‹ Traité des eaux minérales de ProvinsChapitre 6 sur 8 · OBSERVATIONS · texte numérisé non relu

OBSERVATIONS

MM. les commissaires, en faisant voir, par celle analyse eu grand qu’ils onl faite de nos eaux, qu’elle ne leur avoit donné <pie du carbonate et point de sulfate de fer , n’ont répondu à aucune des observations de mon mémoire. Ils n’ont pas non plus rempli le vœu de l’institut j car voici ce qu’on lit dans le rapport : « Après la lecture jt de ce mémoire, faite publiquement » dans le sein de la classe, M. le pré-

» sident nomma M. Thénard et moi

» (M. Vauquelin) pour lui faire un rap- K port sur les opinions de M. O poix, » qui y étoienl répandues ». Or leur rapport prouve seulement que l’ana-

lyse ne fait connoître dans les eaux de Provins que du carbonate et point de sulfate de fer : mais est-ce que je conteste cela? C’est aussi mon opinion; elle est même énoncée dans le titre du mémoire. -En quoi pouvons-nous différer, MM. les commissaire*s et moi?

Le voici.... « Mais faut-il en chimie » ne juger des choses que par ce » qu’on en voit? et, parce qu’on ne » trouve par l’analyse que du carbo- » nate de fer dans nos eaux, et dans » celles de la même classe, doit- on » en conclure que c’est uniquement » ce carbonate de fer qui les cons- » titue dans leur source, et qu’il ne » peut s’y ti’ouver un sulfate léger « et volatil? »

Voilà la question, et, comme on voit, elle n’a pas été abordée par MM. les commissaires. Que devoient-ils faire?

Détruire mes doutes, et prouver, contre mon opinion , qu’on ne doit en chimie juger des choses que par ce qu’on

en 'voit, etc.; qu’en conséquence les principes d’une eau minérale duiventêtre regardés comme immuables ; qu’ils n’éprouvent aucune variation , lorsque l’eau sortant de sa source profonde vient à communiquer avec l’atmosphère j qu’ils ne peuvent être altérés, même modifiés par le transport, par le laps de temps, par l’action des réactifs; enfin que la nature n’a pas de sanctuaire ni de secret pour un chimiste.

Ces messieurs n’ont donc pas, comme ils l’avoient annoncé dans leur rapport , répondu dune manière satisfaisante au vœu de la classe , et éclairé M. Opoix. Ils ont manqué ce double but. Toutes les observations dont j’appuie mon sentiment restent donc dans toutes leurs forces, et j’ai encore pour moi le témoignage unanime des médecins et de nombre de personnes qui ont reconnu la similitude parfaite, quant au goût et aux propriétés, des eaux de la fontaine

et de l’eau imilee avec le sulfate de la pyrite. Mais il faut en finir par lassitude sur ce grand procès, qui, comme disent MM, les commissaires, dure, depuis si long - temps , et qui , ainsi qu’on l’a vu, n’est rien moins que jugé. J’abandonne dorénavant et pour toujours mon opinion à son sort :

d’ailleurs ce seroit une inconséquence de ma part de mettre plus d’importance à la connoissance analytique de nos eaux, d’après ce que je vais dire. Peut-être est-ce un autre procès que je me suscite. Heureusement pour moi qu’il ne faut pas être chimiste pour décider cette nouvelle question, et tout le monde peut s’établir juge.

Il est sans doute très nécessaire de counoître les principes actifs qui constituent une eau minérale, et lui donnent des propriétés médicales ; mais l’importance que le public , et sur-tout les gens instruits, mettent à l’analyse des eaux, doit avoir ses bornes. Une

eau connue depuis long -temps, que de bons médecins ont employée et appliquée avec succès à nombre de maladies, et sur laquelle on a fait les observations médicales les plus multipliées; celte eau, dis-je, a peu besoin d’une analyse rigoureuse. Je pourrois même dire, en prenant pour exemple les eaux de Provins, que la meilleure n’aura jamais aucun but utile à la médecine.

Ce n’est que dans ces derniers temps qu’on sait analyser les eaux minérales : or les nôtres sont connues depuis près de 170 ans, et la cliimie alors n’existoit pas; mais il y avoit de bons médecins qui les employoient dans tous les cas où les préparations de fer sont recommandées, l^es succès les plus satisfaisans, même les plus étonnans et les plus multipliés , prouvèrent leuf eflicacité dans un grand nombre de maladies. En peu d’années on a connu toutes celles auxquelles ces eaux sont

propres, et les ressources qu’elles pouvoient fournir à la médecine. Que l’analyse donc qu’on en fera soit pks ou moins exacte, qu’on la fasse même ou qu’on ne la fasse pas, c’est ce qui importe peu à la médecine -pratique de ces eaux.

Leur analyse , sans être de quelquè utilité, n’offre de plus qu’un travail - ingrat; parce que, nos eaux variant sans . cesse, la meilleure analyse ne donne que l’état du moment présent, et pourroit n’être plus en rapport, comparée à celle qu’on auroit faite ou qu’on feroit un peu avant ou un peu après.

Je ne dirai pas, pour prouver cela, qu’aucun de ceux qui ont analysé ces eaux ne se sont pas rencontrés; mais je dirai que M. Vauquelin, qui eu a fait deux fois l’analyse, en a fait deux analyses différentes : non -seulement les quantités des produits diffèrent toutes entr’elles dans ces deux ana-^ lyses, mais dans une il y a des subs-

tances qui ne se trouvent pas dans l’autre, et vice versd , et c’est ce qui arrivera nécessairement à tous ceux qui feront deux fois l’analyse de nos eaux. D’où vient cela? Le voici :

On a vu que le terrain dans lequel le puits minéral est creusé se trouve coupé par des couches horizontales de terres de différente nature , et qui se distinguent à l’œil par différentes couleurs. La hauteur des eaux dans le puits est variable. Elles sont plus élevées, c’est-à-dire qu’il y a environ lo pieds d’eau dans les saisons humides, même dans les beaux jours du printemps, après un hiver pluvieux :

alors elles semblent peu minérales , et, si ou vouloit en faire usage, il faudrolt renouveler l’eau, en en rejettant une grande partie. Dans les temps de pluie, la prairie se trouvant abieuvée d’eau, toutes les couches de terre lavées par cette eau donnent dans le puits ce qu’elles ont de soluble; mais,

quand il n’a pas plu depuis long-temps , dans les sécheresses , et lorsque les eaux sont basses, ce ne sont plus que les couches inférieures du terrain et où se trouve la pyrite qui fournissent de l’eau. Qu’une pluie subite vienne à baigner la prairie , les eaux s’élèvent dans le puits et deviennent de suite différentes de ce qu’elles étoient peu d’heures avant. Il faut ajouter à cela, comme nous l’avons dit plus haut , que , quand le baromètre descend à la pluie, à l’orage et à la tempête , ces eaux éprouvent des changemens.

Même dans une suite de beaux joui's, l’eau qui a séjourné long-temps dans le puits , sans être renouvelée , est en partie décomposée. Cette décomposition commence par la siu'face, et gagne les couphes inférieures jusqu’à une certaine profondem- : mais j’ai toujours remarqué que, jusqu’à la hauteur de deux pieds , en partant du fond , en quelque temps que ce soit, l’eau

est très minérale, et on lui retrouve rôdeur qui lui est particulière , et dont les couclies supérieures d’eau décom* jiosée sont dépourvues (i).

Ou pourroit donc se dispenser d’essayer notre eau minérale avec l’acide gallique ou le prussiate , pour coniioilre si elle est minérale et à quel degré elle peut l’être. Pour emjuger il suHit de consulter l’odorat. 11 est très sensiblement frappé dans tous les temps par l’eavi très minérale qui occupe le fond du puitsj plus foibleinent par l’eau prise un peu au-dessus; enlln dans certains temps, comme nous l’avons dit , l’eau puisée près de sa surface n’a aucune odeur , et n’est pas minérale.

L’eau, peu de temps après avoir été tirée, perd son odeur; elle cesse

(i) Je m’assure de l’elal de l’eau !i difTérentes profondeurs, en me seiTajUd’un petit seau dont lu forme sera décrite. ( Voyez le post-scriptu»u\

bientôt d’être minérale, et le fer se précipite. Cette odeur, dans les chaleurs, et quand nos eaux sont dans toute leur force, est plus prononcée.

Elle ne se définit pas aisément : les preneurs d’eau varient de sentiment.

Nous dirons dans le post-scriptum ce que nous en pensons. On verra qu’elle n’est pas sans intérêt, et même quelle n’est pas étrangère aux vertus de nos eaux.

Je dois dire qu’en mars dernier, par un temps sec et le vent d’est soufflant , je descendis dans le piiils minéral le vaisseau dont je me sers pour prendre de l’eau à différentes profondeurs. Je trouvai, contre mon attente, que l’eau n’étoit point minérale jusqu’à la profondeur de sept pieds 5 plus bas, et sur-tout au fond du puits, elle étoit très minérale. Quelques jours de pluie étant survenus, et le vent soufflant du sud-ouest, je fus étonné de trouver que l’eau étoit minérale même près de

sa surface : ceci déconcerte el dérange un peu mes calculs, et ce que j’ai dit plus haut. J’ai encore eu depuis des résultats contrarians. Ces variations inexplicables me prouvent davantage qu’une analyse très exacte est un travail peu satisfaisant.

