POST-SCRIPTUM
Observation très importante qui doit être reportée après le rapport de MM. les Commissaires.
Ces Messieurs disent, page 54 ; « Xa noix 7) de galle produit dans l’eau de Provins un » précipité floconneux de couleur purpurine ».
Ce n’est point ainsi que se comporte l’eau minérale de Provins, examinée sur les lieux. Avec la noix de galle elle ne prend pas et ne conserve pas une couleur purpurine , mais elle prend à l’instant une couleur pourpre foncée, et de suite et sans intervalle elle devient très intense j alors l’eau est très opaque et ressemble à de l’encre : c’est ce qui est connu de tous ceux qui fréquentent nos eaux. Cette eipéiience se fait journellement.
Voici ce que disent encore ces Messieurs, dans la note à la même page 54 : « Le fer P dissout dans l’acide sulfurique formant, avec » la noix de galle , un précipité hleu plus ou
» moins fonce, et celui qui est dans l’eau mi- » ntTale de Provins, en donnant un de couleur P purpurine, il ne paroît pas y être dissout » par l’acide sulfurique... ».
Si , comme le disent ces ^Messieurs , le sulfate de fer forme, avec la noix de galle, un précipité bleu, le sulfate de nos pyrites diffère donc de celui des laboratoires, comme je l’ai dit plusieurs fois, car le précipité qu’il occasionne avec la noix de galle cil brun.
J’ai formé une eau minérale factice avec trois grains de sulfate de la pyrite, dans une pinte d’eau de fontaine, et j’ai puisé en même temps une pinte d’eau minérale. Dans ces deux eaux • j’ai mis de la noix de galle. Toutes les deux se sont coniporté-es de même, cnsorle qu’il étoit ' difficile de deviner laquelle étoit l’eau factice ou l’eau natuielle. Toutes les deux avoient une couleur opaque et sembloient être de l’encre; le précipité fut dans cliacune d’un brun foncé.
Que diront ces Messieurs? nieront -ils l’expérience? je suis prêt à leur envoyer, et & tous ceux qui m’eu deinaiideroul, du sulfate de la pyrite en cristaux.
Que conclure de Ih? ce que j’ai répété souvent : qu’une analyse de nos eaux, faite h Paris, n’en donne qu’une connoissance très imparfaite; que le sulfate de fer de la pyrite diffère à
quelqu’egard de celui des laboratoires, et que nos eaux h leur source contiennent de ce sulfate.
Odeur des eaux minérales de Provins {voyez page 76 ).
J’ai long-temps clierché d’où provenoit cette le'gère odeur , et ce qui pouvolt y donner lieu. Je ne doute plus que je ne l’aie trouvé. Voici ce qui m’a mis sur la voie : Dans les analyses que j’ai faites de ces eaux J’ai toujours remarqué qu’elles laissoierit dans les résidus un peu de matière grasse, comme l’ont trouvée MM. Vauquelin et Thénard {voyez page 5j). P. Legivre nous dit que la terre dans laquelle filtrent les eaux minérales conserve , quoique exposée sur le feu , une consistance molle et comme huileuse. Les commissaires de l’académie, en 1670, observent aussi que parmi les dépôts des eaux de Provins, que l’évaporation laisse circulairement autour des vaisseaux, celui qui est à la partie supérieure ne se dessèche pas entièrement.
D’ou peut venir celte matière huileuse ? Le règne minéral n’en donne pas proprement. Gn rapporte celle qu’ou y trouve à des substances
vc^ëtales el animales enfouies depuis longtemps, Elle prend le nom de bitume, el l’odeur en est quelquefois très forte, quand la masse est considérable. Nos eaux, contiennent donc une petite quantité de bitume , cl M. Vauquclin , dans une première analyse qu’il a faite d’une bouteille de nos eaux , dit positivement qu’il y a trouvé une matière bitumineuse. Voici h quoi on doit la rapporter :
J’ai dit dans la minéralogie de Provins qu’on avoit , il y a quelques années , trouvé, en creusant le canal de celle ville, un lit considérabU de terre noire houilleuse , dont on avoit même fait usage comme combuiKible. L’odeur que répandit cette quantité de terre, rejetée sur les bords, éloit si forte qu’elle incommodoil. On lui a même attribué eu partie l’épidémie c[ui régna alors.
Lorsqu’on creuse dans la ville basse pour établir des fondations , on trouve dans plusieurs endroits une terre bleuâtre et odorante, laquelle contient des pierres de meme couleur. J’ai ramas.se dans quelques-unes de ces fouilles des pierres tendres, grises, formées de couches parallèles ; frotu^s l’une contre l’autre , ces pierres exhalent une odeur de bitume comme celle que les minéralogistes appellent Lapis suillus, pierre de porc, pierre bitumineuse.
On a vu que nos eaux sourdent dans une
terre noire. Assez près de ces sources, j’ai trouvé, à quelques pieds de profondeur, une couche de végélaux k demi décomposés, dans laquelle on remarquoit quelque peu de bleu de prusse natif.
On ne peut donc douter que nos eaux minérales ne contiennent une petite quantité de bitume , et c’est ce qui leur donne l’odeur qui leur est particulière, et celte portion de matière grasse que l’on trouve dans leur analyse. ( Elle s’est dissoute dans l’alcohol, à la manière des bitumes, voyez page Sy). Sans doute c’est aussi k ce bitume qu’on doit attribuer l’efficacité plus grande de ces eaux ; car P. Legivre, et, comme il le dit, plusieurs bons médecins de son temps, convenoient avec lui qu’elles avoient guéri des malades qui avoient fait usage sans succès d’eaux martiales les plus en réputation.
Pour se convaincre avec moi que la présence d’un peu de bitume ajoute aux vertus propres aux eaux ferrugineuses, il suffira de consulter’ le dictionnaire des sciences médicales, article Bitume, a Les bitumes, est-il dit, sont stimu- » lans comme les baumes , et ils ont aussi » comme eux une sorte d’action qui semble k » la fois tonique et sédative j car ils calment les » douleurs et fortifient en même temps 1« parties afifoiblies ».
U faut observer que les bitumes agissent k
très pcliles doses, et que M. Vaiiqueliu, dans l’analyse d’une seule pinte d’eau de Provins, a reconnu la présence du bitume.
Un iuconvcnienl des bitumes et des matières balsamiques, c’est de ne pouvoir se diviser assez, et d’agir trop immédiatement cl eu masse sur les organes. Dans nos eaux, le bitume est parfaitement dissout par la nature ; l’action est extrêmement affoiblie, étant répandue egalement dans un grand volume d’eau; ce n’est que la partie la plus tenue cl la plus soluble, et ce qu’on appelle l’esprit recteur ou l’arôme.
Celte Icgèie quantité de matière oléagineuse que couticuucnl nos eaux doit s’en séparer par le repos, cl s’élever à la surface; c’est sans doute elle qui rend plus épaisse telle forte pellicule irisée qui couvre nos eaux quand elles SC décomposent.
11 me semble probable que c’est ce bitume, comme matière balsamique , qui rendroil les eaux do Provins convenables dans quelques afléclions de poitrine. Nous avons vu que, dans ces cas, P. Legivre les conseilloit, et en usoit pour lui-même avec le plus grand succès.
Les eaux minérales de Ptovins, à raison d’une portion d’un bitume qu’ellt's tiennent en dissolution dans leurs sources, sc distinguent donc des eaux uduéralcs- ferrugineuses connues.
Elles fooneroienl une classe à part, qui pren-^ droit le nom d’eaux martiales légèrement bitumineuses.