‹ Traité des devoirs du chrétien envers Dieu [microforme]Chapitre 75 sur 173 · A quoi nous oblige le deuxième commandement de l'Eglise · texte numérisé non relu

A quoi nous oblige le deuxième commandement de l'Eglise

2. La Messe de paroiïisse, où le pasteur offre le saint Sacrifice au milieu de son peuple réuni, est une imitation fidèle de ce qui était observé parmi les premiers Chrétiens ; et c’est à cette Messe, célébrée par le pasteur, qu'il convient que les fidèles assistent autant qu’ils le peuvent. Dans les premiers siècles de l’Eglise, l’évêque présidait en personne la grande assemblée des fidèles de son diocèse, Dans la suite, lorsque les Chrétiens se furent maultipliés, chaque diocèse fut partagé en difiérentes paroisses, où l'évêque envoyait des prêtres pour les gouverner de son autorité, pour y instruire les fidèles, célébrer le saint Sacrifice, et administrer les Sacrements. Depuis cet établissement, chaque paroisse est une famille dont le curé 2st le chef et le père : n'est-il pas dans l’ordre que tous ceux qui la composent se rassemblent avec leur chef pour rendre à Dieu le culte solennel de l’adoration et du sacrifice? La Messe de la paroisse se dit pour tous les fidèles réunis sous un même pasteur, et en leur nom ; il est donc très-convenable qu'ils s'unissent à lui dans cette auguste fonction et qu’ils entendent sa voix. Les instructions qu’on y fait s'adressent à eux; elles sont plus proportionnées à leurs besoins, que le pasteur connaît mieux, que celles qui se font ailleurs: elles sont donc plus utiles.

8. Pour satisfaire à ce précepte, il faut entendre la Messe tout entière : or ne remplirait pas cette obligation si l’on arrivait la Messe étant déjà avancée, ou qu’on sortît avant qu’elle fût finie. Il faut l’entendre avec attention, avec respect et avec piété, ne se contentant pas d'être présent de corps seulement. $e distraire volontairement, promener ses regards de tous côtés, se permettre des entretiens, ce n’est pas entendre la Messe ni remplir le précepte de l'Eglise; c’est outrager Jésus- Christ, c'est renouveler les opprobres du Calvaire, c’est déshonorer la Religion. Il faut donc s'appliquer à la prière pendant tout le temps de lasainte Messe, en se servant, soit d’un livre, soit d’un chapelet, ou de tout autre moyen qui puisse maintenir l’attention.,

4, Ilne suffit pas au pieux fidèle d'assister à la Messe les saints jours de fête et de dimanche, il assiste encore, autant qu'il lui est possible, aux instructions et aux

2. À quelle Messe convient-il d’assister? Pourquoi faut-il s'efforcer d'assister à la Messe de paroisse ?—3. Comment faut-il entendre la Messe pose remplir l’obligation que nous impose l'Eglise?—4. Quand on vent

ien sanctifier le Dimanche, faut-il se contenter d'assister au saint sacri-

fico*?

d DU PREMIER COMMANDEMENT DE L'ÉGLISE. 207

comme vous!” Il lui répondit: tenez-vous fortement au tronc de l'arbre, et ne vous en séparez jamais.” —LASAUSSE.

—Dieu ne nous damnera pas, disait un mauvais chrétien, si nous observons ses Commandements, quand même nous mettrions de côté ceux de l'Eglise. Une personne lui répondit : ‘ Je n’ai vu aucun de ceux qui méprisent les Commandements de l'Eglise, observer fidèlement les Commandements de Dieu.”

Et, par là même que l’on désobéit à l'Eglise, n’enfreinton pas déjà un Commandement de Dieu ?—LASAUSSE,

ARTICLE PREMIER

Du premier Commandement de l'Eglise.

Les fêtes tu sanctifieras qui te sont de commandement.

1. Le premier Commandement de l'Eglise nous oblige à sanctifier les fêtes qu’elle a instituées, en nous abstenant des œuvres serviles et en nous appliquant à des œuvres de piété et de religion.

2, Quelques-unes de ces fêtes ont été établies pour célébrer les mystères de Notre-Seigneur, son Incarnation, sa Naissance temporelle, sa Circoncision, sa Manifestation aux Gentils, sa Présentation au Temple, sa Résurrection, et son Ascension dans le ciel, la Descenté du Saint-Esprit sur les Apôtres et le mystère de la divine Eucharistie. Ces mystères étant la source de toutes les grâces que Dieu nous accorde, et du salut que nous attendons, leur souvenir doit exciter en nous des sentiments de reconnaissance, d’adoration, de confiance, et nous animer à en recueillir les fruits par accroissement de foi, d'espérance et de charité.