Toutes ces altérations qui arrivent dans nos eaux doivent inquiéter peu les malades. Le remède aux changemens <jui surviennent et qui influent sur leur bonté , c’est d’en tirer et rejeter une certaine quantité, parce qu’alors les sources minérales fournissent de nouvelle eau. Lorsque la saison des eaux commence, on tarit le puits pour le débarasser des eaux étrangères ou de l’eau minérale décomposée par le long séjour, et du dépôt qui s’est formé au fond. Lorsque des variations de temps ont rendu ces eaux moins bonnes, c’est encore le cas de vltler le puits tous les matins : même , avant de donner de l’eau aux malades on

doit en rejeter une certaine quantité.

L’eau devient d’autant plus minérale qu’on en a rejeté davantage.

Il s’ensuit de ce que je viens de dire que non-seulement des analyses de ces eaux, faites en différens temps, ne se ressembleroient pas , mais même . que trois analyses faites ensemble, l’une sur de l’eau qu’on ^uroit puisée avant d’avoir rejeté de l’eau; la seconde, lorsqu’on en auroit rejeté une certaine quantité; enfin la troisième quand on auroit épuisé davantage le puits, présenteroient des différences très grandes (i). Ces variations dans nos eaux

(i) n faut dire encore que l'action de tirer de l’eau avec un seau remue toute la masse d’eau jusqu’au fond du puits, et en fait remonter les dépôts. D’abord les parties les plus légères, ensuite de plus pesantes. Toutes ces matières, étiaugères à l’eau, font cependant partie des analyses , et apportent aussi des dilFèrences dans les résultats.

doivent avoir lieu plus ou moins dans les autres eaux minérales, et doivent rendre leur anal} sc,x*galement incertaine.

Tout ceci appuie toujours ce que j’ai dit plus haut : que l’analvse d'une eau minérale anciennement connue et fréquentée est peu nécessaire -, que toutes celles qu’on fera de nos eaux et de beaucoup d’autres différerunl entre elles, et ne donneront (pie l’étal des eaux à l’instant où on les analyse ; que ce qui peut seul intéresser quelques gens du métier, c’est de savoir si l’acide carbonicpie est le seul dissolvant du fer, ou s’il ne se Irouvcroit pas à la source un sulfate léger et fugitif : mais ces discussions d’ailleurs ne donnent aucunes lumières au médecin qui conseille ces eaux; elles sont oiseuses pour lui , il ne les lit pas et guérit scs malades, comme faisoit il V a cent soixante ans P. Legivre, (jui n’eutendoit rien en chimie; et, si on

reprochoit à ce médecin son insouciance , il pourroit dire : je défie qu’on me cite une guérison de plus opérée par une analyse mieux faite que celle qui l’a précédée.

Encore un mot sur les analyses des eaux minérales. Qii’on mette une scrupuleuse exactitude dans la décomposition d’une substance d’un intérêt majeur, et dont toutes les parties constituantes ont besoin d’être connues , on est payé de ses peines par le degré d’utilité qu’elles peuvent procurer j ' mais qu’importe que , dans une eau minérale dont les principes actifs sont connus, et à laquelle le fer seul donne des propriétés, il y ait en outre quelques matières insignifiantes et absolument nulles , comme il s’en trouve dans toutes les eaux communes, telles que du carbonate de chaux, des muriales , de la silice , etc. , à la dose de quelques grains, même d’un grain par pinte , et d’autres en quantités

si petites qu’on ne peut en estimer le poids. Ces recherches laborieuses, pénibles, niinutleuses et absolument dépouillées d’intérêt , méritent - elles la perte du temps qu’on y emploie?

Je dois, en (înissant cet article, protester que ce n’est pas l’amour-propre qui m’a dirigé dans cette discussion j que personne n’apprécie plus que moi les taleus supérieurs et le profond savoir de MM. les commissaires, particulièrement M. Vauquclln, que j’ai l’honneur de mieux conuoître, et pour lequel j’ai autant de vénération que d’estime ; que je regarde comme une bonne fortune pour ce traité de produire une analyse aussi savante, puisqu’une analyse exacte est la partie obligée d’un traité des eaux ; que, dans tout ce que je me suis permis de dire, je n’al été excité que par l’amour de la science et l’avantage de l’humanité. Je cherche à détruire celte opinion si fausse et si funeste à la mé-

decine, que l’art en sait autant que la nature, et qu’on peut l’imiter parfaitement dans la préparation de toutes les eaux minérales. Mais , pour ne prendre des exemples que dans les nôtres , et oubliant ce que j’ai dit de leurs principes fugaces, etc., que l’on compare les effets qu’ont pi’oduits les eaux que l’art charge péniblement de cai’bonate de fer, avec les cures étonnantes et rapides que produisent nos eaux 3 succès inconnus aux eaux factices. Je ne parlerai pas des cures que j’ai vu s’opérer sous mes yeux depuis cinquante ans, je serois suspect. Mais j’en citerai deux, entre beaucoup d’autres , que P. Legivre rapporte dans son ouvrage publié en 1669, observant encore que cet habile médecin écrivoit sous les yeux et entouré de gens qui , dans leur nouveauté, décrioient ces eaux et tournoient meme en ridicule leurs partisans ; ce qui, comme il le dit lui-même, ne lui faisoit rien avancer que ce

qui ëtolt à la coimoissance de tout le nioiule.

« M. Logre, curé de Sle.-Colonihe, » près Provins, étant attaqué depuis » cinq ans d’une colique bilieuse, et » ayant été huit ou dix jours tour- » menté de douleurs si grandes, qu’il

> ne reposoit ni jour ni nuit, et ne

>» pouvoit souffrir aucune nourriture, V à cause d’un vomissement continuel, » fut conduit à nos sources minérales, » et dès le premier jour son vomis- » sèment cessa; au troisième il reposa » et vint, sans y être conduit, boire » avec allégresse »

« R. P. Ciibon, religieux a Pro- » vins, ayant eu depuis deux ans divers » accès d’une colique néphrétique, et P urinant le sang, but de nos eaux.

P Dès le premier jour qu’il a comp mencé -à en boire, il a jeté environ » plein la coque d’une noix de gra- /) velle rougeâtre avec quelques glaires

> et filets; les jours suivans il en est

» encore sorti beaucoup j en un mot « elles lui ont si bien fait que. ... » Qu’est-ce qu’auroit produit, dans ces maladies et dans beaucoup d’autres aussi graves, que les bornes que je me suis prescrites m’empêchent de citer, qu’auroit produit le carbonate de l’art ? Pas plus d’effets que les autres préparations de fer, dont on reconnoît tous les jours l’insuffisance.

Cessons donc de lutter contre notre maîti'e , et reconnoissons dans les eaux minérales une main bienfaisante qui veut se tenir cachée et confondre notre orgueil,^ en ne cessant de nous convaincre de maladresse et d’impuissance.

Ma franchise pourra déplaire. Je jète le trouble où régnoit la sécurité j j’entoure le chimiste d’incertitudes décourageantes : cette route , qui s’applanissoit tous les jours sous ses pas, devient un sentier obscur, hérissé de difficultés. Il craindra de ne satisfaire qu’une vaine curiosité , et de manquer

le seul but louable, celui d’être utile à l’art de guérir : mais voici ce qui arrivera, on ne me lira pas, ou on fera comme si on ne m’avoit pas lu, et il en sera de même que de ma théorie des couleurs.

Propriétés des Eaux Minérales de Provins; réoime et conduite que Von doit suwre avants • pendant et après leur usage.

P O ü R faire connoître les vertus des eaux minérales de Provins , je pourrois rapporter un grand nombre de cures heureuses qu’elles ont opérées:

c’est l’usage que l’on suit dans les traités d’eaux minérales -, mais ces détails recueillis de tous côtés , écrits par différentes mains , sont souvent exagérés , et toujours imparfaits et peu corrects ; ils donneroient donc , sans beaucoup de fruit, à cet article plus d’étendue que je ne me le propose (i). Je me contenterai de pré-

(i) C’est pour cette dernière raison que je ne rapporterai pas même les nombreuses cuies que cite F. Legivre dans ses ouvrages.

aux-

sciiter un tableau des maladies quelles ces eaux sont ])rupres : ce résumé est extrait de l’instruction que j’avois faite pour les malades qui faisoieut usage des sels de nos eaux minérales. 11 se trouve confirmé par le témoignage constant des médecins et des gens instruits qui se sont le plus appliqués à connoître e* à suivre les effets (|ue ces eaux produisent sur les malades. C’est d’après ces personnes éclairées, et ce que j’ai, pu observer par moi - même , que je parlerai de quelques usages particuliers qu’on doit suivre en prenant ces eaux. J’ai fait aussi usage des observations générales, communes aux eaux de la nature de celles de Provins, et que j’ai puisées dans les ouvrages les plus estimés.

