le suivre, mit son cheval au galop. Le chrétien continua de courir, et il entra dans la maison devant laquelle il avait vu de loin le cavalier s'arrêter. Celui-ci lui dit avec une colère hautaine: ‘Qui es-tu et que veux-tu donc ?— Seigneur, vous avez perdu votre bourse à la porte de la ville : la voici.— Pourquoi me la rapportes-tu ? Tu ignores donc que les lois de l'Empire permettent de s'approprier tous les objets perdus.--Je le sais, seigneur, mais je suis
chrétien ; et ma religion m'’oblige à rendre tout ce que je puis trouver.” Cette réponse piqua la curiosité du Tartare ; il alla trouver le missionnaire catholique, se fit instruire des mystères de la foi et devint un zélé chrétien.
—S$aint Louis fit faire des recherches pour découvrir si les rois, ses prédécesseurs, avaient fait quelque tort, soit aux communautés, soit aux particuliers, afin de réparer l'injustice qu’ils auraient commise.—Avant d'entreprendre son premier voyage à la Terre-Sainte, il fit publier qu’il était prêt à réparer tout le tort que ses officiers avaient fait.— Lorsqu'il apprit que les Sarrasins s'étaient trompés, à leur désavantage, de dix mille livres sur la somme qu’il devait payer pour sa rançon, il leur fit compter ces dix milles livres, avant son départ.
—Un jonr que le dauphin, père de Louis XVI, chassait avec le roi son père dans les environs de Compiègne, son cocher, voulait traverser une pièce de terre, dont la moisson n’était pas encore levée. S’en étant aperçu, il lui cria de rentrer dans le chemin. Le cocher lui observa qu’il n’arriverait pas à temps au rendez-vous. ‘Soit, repliqua le prince, j'aimerais mieux manquer dix rendez-vous que d’occasionner pour cinq sous de dommage dans le champ d'un pauvre paysan.”
—Un jour que Louis XVI était à la chasse avec ses frères, ces deux jeunes princes, entendant sonner la mort du cerf, avaient dit au cocher de se hâter, et, pour obéir à leurs ordres, le cocher allait traverser un champ de blé; mais le dauphin lui cria de prendre la route ordinaire, en ajoutant : ‘ Ce blé ne nous appartient pas.”