3. Les autres fêtes sont destinées à honorer, dans la très-sainte Vierge et les Saints, les grâces dont Dieu les a comblés, et la gloire dont il les a couronnés. On y apporte leurs principales vertus, et nous nous encourageons à les imiter par la vue du bonheur ineffable qui en est la récompense. En même temps, pénétrés du sentiment de notre faiblesse, dont une expérience continuelle

1. Que nous ordonne le premier comm.udement de l'Eglise? — 2, Comment divise-t-on les fêtes que l’Eglise a instituées? Quels sentiments doivent nous inspirer les fêtes établies pour honorer les mystères de Notre- Senenr ?—38. Pourquoi l'Eglise a-t-elle établi des fêtes eu l'honneur des Saints ?

nous avertit, nous les prions d'employer pour nous leur crédit auprès de Dienr, et de nous obtenir, par les mérites de notre commun Médiateur, la grâce de marcher sur leurs traces, afin d'arriver à l’éternelle félicité dont ils jouissent.

Voilà pourquoi chaque année l’Eglise nous remet sous les yeux les bienfaits de Dieu et les exemples des Saints.

4, Dans l’ancienne Loi, Dieu avait prescrit aux Israélites un certain nombre de fêtes pour perpétuer la mémoire des merveilles qu’il avait opérées en leur faveur. C'est sur ce divin modèle que les fêtes de l’Eglise chré. tienne ont été iustituées, afin d’honorer Dieu, d’instruire les fidèles et de nourrir leur piété. La majesté des divins offices, les lectures qu'on y entend, les saints cantiques dont les temples retentissent, nous transportent en esprit aux temps et aux lieux où les mystères ont été accomplis; et nous y adorons Jésus-Christ comme si ces mystères s'accomplissaient actuellement sous n9s yeux. Ces grands objets, ainsi rendus présents à notre foi et secondés des instructions et des exhortations des pasteurs, augmentent la ferveur et la piété.

C’est d’ailleurs une occasion pour les plus simples d’entre les fidèles et pour les enfants mêmes, des’instruire du sujet de la fête et d’en apprendre l’histoire, L'Eglise ordonne aux pasteurs de l’enseigner aux peuples qui leur sont confiés ; elle veut que les pères et les mères en instruisent leurs enfants. C’est ce que Dieu avait prescrit lui-même aux Israélites: après avoir commandé d’immoler chaque année l’Agneau pascal et de célébrer la fête des Azymes, il leur déclare la raison de cette institution. ‘ Quand vos enfants, dit-il, vous demanderont quel e:t ce culte religieux, vous leur répondrez: C’est la victime du passage du Seigneur, lorsqu'en frappant de mort les premiers-nés des Egyptiens il passa nos maisons et les préserva.”

5. Pour sanctifier les fêtes, nous devons entrer dans l'Esprit de l’Eglise, considérer le mystère, ou la vie du Saint qui en est l’objet, louer Dieu de ses bienfaits, et lui demander la grâce d’en profiter. Nous devons nous exciter à pratiquer les vertus qui ont éclaté dans les Saints qu’elle honore, afin d’avoir part un jour au bonheur éternel dont ils jouissent. Nous devous les prier d’intercéder

4. Sur quel modèle l'Eglise a-t-elle institué les fâtes ?—5. Q 10 faut-il fairo pour sunctifer les fêtes instituées par l'Eglise ?

en

SIXIÈME COMMANDEMENT DE L'ÉGLIh, 21

réflexions, Enfin Dieu toucha son cœur, Féuerré d'une vive douleur de ses péchés, il se détermina à faire une rigoureuse pénitence, il entra à ce dessein dans un de ces monastères où l’on garde le plus rigoureux silence, et où l’on jeûne continuellement, après avoir couché sur la dure et interrompu son sommeil pour chanter longtemps pendant Ja nuit les louanges de Dieu.—LASAUSSE,

—Louis XVI, âgé de vingt ans, dit, à la fin du premier carême après son avènement sur le trône: ‘ Je me suis tiré de celui-ci sans peine, mais j'aurai un peu plus de mérite le carême prochain.—En quoi done, sire? lui demande un courtisan.—C'est, reprit le roi, parce que je n'ai eu cette année que le mérite de l’abstinence ; j'aurai de plus celui du jeûne au carème prochain, puisque j'aurai atteint vingt et un ans.— Le jeûne! sire, il est incompatible avec vos occupations et vos exercices. Après le traail, vous allez à la chasse; et comment pourriez-vous jeûner sans altérer votre santé?—La chasse, répliqua le pieux monarque, est pour moi un délassement; mais je changerai de récréation, s’il le faut; er le plaisir doit céder au devoir.” Le carême suivant, le roi chassa, mais il jeûna en même temps.