Les eaux minérales de Provins se prennent avec le plus grand succès dans les maladies clironiques qui reconnoissent pour cause des sucs épaissis et condensés , et celles qui sont occa-

siôiiiiées par le relâchement et l’atonie des solides. C’est ce qui rend ces eaux singulièrement propres pour résoudre les engorgemens et obstructions au foie , à la rate et au mésentère •, pour les douleurs néphrétiques, la pierre, la gravelle, les difficultés d’uriner, les suites des gonoiThées , les fleurs blanches, la jaunisse, les pâles couleurs et autres affections hystériques. Elles contribuent a dissiper la mélancolie, les vapeurs et quelques maladies de neifs. On les emploie efficacement dans la bile répandue, les flux hépatiques , céliaques et dyssentériques j les paralysies commençantes, l’hydropisie par infiltration , rincontinence d urine causée par le relâchement des fîbies. Elles favorisent l’oi'dre des digestions, et le rétablissent lorsqu’il est altéré. Elles combattent les dispositions à l’apoplexie séreuse, les humeurs rhumatisantes et goutteuses j les érésipeles, les dartres, la galle, les humeurs

froides. Elles remédient aux vomissemens, aux douleurs, dégoiits et débilités d’estomac J aux migraines et aux maux de tête provenant du mauvais état de l’estomac et des viscères du bas-ventre. Elles conviemient sur-tout à la suite des fièvres lentes, tierces, quartes, etc.j dans le reliquat de la petite vérole , et aux maladies dépuratoires.

Elles sont très salutaires dans les chaleurs d’entrailles, les coliques invétérées, les maladies vermineuses, celles sur-tout qui ont résisté à tous les autres remèdes. Elles réussissent aux enfans, fortifient leur lempérammeiit , excitent leur appétit , tuent les vers et détruisent les mauvais levains qui les entretiennent, etc., etc.

On a coxitume de prendre ces eaux en deux saisons. La première commence au milieu du printemps , et la seconde finit au commencement de l’automne. Chacune est d’environ six semaines ; lorsque les temps sont fa-

vorables, on peut commencer plutôt et finir plus tard.

On observe constamment de ne pas faire usage des eaux dans le milieu de l’été. C’est sans doute une suite du préjugé que l’on avoit de ne faire aucun remède pendant la canicule j mais c’est moins le calendrier qu’il faut consulter pour faire des remèdes, que la température et l’état de l’atmosphère :

' les grandes chaleurs pourroient même ne pas forcer à discontinuer l’usage des eaux. P. Legivre qui, comme médecin , s’en est occupé particulièrement, et en a soigneusement suivi les effets pendant plus de trente ans, l'apporte que les- malades s’en trouvoient très bien dans les temps des grandes chaleurs, et qu’il les piit lui - même avec succès dans les mois de juillet et i d’août. Il nous dit aussi que, quand la terre est desséchée par les grandes chaleurs de l’été , c’est le temps où ces eaux sont plus pures et plus utiles

aux malades. « C’est un grand plaisir, » ajoute-t-il, d’être toujours frais pen- » dant qu’on use de ces eaux , et il » est bien doux , lorsque la canicule » brûle la surface de la terre, de se » parer de ses ardeurs par un remède f agréable et rafraîchissant. »

N’est-il pas probable, en effet, que de la seule nécessité où l’on est l’été de se lever matin pour boire ces eaux , et de se promener à une heure où la température est douce, l’air pur et frais, il ne résulte déjà d’heureuses dispositions qui secotideront puissamment l’effet des eaux? I.a fraîcheur qu’elles répandent et entretiennent dans les entrailles seroit aussi très salutaire aux malades , et obvieroient à beaucoup d’inconvéniens que produit la chaleur sur les personnes même bien portantes.

L’effet de l’excessive chaleur est de relâcher la libre musculaire , et d’augmenter le diamètre des vaisseaux :

alors les fonctions animales se font plus lentement, l’estomac est paresseux et les humeurs restent stagnantes; d’où il s’ensuit des pesanteurs , des dégoûts, des lassitudes, etc. Les grandes chaleurs aussi , en provoquant des sueurs abondantes et contre nature, enlèvent quelques portions de cette eau principe et de cet humide radical qui donne de la fluidité aux humeurs, lubrifie et diminue les frottemens, et entretient le jeu des solides. Nos eaux pourront donc réparer ces dissipations extraordinaires ; leur fraîcheur et leur vertu tonique, en donnant de l’élasticité à la fibre, et en diminuant le calibre des vaisseaux , rendront la circulation pins fréquente, plus libre et plus accélérée ; c’est donc sans motifs solides, et contre la saine théorie et les faits, qu’on se prive de ce remède dans le milieu de l’été. Sans doute qu’il seroit nécessaire alors d’user de quelques précautions , comme de boire

ces eaux très matin, et de se garantir soigneusement de l’ardeur du soleil.

Pourquoi même l’hiver dans un cas pressant, s’abstiendroil - on de ce remède, spécifique dans bien des maladies ? En quelque saison que ce soit, c’est dans un ^emps nébuleux , très variable, orageux et à la suite des pluies, que ces eaux perdent de leurs propriétés. On peut donc croire que, quand le ciel est pur et que la terre est gélée depuis quelque temps, ces eaux doivent être dans le meilleur état et produire tous leurs bons eflets.

P. Lcglvre en avuit fait aussi 1 expérience ; il nous cite un malade qu’une rétention d’urine mettoit en péril de la vie, et qui, ayant pris ces eaux dans les plus grands froids de l’iilver, rendit une (juantlté de pierres et de graviers enveloppés de glaires, d’où s’ensuivit la guérison parfaite. Il nous rapporte qu’un chirurgien aussi de Provins , qu’il nomme, tourmenté par une co-

lique bilieuse et néphrétique qui avoit ’ résisté à tous les remèdes, fut guéri radicalement, après avoir pris de ces eaux quatre ou cinq jours seulement, pendant une forte gelée. Ces guérisons dont nous parle P. Legivre ne peuvent être révoquées en doute , comme nous l’avons fait remarquer. L’utilité des eaux, dans ces commencemens, avoit été contestée, et P. Legivre, en étant un zélé partisan, avoit trop de contradicteurs, ainsi qu’il le dit lui-même, pour se permettre de citer des cures équivoques.

Le raisonnement et l’expérience concourent donc à prouver l’efficacité des eaux de Provins dans les grandes chaleurs, même pendant la saison rigoureuse de l’hiver. Cela devroit bien guérir de cette prudence peu éclairéé, et de cette routine meurtrière qui font différer jusqu’au milieu ou à la fin du printemps l’usage des eaux, quand la maladie pour laquelle elles sont indi-

quées fait des procès qui rendroieiit la guérison incertaine par le retard , et souvent impossible.

Cela n’empêche pas de dire que la belle saison ne soit la plus favorable pour prendre les eaux. Un air pur , calme et sec sans excès, voilà le temps qui convient le mieux. Les principes des eaux, ainsi que nous avons eu occasion de le remarquer , sont alors plus rapprochés , mieux combinés et plus énergiques. Comme ce remède se prend sur le bord d’une prairie, sous des ombrages frais , qu’il exige des promenades en plein air, et qu’il est besoin que les malades s’occupent d’idées agréables, et n’éprouvent que des impressions douces, on sent combien une douce température, un ciel pur et serein, une belle matinée, un air balsamique, une nature riante, doivent influer sur toute l’économie animale et concourir à donner aux organes plus de souplesse, à régulaiiser

leurs mouvemens , et à le» rendre plus propres à remplir leui's fonctions.

Les causes physiques et morales se réunissent donc alors avec les vertus des eaux, pour opérer la guérison des malades.

Il en arrive autrement dans les temps couverts , disposés à l’orage , dans les variations subites de l’air, et par des vents impétueux. Ces météores rompent plus ou moins l’équilibre des liqueurs, troublent les relations sympatiques des solides , et détruisent l’harmonie de toutes les parties que les eaux doivent rétablir. Ce trouble dans les élémens , cette teinte sombre et rembrunie qui se l’épand sur la nature , communiquent aux malades une anxiété, un mal-être, un seiTenient , une tristesse involontaire , et quelquefois des mouvemens irréguliers de la nature des spasmes.

J’ai indiqué, comme une autre cause d’une pai'tie de ces accidens, le défaut

d’une pression suffisante de la part de l’air (voj ez la minéralogie , chup, 1 1 , pag, 149); j’ai dit qu’elle faisoit plus d’impression sur les valétudinaires, er que nos eaux minérales s’en trouvent considérablement altérées : ces deux effets, qui agissent à la fois sur nos preneurs d’eau , expliquent pourquoi ils en sont si fortement affectés. Les malades doivent donc , pendant ces temps contraires, prendre moins d’eaux minérales , les boire chez eux , ou en suspendre l’usage. Il faut aussi cesser de les prendre, quand il a plu plusieurs jours de suite. Elles sont alors troubles, mêlées d’une eau étrangère, et même en partie décomposées j ce qui fait qu’elles fatiguent plutôt quelles ne soulagent. Au mois de mars, temps où elles sont moins fortes, elles n’incommodent pas; elles ont seulement moins d’efficacité, parce que l’eau qui s’y mêle est une eau pure et sourcilleuse dont tout le terrain est constam-

ment abreuvé dans le commencement du printemps.

