‹ Traité des essais par la voie sècheChapitre 90 sur 141 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

Be PAnttmolne.

SECTION PREMIÈRE

Propriétés.

àSTicLE PRiHiBB. — MéiaL

Les minerais d'antimoine sont connus depuis longtemps; mais Basile Valentin est le premier chimiste qui fasse roen* tion du métal. — L'antimoine est d'un blanc un peu gris el très-éclatant. Il a une odeur particulière qui se développe

COMPOSÉS OXIGÉNÉS. 429

quand od le frotte ou lorsqa*il est réduit en vapeurs ; cette odeur a quelque analogie avec celle de l'ail et de la graisse. Il a aussi une saveur sensible. — Sa structure est lanielleuse en divers sens ; sa forme primitive est Toctaèdre régulier. Il est peu. dur, très-fragile , et susceptible d'être réduit en poudre impalpable. — Sa p. s. est de 6,71 à 6,86*

L'antimoine fond à la température de 4S0<» cent., peu d*instants après qu'il a commencée rougir ; il cristallise confusément par le refroidissement : la surface des culots est toujours couverte de ramifications cristallines. -— Il commence à se sublimer à un degré de chaleur un peu plus élevé que celui auquel le verre se ramollit ; cependant il n'est pas assez volatil pour qu'on puisse le distiller. Quand il est recouvert par un flux oo enveloppé dans de la brasque on peut le tenir pendant quelques instants fondu à la chaleur blanche sans qu'il s'en volatilise une quantité notable, et Ton ne le sublime pas en totalité lors même qu'on le soumet à la température d'un essai de fer.

On admet maintenant que Tantimoine peut former avec loxigène quatre combinaisons; savoir, iesout oxide, Voxide^ Vadde antimonique et f acide antimoniêux.

L'antimoine se ternit lentement à l'air à la température ordinaire , et il se recouvre de sous-oxide. A Taide de la chaleur il s'oxide rapidement , et il peut même y avoir combustion vive. Cette combustion est accompagnée d'une fumée blanche et épaisse qui se condense sous forme de petits grains cristallins. Ce dc^pêt cristallisé est connu sous le nom de fleuré argentineê d'antimoine ^ il provient à la fois de l'antimoine volatilisé qui se brûle dans l'air, et de l'oxide formé à la surface du métal fondu, et qui se volatilise luimême. — L'antimoine n'agit sur l'eau ni a la température ordinaire ni même à la chaleur de Tébullition ; mais lorsqu'il est chauffé au rouge il décompose ce liquide avec une grande rapidité , et il peut même y avoir explosion.

L'acide nitrique faible dissout l'antimoine en le faisant passer a l'état d'oxide ; mais pour peu que l'acide soit concentré ou qu'on chauffe , il amène le métal à l'état d'acide antimonieux , et même en partie à l'état d'acide antimonique ; acides qui ne sont solubles ni l'un ni l'autre dans / /. ( . , l'excès d'acide nitrique. L'acide sulfurique étendu d'eau est '^y] '^ * " sans action sur l'antimoine , mais l'acide concentré et bouil- 'y- *^*'**^ t^t lant l'oxide avec dégagement de gaz sulfureux ; l'oxide formé ^^^, t\,^ ... retient de l'acide sulfurique en combinaison , mais ne se ;^«»,> .%\ " dissout pas. — L'acide sulfureux l'oxide sans dégagement de gaz , et il se forme un hypo-sulfate. — Les acides organiques n'attaquent pas l'antimoine. — L'acide muriatique n'agit que très-faiblement sur ce métal ; il en dissout cepen*

dant une quantité notable , surtout a chaud. — L'eau régale concentrée le dissout facilement en le transformant en acide nntimonique.

La litbarge est réduite par l*antimoinc , qu'elle change en oxide. {P^ofj, T. I.) L'oxide ronge de mercure l'oxide au maj-tmiim. — Lorsqu'on le fond avec un carbonate alcalin il s'en oxide une petite quantité ; mais on igffore si celte oxidation est produite par l'air ou par l'acide carbonique. — Le nitre , ainsi que le chlorate de potasse , détone avec l'antimoine et le fait passer à l'état d'acide antimonique. — Le sulfate de potasse est dérnroposé par l'antimoine à la chaleur rouge ; il se forme à la fois du sulfure d'antimoine, du sulfiire de potassium et de l'nntimonite de potasse.

M. Despretz dit que lorsqu'on traite un alliage de zirc et d'antimoine par de l'acide sulfurique étendu il se dégage un mélange d'hydrogène et d'hydrogène antimonié. — Le soufre se combine directement avec l'antimoine à l'aide d'une faible chaleur. Le gaz hydrogène sulfuré cède son soufre a l'antimoine, à une chaleur peu élevée. Il en est de même du cinabre. Lorsqu'on chauffe de l'antimoine avec un mélange de sulfate alcalin et de charbon il se forme un sulfure double d'antimoine et du métal alcalin , mêlé probablement d'antimoniure. — Le phosphore et l'arsemc se combinent directement avec l'antimoine. — L'antimoine chauffe au contact du chlore s'enflamme et se convertit en proto*chlorure et en per- chlorure. Il décompose le sublimé corrosif et le sel ammoniac. -^ Il se combine facilement aussi avec le brume et avec l'iode. — 11 s'allie facilement avec presque tous les métaux. — Son atome pèse 806,452 8b.

ARTICLE II. — Composes oxigénés*

§ I". — Oxides.

Les oxides d'antimoine sont facilement réductibles parle gaz hydrogène, par le charbon , par le soufre et par plusieurs métaux. — Au chalumeau ils se dissolvent en grande quantité dans le borax , vl donnent avec ce réactif des verres transparents légèrement jaunatros; ces verres chauffés au feu de réduction deviennent grisâtres et opaques par l'effet des particules métalliques qui^Vy forment. Avec le sel de phosphore ils donnent des ver/es transparents incolores ; lorsqu'ils renferment du fer ils colorent les verres en rouge au feu de réduction ; cette couleur disparaît par une forte insufflation et par Taddition de l'étain. Avec la soude les oxides purs donnent des verres incolores et transparents qui tournent au blanc par refroidissement. Sur le charbon l'oxide se réduit. Tous les oxides de Tantimoine sont chan-

COMPOSES 0X16ENES. 431

gés en chlorures volatils . à la chaleur sombre , par le sel ammoniac.

!• Le souS'Ojride est gris-noir, sans éclat; Tacide rauriali^ que le décompose en le transformant en métal et oxide. — Il se produit lorsqu'on laisse de Tanlimoine exposé pendant un certain temps à Tair humide , ou par Faction de la pile galvanique.

2" V oxide ou protoxide est d'un blanc perle. M. Wohler l'a observé sons deux formes incompatibles ; savoir, l'octaèdre régulier et le système prismatique. Il est isomorphe avec l'acide arsénieux , qui offre le même phénomène de dimorphisme. — Sa densité est de 5,56. — A la chaleur rou^^e il se fond eu un liquide jaunâtre qui se Oge par le refroidissement en une masse cristallineblanchàtre et opaque. — H est très-volatil et il se sublime sous la forme d'une fumée blanche qui se dépose en petits cristaux nacrés sur les corps Froids. Par le grillage il se transforme en partie en acide antimonieux. — Son âydrate est d'un beau blanc : il perd facilement son eau ^ et lorsqu'on le chauffe avec le contact de Tair, il brikle comme de Famadou et se change, en acide antimonieux. — L'oxide d'antimoine et son hydrate sont insolubles dans Feau. Ils sont un peu solubles, surtout l'hydrate, dans plusieurs acides^ entre autres dans les acides acétique , succinique , benzoîque , oxalique et tartrique. Ils ne se c&mbinent pas avec l'acide carbonique. Ils se dissolvent aisément dans l'acide muriatique concentré. — L'hydrate se combine avoc les alcalis fixes caustiques et avec l'ammoniaque ; ii en résuile des composés blancs-grisâtres, greuus , cristallins , et très-peu solubles dans l'eau. — L oxide et l'hydrate d'antimoine sont solubles dans la crème de tartre. — Lorsqu'on fait digérer l'oxide d'antiiuoine dans ^^ ' '^ un sulfure alcalin , il se convertit en sulfure ou en crocuê, ., i/»^ *'*•• et une partie du sulfure formé se dissout. — . Cet oxide est ^ .,Jt . composé de :

Antimoine. . OMri — 100 '^\ Oxigènc. . . 0jo68 — 18,6 ^

On l'obtient, î° en oxidant le métal par le contact de l'air, et recueillant l'oxide qui se sublime ; 2** en chauffant jusqu'à fusion , dans une cornue , de l'acide antimonieux avec le tiers de son poids d'antimoine métallique phorphyrisé ; 3** en calcinant l'hydrate en vases clos , etc. — On prépare l'hydrate en faisant bouillir de la poudre d'algaroth (oxichlorure) avec un alcali ou un carbonate alcalin, lavant à grande eau . et faisant sécher à l'étuve.