ARTICLE VI, Sixième Commandement.

Vendredi chair ne mangeras, ni le samedi mêmement.

1. Par ce Commandement, l'Eglise interdit l’usage de la viande le vendredi et le samedi de chaque semaine, afin d’affaiblir les passions en mortifiant le corps; c’est aussi pour nous faire expier nos fautes, entretenir en nous l’esprit de pénitence que Jésus-Christ a tant recommandé, et quiest comme l’abrégé de sa morale divine. Nous sommes pécheurs, et, à ce titre, obligés à faire pénitence ; nous sommes malades, et nous devons travailler à nous guérir ; nous avons tous des péchés à expier; c’est par des œuvres de mortification qu’on les expie et qu’on satisfait à la justice divine ; nous avons tous des passions à dompter ; c’est en retranchant tout ce qui peut les flatter qu’on les surmonte. L'Eglise, qui connaît le besoin de ce remède, et l’éloignement que nous sentons à le

1. Pourquoi l'Eglise nous interdit-elle l'usage de la viande en certains jours de l'année?

prendre, vient au secours de notre faiblesse ; elle nous en fait un commandement exprès, pour déterminer plus efficacement notre volonté à s'y soumettre.

2. Mais, outre cette vue générale, l’Eglise, en nous impesant la loi de l’abstinence, à encore des raisons particulières que nous ne devons pas ignorer: le vendredi a toujours été pour elle un jour de pénitence et de mortification, parce que c’est en ce jour que Jésus-Christ est mort pour nous racheter, et qu’il est juste que nous prenions part à ses souffrances, si nous voulons avoir part à la grâce de la rédemption. C’est pour cette raison que, dans les premiers siècles de l’Eglise, tous les vendredis étaient des jours de jeûne. On jeûnait aussi le samedi pour honorer la sépulture de Notre-Seigneur, et pour se préparer à la sanctification du Dimanche. Dans la suite on a réduit le jeûne du vendredi et du samedi à une simple abstinence, c’est-à-dire à s'abstenir de l’usage de la viande, et l'Eglise en a fait une loi à laquelle tout chrétien doit se soumettre. Les enfants mêmes n’en sont pas exempts dès qu’ils peuvent l’observer.

8. Que personne ne se laisse séduire par les mauvaises raisons des impies qui, faisant une fausse application des

aroles de la sainte Ecriture, nous disent que ce n’est pas a viande qui souille l’âme. Sans doute ce n’est point la: distinction des aliments qui en elle-même honore Dieu ; mais ce n’est point une chose indifférente devant Dieu d’obéir ou de désobéir à l’autorité qu’il a lui-même établie; ce n’est point une chose indifférente devant Dieu d'entretenir ou d’éteindre l’esprit de pénitence qu’il nous à lui-même si fort recommandé. N'’imitons pas ceux qui, sans aucune raison ou sur les plus 1égers prétextes, se permettent l’usage de la viande dans les jours où elle est défendue : plus ce désordre devient commun, plus il faut en gémir, pour ne pas se laisser entraîner au torrent de l’exemple. C’est une preuve sensible de l’affaiblissement de la foi et de l’indifférençce pour le salut, dans une multitude de Chrétiens.

EXEMPLES.—Dans une grande ville de France, un enfant appartenant à un père et à une mère étrangers à toute pratique de religion, se disposait à s'approcher pour la première fois de la sainte table; c'était l'usage dans

2. Pourquoi l'Eglise a-t-elle ordonné cette abstinence le vendredi et le samedi ?—3, Que répondre à cenx qui, abusant d'un texte de l’Ecriture, disent que ce n’est pas la viande qui sonille l’âme? Que prouve l’infraction si commune de la loi de l’abstinence ?