Je soumets aux lumières des médescins les réflexions suivantes :

D’où vient toutes les femmes interrompent-elles ces eaux à l’approche de leurs jours critiques , et pendant toute leur durée? Sans doute ce n’est pas pour elles le temps de commencer à prendre des eauxj mais, quand les règles surviennent pendant leur usage, est - il absolument nécessaire , pour r toutes les personnes du sexe, de suspendre ces eaux totalement , comme elles ont la coutume de le faire? On se fonde sur ce qu’on doit s’abstenir alors de tous remèdes ; sans doute , de tous remèdes dont l’effet contrarieroit la nature. Mais un remède comme celui-ci , qui est l’ami de la nature , qui tend à fortifier, à rétablir l’ordre, et qui lui-même est un puissant moyen de provoquer les évacuations menstruelles , quand elles tardent trop à

paroi Ire, de les rappeler quand elles onl élé supprimées, et d’en régler la quantité et le retour périodique; comment un pareil remède doit -il, dans tous les cas et sans distinction, être interrompu? 11 faut convenir que quelques femmes, dont le genre nerveux est plus irritable dans ce temps critique, éprouvent alors des maux de tête, et quelques autres inconvénlens , et que nos eaux qui sont vaporeuses, et portent souvent à la tête, peuvent augmenter ces accidens. 11 est donc ' mieux sans doute, pour ces pex'sonnes, d’interrompre les eaux. Il est peut-être prudent que d’autres en boivent moins, et prennent quelques précautions ; mais il est beaucoup de femmes qui pourrolent ne rien changer alors dans la manière de prendre ces eaux; car, je le répète, il est très important de les prendre régulièrement et sans interruption , quand ou en a commencé l’usage.

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C’est encore par un abus des termes que quelques personnes, sujettes aux vapeurs, se préviennent contre ces eaux, et s’en interdisent l’usage, parce que, dit -on, elles sont vapoi'euses ; mais c’est bien improprement qu’on a donné le nom de vapeurs à celte maladie dont certaines pei’sonnes sont affectées. On devroit n’entendre par le mot de vapeurs que des exhalaisons ou matières raréfiées qui, se trouvant plus légères que l’air, tendent à s’élever; et c’est dans ce sens que nos eaux sont vaporeuses ou légèrement gazeuses ; mais cela a peu de rapports avec vapeurs, maladie. Nos eaux même produisent de très bons effets dans quelques maladies de nerfs, eu détruisant les causes qui peuvent y donnei’ lieu.

On doit prendre ces eaux le malin , a jeun, peu de temps après le lever du soleil , et dans les grands jours d’été , à cinq heures , autant qu’on

le peut : la fraîcheur de la nuit a retenu ce que ces eaux ont de volatil, et uni plus intimement les substances qui les miuéralisent. I,a chaleur du jour, à mesure qu’elle augmente, relâche les liens, les dispose à se rompre, et enlève à ces eaux une partie de ce léger acide gazeux; d’où s’ensuit une décomposition proportionnelle dans ces eaux.

11 faut se garantir d’un abus qui a généralement lieu dans les endroits où les eaux minérales se boivent à la source : c’est d’en prendre une trop grande quantité chaque jour. Elles agissent alors seulement par leur poids ; elles peuvent fatiguer et affoibllr l’estomac qu’elles devroienl au contraire rétablir et fortifier. Au lieu de se répandre dans toute l’iiabitude du corps, de circuler avec le sang, la lymphe, et de pénétrer jusqu’aux extrémités des vaisseaux capillaires, elles se frayent de fausses roules , passent de suite

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par les urines , et on les rend par cette voie à mesure qu’on les prend.

Il est vrai qu’elles ont servi à nettoyer et déterger les reins et la vessie, et à les débarrasser des matières muqueuses , glaireuses et sableuses que ces viscères peuvent contenir j mais le bien qui peut en résulter est n^ul pour la plupart des buveurs qui n’ont pas ces maladies; encore n’est-il que local pour les personnes memes qui les prennent pour des maladies de la vessie ; car il ne remonte pas aux causes du mal qui , comme on le croit , dépend d’une disposition particulière du sang. Ainsi, dans le seul cas où une grande quantité d’eau peut produire quelques bons effets, elles n’opèrent pas tout le bien quelles pourroient faire si on les prenoit avec plus de modération. Ce sont particulièrement les forces digestives de l’estomac qu’on doit consulter, et elles peuvent être la mesure de la quantité d’eau qu’on

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peut prendre, en observant toujours de lester plutôt en deçà de ce terme, \ oici la méthode que l'on prescrit ordinairement , et qu’oii peut donner pour règle générale :

En ai rivant a la fontaine , on se repose quelques instans; ou boit ensuite un verre d’eau minérale, qui doit contenir environ la quatrième partie d’une bouteille de pinte de Paris ; on se promène l’espace d’un quart d’heure j on prend un second verre apres lequel on se promène de même, et ainsi de suite, faisant succéder alternativement la promenade à la boisson. On se contente de trois à quatre verres le premier jour- le second, on augmente d’un verre; le troisième, on en prend un de plus; les personnes délicates en restent là.

J -a plupart des malades en boivent dix verres sans s’en trouver incommodés; les estomacs robustes peuvent eu prendre trois bouteilles. 31. 3Iao

quart , en parlant des eaux minérales ferrugineuses , dit même qu’on peut en prendre davantage j” mais il est peu salutaire et souvent très imprudent d’outre-passer cette quantité.

On sent que ceux qui en prennent de fortes doses, doivent mettre moins d’intervalle entre chaque verre , ou en boire plusieurs de suite , et prendre plus d’exercice que les malades qui sont forcés d’en boire moins; car il est bon que toute la quantité d’eau qu’on doit prendre le soit en une heure, ou tout au plus en une heure et demie pour les personnes qui en boivent beaucoup. Lorsqu’on n’a plus que quelques jours à prendre les eaux, on en diminue progressivement la dose, et on finit par n’en boire que la même quantité qu’on avoit prise en les commençant.

On recommande la promenade , parce qu’elle aide la digestion des eaux , qu’elle en favorise la circulation

et détermine les sécrétions ; mais il faut qu’elle se fasse sans fatigue. En général , le mouvement , l’exercice modéré, les amusemeus et tout ce qui peut récréer l’esprit, convient pendant tout le temps qu’on prend les eaux minérales : ou ne peut blâmer l’usage où l’on est ici de former des danses auprès de la fontaine. Les jeunes personnes , sur-tout celles du sexe, ont souvent besoin de ce mouvement qui est toujours pour elles accompagné de satisfaction et de plaisir. On sent bien que l’excès est li'ès préjudiciable, et qu’il seroit très dangereux, après s’être mis en sueur , d’éprouver un refroidissement subit, ün peut donc entretenir l’usage de la danse auprès des preneurs d’eau j ou n’a que faire de le défendre à ceux qui sont d’un certain âge, ou dont la maladie est grave. Mais il est encore pour ces derniers un autre avantage j c’est que ce divertissement offre un spectacle

agréable qui répand autour d’eux une joie communicative, et, sous ce rapport, il peut avoir son utilité.

Il faut non-seulement se défendre tout exercice violent , mais tout ce qui demande ti'op d’application, même les jeux qui exigent une attention trop soutenue : on doit chercher à varier ses occupations, et s’interdire celles qui obligent de rester long-temps dans la même position, ou le dos courbé et la tête baissée. La tranquillité d’esprit est au^si nécessaire j les contrariétés, les inquiétudes, les impatiences et les passions de l’ame ne peuvent que nuire à l’effet des eaux.

Elles portent quelquefois à la tête.

Elles causent alors des étourdissemens qui sont de peu de durée j l’ardeur du soleil en est souvent la cause. On doit éviter de s’y exposer, comme de se promener le soir un peu tard, ou quand l’air est froid, humide ou trop agité.

Chez bien des malades, elles pro-

voquenl le sommeil pendant la journée. Ce sommeil u’esl pas dans l’ordre de la nature ; loin de favoriser ses fonctions , il ne peut que les troubler. Ou doit donc combattre cette envie de dormir j lorsqu’on s’y livre avant ou après le dîner , on éprouve des maux de tête, on se sent lourd, et la digestion devient laborieuse.

Ces eaux excitent , chez quelques personnes, uu appétit auquel il faut mettre des bornes et même savoir résister. Quelquefois une lie^ire ou deux après les avoir prises, on éprouve un grand besoin de manger : on sent que si on le satisfaisoit, la digestion se feroit mal et qu’on s’en trouverolt incommodé. Il faut, dans ces cas, se contenter de prendre une croûte de })ain trempée dans un peu de vin mêlé d’ eau, ou un bouillon gras pour atteudi’e le dîner.

Un doit mettre au moins quatre heui'es d’intervalle entre le dernier

Terre d’eau ihinérale et le dîner j leô eaux sont alors ordinairement passées.

On peut s’en assurer par l’inspection des urines j elles deviennent citronnées , de claires qu’elles sont ordinairement lorsqu’on rend les eaux par cette voie.

Il est plus sûr de ne rien prendre entre le dîner et le soupei'. Ce dernier repas se fait à huit ou neuf heures au plus tard. Lorsque dans l’intervalle des deux repas on se sent des besoins, on peut prendre un petit morceau de pain ou un biscuit et un peu de vin trempé d’eau.

L’estomae est la boussole qu’il faut toujours consulter pour l’heure de prendi’e des alimens, et pour la quantité qu’on doit s’en permettre. Lorsque l’on sent une plénitude, des pesanteurs, et une sorte de mal-aise, il faut reculer son repas, manger peu.

