‹ Traité des eaux minérales de ProvinsChapitre 1 sur 8 · CONCITOYENS · texte numérisé non relu

CONCITOYENS

O felices! sua si bona norint (r).

J’ai toujours clierché à me rendre utile à mes concitoyens : ce dernier ouvrage en est une nouvelle preuve.

Je me suis particulièrement appliqué à leur faire connoître ce que

(i) Il me s’agit pas ici des sites interessans <pii entourent la ville de Pi ovins, et de ce qui n’est que de pur agrément. Je veux seulement parler de ce qu’il s’y trouve d’utile : de ses eaux minérales si précieuses à la santé j de ses ïoses, dont les grandes vertus tiennent exclusivement a son sol J de son blé, qui est cité comme un des plus beaux blés de la France, etc. Voyez la minéralogie de Provins , pour d’autres détails.

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leur présentoit d’inlércssant le sol qui les environne, et les avantages qu’on pouiToit en relifer. Heureux si je puis leur persuader qu’ils sont loin d’avoir été oubliés dans le partage que la providence a fait de scs faveurs , et les amener à des actes de reconnoissance envers elle!

Dans le compte que j’aime à leur rendre, je ne parlerai pas de 3ua moralité : ayant vécu et vieilli parmi eux , ma conduite privée leur est assez connue. Je dirai seulement à ceux qui me connoissent moins que , dans ma longue carrière , on u’y trouvera rien dont un lionnéte bomme ait à rougir.

Quant à ma vie politique, elle a été courte ; mais les événemens désastreux qui se sont passés pendant son peu de durée devant occüper à jamais une place importante dans

l’histoire, je crois devoir quelques explications pour ce qui me touche. Avancé en âge, je suis bienaise de laisser après moi une mémoire exempte de reproches , et dont mes enfans puissent s’honorer.

C’est une tache aujourd’hui , dans l’esprit de bien des gens , d’avoir été membre de la convention , sous la tyrannie de laquelle le meilleur des Rois a été conduit à l’échafaud. Voici les faits qui me regardent ;

Dans l’assemblée électorale dé Meaux , j’ai été proposé , nommé député à la convention, et excité d’accepter par les électeurs de ^Provins, qui professoient les bons principes. Lorsque tous les députés eurent été nommés, on exigea qu’ils jurassent sur le bureau du président qu’ils voteroient la mort du

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Roi. Je me refusai seul à faire cet odieux serinent, observant que c’étoit une sorte de monstruosité qubm juge s’engageât, et par serment, à condamner à mort celui qu’il étoit appelé à juger. Mon refus fut accueilli par des vociférations et des menaces. Un électeur de Provins, M. S., qui composoit le bureau des secrétaires, osa appuyer la justesse de mon observation. Il étoit impossible, si ce n’est à des cannibales , de s’y refuser. Le serment prélé fut regardé comme non avenu, et il ne fut aucunement mention dans le procès-verbal de ce qui venoit de se passer.

Dans quelle circonstance me Irouvai-je, lorsque j’ai refusé seul de prêter ce serment? Au milieu d’une assemblée ou les motions les

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plus révolutiounaires avoient élé généralement applaudies , et un jour après qu’une populace effrénée eut égorgé , dans les prisons de Meaux, quatorze prêtres dont les têtes avoient été promenées par la ville et sous mes fenêtres.

Dans l’infâme procès de Loms xvT, lorsqu’il fut question de la peine à infliger, je n’ai pas même voté le bannissement, comme ont fait le plus grand nombre de ceux qu’on appeloit les amis du Roi, parce que le bannissement est une peme infamante, qui annonce un coupable, et qu’à mes yeux le Roi ne l’étoit pas.

J’ai voté la détention ^ et la déportation à la paix. ( Voyez la page ayô des procès-verbaux , tom. 5.) La déportation étoit alors une simple mesure de sûreté j elle

niettoit la vie du Roi hors des atteintes de ses ennemis.

Pourquoi la détention et ensuite la déportation? Parce que la déportation, dans ces momens oii la fureur révolutionnaire éloit à sou plus haut degré dV'xallation , me paroissoit impossible : le Roi auroit été égorgé en sortant du temple , oii il étoit détenu. La détention alors étoit son salut. Pour la déportation, il falloit attendre un temps plus calme.

Quand on posa la question de Pappel au peuple, voici mon vote :

Je ne rote Vappel au peuple que dans le cas oii la convention prononceroit la peine de mort. (Voyez page 226, tom. 5 des procès-verbaux.)

Il étoit difbcile de s’exprimer en moins de paroles, d’étre plus

clair, et de témoigner plus ouvertement son désir de sauver le Roi.

Ce qu’il y a de remarquable , c’est •que je suis le seul de tous les conventionnels qui ai voté de cette manière. Excepté trois ou quatre qui ont motivé leur avis par des •phrases longues et insignifiantes, tous ont voté par oui et par non.

Ceux qui ne vouloient pas la mort du Roi, en votant l’appel au peuple sans restriction , ont montré de l’imprévoyance ou de la timidité; car, dans le cas où la majorité n’auroit pas voté la mort, ce qui a pensé arriver, ils faisoient courir au Roi une nouvelle chance , celle d’être condamné par le peuple.

Qu’on ne me dise pas que le peuple n’auroit pas voté la mort.

Quelle preuve en donneroit-on ?

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