3** Vacïde an/tmon/euj* est d'un très-beau blanc, inaltérable par la chaleur^ infusible et Gxe. — Son Hydrate est

433 AKTIMOIKE*

blanc , eL rougit les couleurs bleues commeun acide. — Il exige une température beaucoup plus élevée que l'oxide pour se réduire. Il est insoluble dans Teau et dans l'acide nitrique^ et un peu soluble dansTacidesulfurique concentré. Il se dissout bien daas l'acide murialique concentré ^ mais l'eau le précipite de cette dissolution. — Il joue le r61e d'un acide faible. Il se dissout , mais incomplètement , dans les alcalis fixes el leurs carbonates , et il peut être obtenu combiné avec la plupart des bases. — Il se dissout dans les sulfures alcalins sans se décomposer , et avec dégagement d'hydrogène sulfuré. — Il est composé de :

Antimoine. . 0,8013 — 100 :: Oxigène. . . 0,1987 - 24,8 S»

On le prépare en traitant l'antimoine par l'acide nitrique concentré , et calcinant au rouge la poudre blanche qui se produit.— On a l'hydrate eti précipitant par l'eau une dissolution de l'acide dans l'acide rouriatique f ou en saturant d'acide une dissolution d'antimonile de potasse.

A^ Vacide antimonique est d'un jaune citron pâle. A la chaleur rouge il abandonne de l'oxigène et se change en acide antimonieux. — Son hydrate est blanc , et rougit fortement les couleurs bleues. — L'acide et Thydrate sont insolubles dans l'eau , et à peu près insolubles dans les acides, excepté dans l'acide muriatique concentré et bouillant employé en grande quantité : quand tout n'est pas dissous dans cet acide , le résidu est un oxi-chlorure qui, lorsqu'on le chauffe , donne du chlore et se change en acide antimonieux. La dissolution muriatique ne se trouble pas lorsqu'on la mêle brusquement avec une grande quantité d'eau ; mais elle laisse déposer l'acide antimonique quand on n'y ajoute ce liquide que peu h peu. — On peut obtenir l'acide antimonique en combinaison avec la plupart des bases, il chasse l'acide carbonique des carbonates alcalins , même par voie humide,— L'hydrate se dissout dans l'ammoniaque à chaud; la partie non dissoute est de l'anlimoniate acide d'ammoniaque. — Il se dissout dans les hydro-sulfates alcalins , à l'aide de l'ébullilion , comme l'acide antimonieux , sans être changé en sulfure. — L'acide antimonique est composé de :

Antimoine. . 0,7684 — 100 ;•'• Oxigène. . . 0,2366 — 81,0 S»

L'hydrate contient 0,05 d'eau Sb -f- Aq.

On obtient cet hydraté , P en dissolvant de l'antimoine dans de l'eau légale contenant un excès d'acide nitrique , rapprochant pour chasser l'acide surabondant , et mettant

COMPOSÉS o\in£s. 433

ta liquour avec une grande quantité d*eaii ; i^ en décomposant l'antimoniate de potasse ou de soude par Tacide nitrique. — On a l'acide anhydre , !<> en calcinant Thydrale à une chaleur très-faihie ; S*" ou en chauffant en vase clos de fantîmoine porphorisé , avec un excès d*oiide de mercure, à une chaleur suffisante seulement pour volatiliser le mercure.

§ 2. — Sels.

Seh de proioxide, — Le protoxide est le seul oxide d*antirooine qui puisse former de véritables sels avec les acides. Ces sels sont la plupart solubles , et leurs dissolutions sont jaunâtres. — L*eau en excès les décompose et en précipite de l'hydrate d*oxide ou un sous-sel ; cependant lorsqu'on y ajoute une quantité suffisante d'acide taririque elles ne sont plus décomposées ni troublées par ce liquide. — [.a potasse, l'ammoniaque, les carbonates alcalins , y forment des précipités blancs. — L'acide hydro-sulfurique et les hydrosulfates y font des précipités rouges>bruns de kermès. Les hydro-sulfates sulfurés y font des précipités de soufre doré d'une couleur plus claire. — Le prussiate de potasse jaune y forme des précipités blancs , insolubles dans l'acide muriatique; le prussiate rouge ne les précipite pas. — Le fer, le zinc et l'étain en précipitent l'antimoine à l'état métallique sous la forme d'une poudre noire ; cette poudre est pyrophorique , et s'enflamme à l'air, même par la dessiccation à une douce chaleur.

y4niimonUes, — Les antimonttes de potasse et de soude sont solubles dans Teau. Ils ont la réaction alcaline. Les autres sont solubles ou insolubles.

Ceux qui sont solubles. et ceux qui^ étant insolubles, ont été préparés par la voie numide , sont décomposés par les acides même les plus faibles; mais les antimonites qui ont été calcinés sont très-difficilement attaquables par les acides même les plus forts. o

On prépare les antimonites de potasse ou de soude en /' ^* chauffant au rouge ^ dans un creuset d'argent, de l'acide '-., anlimonieux avec de la potasse ou de la soude caustique en i . excès, lavant avec de l'eau f. pour enlever l'excès d'alcali , et dissolvant ensuite dans l'eau b. On prépare les autres antimonites par double décomposition.

Antimoniates, — Les antimoniates ont beaucoup de rapports avec les antimonites. — On prépare ceux qui sont à base de potasse ou de soude en faisant rougir au creuset d'argent 1 p. d'aniimoine métallique porphyrisé avec 6 p, de nitrate de potasse ou de nitrate de soude, lavant avec de T. II. 2a

434 ANTIMOII^E.

Teau f. et dissolvant ensuite dans leau b. On obtient Jes autres par double décomposition.

Vantimoniaie de potasse est incolore, a peine soluble daoa IVau f., mais très-soluble dans Teau b. Il est insoluble dans les liqueurs alcalines. Par évaporation ses dissolutions deviennent sirupeuses, puis se réduisent en une masse flexible transparente, et en chauffant plus fortement, en un émail blanc opaque. — Ce sel a une saveur amère , métallique et un peu alcaline. — Il est composé de :

Acide antimonique . • 0,7817 Potasse 0,2 18S

II contient 0,11 d'eau de cristallisation.

Il y a un antiraoniate acide qui est insoluble dans reaa,el qu'on peut précipiter de la dissolution potassique au moyen d'un acide affaibli. 11 se produit aussi lorsque ayant chauffé de l'antimoine avec une quantité insuffisante de matière aU câline pour le rendre entièrement soluble, on lave à l'eau b.

ARTICLE m, — Composés sulfurés.

Sulfures, — On connaît trois sulfures d'antimoine qui correspondent par leur composition à Foxide, à l'acide antimonîeux et à l'acide antimonique.

P Le proto-sulfure est d'un gris-blenatre métallique, trèscassant et facilement pulvérisable. Il est un peu moins fusible que l'antimoine métallique. Il cristallise confusément en se refroidissant. Il est volatil, mais non susceptible d'être distillé, et il paraît être en partie décomposé par la chaleur; car lorsqu'on le chauffe dans un creuset de terre, pendant une heure, à la température de SO à 60° p. il perd 0,10 à 0,20 de son poids, et le résidu ne contient plus que 0,20 de soufre.— Il se grille très-aisément, etse transforme en proloxide sans formation de sulfate. — A la chaleur blanche le charbon le décompose avec formation de sulfure de carbone. 20 grammes chauffés pendant une heure, dans un creuset brasqué, à 50 à 60« p. se réduisent à 12 grammes, et le culot, blanc et cristallin comme l'antimoine, ne retient que

0,015 à 0,020 de soufre Il est complètement désulfuré

par le gaz hydrogène à la chaleur rouge. — Le fer et d'autres métaux, même l'argent, le décomposent et en séparent de antimoine métallique. — Les acides l'attaquent plus facilement que rantimoine. L'acide murialique concentré J attaque aisément à Taide de la chaleur, avec dégagement de gaz hydrogène sulfuré pur, et sans dépôt de soufre. — Il n est pas décomposé par l'oxide d'antimoine; il se combine au contraire en toute proportion avec cet oxide ; mais

GOIHPOSKS SULFURES. 435

il ramène les acides antimonîeox et antimonique à l'état d'oxide. — La litharge en excès ie décompose avec forma* lîon d'acide sulfureux et d'oxide d'antimoine ; mais employée en petite quantité , elle se combine avec le salfure. {roy. T. 1.)

Lorsqa'on ie traite par de la potasse caustique humectée il s'opère une réaction violente; la masse s'échauffe et devient jaune-citron. En la lavant avec de l'eau on a une liqueur jaune-citron et un dépôt pulvérulent d'un jauneorangé ; la liqueur tient en dissolution une combinaison de sulfure d'antimoine, et de sulfure de potassium roélé d'une petite quantité d'un composé d'oxide d'antimoine et de potasse. Le résidu orangé est un oxi^sulfure avec excès d'oxide > mêlé aussi d'un composé d'oxide d'antimoine et de potasse.

Le sulfure d*antimoine se fond en toutes proportions avec le carbonate de potasse et le carbonate de soude ; ie mélange devient très-liquide. Quand on n'emploie que I p* de carbonate de potasse pour 16 p. de sulfure, la matière est d'un gris d'acier métallique, fragile, à cassure vitreuse, insoluble dans Teau. Quand on emploie 2 j p. de sulfure pour 1 p. de carbonate alcalin , la combinaison est d'un brun-rouge et très-fusible. Enfin quand on mêle au sulfure une plus grande proportion de carbonate de potasse^ la fusibilité de la combinaison est moindre ^ et il se sépare de l'antimoine métallique. Ces combinaisons contiennent toutes du sulfure d'antimoine et du sulfure de potassium, et elles renferment en entre dans les deux premiers cas un composé d'oxide d'antimoine et de potasse; et dans le troisième cas, de Tantimonite alcalin. Il n'y a jamais de soufre acidifié. Si Ton ajoute du charbon au mélange il ne se forme plus ni oxide d'antimoine ni acide antimonieux ; c'est le carbone qui réduit la potasse et qui donne naissance au sulfure de potassium, et il se sépare beaucoup d'antimoine métallique ; mais la proportion de ce métal qu'on peut obtenir de cette manière ne dépasse jamais la moitié de ce qu'en contient le sulfure. On arrive a ce résultat maximum en fondant le sulfure avec 0,50 à 1,00 de carbonate alcalin etO, lOde charbon. Nous verrons bientôt comment ces divers composés se comportent avec l'eau et avec les acides.