Le soir sur - tout on doit être très sobre et même se priver quelquefois

de souper , ou ne prendi'c qu’un bouillon, quand on se sent mal disposé, et qu’on a lieu de craindre que la digestion ne soit. pas entièrement faite le lendemain matin , lorsqu’il faudi a recommencer à prendre les eaux,

P, Legivre recommandoit , au contraire , de dîner légèrement et de manger davantage au souper. Cette espèce de contradiction ne vient que de ce que de son temps l’habitude étoit de dîner à onze heures et de souper à six ou sept heures. La digestion avoit plus le temps de se faire jusqu’au lendemain malin J on pouvoit se livrer à quelques dissipations avant de se coucher, et le repos de la nuit disposoit l’estomac à se chai'ger d’une nouvelle quantité d’eau. Aujourd’hui que les repas se font plus tard, c’est au dîner qu’on peut se permettre de manger un peu davantage.

Les alimens doivent être sains et de facile digestion, 11 faut que le pain

soit bien levé et bien cuit, ei il est nécessaire de faire gras pendant tout le temps qu’on prend les eau^c. On peut manger des 'potages, des viandes blanches : comme veau , mouton , volailles , lapereaux , perdreaux , cailles , etc. 5 du poisson , mais de celui dont la chair est légère, des œufs et des farineux préparés au gras ; comme riz, vermicelle, etc.j des fruits cuits et en compotes.

Il faut s’interdire toutes sortes de ragoûts , les viandes et les poissons salés ou fumés, le cochon et toutes les préparations où on fait entrer sa chair J les pâtisseries, les épices, les crudités , les salades , le laitage , le fromage • on défend les noix , les amandes , les fruits crus , sur - tout ceux qui portent quelqu’acidité ; ce qui pourroit cependant souffrir quelques exceptions. U y a des personnes qui peuvent manger un peu de fraises ou de groseilles , quand ces fruits sont

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bien mûrs, et en y mêlant du sucre.

Le léger acide de la groseille est encore tempéré par un principe mucoso-sucré qui lui est uni, et peut-être même disparoît-il dans l’estomac j car, trouvant quelques portions de terre martiale que les eaux auroient laissées, il se combine avec elle , et peut même lui servir de véhicule, et lui donner les moyens de se répandre dans la circulation.

On boit du vin modérément à ses repas. 11 doit être léger, sans être capiteux , de bonne qualité et trempé de deux tiers d’eau. Ou ne doit se permettre aucune buisson spiritueuse ; telle que les liqueurs de table, l’eaude-vie, les ratafias, la bière et le cidre; ni boisson échauffante , comme thé , café, chocolat : le thé peut se prendre quelquefois, mais à titre de remède.

On ne peut donner ici que des généralités. Pour nombre de cas particuliers, il faut consulter son médecin.

On est plus ou moins se'vère sur l’article,des alimens, à raison de la nature de la maladie et de l’état de l’estomac j mais on voit tous les jours des malades retarder ou manquer leur guérison, faute d’avoir suivi un régime assez exact.

Si la sobriété est recommandée pendant l’usage des eaux, la continence n’est pas moins nécessaire. Souvent il est difficile d’écouler cette vertu , quand un penchant naturel s’y oppose ; d’ailleurs, il est très ordinaire que l’usage des eaux minérales excite le désir , et porte sur le système des nerfs un agacement agréable , très propre à exciter les passions. La nature alors eu impose aux sensj elle se fait illusion à elle-même. Ce sont des circonstances qui exigent qu’on se fasse violence pour se surmonter , autrement on deviendroit la victime d’une trompeuse foiblesse où le penchant entraîne»

Les eaux minérales sont un remède que la nature nous donne tout préparé; il ne s’agit de notre part que d’en faire les applications convenables , et sur-tout de ne pas contrarier ses effets en cumulant d’autres remèdes avec lui. Quand donc il est reconnu que l’eau minérale est le vrai remède indiqué pour une maladie, il est mieux de l’employer seul et de le laisser agir librement ; mais il est des cas ou il faut en user avec discernement, et le diriger avec prudence. 11 y a quelquefois des complications de maladies oii, quoique les eaux puissent convenir sous quelques rapports, elles peuvent empirer l’éta! du malade. Tous les sujets aussi ne sont pas toujours disposés à user de ce remède; et pendant son usage , il est des accidens qui surviennent, et des circonstances imprévues qui peuvent obliger de les suspendre et même de les abandonner tout-h-fait. C’est donc dans ces cas

qu’il faut consulter un médecin' prudent, éclairé, et qui, à de grandes connoissances en médecine , joigne encore une étude particulière de ces eaux sur lesquelles il doit donner son avis. Il est aussi des maladies et des tempé^ ramens pour lesquels il est besoin de préparations préliminaires, et qui dis-' posent les malades à prendre ces eaux sans inconvéniens et avec plus de suces. Voici à cet égard quelques généralités, sauf les exceptions et les cas particuliers ;

11 est à propos de préparer à l’usage des eaux minérales les malades d’un tempérament sanguin , sur - tout les femmes, par la saignée du bras et les buissons délayantes, telles que le petit lait , etc. , trois à quatre jours avant de commencer ks eaux ; s’il se manifeste des signes de pléthore sanguine par la plénitude , la fréquence et la dureté du pouls, par des pesanteurs ou des inquiétudes dans le corps et

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dans les membres, par des douleurs de tète, des oppressions, on fera une autre saignée du bras. Le lendemain de la saignée , on fera prendre un purgatif doux; tel que deux onces et demie ou trois onces de manne, dans line infusion d’un gros de rliubai'be tt un gros de sel végétal.

On secondera ces secours de précaution par les bains domestiques pris de temps en temps ; par la sobriété dans l’usage des alimens , et par la prudence dans le clioix. On donnera la préférence sur tous les autres, aux liumectans et aux dclayans; on se privera de ceux qui seroient en état d’écbauffer et d’irriter; comme les salures, les épiceries, les liqueurs échauffantes et spiritucuses ; on aura soin de tenir le rentre libre par le moyeu des lavemens.

A l’occasion des bains et des lavemens , je crois devoir faire l’observation suivante, qui me paroit assez

intéressante, sur-tout pour notre pays r Suivant ce que j’ai dit des eaux vives ou de sources (vojez la minéralogie) y on sentira que, lorsqu’il est question de relâcher , et que les bains sont conseillés , il faut que toute la masse d’eau qui doit composer le bain ait été chauffée, et non pas qu’on n’en fasse chaxiffer fortement qu’une partie, pour, avec de l’eau froide, la ramener k la température ordinaire d’un bain; ce que l’on fait ordinairement.

De même et sur-tout l’eau pour les lavemens doit avoir été chauffée en totalité avant de s’en servir ; il ne faudroit jamais , comme on le fait communément , la rendre tiède en ajoutant de l’eau de fontaine froide , même de rivière, par la raison que I l’eau de nos rivières conserve encore de la crudité. Il faut attendre que l’eau soit refroidie d’ elle-même au degré convenable, ou ne se servir que de l’eau qu’on auroit fait bouillir en avance.

Lorsque c’est la Lilc qui domine chez les malades, on cherche à lui donner plus de Iluidité, pour que les eaux minérales puissent plus aisément eu procurer l’évacualion. Les délayaus sont conseillés, ainsi que les infusions amères et savonneuses faites avec la chicorée sauvage, le pissenlit, la bardane, la saponaire, etc. On rend ces infusions laxatives cl fondantes, en y met tant un gros de sel végétal ou de terre foliée du tartre, par chaque pinte. Deux ou trois jours avant de commencer les eaux, on se purge avec luie médecine ordinaire , dans laquelle on fait entrer la rhubarbe et les lanjarins.

Les bains domestiques pris tous les jours, t)U de deux jours l’un, rendront cette préparation aux eaux minérales bien plus utile et plus efficace que si elle n’éloit pas secondée par leur usage : si le pouls est dur, plein, embarrassé, ou fera précéder d’une sai-

gnée la dernière purgation. Pendant tout le temps , on aui-a soin de tenir le ventre libre par le moyen des lavemens émolliensj le même régime de vie, indiqué pour les tempéramens sanguins , convient également aux bilieux.

Pour préparer les malades d’un tempérament pituiteux à l’usage des eaux minérales , il faut chercher à « diviser la lymphe épaissie, à en diminuer le volume, et à soutenir le ton de l’estomac. On se purgera en lavage et au moyen d’une tisane royale composée d’une once et demie de tamarins, de quatre gros de séné mondé, six gros de sel d’epsom, un gros d’agaric, un gros de rhubarbe , autant de graine d’anis et de coriandre : celte tisane purgative se prend en deux matinées.

Les trois jours "qui précéderont le commencement des eaux, on prendra le soir , en se couchant , un demi-gros de thériaque.

Le régime de vie des malades d’un

tenipéraraenl pituiteux doit être moins humectant que celui qui se trouve indiqué pour les malades d’un tempérament sanguin et bilieux; ils doiver.t user de la même sobriété, éviter les excès , et faire sur - tout beaucoup d’exercice.

Indépendamment de ces préparations nécessaires et applicables aux dif- ' férens tempéramens, avant de passer à l’usage des eaux minérales, il est des maladies qui exigent des précautions particulières : tout ce qu’on pourroit dire seroit très vague et d’une application dangereuse; c’est au médecin auquel il faut avoir recours. Une observation qui convient dans les incommodités et les maladies de toutes les espèces, c’est d’avoir toujours égard aux organes de la digestion et aux dérangemeiis qid leur sont propres ; il est très essentiel de ne pas les perdre de vue , en se préparant à l’usage des eaux minérales.