cette maison de manger gras tous les jours, sans aucune distinction. L'enfant étant allé à confesse s’accusa de cette faute, et son directeur lui donna là-dessus les règles qu’il avait à suivre pour l’avenir. Le jeune enfant promit de les mettre en pratique. L'occasion ne tarda pas à se présenter ; le vendredi suivant, la table, comme de coutume, était servie en gras; on lui en présente, il refuse modestement, et sur la demande que lui fait son père du motif de son refus, il lui allègue la défense de l’Eg ise, et manifeste en même temps le désir de s’en tenir pour son repas à un simple morceau de pain, Mais ce père impie, irrité de la résistance de son fils, le condamne brutalement à se retirer, jusqu’au lendemain, dans une chambre indiquée, sans lui permettre &e prendre même le morceau de pain dont il se serait contenté. L’obéissance suivit de près cette brusque sentence, sans qu’on entendît le moindre murmure, ni qu’on vit aucune apparence d’humeur, Néanmoins la mère, quoique aussi impie que son mari, se sentit émue de compassion, et voulut en secret porter à son fils, dans l’après-midi, quelque chose à manger, tout en lui reprochant son opposition aux vues de son père et aux siennes, Quelle fut sa surprise d’entendre ce cher enfant lui répondre avec un ealme parfait : ‘ Si mon papa m'avait commandé quelque chose que j’eusse pu faire, je l'eusse fait aussitôt ; ce n’est point par obstination que j'ai opposé un refus à ses volontés : il m’a ordonné de venir ici et @'y rester jusqu’à demain sans prendre aucune nourriture, je puis en cela lui vbéir sans blesser ma conscience: trouvez bon, par conséquent, que je n'accepte point ce que vous voulez bien m'apporter.” La mère, interdite en lui entendant exprimer des sentiments si religieux et en même temps si respectueux, sortit aussi- {ôt pour donner un libre cours à ses larmes, qu’elle ne pouvait plus retenir, et alla rapporter à son mari cette réponse, qui l'avait vivement frappée. Le père en fut lui-même dans l'admiration, et versant tous deux des larmes d’attendrissement, ils convinrent que leur fils était plus raisonnable et valait mieux qu'eux. Ils allèrent en conséquence le trouver. Le père l’embrassa tendrement, et, se condamnant lui-même pour l’injuste dureté avec laquelle il l'avait traité, lui demanda qui avait pu lui donner ces sages conseils, Apprenant que c'était son confesseur, il courut lui témoigner sa reconnaisance des soins qu'il avait prodigués à son fils, le pria d’entendre sa confession, et il se convertit ainsi que son épouse. Heu-

reux enfant, d’avoir pu faire ouvrir les yeux à ses parents, ct les ramener ainsi de leurs égarements ! ”’—MARGUrT, Lssai sur les lois de l’abstinence.

Au commencement du Carême de ..…. ,dit un pieux ecclésiastique, une femme vint tout éplorée demander à me parler. Elle est introduite : d’abord elle reste immobile et ne profère aucune parole. Je l'invite à s'asseoir, clle paraît ne pas m’entendre: j'insiste elle ne me répond que par ses larmes, ‘ Qu'avez-vous done? lui dise; y a-t-il quelque malade chez vous?” Elle hésite : enfin elle laisse échapper ces mots entrecoupés de sanglots : ‘ Monsieur, vous avez au nombre de vos pénitentes une jeune personne de quatorze ans nommée Adèle N. : c’est ma fille. Que je suis malheureuse! depuis six à sept mois son père et moi nous sommes ses bourreaux...” Ici cette femme s'arrête et ne peut achever. Elle s’assied paraissant oppressée par la douleur et le repentir. $'étant un peu remise, elle continue ainsi: “ Depuis ce temps il ne s’est passé presque aucun vendredi et samedi que nous n’ayons laissé cette pauvre enfant couverte de meurtrissures parce qu’elle ne voulait pas manger de la viande ces jours-là, Souvent même son père l’a attachée au pied de notre lit, lui donnant de l’ouvrage, et ne laissant à côté d’elle pour toute nourriture que du pain et de la viande ; c'est ce qu’il a fait ce matin même, et nous sommes sortis de la maison. Je viens d'y rentrer, je l’ai trouvée triste et abattue ; j’ai eu un peu pitié d’elle; je ne sais ce que je lui ai dit : elle m’a dit qu’elle souffrait, qu’elle était malade, et aussitôt elle s’est mise à genoux en me disant: ‘ Je sais qu’on doit obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes; jamais je ne pourrai me résoudre à faire ce que vous exigez de moi; cependant je crains de faire mal en vous résistant si longtemps, ma chère mère ; je vous demande donc pardon; je ne puis rien vous promettre, ni rien faire de plus, sinon que je demande à Dieu qu’il vous fasse connaître le péché que vous commettez en mangeant ainsi de la viande vous-même, et que vous en fassiez pénitence. Ma mère, je vous prie, allez vous confesser, et vous verrez...” Elle allait continuer ; mais je me suis jetée à son cou, et, la serrant dans mes bras, je lui ai promis de suivre ses conseils. Je viens donc vous demander à quelle ir je vous trouverai dans l’église. Mon enfant est encore attachée ; je voulais la délier ; mais elle m’a dit que c'était à son père, aui l'avait attachée, de la délier s’il le voulait.”?

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