Quand on chauffe du sulfure d'antimoine avec de la baryte, de la strontiane ou de la chaux caustique.^ il se forme des sulfures doubles comme avec les alcalis , ei les composés sont insolubles dans l'ean.

Le nitre attaque vivement le sulfure d'antimoine à la chaleur sombre ; il y a déflagration très-lu mineuse accompagnée de bouillonnement ; les deux éléments du sulfure sont oxi-

436 ANTiBlOlRE.

(les en nièiue temps , et il ne se sépare jamais d^antimoiiie mélallique. On tempère ]a déflagration , et Ton évite les pertes qui peuvent avoir lieu par projection en ajoutant au sulfure son poids de carbonate de soude ou de potaase. Quand on emploie un excès de nitre la matière fondue est légèrement jaunAtre , et contient de l'acide antimonique et de Taride suifurique ; mais quand pour 1 atome de sulfure (10) on emploie moins de 1 ~ atome de nitre (1-4) la matière est grise ou gris-Jaunâtre, et renferme du sulfure double de potassium et d'antimoine. — Si après avoir traité du sulfure d'anlimuine par un excès de nilre et Tavoir transformé ainsi en anlinioiiiate et sulfate de potasse , on fond la matière bien broyée avec du flux noir, on obtient environ 0,30 d*antimuine métallique et une scorie olivâtre qui contient un composé de sulfure de potassium et de sulfure d'antimoine.

Le sulfate de plomb scoriGe le sulfure d'antimoine avec grand dégagement de gaz sulfureux ; l'acide suifurique du soilfate est décomposé, ainsi qu'une partie de l'oxide de

Par la voie sèche le sulfure d'antimoine se combine en toutes proportions avec les sulfures alcalins. On obtient aisément ces combinaisons à l'état de pureté en chauffant le sulfure d'antimoine avec du sulfate de soude ou du sulfate de potasse dans un creoset brasqué. Le sulfure double qui contient un quart de son poids de sulfure de sodium est d'un brun-rouge sans éclat métallique , et déliquescent. — Le sulfure d'antimoine se combine facilement aussi par i^ote êèche avec la plupart des sulfures métalliques. On trouve dans la nature un grand nombre de ces sortes de combinaisons.

Lorsqu'on fait passer de l'hydrogèno sulfuré dans une dissolution doxide d'antimoine , on lorsqu'on sature d'un acide une dissolution qui ne contient que du sulfure d'antimoine et un proto-sulfure alcalin.^ sans oxide d'antimoine, il se fait un dépôt floconneux rouge-brun de proto-sulfure d'antimoine : ce sulfure chauffé graduellement en vase clos, après avoir été desséché , abandonne de l'eau par parties successives et se fonce en couleur : il ne perd les dernières portions qu'à la chaleur de SSO**, et alors il devient d'un grisnoir métallique. Il parait qu'on doit le considérer comme un sulfure hydraté. Il a les mêmes propriétés que le sulfure fondu; mais il entre plus facilement en combinaison par la voie âumide. Il s'altère promptement à l'air. — Quand on le traite par une quantité d'acide muriatique insuflisante pour le dissoudre en totalité, la partie non dissoute est un uxi-sulfure. — 11 est soluble dans les hydro-sulfates alcalins

GOHPOSÉa SULFURÉS* 437

neutres avec dëgfagement d*hydrogène sulfuré ; il s'en dissout plus à chaud qu'à froid , et ses solutions coiicentrëcs sont troublées par I eau. Le sulfure natif est soluble aussi dans les hydro-sulfates alcalins , mais beaucoup moins facilement que le sulfure obtenu par voie Humide > Le proto-sulfure d*antimoine est composé de :

Antimoine. . 0,7277 — 100 AY Soufre. . . 0,2723 ^- 87,42 ""^

on le trouve pur dans la nature.

2® Le deuto-sulfure est pulvérulent et d'un rouge-orange. Il s'altère promptenient à l'air. — La chaleur en dégage une certaine quantité de soufre, et le change en prolo-sulftire. — L'acide muriatique le dissout avec dégagement d'hydrogène sulfuré et dép6t de soufre. — Il est composé de :

Antimoine. . 0,667 — 100 Â Soufre. . . 0,883 - 49,90 ^^

Pour l'avoir pur on fond de l'acide antimonieux avec de la potasse, on délaie la matière fondue dans de l'eau aiguisée d'une suffisante quantité d'acide muriatique pour avoir une liqueur claire^ et Ton fait passer du gaz hydrogène sulfuré dans cette liqueur.

8<> Le per- sulfure est semblable pour l'aspect au deutoxide, et il a les mêmes propriétés. — Il est composé de :

Antimoine. . 0,6159 — 100 gi Soufre. . . 0,3841 — 62,36 ^^

M. H. Rose le regarde comme identique avec le soufre doré des pharmaciens. — On l'obtient en faisant passer un courant d'hydrogène sulfuré dans une dissolution muriatique d'acide antimonieux ou d'acide antimonîque à laquelle on ajoute de l'acide tar trique, et qu'on étend d'eau.

Kermès el soufre doré, — On fait un Irès-grnnd usage en médecine de deux préparations sulfurées d'antimoine auxquelles on donne les noms de kermès et de soufre doré. Le kermès a absolument le même aspect que le sulfure obtenu en faisant passer de l'hydrogène sulfuré dans une dissolution de protoxide d'antimoine ; le sulfure doré est plus clair, et a la même couleur que le per-sulfure.

On a beaucoup discuté sur la nature de ces deux substances. M. Berzélius les re^^rde comme des sulfures. MM. Robiquet^ Bûcher et Henry (ils soutiennent que ce sont des oxi-sulfures. M. Gay-Lussac croît que le kermès est un oxi-sulfure qui retient une certaine quantité d'alcali

438 ANTlMOinS.

qu'on peut lui enlever par des lavages longtemps continues. Ûais M. H. Rose parait avoir démontré que ces deox préparations sont essentiellement composées de sulfures sans oxigène, et que celles qu'on trouve dans le commerce sont presque toujours mélangées d'oxide d'antimoine et d'alcali en proportions variables.

Le kermès et le soufre doré se préparent simultanément tantôt par voie sèche, tantôt par voie Humide. Lorsqu'on procède par voie sècâe on fait fondre ensemble 2 | p. de sulfure d'antimoine avec 1 p. de carbonate de potasse; on délaie la matière dans l'eau b., on la filtre rapidement et on la laisse refroidir : le kermès s'en précipite spontanément. Si ensuite on la sature peu à peu avec un acide elle donne d'abord un dépôt de kermès et ensuite un dépôt de soufre doré. Si avant de la saturer d'acide on la laisse pendant quelque temps exposée à l'air, elle ne donne que du soufre doré. Il est certain que le kermès obtenu par la saturati<in de la liqueur au moyen d'un acide est du sulfure sans o\ide; il est hors de doute aussi que le soufre doré est un sulfure plus sulfuré que le sulfure ordinaire, et ne contenant pas d'oxide. Quand on veut en avoir une grande quantité , et qu'il soit très-sulfuré, on ajoute une certaine proportion de soufre au mélange de sulfure et de carbonate alcalin avant de le fondre. Quant au kermès qui se dépose spontanément par refroidissement, selon M. H. Rose, c'est aussi un sulfure par et anhydre lorsqu'il a été filtré Irès-rapideiuent et complètement lavé ; car quand on le chauffe dans un courant de gaz hydrogène il ne produit pas la plus petite trace d'eau ; mais comme la dissolution renferme une combinaison d'oxide d'antimoine et d'alcali peu soluble . et qui par le contact de l'air se transforme rapidement en antimonite alcalin également peu soluble ^ il arrive que dans le mode d'opérer ordinaire une certaine quantité do cette combinatson se dépose en même temps que le kermès et se mélange avec elle : de là vient la présence de l'alcali , que beaucoup de chimistes ont observée dans le kermès , et la propriété qu'a cette substance d'abandonner de l'oxide d'antimoine lorsqu'on la fait digérer avec une dissolution de crème de tartre. Le kermès^ étant beaucoup plus soluble à chaud qu'à froid dans les sulfures alcalins, se dépose en grande partie par le refroidissement; puis , quand on neutralise peu à peu la liqueur avec un acide, la partie dissoute se dépose, et ensuite le soufre doré ou le per-sulfure. Le soufre doré ne se produit que quand la dissolution a eu le contact de l'air pendant quelque temps , et en d'autant plus grande quantité que l'action de l'air a été plus prolongée , parce qu'il se forme d*autanl plus d'acide anlimuuieux^ et que cet acide

COMPOSÉS SULFURÉS. 43»

doDne un sulfure qui lui correspond, avec rhydrogëne sulfuré qui se dégage du salFure alcalin. — Quand on ajoute du charbon au mélange de sulfure et de carbonate arcalin, la matière fondue ne renferme pas d*oxide d'antimoine , elle doit donc donner du kermès parfaitement pur, exempt de mélange d'oxide, d*alcali ou de soufre doré, lorsqu'on la traite le plus rapidement possible parFeau et par les acides.