Lorsque les malades sont affectés de symptômes qui dépendent de l’estO' mac, tels que les nausées et le vomissement,- lorsqu’ils ont la langue chargée, un mauvais goût à la bouche j qu’ilÿ ressentent des aigreurs , de l’amerlume , etc. , il faut sans hésiter donner un vomitif ménagé avec les précautions ordinaires , et se purger le surlendemain avec la manne et la rhubarbe.

On doit aussi, pendant ces différentes préparations a l’usage des eaux minérales, avoir soin de tenir le ventre libre par le moyen des lavemens émolbens.

Comme on abuse de tout , même des meilleures choses, et que beaucoup de personnes sont minutieuses, lorsqu il s’agit de faii'e des remèdes, on doit dire aussi qu’il est beaucoup de cas ou 1 on peut et l’on doit même se dispenser de ces longues préparations, avant de commencer à prendre les eaux minérales ; quelques jours d’une vie plus régulière et d’un régime

plus exact, et une purgation suffisent ordinairement : cette dernière même n’est pas nécessaire quand l’estomac d’ailleurs est bon et fait bien ses fonctions. On se contente de mettre dans Je premier verre d’eau minérale deux ou trois gros de sel d’epsom, et on est ordinairement suffisamment purgé.

Lorsque les eaux passent bien, et qu’on ne les prend que pendant une douzaine de jours, on ne se purge pas davantage; mais, quand on doit les prendre vingt ou vingt-quatre jours , on les interrompt après le douzième jour , pour prendre un purgatif doux.

Pendant l’usage des eaux , si les malades ont l’estomac dérangé ; s’ils se sentent le corps lourd , les membres lâches ou pesans ; s’ils ont la tête embarrassée ; si la couleur naturelle de leur teint a changé ; si la peau est jaune ou bilieuse , ils doivent suspendre les eaux pendant trois ou quatre jours, pour prendi'c un pur-

gatif , tel que la tisane royale dont ofl a parlé plus haut.

Ces eaux resserrent certains tenipéramens 5 d’autres au contraire éprouvent des évacuations considérables j mais il est à remarquer que ces éva-, ouations ne fatiguent ni n’affoiblissent , comme le font celles produites par l’effet d’une médecine. Il faut prévenir les malades que, s’ils remarquent que leurs excrémens sont noirs , c’est l’effet ordinaire que produisent les 'eauxj il est du au fer qu’elles contiennent. Les personnes qu’elles constipent ont cou-' tume de mettre, à quelques jours de distance , deux gros de sel d’epsom dans le premier verre d’eau minérale j il faut quelquefois y joindre une once et demie de manne ; il seroit mieux sans doute pour ces personnes de . prendre ces purgatifs dans un verre d’eau commune, et de ne commencer à boire des eaux minérales qu’une demi-heure après. C’est ici où les la-.

rcmcns, le soir, deviennent parliculièrement nécessaires : on les fait avec les plantes émollientes et la graine de lin, et, s’il le faut, on y fait entrer la casse.

On est dans l’usage de manger du pain d’épices en buvant les eaux , dans 1 intention de lâcher le ventre; mais il faut observer que le pain d’épices est un mélange de miel commun et de farine de seigle. Cette composition, se délayant dans l’estomac, doit émousser l’action des eaux minérales et contrarier leurs effets; elle se résout eu une masse indigeste, et laisse une mucosité tjui souvent est le vice de l’estomac qu’on se proposoit de détruire eu prenant les eaux.

Un ne doit rien manger eu prenant les eaux. Il n’y auroit pas cependant d’inconvénlens de mâcher, comme ou le pratiquolt du temps de P. Legivre, quelques anis de Verdun ; ils peuvent ^outeuii’ le tou de l’estomac, et fa-

cUiter la sortie des vents que ces eaux occasionnent quelquefois. Mais ce qu’on poürroit plutôt recommander aux personnes qui en prenant ces eamc sentent quelques dégoûts et une sorte de plénitude, c’est de faire usage de quelques cuillerées de conserve de roses liquide; elle conviendroit aussi à tous les preneurs d’eaux , même à ceux che* qui elles passent le mieux, parce que, hâtant la digestion des eaux, elle préviendroit les accidens que peuvent occasionner quelques imprudences ou négligences dans le régime. Ce médicament, le seul qui s’accorde parfaitement avec nos eaux , n’a rien de répugnant ; quand il est bien préparé , il laisse dans la bouche une amertume agréable.

Quelques personnes disent que nos eaux minérales, à cause du fer qu’elles contiennent, gâtent les dents. J’ai vu des femmes, pour cette raison, avoir la foiblesse de se priver de ce remède

Salutaire. Je les y ai ramenées , en leur conseillant d’essuyer leui's dents, apres chaque verre d’eau , avec de la mie de pain tendre, et même de la mâcher.

Les urines doivent couler aisément, et en assez grande abondance : on ne rend pas toujours par cette voie la quantité d’eau que l’on a prise , parce qu il s en dissipe par les sueurs et qu’il en passe par les garde-robes.

Quelquefois on en rend peu le jour, et beaucoup la nuit -, ce retard , loin d’être regardé comme un mal , est «ne marque certaine que les eaux ont parcouru toute l’économie animale.

Lorsqu’elles ne sont pas assez abondantes et qu’elles s’éloignent trop de la quantité d’eau qu’on a prise, il faut chercher à les provoquer et à en rétablir l’écoulement : on se trouve , bien de mettre dans le premier verre des eaux un gros de sel de nitre.

L’exercice du cheval produit aussi uu

bon effet. Si ces moyens ne suflîsoient pas, il faudroit discontinuer les eaux et se purger.

Il est aussi d’usage de se purger après avoir cessé de prendre les eaux ; mais ce qu’il est important de ne pas perdre de vue dans aucun temps c’est de n’employer jamais de purgatifs puissans. Ces remèdes irritent les membranes du canal intestinal ; l’irritation se communique à tout le système des nerfs et à celui des vaisseaux; l’effet des eaux non-seulement est suspendu, mais il peut en arriver des accidens dangereux. Une observation non moins essentielle, c’est de ne pas en conseiller l’usage lorsqu’il y a encore chez les malades éréthisme, chaleur dans le sang , et disposition prochaine à l’inflammation : les eaux, dans ces cas , ne pourroient qu’empirer l’état des malades.

Il ne faut pas croire qu’ après avoir cessé de prendre les eaux minérales,

t>n peut reprendre de suite son genre de vie ordinaire ; les principes minéraux, mêlés avec la masse des fluides, circulent long-temps avec eux • ce n’est même souvent que quelques temps après en avoir cessé l’usage qu’on en ressent les meilleurs effets. Il est donc prudent de continuer pendant un mois de vivre de régime , et de ne faire d excès en aucun genre.

liOrsqu’il est question de détruire les causes d une maladie rebelle, chronique, et qui s est formée lentement, il faut prendre les eaux aux deux saisons j il est nécessaire quelquefois de les prendre plusieurs années de suite. hJles ne guérissent pas toujours parfaitement • mais lorsque les remèdes ordinaires n’ont produit aucuns bons effets, et que les malades voient leur sauté dépérir, il est encore heureux pour eux de trouver dans nos eaux, sinon une guérison radicale, au moins un remède qui leur procure de grands

soulagemeus, et les rétablit clans uii état supportable et voisin de la santé.

Ces eaux ont sans doute plus de qualités étant prises sur la fontaine, que transportées j suivant cet adage :

Didcius ex ipso fonte hihuntur aqucBm La fraîcheur qu’elles ont en sortant du puits peut entrer aussi pour quelque chose dans la vertu tonique de ces eaux; mais il est des malades qui ne peuvent se transporter sur la fontaine , et d’autres dont la fibre délicate et irritable ne peut supporter aucun degré de froid. Les premiers doivent faire porter chez eux ces eaux dans des bouteilles bien bouchées, et les boire de suite lorsqu’elles arrivent. Il seroit mieux de les faire apporter dans des demi-bouteilles; car, la bouteille une fois débouchée, ces eaux commencent à se décomposer, et pour peu qu’on mette d’intervalle entre chaque verre, \:e qui est cependant nécessaire , le dernier se prend trouble, et n’a plus

que peu de propriétés. A l’égard de ceux qui ne peuvent les boire froides, il faut faire mettre ces eaux de même dans des demi-bouteilles, et les boucher exactement pour le temps du transport j ou les place successivement et avec beaucoup de précaution dans un bain - marie légèrement échauffé.

Cette manière est préférable à l’usage

que l’on a de mettre ces eaux au bainmarie dans des gobelets à découvert, 11 faut ne pas perdre de vue que 1^ chaleur leur fait perdre plus ou moins de leurs vertus, et que la température froide, naturelle à ces eaux, ajoute à leur énergie.

