‹ Traité des devoirs du chrétien envers Dieu [microforme]Chapitre 89 sur 173 · DE LA COLÈRE · texte numérisé non relu

DE LA COLÈRE

dans le cœur, et qui rencontre quelques obstacles, Un orgueilleux s’emporte contre ce qui blesse sa vanité ou son ambition ; un avare s’irrite quand quelque chose dérange ses projets de fortune ; un voluptueux s’indigne lorsqu’on traverse ses plaisirs.

2. Cette colère n’est ni selon Dieu, ni selon la droite raison: elle porte le trouble dans l’âme, et le désordre qu’elle y causese peint sur le visage et dans tout l’extérieur de l’homme qui s’y livre; ses yeux s’enflamment, sa voix est entrecoupée, tout son corps tremble, il ne se connaît plus, il ne respecte rien : de là les injures qu’il vomit contre ceux qui en sont l'objet; le venin coule de sa bouche à grands flots ; les médisances les plus atroces, les calomnies les plus noires, tout est employé pour les déchirer : de là les imprécations qu’il fait contre lui-même ; de là quelquefois les horribles blasphèmes que son aveugle fureur lui met dans la bouche: rien n’est sacré pour cette langue impie ; il en vient ensuite aux dernières violences; les cruautés les plus révoltantes suffisent à peine pour satisfaire sa vengeance, pour assouvir :a rage. Voilà quels sont les funestes effets de cette passion terrible.

3. Il faut donc s’accoutumer à la maîtriser dès qu’on en sent les premières atteintes, ne pas parler quand on se sent ému : il faut encore s’exercer à la douceur chrétienne. Cette vertu nous fait supporter en vue de Dieu les contradictions qui nous arrivent, elle réprime toutes les vivacités et les saillies que la colère peut exciter ; elle fait qu’on ne donne alors aucun signe d’impatience ou d’aigreur, qu’on ne laisse échapper aucune parole de mépris ou de plainte, qu’on a toujours un air honnête et modeste, que l’on se contraint en faveur de certains esprits difficiles, et qu’on tâche de les gagner à force de complaisance,

COMPARAISONS.—L’homme doux et patient est heureux ; il plaît à Dieu et aux hommes. L'homme colère est malheureux ; Dieu le déteste et le maudit ; les hommes le détestent aussi, ils le craignent, le fuient et le maudissent. L'homme colère est à lui-même son supplice, son enfer ; il est de plus celui des autres.

La chaux bouillonne dès qu’on l’arrose d’un peu d’eau ; il en est de même des hommes emportés, dès qu’on les offense le moins du monde, Gardez-vous de la colère ;

2. Quels effets produit cette violente passion ?—3. Quels sont les fruits de la douceur et de la patience qui sont opposées à la colère ?

car comme la chaux, en bouillonnant, tombe et se dissout, ainsi l’homme emporté ruine sa santé et creuse souvent de bonne heure son propre tombeau.—Muncx.

EXEMPLES.—Ruffin rapporte qu’un solitaire, se sentant souvent ému de colère dans son monastère, dit en luimême : ‘“ Je m'en irai dans le désert, afin que, n’ayant là personne avec qui je puisse avoir des démêlés, je ne sois plus dans l’occasion de me fâcher.” S'en étant donc allé dans la solitude, il se retira dans une caverne. Un jour qu'il se félicitait d’avoir su éviter les occasions de la colère, il arriva que sa cruche, qu’il avait remplie d’eau, se renversa trois fois de suite, faute de précaution : ce qui l’impatienta tellement, qu’il la prit et la brisa de dépit. Etant aussitôt rentré en lui-même, il dit : ‘“ Le démon de la colère m’a trompé; car, quoique je sois seul, il ne laisse pas de me vaincre : puis donc que nos passions nous accompagnent partout et qu’il y a partout à combattre, je retournerai dans le monastère.” — Vie des Pères du Désert.

—Plutarque engage l’homme en colère à se contempler dans un miroir ; en voyant que son visage et ses actions ressemblent à ceux d’un frénétique, il aura de l’aversion pour la colère et l’évitera. Nous devenons entièrement fous lorsque nous nous mettons en colère.

ARTICLE VII

De la Paresse.

1. La Paresse est une lacheté, et un dégoût volontaire du travail, qui fait que l’on néglige ses devoirs plutôt que de se faire violence.

Il n’y a point de péchés, point de désordres auxquels la paresse ne conduise, parce qu'elle met l'âme dans un état d’engourdissement et de faiblesse qui l’empêche de résister à ses mauvaises inclinations: on l’appelle ordinairement la mère de tous les vices. Ceux qui en naissent plus directement sont, le premier, l’oisiveté et la perte du temps: un paresseux passe les jours, les mois, les années, ou à ne rien faire, ou dans des amusements frivoles ; il ne remplit point les devoirs de la religion ; la prière est ou entièrement omise, ou mal faite ; les sacrements sont abandonnés, ou reçus sans la préparation nécessaire, Il ne s’acquitte pas mieux des devoirs de son état.

