DE L'IMMORTALITÉ DE L'AMF
4 Le dogme de la vie future, et, par suite nécessaire, de l'immortalité de l'âme, a 6t6 généralement reçu par tous les peuples de l'univers; l'idolûtrie, loin de le détruire, lui avait donné une nouvelle force, ou plutôt ce fut même l'abus de cette croyance qui fut une des sources de l'idolâtrie ; l’'apothéose des grands hommes et l'usage de leur rendre des honneurs divins après leur mort, ne se seraient jamais établis si l'on avait cru que l'homme meurt tout entier,
En créant un être d'une capacité aussi vaste que celle que possède notre âme, Dieu n’a pu avoir d’autre fin que celle de la rendre heureuse par la possession d’un bien digne d’elle, digne de ses œuvres, Peut-on trouver le bonheur en ce monde? L'homme le plus vertueux y est-il toujours le plus heureux? Hélas! l'expérience de tous les jours ne nous apprend que trop le contraire.
5, La justice divine est encore une preuve de l'immortalité de l'âme: on voit souvent en ce monde le vice triomphant et la vertu humiliée, l'impie heureux et le juste malheureux. Il est donc nécessaire que l’ordre soit rétabli, que le vice soit puni et la vertu récompensée. Mais comment cet ordre serait-il rétabli, et comment Ja justice divine exercerait-elle ses droits, si l’âme n’était pas immortelle ?
On dira peut-être que le remords est la punition du crime: mais que serait le remords sans la foi? Disons donc hardiment que nier la spiritualité de l'âme, et par conséquent son immortalité, c’est non-seulement donner le démenti à la croyance et au sentiment de tous les peuples, mais encore à la saine raison et au sens commun.
6. Cette vérité, professée dans tous les temps, et par presque tous les peuples de l'univers, est sans doute terrible pour l'impie ; elle le poursuit partout et lui déchire le cœur, malgré les efforts qu’il fait pour se tranquilliser. Le libre cours qu’il donne à ses passions lui fait redouter l'éternité, parce qu’il n’a rien à attendre qui soit avantageux ; il voudrait ne pas croire, mais le remords le poursuit ; il doute, ou plutôt il croit malgré lui. Son incrédulité souvent affectée décèle un cœur coupable. ‘ Quand la pensée de l'avenir visite les incrédules, dit
4. Comment le dogme de la vie future a-t-il toujours été regardé ? Montrez la confirmation de ce dogme et les causes de lidolâtrie.—5. Comment la justice divine prouve-t-elle l'existence d'une vie future ?—6. Montrez Ju sont les effets de ce dogme, si différents pour le coupable et pour le juste.
Young, ils rampent, ils tremblent, ils doutent, ils croient. . ”
Le juste, au contraire, trouve dans cette vérité la force dont il a besoin pour souffrir avec résignation les maux de la vie présente ; elle est de plus son espoir pour l’éternité.
EXEMPLES.—" Pourquoi, dit saint Chrysostôme, Dieu a-t-il voulu que notre corps, après la mort, devînt si difforme, si horrible, les yeux éteints, les joues pâles, les lèvres livides, les.mains abattues, les jambes glacées, tous les membres livrés à la pourriture et aux vers? N'est-ce pas pour faire concevoir que ce corps, quand il était vivant, ne tirait pas sa beauté de lui-même? que la noblesse de ce front, l'éclat de ces yeux, le vermillon de ces joues, la blancheur de cette peau, la majesté de ce visage; que la vie, la bonne grâce de ce corps, venaient d'un autre principe que lui, c’est-à-dire de l’âme, qui, par conséquent, devait être plus belle, plus vigoureuse et plus noble ?’—PENSÉES DU P. LEJEUNE.
Quelques heures avant sa mort, Bernardin de Saint- Pierre, auteur des Ætudes de la Nature, voyant ses enfants tout en pleurs autour de son lit, leur adressa ces touchantes paroles: “ Ce n'est qu’une séparation de quelques jours, ne me la rendez pas si douloureuse ; je sens que je quitte la terre, mais non la vie. Adieu, mes bons amis, évitez le mal, faites le bien, vivez chrétiennement; nous nous reverrons un jour.”
ARTICLE IV
Chute de l'homme.
1. L'homme, au sortir des mains de son Créateur, était juste, saint, heureux, et orné de dons excellents: son esprit était éclairé d’une lumière divine, qui lui montrait tout ce qu'il devait connaître. Il n’avait besoin, pour s’instruire, ni de livres ni de maîtres. Sa volonté était droite et sans aucun penchant vers le mal; rien ne troublait la tranquillité de son âme : il ne souffrait dans son corps ni douleur, ni incommodité, etilne devait point mourir.
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