TOURBE
dans les vallées de tous les niveaux , et il en existe même des dépMs considérables sur des plateaux très-élevës , dans les Vosges, dans les Alpes, etc. ; mais elle abonde surtout vers Tembouchure des fleuves qui parcourent un sol très-, bas , comme le Rhin , la Meuse ^ la Somme , la Loire , etc. Elle est partout en bancs horizontaux^ quelquefois fort épais, divisés par des lits d*ar{jile et de gravier dont elle est ellemême très-mclangce : elle se présente h la-isurface du sol , nu recouverte d^allu viens de très-peu d'épaisseur. On y trouve des restes d'animaux analogues a ceux qui vivent, et on y a observé des débris de bateaux ^ des médailles et des ustensiles divers ; ce qui prouve qu'en général elle n'est pas antérieure à l'existence de l'homme. Il s'en forme encore journellement.
On distingue la tourbe en tourbe ligneuse et en tourbe herbacée , selon qu'elle se compose principalement de fragments de bois ou de débris de plantes. La dernière est la plus commune.
Etat des végétaux» — Les végétaux qui ont donné naissance à la tourbe s'y trouvent dans un état de décomposition plus ou moins avancée ; mais cette décomposition est rarement complète: on y distingue toujours des débris de plantes dont Tespèce est reconnaissable , et souvent ces plantes sont entières et presque intactes.
Quand la tourbe est très-altérée, elle est compacte, noire, et elle ressemble à du terreau; mais le plus souvent elle est spongieuse, d'un brun plus ou moins foncé, et elle a l'aspect d'un fumier comprimé.
Pesanteur spécifique. — La pesanteur spécifique de la tourbe est tellement variable , en raison de son état de dessiccation et de la proportion de matières terreuses qu'elle renferme , qu'il n'y a rien de général à dire à cet égard. En se desséchant à l'air elle éprouve un retrait considérable, et qui varie des \ aux | ; mais la dessiccation n'a lieu que lentement , et n'arrive à son terme qu'au bout d'un an au moins. — Dans le nord-ouest de la France , les 1000 briquettes de tourbe sécbées à l'air pèsent 300 à S75 kilogrammes. — Le mètre cube de tourbe sèche et peu terreuse y de Rotbau (Haut-Rhin) , pèse 360 kilogrammes. — La tourbe du Fichtelgebirge , en Bavière , pèse de 285 à b90 kilogrammes le mètre cube sans vide. — A Crouy-sur- Ourcq , près de Neaux, les 1000 briquettes de tourbe mousseuse sèche pèsent 800 kilogrammes , et le mètre cube 250 kilogrammes. — Les 1000 briquettes de tourbe noire pèsent S 15 kilogrammes , et le mètre cube 310 kilogrummcs.
PROPmÉTés. 277
AtTicLB II. — Compciition, propriétéê chimiques.
Ulmîne, — Lorsque les végétaux , par l'efFet de leur long séjour dans des lieux Tnaréca{>;eut , se sont altérés au point de perdre leur organisation et de ne plus former qn*une masse terreuse , ils se sont changés en une substance particulière que Ton nomme ulmine , ou acide uimique ^ ou géine. Cette substance étant l'élément principal delà tourbe^ il importe d'en connaître les propriétés. L'ulmine pure , lorsqu'elle est desséchée, est noire et très-fragile ; sa cassure est vitreuse et a l'éclat du jayet. Elle est peu sapîde et inodore ; elle ne se dissout ni dans l'eau ni dans l'éther ; mais elle est très-solubte au contraire dans l'alcool , dans l'acide sulforique concentré , et dans l'acide acétique à chaud ; l'eau la précipite de ces dissolutions. Elle sature complètement les propriétés alcalines de la potasse , de la soude et de l'ammoniaque , avec lesquelles elle forme des sels solubles de couleur brune ; elle se dissout aussi dans les carbonates alcalins. Les acides précipitent des dissolutions de ces sels de l'ulmine en combinaison avec l'acide précipitant , sons forme de flocons d'un brun rougeàtre , insolubles dans l'eau acide , mais sensiblement solubles dans l'eau pure : les sels terreux y forment des précipités d'uimaies sensiblement solubles dans l'eau , surtout celui de chaux; et les sels métalliques, des précipités qui sont tout- à-fait insolubles. L'ulmine donne à la distillation les produits ordinaires des matières végétales , et environ la moitié de son poids de charbon ; elle brûle avec flamme et en se boursouflant. En se combinant avec les bases Fulmine n'abandonne pas d'eau. Selon M. Polydore Boullay, elle est composée de
Carbone. . . 0^567 — 3 atomes. Eau 0,48« — 1
elle renferme donc plus de carbone que le ligneux.
Outre l'ulmine, les tourbes contiennent des débris de végétaux divers non altérés ou incomplètement décomposés, des détritus de matières animales , et des substances terreuses qui restent à l'état de cendres après la combustiou. On verra plus loin que toutes ces matières se trouvent mélangées entre elles en proportions extrêmement variées*
La tourbe a beaucoup de rapport avec le terreau \ mais celui-ci contient , outre l'ulmine , une matière extrautive soiuble dans l'eau , et une matière insoluble dans les