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}. Qu'est-ce que In paresse, et de quoi est-elle la source ?

2, Un jeune homme, par exemple, adonné à la paresse, ne profite point de l’éducation qu’on lui donne, il ne fait rien de tout ce qu’on lui prescrit, ou le fait mal, sans attention, sans application; de là son esprit n’est point cultivé, sa mémoire n’est point exercée ; il sort de À maison d'éducation presque aussi ignorant qu’il y était entré. Qu'arrive-t-il? Si on lui donne un emploi important et qui exige des lumières et des connaissances étendues, il est incapable d’en exercer les fonctions, il s’en acquitte mal, son ignorance perce, son incapacité est reconnue ; il tombe dans un souverain mépris. Que de regrets alors d’avoir perdu le temps de sa jeunesse! Regrets inutiles ! il est trop tard ; cette perte est irréparable.

3. Le second vice qui naît de la paresse est la pusillanimité. Le paresseux n’a pas la force d'entreprendre les choses les plus faciles : il est arrêté par le moindre obstacle, tout lui paraît impossible, parce qu’il ne veut faire aucun effort. ‘ Malheur, dit l’Ecriture, à ceux qui manquent de cœur !”?

4. La paresse produit l’inconstance. S'il arrive que l’on conçoive quelque désir de se corriger, ce désir est faible, etilne dure pas longtemps; on se lasse bientôt, et l’on retombe dans sa première indolence. ‘ Les désirs tuent le paresseux, dit le Saint-Esprit ; il veut et il ne veut pas; il veut aujourd’hui une chose, et demain une autre ; aujourd’hui il veut bien, et demain il changera d’avis.”?

De là cette tiédeur qui l'accompagne partout, c’est-àdire une langueur de cœur qui ne laisse aucun goût pour ses devoirs; de là enfin cette insensibilité qui le rend sourd aux remontrances et aux exhortations de ceux qui veulent le réveiller de cet assoupissement ; rien ne le remue, rien ne le touche, ni les reproches qu’on lui fait, ni les bons exemples qu’il a sous les yeux. Que de péchés dans une âme lâche et indolente! L’Ecriture la compare à une terre inculte et abandonnée. ‘ J’ai passé, dit l’auteur sacré, par le champ du paresseux, et il était plein de mauvaises herbes; les épines en couvraient toute la surface, et l’enceinte de pierres qui devait l’environner était renversée.”’ Ecoutons encore les paroles que Dieu adresse luimême au paresseux dans le livre des Proverbes: ‘ Allez

2. Quelles sont, pour un jeune homme, les suites de la paresse ?— 3. Comment la paresse produit-elle la pusillanimité et l'inconstance ?— t. Citez quelques paroles de l’Ecriture, propres à nous faire sentir les dan: gcrs de la paresse,

à la fourmi, à paresseux ! considérez sa conduite, et apprenez d’elle à être sage : car, quoiqu'elle n’ait ni chef qui la conduise, ni maître qui l’instruise, elle a soin de faire sa provision pendant l'été, et d'amasser dans la moisson de quoi se nourrir. Jusques à quand dormirez-vous ? quand vous réveillerez-vous de votre sommeil ? Si vous ne sortez de votre assoupissement, l’indigence viendra fondre sur vous et vous accablera.”

5. Demandons à Dieu la vertu contraire à la paresse; c’est-à-dire une sainte activité, qui nous fasse aimer nos devoirs, et qui nous rende prompts à les remplir, en vue de lui plaire et pour notre salut. Que les difficultés du travail ne nous rebutent point; ayons bon courage, et Dieu rendra doux et facile ce qui nous avait d’abord paru dur et pénible: c'est lui qui nous a imposé l’obligation de travailler ; il nous aide à pratiquer ce qu’il nous commande. Soyons persuadés que l’ennui qui accompagne toujours

l’oisiveté est mille fois plus insupportable que le travail le plus fatiguant.

COMPARAISONS.—L'oisiveté ressemble à la rouille : elle détruit plus que le travail ne produit. Une clef dont on se sert souvent conserve seule son éclat et sa pureté.

Le travail est une noble fleur de laquelle on peut attendre les fruits les plus magnifiques,

L’oisiveté ressemble à l’eau dormante; si celle-ci produit de la boue et des reptiles immondes, celle-là engendre le vice. Celui qui est laborieux ressemble à l’abeille

qui jamais ne se fatigue et qui sait trouver du miel sur toutes les fleurs.

—L'homme qui travaille n’est attaqué que par un démon, maisle paresseux est la proie de légions d’esprits infernaux.—CASSIEN.

EXEMPLES.—Un saint homme disait chaque fois qu’il entendait l’horloge : à mon Dieu! voilà une heure passée de celles qui ent lenombre de mes jours ; il faudra

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que j'en rende € te, ainsi que de tous les moments de ma vie,

—On demandait un jour au vénérable Robert Bellarmin, l’un des plus habiles défenseurs de la foi catholique

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