DE LA COLÈRE
trêmement adonné à la boisson, et passait une partie de sa vie dans les cabarets avec des compagnons débauchés comme lui. Un jour qu’il s'était livré à tous les excès de l’intempérance et de sa passion, il retourna chez lui, et commença ses attentats par poignarder une de ses sœurs. Aux cris qu’elle fit entendre, le père alarmé accourut ; et ce fils, plus furieux encore, trempa ses mains dans le sang de celui qui lui avait donné la vie, et l’égorgea ; il poignarda encore une de ses autres sœurs, qui voulut prendre la défense de son pè:e, et l’arracher des mains de ce fils indigne, ou plutôt de ce monstre exécrable.
Que de crimes, que d’horreurs dans un seul homme et dans un seul jour ! Saint Augustin fut bientôt informé de cet évènement funeste ; et quoiqu'il eût déjà prêché deux fois ce jour-là, i! assembla sur-le-champ une troisième fois le peuple, et monta en chaire, les larmes aux yeux et les soupirs dans le cœur, pour faire part à ses auditeurs des horreurs que venait de commettre ce fils indigne de jamais avoir vu la fumière. Au récit de ce qui venait d'arriver, toute l’assemblée poussa des cris et des gémissements lamentables ; on ne pouvait comprendre qu’un homme eût
u se porter à tant et à de tels attentats. On craignit que
a vengeance et les foudres du Ciel ne tombassent sur une ville qui avait produit un tel monstre. Saint Augustin profita de cette occasion pour montrer à quels excès peut conduire une passion malheureuse. $es larmes et ses sanglots en dirent plus que ses paroles et ses discours.—Rapporté par saint Augustin.
ARTICLE VI
De la Colère.
1. Il y a une sainte colère excitée par le zèle qui nous porte à reprendre avec force ceux que notre douceur n’a pu corriger: telle est la colère d’un père ou d’un maître à la vue des désordres qu’il est obligé d'empêcher. Notre-Sei-
neur lui-même a été ému de cette colère lorsqu’ii chassa u Temple les profanateurs qui en violait la sainteté ; mais la colère, qui est un péché capital, est bien différente : c’est un mouvement impétueux de notre âme qui nous porte à repousser avec violence ce qui nous déplaît. Elle vient d’un mauvais principe ; c’est l’effet d’une passion qui règne
1. Quelle est la colère qui est irrépréhensible, et quelle est celle qui cffense Dieu ? .