Pour préparer le kermès par voie fiumide on fait bouillir 1 p. de sulfure d'antimoine porphyrisé avec 20 à 40 p* do carbonate de sonde cristallisé; on filtre rapidement la liqueur, qui laisse déposer du kermès par le refroidissement, et elle donne ensuite , avec les acides, du kermès si on la sature immédiatement , et du soufre doré si elle est restée exposée à Tair pendant quelque temps. M. Henry fils a observé que le sulfure d'antimoine se dissout dans le carbonate alcalrn sans qu'il y ait efTervescence, parce qu'il se forme du bi-carbonate ^ et qu'une portion de l'antimoine passe à l'état de protoxide en donnant naissance à une certaine quantité de sulfure de sodium : les phénomènes sont donc les mêmes que p.ir la voie sèche,

M. H. Rose a reconnu qu'aussitôt après que le kermès s'est déposé par refroidissement, il se fait un précipité blanc composé d'oxide d'antimoine et d'alcali * précipité qui se mélange avec le kermès lorsqu*on n'opère pas avec un soin minutieux. C'est probablement par TefTet d'un pareil mélange que M. Henry fils a trouvé le kermès qu'il a analysé composé de:

Protoxide d'antimoine, 0,6814 — 2*" Sulfure d'antimoine. 0,2728 — 1 Eau. ...... 0,0961 — 6

M. Henry fils a d'ailleurs constaté que la composition du kermès du commerce est extrêmement variable. Il a vu aussi que celte substance donne toujours à la distillation une certaine quaniilé d'ammoniaque : il pense que celalcali provient de Tazote que le kermès a la propriété d'absorber avec avidité. Souvent aussi l'eau qui se dégage du kermès par la dessiccation a une forte odeur d'oeufs pourris qui pro vient de la présence d'une certaine quantité de sulfure d'arsenic dont le sulfure d'antimoine du commerce, qui sert à sa préparation , n'est presque jamais exempt.

Oti'sulfures, — Les oxi-sulfures cTaniimoine sont tous très-fusibles. Ils peuvent se combiner avec les silicates terreux , et ils ont la propriété de corroder les creusets aussi fortement que la litharge. On leur donne divers noms dans le commerce, selon leur composition; mais on doit les considérer comme d^s mélanges d'oxide ou de sulfure avec un oxi-sulfure formé de :

440 ANTIHOINB.

Onide . . 0,8S5 — H' Antimoine. 0,7625 Sulfure. . 0,667 — "% Oxigène. . O,047S

Soufre. . 0,1902

Le verre d'antimoine contient environ 8 p. d'oxide et 1 p. de sulfure; il est vilreux^ rouge et transparent. — Le crocus contient environ 8 p. d*oxide pour 2 p. de sulfure. Il est d'un rouge-jaunâtre et opaque. — Le foie d'antimoine contient environ 8 p. d*oxide pour 4 p. de sulfure. Il est d'un rouge très- foncé et opaque. — La couleur de ceux de ces composes qu'on trouve dans le commerce est souvent altérée par un mélange d*oxide de fer ; ils renferment presque toujours aussi de la silice et de Taluniine. — Lorsqu'on les traite par l'acide niuriatique affaibli , ou lorsqu^on les fait bouillir avec de la crème de tartre, ils se décomposent, et tout l'oxide se dissout. — L'oxide et le sulfure d'antimoine se Combinent aussi par voie /lumide lorsqu'ils se trou> vent en contact à Tétat naissant; on nomme crocus tous les composés qui sont préparés de celte manière. L'acide niuriatique affaibli, ou une dissolution de crème de tartre les décompose, et en sépare l'oxide d*antimoine.

Sulfate, — Le sulfate d'oxide est insoluble dans l'eau et même très-peu soluble dans un excès d'acide. 11 est facilement décomposé par la chaleur; le résidu est de Tacide î\ntimonieux. A la chaleur rouge le gaz hydrogène le change eo un mélange d'oxide, de suhure et de métal.

4RTICLK IV. — Composés phosphores , arséniés ei azotés,

Pfiospfiure. — Le pâosp/iure d'antimoine est blanc- métallique^ lamelleux et très-fragile. On peut l'obtenir en chauffant de l'antimoine avec du phosphore ou avec de l'acide phosphorique.

Arséniures, — L'antimoine et Tarsenic se combinent en toutes proportions à l'aide de la chaleur ; la combinaison a lien avec dégagement de lumière. L^arséniure composé de :

Anliiuoine . 0,631 4 — 1« Arsenic. . 0,8686 — 1

est fusible (lu rouge naissant, compacte , tenace , à cassure grenue et cristalline , d'un blanc-grisâtre. L'arséniure composé de :

Antimoine. . 0,482 — !«' Arsenic. . . 0,568 — 2

se ramollit sans se fondre à la chaleur rouge-vif, et produit des vapeurs qui se condensent en petits cristaux. [I a la même couleur que le précédent; sa cassure est lamelleuse.

COMPOSÉS FLUOBés. 441

Ces arséniureB se décomposent complètement par une chaleur suffisamment élevée, et tout l'arsenic s'en dégage.

AfèniaUB, — L*acide arsënique peut se combiner avec Tacide antimonieux. Varsèniate est blano, insoluble dans Teau, soluble en petite quantité dans facide nitrique quand il est à Tétat naissant ; mais tout-à-fait insoluble dans cot acide quand il a été calciné. Il est toujours soluble dans Tacide murialique concentré. — Les alcalis fixes caustiques le décomposent par la voie sècHe , cl le transforment en un mélange d'antimonite et d'arséniate soluble dans Teau. L*acide nitrique précipite de cette dissolution un sous-arséniate soluble dans Tacide muriatique concentré , et Teau précipite de la liqueur de Tacide antinionieux à peu près pur.

Nitrate. -^ Le nitrate est complètement décomposé par Teau. Lorsque l'on concentre sa dissolution il laisse déposer de Tacide anliroonieux , qui retient une petite quantité d*acide nitrique.

ARTICLE ▼. — Composés cRloréSt brômés^ iodés et fluorés,

CRlorures. — 1** Le proto-cfilorure^ beurre d'antimoine^ est d*un blanc-grisâtre pâle , cristallin ou même cristallisé en tétraèdres. — 11 se fond à une chaleur médiocre , et il se volatilise à une température inférieure au degré d*ébullition du mercure \ ses vapeurs se condensent en une matière graisseuse qui cristallise en se refroidissant. — Il est très-, déliquescent, et se résout promptement a l'air en un liquide huiieox et jaunâtre. — L'eau employée en quantité suffisante le décompose ; la liqueur devient très-acide, elle retient en dissolution une petite quantité d*oxide d'antimoine, et il se fait un précipité d'un très-beau blanc qui est connu sous le nom de poudre d'algarotfi, — Lorsqu'on ajoute de l'acide muriatique au chlorure d'antimoine^ il ne peut être décomposé que par une quantité d'eau très-grande, et d'autant plus considérable quon a ajouté plus d'acide. — Ses dissolutions ne sont aucunement troublées par l'eau lorsqu'on les mêle avec une quantité suffisante d'acide tartrique. — L'acide nitrique b. le décompose et le change en acide antimonique. — Le chlorure anhydre absorbe le gaz ammoniac sec; mais le chlorure liquide est décomposé totalement par cet alcali^ ainsi que par les alcalis fixes et par leurs carbonates. — 11 est soluble dans le chlorure de sodium à chaud, et il se sépare en totalité delà dissolution par le refroidissement, sous forme de grands cristaux.

Selon m. Gmeliu, lorsqu'on fait passer du gaz hydrogène sulfuré dans une dissolution de proto-chlorure d'antimoine,

il se fait un précipité d'un jaune-vif qui est un suffo- chlorure ; en exposant ce composé à une douce chaleur le chlorure s'en sépare, et il reste du sulfure pur. Il est probable qu'il est amené aussi à l'état de sulfure pur par Thydrogène sulfuré en excès.

Le prolo-rhlorure d'antimoine est composé de :

Antimoine. , 0,5485 — 100 q, ^,3 Chlore. . . 0,4515 - 82,22^^

On le prépare, P en distillant 1 p. d'antimoine avec 2p. de sublimé corrosif; 2'' en dissolvant le sulfure d'antimoine natif dans Tacide murialique concentré; 3" en dissolvant 1 p. d'antimoine métallique dans de Teau régale composée de 1 p. d'acide nitrique et de 4 p. d'acide muriatique, évaporant à sec et distillant (M. Robiquet a remarqué que lorsque la dissolution se fait lentement il se forme un sur-chlorure qui est Gxe ; mais qu'on peut changer ce sur-chlorure en chlorure volatil en ajoutant de l'antimoine en poudre; cette addition doit se faire avec précaution, parce qu'au moment 011 la combinaison a lieu il se développe une chaleur très-considérable : lorsqu'au contraire la dissolution s'effectue rapidement et qu'il y a excès d'acide nitrique, une grande partie du chlore se dégage, et il se forme de l'acide flntimonique;on ramène le résidu à l'état de proto-chlorure en y ajoutant d'abord de l'acide muriatique et ensuite de l'antimoine en poudre); — 4^ en distillant un mélange de sel marin et de sulfate de protoxide d'antimoine; — 5^ en faisant passer du chlore sur de l'antimoine métallique en excès. — 6^ Enfin c'est toujours du proto-chlorure qui se forme lorsqu'on fait passer du chlore même en excès sur du sulfure d'antimoine.