Il est difficile de transporter ces eaux hors du pays, sans qu’elles éprouvent d’altération, i.cs envois s’en font ordinairement dans des bouteilles de grès qui tiennent dix ou douze pintes, ou dans des barils. Il faudroit choisir d’abord des heures et des temps convenables pour emplir ces bouteilles

ou barils, boucher de suite les bouteilles avec des bouchons qui les fermeroient exactement , et même les assujêtir avec une ficelle, ou mieux les goudronner. Pour les barils, s’ils sont neufs, comme le bois en est de, chêne, et qu’il contient une matière astringente analogue à la noix de galle, l’eau minérale mise de suite dans ces barils prendroit une nuance violette plus ou moins foncée ; il faut donc d’abord échauder ces barils avec de l’eau commune , puis j faire séjourner quelques temps une quantité d’eau minérale que l’on rejette après l’avoir bien agitée dans le baril. On peut ensuite le remplir d’eau minérale pour l’envoi j mais on doit se hâter et fermer de suite l’ouverture par un bondon qui bouche très exactement. Lorsque ces eaux sont arrivées à leur destination, il faut les distribuer dans des bouteilles de verre et les boucher avec soin. Il est probable que le temps que

foules ces opérations exigent est plus que suffisant pour décomposer ces eaux, au moins en grande partie. Le moyen qui présenlcroil le moins d’inconvéniens, ce seroit de transporter ces eaux dans des bouteilles de pinte bien fermées.

Ln avantage précieux que nous possédons exclusivement à toutes les autres eaux de sources minérales, et qui peut suppléer aux envois embarrassans et peu fidèles des eaux, c’est la facilite de pouvoir ramasser sur les pyrites que nos eaux lavent, les sels qui leur donnent leurs propriétés et leurs vertus médicinales. L’art n’entre pour rien dans la production de ces sels j la nature fait tout le travail, (/ üjez la minéralogie, article Pyrite, et, le journal de physique, août 1777.)

Qu ou me permette une réflexion que m’a fait naître le désir d’être utile , et que j’abandonne aux gens de 1 art. Il y a des eaux minérale»

dont les marcs et les boues sont em-.

ployés en médecine. Les marcs sont les dépôts que les eaux laissent dans leur bassin j ils sont ici en trop petite quantité pour qu’on en fasse usage.

Les boues sont des terres humides , fangeuses, que l’on trouve autour des sources minérales. On ramollit ces boues, s’il est besoin, en y mêlant une quantité d’eau minérale j on y plonge le corps des malades, ou simplement quelques-uns de leurs membres. Par la description que j’ai donnée , d’après P. Legivrc, du terrain où se trouve la fontaine de Provins, on a vu qu’il y a un grand espace où en quelqu’endroit que l’on fouille, on trouve une terre grasse au toucher , de diverses couleurs, et humectée par des filets d’eau minérale j elle paroit mêlée avec des dépôts d’eau minérale dans l’état d’eau-mère , et peut-être avec de la pyrite extrêmement divisée. On ne peut pas sans doute en tirer autant

d’avantages que des boues des eaux sulfureusesj mais je pense que celte terre, qu’on rendroit plus liquide en la délayant avec de l’eau d« la fontaine minérale , seroit un puissant résolutif qu’on pourroit employer chaud ou froid en topique, pour donner du ton aux membres relâchés, et duressort à la libre dans les hernies commençantes et apiTs leur réduction ^ dans les luxations , les entorses , les enflures œdémateuses, etc.

C’est encore le désir de rendre nos eaux d’une utilité plus générale, qui me fait ajouter les réflexions suivantes : Jusqu’ici j’ai cherché et indiqué tous les moyens qui pouvoient nous donner ces eaux dans le meilleur état, et pourvues de leur plus haut degré d’énergie; mais cette grande efllcacité ne pourroil-elle pas être préjutliciable à quelques malades, et empêcher l’application de ces eaux dans quelques cas? Ou remarque effectiyemeut quel-

quefois que certaines personnes , pour les maladies desquelles les eaux sont parfaitement indiquées , en sont incommode'es, et qu’elles sont même obligées d’en abandonner l’usage. Ces eaux passent difficilement j elles leur causent une fatigue universelle , des douleurs vagues, 'et particulièrement dans la région de, l’estomac et du canal intestinal. Ces accidens ne dépendent pas de ce que ces malades ne sont pas suffisamment préparés , mais de la nature des eaux. On sait aussi qu’elles contiennent un fluide gazeux qui leur sert de véhicule, et leur donne de grandes propriétés j mais ce principe volatif, aériforme et légèrement acide , se porte souvent à la tête et donne lieu à des étourdissemens. Il peut en outre , dans certains sujets, agir sur les nerfs, y causer quelqu’agacement j enfin, troubler les fonctions animales. C’est probablement ce qui arrive à ces malades qui

%ont ol)Hgés d’al)andonner ces eaux quoiqu’olJes soient très propres à leur maladie. Il seroit donc possible que | ces eaux n’eussent plus d’inconvéniens I et n’incommodassent plus ces malades,

61 on leur laissoit, par le repos, perdre leur qualité vaporeuse ; il est vrai qu’elles n’auroient plus autant de vertus -J mais il pourroit leur en rester assez pour opérer de salutaires effets : on seroit seulement obligé de les prendre plus long-temps, et les boire un peu troubles.

Ces eaux , même après leur entière décomposition, ne sont pas pour cela dépouillées de toutes propriétés. Je sais que, transportées et arrivées entièrement décomposées, elles ont produit quelques bons effets. Onavoitsoin, avant de les boire, de les agiter pour leur mêler le dépôt qu’elles avoient fait J ce dépôt agissoit alors comme une terre martiale : c’etoit encore un safran de mars très divisé et très

soluble qui pouvoit ope'rer quelque bien.

Le maximum de l’efficacité de ces eaux, c’est donc quand elles sortent immédiatement de la source, et elles en ont le moins lorsqu’elles sont entièrement décomposées et qu’elles ont déposé toute leur terre martiale. Mais entre ces deux extrêmes, il j a des points intermédiaires , et le talent seroit de saisir celui qui convient à tel malade que les eaux fatiguent , lorsqu’elles sont dans toute leur force. Il est vrai qu’on pourroit commencer de les boire plutôt trop affoiblies , sauf par gradation a les prendre plus fortes. Beaucoup de malades aussi, qui se sont très bien trouvés des eaux^ n’ont pas laissé les premiers jours que d’en être fort incommodés. D’autres, après quelques jours de leur usage, éprouvent des étourdissemens , des lassitudes , et même des douleurs qui les obligent de suspendre, ces eaux^

ce ne peut-être, dans ces cas, que la raréfaction de leur fluide élastique qui, pressant sur. les parties organiques, en trouble les fonctions, et cause quelques désordres dans leur mouvement oscillatoire. Il serolt donc utile de conseiller à certains malades de commencer, pendant trois ou quatre jours, par prendre ces eaux dépouillées, par le repos , de la partie la plus active de leur gaz, et à d’autres, de se remettre aussi pour quelques jours à ces mêmes eaux attendues et rendues plus foibles.

Ou sent bien qu’on n’atleindroit pas le même but en se contentant de prendre moins de ces eaux ; car , quoiqu’on moindre quantité, on auroit toujours à craindre les effets du développement du gaz.

Par ce que je viens de dire , on volt que nos eaux seroient applicables dans tous les cas, et qu’il seroit possible d’en gouverner les effets à volonté, avec assez de précision, et

de les soumettre au calcul; car, sachant combien il leur faut de minutes pour t,3 décomposer entièrement, on pourra, avec un péu d’habitude, connoîlre le degré où tel malade devra commencer à les prendre; et si c’est, par exemple , douze minutes après qu’elles ont été tirées de la source , le lendemain ou le surlendemain on les lui fera boire après un repos seulement de dix minutes, et, par gra-

dation, on tachera de l’amener à les prendre sortant immédiatement de la source.

Nous avons dit qu’on avoit reconnu quelques propriétés au dépôt des eaux minérales transportées. Il est probable qu’on retireroit plus d’utilité de celui formé dans les eaux fraîchement puisées ; on pourroit , après l’avoir séparé de suite par le moyen du filtre, l’administrer sous forme d’opiate incorporé avec la conserve de roses, ou simplement délayé dans un peu d’eau,

Il convlendroit aux malades dont l’estomac ne peut supporter le volume d’eau qui seroit nécessaire à leur guérison. Dans certains cas il suppléeroit aux eaux; dans d’autres, on le feroit prendre concurremment avec elles , pour augmenter d’autant leur qualité feiTugiueuse. J’ai vu des personnes qui, ayant pris le matin les eaux, se trouvoient Lien de boire dans la journée et même aux repas ces eaux décomposées et mêlées avec leur marc; mais ces tentatives ne doivent être faites que d’après les conseils d’un homme instruit et prudent , et qui auroit bien étudié ces eaux.

Ces remarques ne seront pas sans intérêt pour ceux qui voudront connoître tous les secoinjs que les malades peuvent attendre de nos eaux, 11 reste encore sans doute d’autres observations que la pratique et l’expérience donneront occasion de faire.

Ou aura aussi à se rendre compte de

quelques effets dont on n’a pas chercLe les causes, et qu’il seroit pourtant très important de connoître : par exemple, pourquoi ces eaux occasionnent-elles tantôt de grandes évacuations, et tantôt une constipation quelquefois également incommode aux malades ? Ces deux états viennent-ils de la constitution du sujet ou de la nature de la maladie?

et comme ces eaux produisent toujoui’s plus ou moins ces deux effets, quel est celui qui est le pronostic le plus favorable , et donne plus l’espoir de la guérison? Je sais que ces questions, et d’autres qu’on pourroit faire encore » n’embarrasseront guère ceux qui ont toujours des réponses prêtes j mais i’en appelle à la longue pratique d’un médecin éclairé. Dans un art aussi difficile , aussi conjectural que celui de la médecine, c’est toujours le doute et la méditation qui doivent amener les solutions et frayer le chemin qui conduit à la vérité.

