Bonté ^douceur
On ne peut pas faire du bien à tous, mais on peut témoigner de la bonté à tous. C'est une monnaie dont plusieurs se contentent , et qui n'épuise point les trésors du général.
' Liv. lib. 28, n. 46. * Polybe rapporte cette cireoastaace
' Id. lib. 26,n. II. * Id. Ub. 39 , n. 51.
) Id. lib. 23 . n. 33. 6 Ur. lib. 26 . a- âO.
Scipion avait un talent merveilleux pour se concilier les esprits, et pour gagner les cœurs par des manières douces , honnêtes , prévenantes.
Il traitait les officiers avec politesse, faisait valoir leurs services, relevait leurs belles actions , les comblait de présents ou de louanges , et en usait ainsi avec ceux-là même qui auraient excité en lui quelque mouvement de jalousie s'il en eût été capable. Il tint toujours auprès de lui avec honneur Marcius , ce célèbre officier qui, après la mort de son père et de son oncle, avait maintenu ies affaires d'Espagne, montrant par là , dit l'historien , combien il était éloigné de craindre que quelqu'un ne lui fît ombrage : ut facile appareret nihîl minus quam vereri , ne guis obstaret glorixsux'.
Il savait assaisonner les réprimandes mêmes d'un air de bonté et de cordialité, qui les rendait aimables. Celle qu'il fut obligé de faire à Masinissa % qui, aveuglé par sa passion, avait épousé Sophonisbe, l'ennemie déclarée du peuple romain, est un modèle achevé de la manière dont on doit se conduire et parler dans des conjonctures aussi délicates. On y voit employées toutes les finesses de l'éloquence, toutes les précautions de la prudence et de la sagesse, tous les ménagements de l'amitié, toute la dignité et la noblesse du commandement, sans aucun air de fierté.
Sa bonté éclatait jusque dans les châtiments. Il ne les employa qu'une fois , et bien malgré lui. Ce fut dans la sédition de Sucrone , qui demandait nécessairement qu'on en fît un exemple. « Il avait cru , dit-il , s'arracher à lui-même ses propres entrail- « les 3 lorsqu'il se vit obligé d'expier par la mort de trente hommes a la faute de huit mille. » Il est remarquable que Scipion ici ne se sert pas de ces mots, scelm,crimen,facinuSy mais du mot noxa y qui est beaucoup plus doux, et signifie une faute. Encore n'ose-t-il décider si c'est une faute ; et il laisse la liberté de penser que ce n'a été qu'une imprudence et une léi^èreté : octo millium seu imprudentiam , seu noxani.
' Lir. lib. 20, o. 20. triginta boiniuam capitibus expiaue octo
' Id. lib. 30, n. 14. millium leo imprudentiam , «eu 00:1001. h
3 « Tum *e baud secui quaro vitcera (Lit. lib. 28, n. 32.) ttcantem aua , cum gcmitu et lacrymii
66 TBAITÉ DES ÉTUDES.
Il estimait infiniment plus de contribuer à la conservation d'un seul citoyen que de faire mourir mille ennemis. Capitolin» remarque que l'empereur Antoninus Plus répétait souvent cette maxime de Scipion, et la mettait en pratique.