La poudre d*algarolh est généralement considérée comme un oxi-chlorure. M. Grouvelle y a trouvé :

Protoxide d'antimoine. . 0,82 — 7«* Proto-chlorure d'antimoine 0^18 — 1 Elle contient d'après cela 0,79 de métal. M. Sérullas la regarde comme un sous-hydro-chlorate. Selon ce savant, elle peut être changée en oxide parfaitement pur par des lavages réitérés , et lorsqu'on la chauffe en vase clos elle donne constamment un mélange d'eau et d'acide hydrochorique jusqu'à ce qu'il ne reste plus que de l'oxide pur. — La poudre d'algaroth est solublo dans l'acide muriatique concentré. — L'acide nitrique la décompose et la transforme cnacide antimonieux. — Les alcalis et les carbonates alcalins la changent en protoxide pur.

2" Le per-chlorure d'antimoine est un liquide blanc d'une odeur forte et désagréable, très-volatil et avide d'humidité.

COMPOSÉS FLUORÉS. 443

il fume à Tair comme leper-ch1orured*ëtain. L'eau le transforme en acide muriatique et en acide antimoniqae ; mais quand on y ajoute de l'acide tartrique il n*est plus troublé par ce liquide. — Il est composé de :

Antimoine. . 0,4215 — 100 ou m Chlore. . . 0,5785—187,04^^^'

Il se produit quand on chauffe de l'antimoine mëtallîque dans du chlore en excès : il y a combustion avec étincelles.

S^ On ne connaît pas le deuto -chlorure , On croit cependant qu'il se forme en même temps que le per-chlorure lorsqu'on fait passer du chlore sur le proto-chlorure dissous dans l'acide muriatique.

Hydro-chlorate d* antimoine. — V acide antimonieux et Vacide an/tmoRtçue sont l'unet l'autre solubles dans l'acide muriatique concentré. Les dissolutions peuvent être considérées comme des hydro-chlorates. Elles sont complètement décomposées par révaporation à sec. — L'eau en précipite de l'acide antimonieux et de l'acide antimonique hydratés purs, à moins qu'on y ajoute de l'acide tartrique, auquel cas l'eau ne les trouble point.

Bromure, — Le proio-brômure est solide à 94<>; il se fond À une température un peu plus élevée , et il se sublime à 270^. Il cristallise en aiguilles incolores déliquescentes. — L'eau le décompose en acide hydro-brômrque et en oxi-br6niure d'antimoine qui peut être lui-même décomposé totalement eu acide hydro-brômique et protoxide , en le lavant avec une suffisante quantité d'eau ch. — Il est composé de :

Antimoine. . 0,364 «, p , Brôrae. . • 0,686 ^^ "^'"^

On le prépare en projetant par petites portions de l'antimoine métallique en poudre dans une cornue contenant du br6me , et distillant ; la combinaison a lieu avec une vive chaleur.

lodure, — Le proto-iodure est fusible et très-volatil ; ses vapeuis se condensent en petites paillettes rougeâtres. En masse il est rouge-brun ; la couleur de sa poussière s'approche de celle du cinabre. L'eau le décompose en acide hydriodique pur et en oxi-iodure qui peut être changé en oxide pur par une grande quantité d'eau ou par l'ébullition avec un carbonate alcalin. — L'iodure d'antimoine est composé de :

Antimoine. . 0,^55 q. «3 Iode. . . . 0,745 ^*^ *

Pour le préparer on met dans un petit matras 2 p. d'iode ,

444 ANTiMOINB.

puis on y introduit 1 p. cl*anliinotne métallique en poudre, et Ton chaofFe légèrement ; la combinaison a lieu avec une vive chaleur.

Fluorure. — Le proto-fluorure est solide à la température ordinaire , d'un blanc de neige. Il est plus volatil que Tacide sulfurique, et moins que Teau.

ARTicLB VI. ^- Composés carbonés»

Oxalate, — Voxalate de protoxide est un peu soluble , mais susceptible de cristalliser. L'acide oxalique ne précipite point les dissolutions de chlorure d'antimoine.

Benzoate, — Le benzoaie est soluble et cristallisable.

Acéiaie. — Vacétate est soluble et cristalltsable.

Tartrate. — Le tartrate ett soluble , et se prend par Pévaporation en gelée cristalline. Ses dissolutions ne sont pas troublées par i*eau.

Tartrate d'antimoine et de potasse. Emétique, — Véméiique est blanc, soluble dans 14 parties d'eau f. , et dans S parties d'eau b. Il cristallise par refroidissement en tétraèdres réguliers; les cristaux s'effleurissent à Tair. — L'antimoine est précipité des dissolutions d'éniétique par les alcalis, les carbonates alcalins, les terres alcalines , les sulfures alcalins, le fer, le zinc, la décoction de quinquina; par i'acide nitrique et par l'acide sulfurique. — Il est composé, selon M. Phillips , de :

Oxide d'antimoine. . 0,4335 Bi-tartrate de potasse. 0,4925 Eau 0,0740

On en fait un grand usage en médecine et dans la teinture. Il y a un grand nombre de manières de le préparer. Le plus souvent on fait bouillir du verre d'anliuioine réduit en poudre, du sulfure grillé ou de la poudre d'algaroth , avec son poids de crème de tartre, dans 10 à \^ parties d'eau ; on évapore jusqu'à pellicule , et on laisse l'ométique cristalliser par refroidissement ; mais comme le sel ainsi préparc peut être mélangé de fer. d'alumine , de chaux , de silice , etc. , on le puriGe en le desséchant légèrement , et en le faisant ensuite cristalliser à diverses reprises. — L'émétique se comporte au feu d'une manière remarquable que nous allons faire connaiire.

ARTICLE vil. — Aliiages,

Potassium. — On doit à M. Sérullas un travail important sur les alliages d'antimoine et de potassium. Voici ce que ce travail nous a appris. — Lorsqu'on chauffe de l'émétique ,

en vase clos , à une chaleur médiocre , il se change eo une masse charbonneuse qui contient de l'antimoine métallique, du carbonate de potasse et du charbon , et qui n'a aucune propriété remarquable. Mais si Ton chauffe de leiuétique pendant trois heures dans un creuset bien fermé , à une température très^élevée, ia plus grande partie de la potasse est réduite, et Ton obtient un alliage d'antimoine et de potassium mêlé de charbon très-di visé.Cette matière est extrêmement pyrophurique. Si , avant de chauffer ainsi Témetique, on diminue la proportion de carbone qu'il renferme , soit en lui faisant subir un léger grillage, soit en le mêlant avec environ un disiième de son poids de nitre , on obtient <les alliages d'antimoine et de potassium en culot. — Mais on prépare plus facilement encore ces alliages , et on les obtient plus chargés de potassium en chauffant, comme nous favons dit plus haut , un mélange , à parties égales , de crème de tartre charbonnée et d'antimoine métallique exac* lement porphyrisé.

Vantiwtmiure de potassium ainsi préparé est d'un grisnoirâtre , poreux , moins dur et moins cassant que Tantimoine ; il s'aplatit un peu sous le marteau. Il est aussi infiniment moins volatil. Lorsqu'on le brise il s'en échappe des étincelles. Si on le laisse exposé à Tair, il s'échauffe , et il enflamme les corps combustibles sur lesquels il est placé. Il décompose l'eau et l'alcool avec une grande énergie ; il se d<^gage de Thydrogène pur, et il reste de Tantimoine parfaitement pur. A la température ordinaire le mercure en sépare le potassium sans dissoudre Tanlimoine ; les petits fragments placés sur le mercure prennent un mouvement giratoire rapide lorsqu'il y a contact d'eau ou d'air humide. — L'antimoniuro préparé avec soin contient environ un cinquième de son poids de potassium. — L'alliage que produit réraétique est plus pur que celui qui provient de la crème de tartre et de l'antimoine , parce que ce métal renferme souvent de Tarsenic , tandis que Témétique n'en contient jamais.

On a un antimoniure chargé de rharbon et très-fulminant en chauffant pendant trois heures un mélange, porphyrisé soigneusement, de 100 p. d'émétiquc et 8 p. de noir de fumée, ou de 100 p. d*antimoine métallique , 75 p. de crème de tartre charbonnée et 12 p. de noir de fumée. On enduit les parois des creusets d'une légère couche de charbon pour que la matière n*y adhère pas , et quand Topération est terminée on laisse refroidir pendant six à sept heures , on retire la masse fulminante du creuset sans la briser, et l'on se hâte de l'enfermer dans un vase à large ouverture. Avec le temps elle ^e divise en fragments plus

446 AnriMOIIHE.

011 moins gros . et se conserve arec ses propriétés pendant des années. Si on la retirait du creuset avant qu'elle fut tout-à-fait froide il y aurait explosion. — Cette matière fulminante détone aussitôt qu'elle est en contact avec l'eaa^ et il est facile par ce moyen d'enflammer la poudre sous Teau.

Antimoniures doublée, — En ajoutant aux mélanges propres à donner de l'antimoniure de potassium une proportion convenable de divers métaux ou de leurs oxides , on obtient des antimoniures doubles. — Pour avoir celui de fer, il faut placer au fond d'un creuset 100 p. de limaille , et mettre par dessus un mélange de 100 de crème de tartre charbonnée et de 100 p. d'antimoine ; l'alliage conlient beaucoup de potassium. Il est très-fragile.