Il est pénible , lorsqu’on connojt toute l’efTicacité des eaux de Provins , 1 étendue de leurs propriétés, et tout le parti que la médecine peut en tirer, de voir qu’elles sont négligées et pas assez souvent employées, même par les malades qui sont sur les lieux.

Faut-il s’en prendre au peu de soin que 1 on a eu jusqu’ici de ces eaux ?

est-ce la faute des officiers de santé ou des malades eux-mêmes? peut-être est - ce celle des uns et des autres.

C est un remède trop simple que la nature nous offre libéralement, qu’on a sous la main, que tout le monde connoît, et qu’on se procure sans frais : voilà sans doute tous les torts de ce remède, les reproches qu’on peut lui faire, et ce qui eu éloigne beaucoup de malades.

Il paroîtra bien étonnant aussi que, depuis plus de cent cinquante ans qu’on fait usage de ces eaux, P. Legivre soit le seul des officiers de santé

qui sont venus après lui , qui ait laissé des observations importantes sur les maladies auxquelles elles sont propres : on peut même dire qu’on est resté en arrière de ce médecin , et que les ten-* tatives heureuses qu’il avoit faites ont été perdues pour nous. On n’oseroit aujourd’hui conseiller ces eaux dans des douleurs de coliques , et dans les chaleurs d’enti’ailles j on se donneroit bien de garde de les faire prendre pour un rhume , ou pour une affection de poitrine, quelle qu’elle soit : cependant P. Legivre cite des malades guéris , par ces eaux , de coliques et de douleurs violentes. « Je les ai expéri- » mentées moi-même , dit-il , pour des » chaleurs que je souffrois , si grandes » aux hypocondres, qu’il me sembloit » rendre le feu par la bouche. . . . J’ai » bu plusieurs fois de ces eaux, ayant . » actuellement de la toux et du rhume j » et lorsque j’en bois , il m’en sur- » vient souvent , y étant fort sujet

'» acpiiis mon enfance ; mais en les » coulilluant mon rhume se passe j » ce qui n’.arrlve pas à mol seul, mais » à plusieurs autres malades auxauels » je conseille d’user des mêmes eaux, » ayant aussi du rhume et de la toux , ».p^ce que je reconnois que l’iiitem- » périe chaude de leurs viscères est » la vraie cause de leur mal, laquelle » étant tempérée par cette boisson

* rafraichissante, leur incommodité

* cesse aussitôt «. Ce qu’il dit ailleurs mérite aussi d’être rapporté. « En >» 1 année i654 d me survint un grand

rhume, qui procédoit de la chaleur » de mes entrailles, laquelle s’alluma » si fort, quelle se communiqua aux » poumons J ce qui me causoit une

> fièvre lente qui me desséchoit peu

> a peu, me donnoil une ardeur sen- » sible dans les poumons, m’excitoit

* une toux importune, et me fit ap-

> préhender de devenir pulmoniquc.

» Les remedes ordinaires ne me gué-;

i> rissaiit pas, j’usai de nos eaux a la » fin de juillet, l’espace de trente jours, » et elles chassèrent mon rhume , ma P fièvre lente et les chaleurs excessives qui m’avoient tourmenté j je repris » mon embonpoint.... » Sans doute ce n’est qu’avec beaucoup de circonspection qu’on pourra revenir à user de ces eaux dans les cas ci-dessus; mais un praticien prudent et éclairé en saura faire des applications heureuses.

‘ Les eaux aussi ne se prennent plus que dans deux saisons , tel besoin qu’en aient les malades. Chaque saison est de six semaines; ainsi on est neuf mois de l’année sans en faire usage. Cependant nous avons vu que P. Legivre eu bu voit lui-même et en faisoit prendre avec le plus grand succès dans \es fortes gelées , comme dans les plus grandes chaleurs; c’est donc par suite de préjugés peu réfléchis qu’on les défend dans le milieu de l’été.

Comme elles purgent abondamment le plus grand nombre des malades, on les a rangées mal-à-propos dans la classe des purgatifs ordinaires qui, dans les grandes chaleurs , fatiguent beaucoup , font peu de bien et nuisent quelquefois. Mais los évacuations copieuses que procurent ces eaux ne sont suivies d’aucun inconvénient j elles ne donnent point de tranchées, et n’incommodent pas 5 clics fortifient au lieu d’affoiblir. On a donc lieu de regretter qu’on ait borné à un si court espace le temps où l’on peut prendre ces eaux salutaires , et qu’on ne les applique plus dans des cas graves et urgens où elles fuisoient de si grands effets, et dans les maladies du poumon dont beaucoup de personnes de cette ville ont été les tristes victimes.

IMais ce qui doit encore affliger un ami de l’humanité souffrante , c’est l’oubli total où tombe un médicament précieux , particulier à la ville de PrO'*

vins, dont les étrangers faisoieîit tant de cas , et dont les propriétés ont tant de rapports avec celles de nos eaux minéi'ales^ je veux parler de nos conserves de roses liquides. Ce médicament est un simple mélange de sucre fit de roses fraîchement cueillies et broyées ensemble à froid, (f^oj'ez la minéralogie, et dans les journaiiaa de phjsique , ma dissertation sur ces roses,) 11 demande de la part de l’artiste beaucoup de soins pour sa préparation et pour sa conservation j car- il est sujet à s’altérer à la gai'de. Comme j’ai préparé ce remède en grand pendant beaucoup d’années , et que j’ai entretenu des relations suivies avec les médecins qui le consellloieut , et les malades qui en faisoient usage, j’ai eu lieu d’en connoitre les bous effets dans beaucoup de maladies, même désespérées, particulièrement dans celles provenant de l’estomac ét de la poi- U’ine, dans les suppmations internes,

les rclachemeiîs de toute espèce, etc, i^Voyez ci-après, page iSg. )

Ce médicanient s’emploie lieui'eusement , et c’est le seul slomaclil»]ue dont on devroit user, en prenant les eaux minérales. Sans être échauliant, il soutient les forces de l’estomac que le volume d’eau fatigue quelquefois au point qu’on ne peut eu prendre assez pour en ressentir de bons effets j il prévient des indigestions si fâcheuses en prenant les eaux, et c’est le meilleur remède pour les terminer. 11 se prend à la dose d’une cuillerée à bouche , avant et apres le repas j il se marie très bien avec les eaux, et lorsqu’on craint qu’elles ne passent pas bien , on peut en prendre, comme je l’ai dit, après quelques verres d’eau j mais il faut, je le répété, que ce remède soit bien préparé, bien conservé, et qu’on u’y ait pas fait entrer quelques acides, daii3 le dessein d’en relever la couleur.

Ces deux rcmèdep, nos eaux mine-

raies et nos conserves , sont encore très précieux , comme les préservatifs , ainsi que je l’ai observé dans la minéralogie , des maladies qui peuvent être la suite des inondations qui quelquefois ont lieu dans cette ville. Je crois aussi leur usage très salutaire ici, dans tous les temps , comme remèdes de précaution, sur -tout pendant le règne des fièvres humorales qui connoissent pour causes le relâchement des fibres et la stagnation des liqueurs j maladies que nous éprouvons le plus ordinairement. Les eaux minérales peuvent alors se prendre eu moindre dose , et ce pourroit être aussi le cas de leur laisser perdre un peu de leur gaz, et de ne les boire que quand elles commencent à se troubler.

Peut-être une suite continuelle de troubles politiques et de raouvemens révolutionnaires est-elle la principale cause qui a nui à l’usage de ces re-

nièdes , et parlicullèremenl de nos eaux minérales. On sait que les agi- • tâtions de resprll , les inquiétudes de toutes espèces, les affections douloureuses de l’anie sont des dispositions fâcheuses qui ne permettent pas d’user avec fruit de ce remède, avec lequel les malades doivent jouir du calme et de la sécurité, des. communications sodées et des douceurs d’une vie tranquille et agréable. Espérons donc que les temps redevenus plus heureux ramèneront ce concours de malades étrangers qui se voyoleut anciennement ici, et cette préférence qu’on donnolt à nos roses et aux préparations qu’on en faisoit anciennement dans ce pays ; que les officiers de santé réuniront à l’cnvl les lalens qui les distinguent et la bonne volonté qu’on leur connoit, pour faire touinei au profit de l’humanité et a l’avantage de leurs concitoyens les dons rares et précieux que la nature a faits a la

ville de Provins j enfin que nos magistrats donneront une nouvelle preuve de leur zèle éclairé, en cherchant à rendre nos eaux plus salubres, et à procurer aux malades plus de facilité pour les prendre, • , ^ .

P. S. En parlant du gaz des eaux de Provins ( voyez page 17 ) , j’ai dit que je rapporterois h la fin de ce traité la raison vraisemblable pour laquelle elles paroissent aujourd’hui moins gazeuses. Ce u’esl pas qu’elles ije puissent casser les bouteilles que l’on bouclicroit brusquement, mais ces effets semblent moins sensibles que du temps de P. Legivre. Il nous dit qu’on puisoit

l’eau aux sources mêmes avec des gobelets. Depuis qu’on a réuni ces sources dans un puits qui contient neuf à dix pieds d’eau en élévation, il ne seroit pas étonnant qu’une partie du gaz ïie s’en dégageât ou perdît de son action; ce qui ne seroit pas un inconvénient, car ce gaz, quoique léger , fatigue certains malades.

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