Sodium, — En substituant le tartrate de soude à la crème de tartre.^ on obtient aisément des antimoniures de sodium, mais il ne se forme pas d 'antimoniures avec les tartrates de magnésie ^ de chaux , de strontiane ou de baryte.

autres tnéiaus, — Pour les alliages de l'antimoine avec le chrome , le tungstène , le molybdène , le manganèse , le fer, le cobalt , le nickel , le cuivre , l'étain , le plomb , l'argent , l'or et le platine , voy. les articles qui concernent ces divers métaux.

SECTION II

Minéraua^,

Les minéraux qui renferment de l'antimoine comme partie constituante essentielle sont :

]o Vantimoine métallique pur ou arsénifère ,

î« Voiide ,

Z^ L'acide aniim on ieux ,

4* V acide antimonique^

5** Le êul/ure ,

6® Voxi-sulfure ou crocus natifs

7*» V/iaidingérite,

8® Les galènes antimoniales (voy. Plomb) ^

9" Divers cuivres gris (voy. Cuivré) , 10» Le nickel antimonial (voy. Nickel)^ 1 1" Vargent antimonial , V argent rouge , V argent gris. (^oy. jérgent,)

Les minéraux d'antimoine ne se trouvent que dans les terrains anciens ; ils sont très-disséminés, et forment rarement des gites puissants et abondants.

!• Antimoine natif, — Vantimoine natif est assez rare ; cependant on en a trouvé en plusieurs lieux , à Allemont ,

ninÉRAux. 4n

au Hnelgœth^ etc. II est d'un blanc d*argent, éclatant^ lamelleux, clivable en octaèdre régulier, tendre et fragile. — Sa p. 8. est de 6,70. — Lorsqu'il est pur, au chalumeau il se fond sur le charbon ^ et exhale une fumée blanche épaisse d*oxide d*antimoine dont l'odeur est piquante , mais non fétide ; et le bouton se recouvre d'un réseau cristallin nacré du même oxide. Bans le matras il ne se sublime pas h la température qui fond le yerre. Dans le tube ouvert il brûle lentement à la chaleur rouge, en donnant une fumée d*oxîde pur qui se dépose sur le verre.

11 est très-souvent combiné avec de l'arsenic, et, à ce qu*il parait , en proportion indéterminée. Quand il en renferme beaucoup , comme celui qu'on rencontre dans quelques parties de la mine d*Alleroont , il a une structure teslacée. Il est très-éclatant ; mais il se ternît promptement à fair. — Au chalumeau, seul dans le matras, il donne un sublimé d*arsenic considérable , et le résidu chauffé sur le charbon se comporte comme de Tantimoine pur, mais répand une fumée dontTodeur est très-arsenicale.

L'antimoine natif contient souvent une quantité notable d'argent.

2" Ovide d'antimoine» — Cette espèce est fort rare. Elle accompagne quelqueh)îs Fantimoine natif et d*autres minéraux antimoniés. Elle se trouve cristallisée tantôt en lames quadrangulaires , tantôt en cubes , et tantôt en aiguilles fasciculées. Elle est d*un blanc un peu jaunâtre et uacrë, translucide , très-tendre. — Sa p. s. est de 5,566. — Au i^halumeau elle se fond facilement et se volatilise. — Elle se dissout aisément dans Tacide muriatique,

Z^ Acide anlimonieug, — Vacide antimonieux se rencontre quelquefois avec le sulfure d'antimoine, et il parait qu*il rst presque toujours combiné avec quelques bases , telles que Tuxide de fer et Toxide de plomb. — Au chalumeau , dans le matras , il donne de l'eau sans se fondre ; sur le charbon il donne un léger sublimé d'antimoine , mais ne se réduit pas ; il se réduit avec la soude.

4o Acide antimonique. — On soupçonne que Vacide antintonique accompagne quelquefois l'acide antimonieux; mais t-ela n'a pas encore été constaté.

5* Sulfure dantimoine, — De toutes les espèces du genre antimoine, le sulfure est la plus abondaule et la seule qu'on exploite comme minerai. On en trouve en France dans les départements du Gard, de TArdèche, de la Haute-Loire, du Puy-de-Dôme , de la Vendée , etc.

Le sulfure d'antimoine est d'un gris-bleuâtre métallique assez éclatant , lamelleux , fragile , tendre, un peu tachant, li cristallise vu prismes tétraèdres ou en aiguilles. Sa forme

^448 AKTIMOINK.

primitive est un prisme droitrhonibo!daide91°,30 el 88%S0, et dans lequel la hauteur et les diagonales sont à peu près cumme les nombres |/^27, f/'âS, ^/26. — Sa p. s, est de 4,62.— Ses gangues sont le plus ordinairement le quarz, le sulfate de baryte et la pyrite de fer. Il est fusible à la flamme d\me bougie* — Au chalumeau , dans le tube ouvert . il donne d'abord beaucoup d'acide antimonieux, puis un mélange de cet acide et d*oxide d*antimoine , et il répand Todeur de Tacide sulfureux. Sur le charbon il est absorbé , et se recouvre d'une masse vitreuse noire : après quelques instants d*insufflation il se forme dans le charbon des glo> bules métalliques qui paraissent être du sous-sulfure. — M. Sérullas a reconnu qu'il contient presque toujours un peu d'arsenic ; cependant il n'en a pas trouvé la plus petite quantité dans le sulfure de France. Il renferme fréquemment un peu d'or , et- plus rarement de l'argent. Il a exactement la même composition que le sulfure artificiel gbS^

6° Oxi-sulfure , crocus ,* kermès natif. — Ce minéral est fort rare. Il parait provenir de la décomposition du sulfure. Il est en faisceaux capillaires, d'un rouge peu éclatant, trèstendre. Sa p. s. est de 4,5 à 4,6. Il se comporte au chalumeau comme le sulfure. Le gaz hydrogène le réduit, avec dégagement de vapeur d'eau et id'hydrogène sulfuré. Il est composé , selon M. H. Rose, de :

Antimoine. . 0,7445 — 6«' Oxigèno. . . 0,0427 — â

ou de

Soufre. . . . 0,2047

Uxide d'antimoine. , 0,8014 — 1" Sulfure d'antimoine. 0,6986 — 2

?•* Haidingérite. -- On a nommé ainsi , en Thouneur du savant minéralogiste M. Haindinger, une espèce nouvellement découverte h r.hazelles ( Puy-de-Dôme) , et qui est composée de sulfure d'antimoine el de sulfure de fer en proportions dcBiiies ; mais depuis on a rencontré deux autres minéraux qui renferment les mêmes sulfures dans des proportions différentes quoique également définies, en sorte que ces sulfures constituent trois espèces distinctes. Ces trois espèces sont composées comme il suit :

.IflNEBAUX.

Sulfate d'antim.

Prolo-sulfat.de fer

HaidiDgérite.

Anglar.

Martoaret.

Ces minéraux sont "en masses confusément cristallines et lamellaires. Leur couleur est le gri^ de fer peu cH-lalanl ; ils sont souvent irises à la surface. Ils ne sont pas magnétiques. L*«ici(]e muriatique les disMont aisément , même à froid , avec dégagement d'hydrogène sulfuré et sans dépôt de soufre. Ils sont presque toujours mélangés de quarz , de pyrite et de chaux carbonatée ferrifère, de couleur blonde , et ils se trouvent dans des filons qui fournissent principalement du sulfure d'antimoine pur. On les imite racileuieot en fondant ensemble en vase clos du sulfure d*antimoine et du sulfure de fer en proportions déterminées.

Vhaidingérile n'a encore été trouvée qu'à Chazelles ; elle y est assez abondante; mais on ne l'exploite pus, parce que les fabricants ne savent comment en extraire de l'antimoine pur ; elle est riche cependant puisqu'elle en contient 0>5330 combinés avec seulement 0,168S de fer.

Le minerai d^Anglar vient d'un filon situé à Anglar (Crcuze)^ dont on avait entrepris Texploilalion il y a quelques années. Il csl d'un gris de fer bronzé ^ à cassure grenue , cristalline ou (ibreuse , à fibres minces parallèles et serrées. Les pyrites forment près des parois du filon une bande presque compacte et pure;; puis \ienl une bande de sulfure d'antimoine ferrugineux , et le centre est occupé par du sulfure pur dans lequel on aperçoit cependant ça et là des veines et des nids de sulfure ferrugineux.

Le minerai du Marlouret a été trouvé dans un filou qui existe à peu de distance de Chazelles. Il est fibreux, à fibres parallèles. Sa cassure transversale est grenue et presque mntc. Il est d'un gris-bleu . mais beaucoup moins éclatant que le sulfure pur. Il est intimement mêlé de près de 0.60 de gangue pirrreuse dont on a fait abstraction dans le résultai de Tanalyse.

Le rapport entre le soufre du sulfure d'anliuiuine et du sulfure de fer est de 2 à I dans Thaidmgéritcde 3 à 1 dans lcmineraid'Aoglur,etde4à I dans le minerai du iMarlouret. T. u. 29

SECTION III

Produits d'arU.

Les produits d'arts relatifs à ranlirooine sont , 1** le nulfure fondu f ^<* \eB scories qui proviennent du traitement des minerais suIFurcs, 8" le régule, A° ïe sulfure grilié , 5" les préparations pharmaceutiques communes, telles que les fleurs argentines d*anliinoine , le verre d'antimoine , le crocus . le kermès, rëniétique, etc.; G° enfin les alliages,

1^ Sulfure fondu , 2° scories qui proviennent du traite* ment de» minerais sulfurés. — Pour séparer le sulFure d'antimuine de sa gangue on concasse le minerai eu morceaux de la grosseur d'un œuf tout au plus, et on le chauffe à un degré de chaleur convenable pour fondre le sulFure, soit dans des pots percés , soit dans des tuyaux verticaux. La matière métallique se sépare en grande partie de sa gangue par liquatioD;mais celle-ci en retient une certaine quantité par adhérence, surtout lorsque, par Tcffel de Timpressioa trop subite de la chaleur , elle s'est fendillée et réduite en poudre. Cette quantité s'élève quelquefois au quart du poids des scories, et elle est rarement inférieure au dixième ; en sorte que la perte de sulfure est relativement d'autant plus grande que le minerai est plus pauvre. La volatilité du sulfure d'antimoine est encore une cause de perte ; aussi voit-on les cavités des scories et les parois des cheminées tapissées de cristaux aciculaires d'oxide d'antimoine , et quelquefois de cristaux de soufre. ËnHn la fragilité des pots ou des tuyaux , qui ne peuvent être faits qu'eu terre cuite, occasione souvent des accidents qui fout perdre beaucoup de sulfure. Ces considérations , et la dépense qu'entraîne l'emploi du combustible, portent à croire que la préparation mécanique, telle qu'on l'exécute pour les minerais de plomb et autres, serait un moyen à la fois plus économique et plus productif de traiter les minerais d'antimoine, que celui qui est généralement pratiqué maintenant.

3° Pour préparer le régule on grille le sulfure dans des fours à réverbère, et l'on fond lu matière grillée dans des creusets avec les deux cinquièmes de son poids de tartre brut, ou aveo du charbon imbibé d'une forte dissolution de carbonate de soude , et on le purifie en le refondant une ou deux fois. Le régule du commerce contient presque toujours un peu de soufre et de fer^ et souvent un peu d'arsenic.

4° Sulfure grillé, — Cette matière est du protoxide d'antimoine mélange d'une quantité [dus ou moins grande de sulfure et de quelques miiticres terreuses.

nOYENS D ESSAI. 451

5^^ Préparations pRarmaceutiques, — I^ous avoos décrit ces préparations , et nous avons fait connaître leur compo- BÎtion à Tétat de pureté. M. Sérullas a reconnu qu'elles contiennent quelquefois une certaine quantité d'arsenic. Selon ce savant, le sulfure fondu en contient de ^ à ^^ ; le rég^ule de ~ à j^^]e kermès, le soufre doré, le verre d*antiinoine, les fleors argentines , etc., en contiennent de ~ à j^. Le chlorure et l'émétique n'en renferment jamais ^ lors même qu'ils ont été préparés aveo un sulfure arsénifère.

6® Alliages, — Les alliages d'antimoine employés dans les arts sont ceux qu'il forme avec le pjomb (voy, le chap» Plomb) , et avec l'étain. (f^og. le chap. Etaiiv.)

SECTION IV

Moyens d'essai.

Nous partagerons les matières antimoniales susceptibles d'être essayées par la voie sècâe en deux classes : la première comprendra toutes les matières oxidées ou ctilorurées ne contenant que peu de soufre ; la seconde , le sulfure , Vhaidingérite et toutes les matières très-sulfurées.

ABTiCLB FBEHiea. — Matières oxidées.

Tous les oxides d'antimoine étant très-facilement réductibles par le charbon , l'essai des matières de cette classe ne présente aucune difficulté. On doit y procéder absolument de la même manière que pour l'essai des matières pluitibeuses oiidées ; seulement, comme l'antimoine est beaucoup plus volatil que le plomb , il faut ménager la chaleur avec; plus de soin et retirer les creusets du feu aussitôt qu'on juge que l'opération est terminée. Quand on prend les précautions convenables la perte d'antimoine est peu coiisidé* rable; cependant elle n'est jamais moindre de 5 à 6 pour 100. Ainsi le protoxide pur donne 0,77 de métal, et l'acide antimonieux 0,75. La réduction se fait très-bien par cémentation dans un creuset brasqué sans addition ;ranis lorsque les matières à essayer sont mélangées de substances étrangères il faut néanmoins y ajouter un flux. On réussit également bien avec '\ p. de flux noir ordinaire , avec 1 p. de tartre, avec l p. de carbonate de soude et 0,15 de charbon, on avec tout autre flux réductif équivalent.

Lorsque la nintière soumise à l'essai contient de l'oxido de fer, cet oxide se réduit aussi , au moins pour la pins grande partie, et le fer métallique s'allie avec le régule. Ou ne connaît aucun moyen d'empêcher cet alliage de se former.

On peut encore e!«sayer de la même manière les matière»

152 AnTIMOINE,

oxidées qui ne ronlieniieni qu'une petite quantité de sulfure, parce que ce sulfure donnant avec le flux noir la moitié de l'antimoine qu'il contient, il n'en reste par conséquent que très-peu dans les scories. Ainsi le verre d'antimoine ordinaire produit par ce mode d'essai 0^70 de métal ^ et quelqtfefoîs plus.

f/nnti moine pur est blanc, très-éclatant , et présente une cassure lamelleuse à grandes lames ; mais Tantimoine obtenu en fondant ses oxido.s avec des flux alcalins est d'un blanc-gris peu éclatant et à oasHure grenue. M. Vanquelin a le premier reconnu qu'il doit ses propriétés à une certaine quantité de potassium avec lequel il est combiné, et qui peut s'élever jusqu'à 0,05. Celte quantité est d'autant plus grande qu*on chaufTe plus fortement et pendant plus longtemps; nouveau motif pour modérer la chaleur et pour ne pas prolonger Topération inutilement. On peut en général , dans les essais d'antimoine , n'avoir pas égard à (a présence du potassium; mais si l'on tenait à une grande exactitude, il faudrait pulvériser l'alliage résultant de l'essai, le plonger dans l'eau, et Ty laisser tant qu'il y aurait effervescence, le potassium en décomtosant ce liquide s'oxiderait promptement, avec dégagement de gaz hydrogène, et Tantimoine resterait pur. S'il contenait un peu de soufre et d'arsenic ces substances se dégageraient à l'état de combinaison avec le gaz hydrogène.

Lorsqu'on veut préparer de raulimoine parfaitement pur, il faut d'abord se procurer un alliage très-chargé de potassium, en chanfl^ant une matière oxidée quelconque avec de la crème de tartre charbonnée, et décomposer cet alliage par Teau : de cette manière on est assuré que tout le soufre et tout l'arsenic sont entraînés par le gaz hydrogène qui se dégage. Si l'on veut reconnaître la présence de i'arsenic, on recueille le gaz dans des éprouvettes larges de 8 à 10 centimètres, et l'on y met le feu : lorsque l'hydrogène contient de l'arsenic, cette ^^ubs tance se dépose à l'état d'hydrate brun sur les parois de l'éprouvelte, et l'on juge approximarivement de sa proportion d'après l'épaisseur du dépèt. Ce moyen de séparer l'arsenin de rantirooinc est dû à M. Seruilas.

En grand on purifie rantii!'oine en le tenant en fusion au <'ontaot de l'air pendant quelques instants : tout le potassium se brûle.

AariCLB il. — Matières suif uréen.

On peut faire l'essai du sulfure d'HUtimoinc , ou plutôt extraire raulimoine de son sulfure de deux manières : l^en grillant et fondant In matière grillée avec du flux noir ;

HATIËRB8 SULFURÉES. 453

â^ en f^jndaiit imiuédiateinent le sulfure cru avec du f«r un avec des batiilures de fer, mêlés ou non de flux noir.

V EêêQipargriiiage. — Le grillage du sulfure d'anlimoine exige du soin, parce que ce sulfure est très- fusible et trèsvolatil, ainsi que Toxide auquel il donne naissance en se décomposant. On doit donc ménager beaucoup la chaleur pendant toute la durée de Topération, et rerouer continuellement la matière pour Tempècher de s'agglomérer. Quand il ne s'en dégage plus de vapeurs sulfureuses , on est assuré qu'il n'y reste plus de soufre, parce qu'il ne se forme jamais de sulfate. On fond ensuite le sulfure grillé avec 3 p. de flux noir ou son équivalent, comme les matières oxidées.

On ne pourrait pas faire Fessai de Thnidingérite par ce procédé y car la matière grillée serait un mélange d*oxide d'antimoine et d'oxide de fer. Or, ces deux oxides étant presque aussi facilement réductibles l'un que l'autre, et les deux métaux ayant une grande tendance à se combiner, il se produirait de Pantimoniurcde fer avec les flux rédnctifs, et il ne resterait pas même la plus petite trace de fer dans les scories si le minerai était complètement désulfuré par le grillage.

Ce moyen d'essai ne pourrait pas être appliqué non plus, parles mêmes raisons , à fessai du sulfure d'antimoine ordinaire qui serait mélangé de pyrites.

2^ Etsai par le fer, — Le fer métallique enlève très-facilement le soufre à l'antimoine , même à une température peu élevée ; mais comme le sulfure de fer a une pesanteur spécifique peu différente de celle de ranlimoine, il est diffî^ cile d'opérer la séparation de ces deux substances : pour y parvenir il faut donner un bon coup de feu lorsque la désulfuration est opérée, et tenir la matière en pleine fusion pendant un certain temps. Aveu celte précaution on obtient deux culots qui se séparent assez nettement , Tun blanc et à grandes lames, qui est le régule, auquel adhère presque toujours une petite quantité de matte ; fautre , d'un jaune de bronze un peu plus clair quelepruto-sulfure de ftr ordinaire, parce qu'il est mélangé d'une petite quantité d'antimoine métallique. Pendant l'opération il se volatilise toujours une assez forte proportion d'antimoine; mais c'est un inconvénient qu'il paraît impossible d'éviter. Les anciens docimasistes connaissaient ce procédé : c'est à tortqu'on Ta donné comme nouveau il y a quelques années. On le pratique maintenant en grand dans quelques fabriques, entre autres en Angleterre; maison nVn obtient pas en général un très-bon résultat. Il nous parait cependant qu en prenant les précautions convenables on pourrait l'employer avec profit. La première précaution , qui e^( indispensable, ctMisiste à

154 ArCTlMOlIVB.

ne mêler au sulfure que la proportion de fer alrielement nécessaire pour le décomposer : cette proportion doit être de 3 atonies pour 1 atome de sulfure d*anti moine , puisque celui-ci renferme 3 atomes de soufre, et le proto-sulfure de fer l atome seulement : cela revient à 42 de fer pour 100 de sulfure. Si Ton en mettait davantage , lantimoine, qui a grande tendance à jouer le r/^le d'élément ëlectro-oégalif, se combinerait avec ie surplus, et il en résulterait de ranti* moniure de fer qui se mêlerait partie avec le régule, partie avec la matte. De plus il convient que le fer ne soit pas rouillé , et Ion doit l'employer dans le plus grand état de division possible : s*il était en trop gros morceaux, il arriverait qu'une certaine quantité de sulfure d'antimoine se volatiliserait avant que ces morceaux aient pu être attaqués jusqu*au centre.

En petit on retire aisément, par le moyen du fer,ju8qu*à 0,635 de régule pur du sulfure d^antimoine ; en grand il parait que c'est tout au plus si jusqu^à présent on a pu en obtenir 0,55.

On ne peut pas substituer la fonte granulée au fer forgé : on sait qu'en général le soufre a fort peu d^aclion sur la fonte; la désulfuration est imparfaite ; et la matte ne se sépare point du régule.

Un des plus grands inconvénients de la méthode de désulfuration de Tantimoine par le fer est d*obIiger à chauffer très-fortement pour séparer la matte du régule : on conçoit que cette séparation serait plus facile et exigerait une température moins élevée si la matte avait une densité moindre que le sulfure de fer, et si elle était en même temps plus fnsible. Or on peut remplir ces deux conditions en ajoutant au mélange un carbonate ou un sulfate alcalin.

Nous avons vu qu'en fondant du sulfure d'antimoine avec un carbonate alcalin et du charbon y on obtient du régule et une scorie qui est essentiellement formée d'un composé de sulfnre d*antimoine et de sulfure alcalin. Si l'on projette du fer métallique dans cette scorie encore en fusion , l'antimoine s'en sépare en totalité et presque aussitôt , et la nouvelle scorie, aussi fluide que la première, contient une combinaison de sulfure alcalin et de sulfure de fer. Si au lieu de cela on mélange immédiatement le fer avec le sulfnre d'antimoine et le carbonate alcalin, le résultat est le même. 100 de sulfure, 42 de fer métallique et 50 de carbonate de soude mêlé de un dixième de son poids de charbon ou &0 de flux noir, donnent 65 à 66 de régule ; avec la même proportion de fer et 10 de flux alcalin seulement on en obtient 62. Dans les deux cas la fusion se fait Irèsrapidemcnt, sans boursouflement, et la matte, bien liquide.

MATIÈRES SULFl'RÉES. 455

se sépare avec la plus grande Facilite du régule. En employant une partie de flux alcalin on peut diminuer la proportion du fer et la réduire à 0,25 ou 0,30, le produit est toujours de 0,63 à 0,66 ; mais si Tou réduisait en même temps la proportion du flux à 0,50 , on n'aurait plus que 0,66 d*antinioine.

Les sulfates alcalins sont changés en sulfures métalliques par le charbon à une température peu élevée. Les sulfures des métaux alcalins ^ en se combinant avec les autres sulfures métalliques , en augmentent considérablement la fusibilité ; aussi lorsqu*on ajoute du sulfate de soude broyé avec le cinquième de son poids de charbon environ , au méhinge de sulfure d antimoine et de fer métallique , le régule se sépare-t-il très«promptement , et les scories prennent- elles en quelques instants une très-grande liquidité. Mais il faut observer que la présence du sulfure alcalin diminue le produit du régule , à moins qu'on n'augmente en même temps la proportion du fer. Par exemple , avec

100 de sulfured^'antimoine 42 de fer métallique 100 de sulfate de soude et SO de charbon on n'a que 22 de régule ^ et la scorie est métalloïde, trèsbrillante et cristallisce en aiguilles^ mais avec

100 de sulfure 42 de fer

10 de sulfate de soude et "2 de charbon on obtient 60 à 62 d'antimoine , et l'opération se fait avec une très-grande facilité et sans boursouflement.

Ao lieu de fer métallique on peut se servir d'oxide de fer pur, et même d'une matière ferrugineuse quelconque , pourvu qu*ello soit riche ; mais il est indispensable d'ajouter à ces substances un fondant alcalin et du charbon en quantité plus que suffisante pour réduire l'oxide de fer.

On ne peut pas employer moins de 40 de battitures de fer pour 100 de sulfure d'antimoine ; et alors , en y ajoutant de 50 à 100 de carbonate de soude et 18 à 10 de charbon, on a 56 de régule ; mais si avec 100 de carbonate de soude un emploie \Z à 14 de charbon, on a 65 d'antimoine. En augmentant la proportion des battitures on peut diminuer la proportion du carbonate de soude et obtenir encore des résultats très-avantageux. Ainsi, avec 55 à 60 de battitures, 10 de carbonate de boude et 10 de charbon, on a 58 de régule ; et si Ton porte la proportion du carbonate de soude jusqu'à 50, celle du charbon restant toujours de 10 , on a

45C AI^TIMOINE.

65 à 66 et jii6qu\n 67 de régule. La fusioD a toujours Heu très-tranquillement , et les scories sont très-lîquides , cristallines, d*un noir métalloïde, et magnétiques.

Si Ton voulait faire usage de sulfate de soude^ il faudrait employer 80 de baltitures , SO de sulfate et 17 de charbon pour 100 de sulfure , et le produit en régule serait de 57. , \ .

Lorsqu'on fond du sulfure d*antîmoine avec des scories de forge ^ qui sont des silicates de protnxide de fer, du carbonate de soude et du charbon , on obtient un régule cristallin , à grandes lames et très-blancs , qui ne paraît pas contenir de sodium , une matte d\in jaune de bronie et une scorie compacte, vitreuse, noire, opaque, éclatante comme le jayet, et dans laquelle la plus grande quantité de Talcaii parait être concentrée. Ces trois substances se séparent trèsfacilement les uues des autres.

100 de sulfure d'antimoine 80 de scories do forge ordinaires 50 de carbonate de soude et 10 de charbon

produisent aisément 60 de régule.

Pour extraire Tantimoine de rhaidingéritc il faudrait traiter ce minéral comme le sulfure d*aiitimoine pur , mais n'employer que les trois quarts de la quantité de fer ou de matières ferrugineuses que ce sulfure exige. Si an contraire on avait à essayer un sulfure mélangé de pyrites , il sérail nécessaire d'au[;menter la proportion du fer.

On voit par tout ce qui vient d'être dit. qu'on ne peut doser l'antimoine qn^approximalivemenl par la rota sècfie , d'une part parce que ce métal , son oxide et son sulfure sont trèsvolatils, et d'un autre celé parce qu'il a beaucoup d'affinité pour les niélaux alraiius et pour le fer ; d'où il résulte qu'il est presque impossible de l'avoir pur. 11 suit de là qu'il csl rarement utile de Faire l'essai par la rote sècKe des matières antimoniales en général. Quant an sulfure, la seule espèce qu'on traite comme rainerai, lorsqu'il est pur il est tout-àfait superflu de rechercher la proportion d'antimoine qu'il contipnt, puisque sa composition ne varie pas; et quand i) est mélange de gangue , comme celte gangue se compose presque toujours de substances pierreuses ou de pyrites qui sont inattaquables par l'acide muriatique , on peut en avoir très-exactement et très-facilement la proportion en traitant le minerai par cet acide. Pour cela on pulvérise, on fait bouillir avec de l'acide muriatique concentré, tant qu'il se dégage de l'hydrogène sulfuré; un décante, on lave avec de l'acide étendu d'eau , mais assez fort cependant pour

BTAIW. 457

qtt*il ne devienne pas laiteux en Fagitanl avec la matière ; on dessèche , on pèse , et la perte de poids représente la proportion du sulfure d'aniimoine pur. Lorsqu'on traite de cette manière les crasses qui proviennent de la fusion des minerais sulfurés , le résultat n*est qu'approximatif, parce que les pyrites amenées à letat de proto-sulfure par la chaleur se dissolvent en même temps que le sulfure d*anti* moine.

L*antimoine fait partie constituante d*un grand nombre de matières minérales qui contiennent du plomb^ de cuivre^ de l'argent et du nickel. On peut voir à l'article de ces divers métaux comment il se comporte alors dans les opérations de la voie Jtècfie.

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