‹ Traite des etudes. -- (volume 2)Chapitre 16 sur 66 · Clémence et modération dans la victoire · texte numérisé non relu

Clémence et modération dans la victoire

C'était la maxime des Romains , de traiter avec bonté et avec clémence les peuples et les princes qui se soumettaient, comme aussi de faire sentir tout le poids de leur grandeur et de leur puissance à ceux qui osaient résister : c'est ce que le poëte a si bien marqué par ce vers , qu'on peut regarder comme la devise du peuple romain :

Parcere subjectis, et deballere superbos ^.

1° Quelque irrités qu'ils fussent contre les Carthaginois quand leurs députés parurent dans le sénat en qualité de suppliants, et que d'un ton humble et touchant ils implorèrent la miséricorde du peuple romain, alors les sentiments de vengeance et de colère firent place à ceux de bonté et de clémence ; et la paix leur fut accordée, quoique assurément il n'eût pas été difficile aux Romains de détruire Garthage et d'achever la conquête de l'Afrique. Ce fut dans cette occasion qu'Asdrubal , surnommé HœduSf qui portait la parole comme chef des déiMi tés, fit un discours si flatteur pour le peuple romain. « Il est bien rare ^ , « dit-il, que la prospérité et la modération se rencontrent en- « semble , et qu'il soit donné aux hommes d'être en même temps « heureux et sages. Le peuple romain est invincible parce qu'il

' Liv. lib. 25 , n. 37. si aliter facereot. Ex insoleutia, quibus,

^ /Eu. lib. V , 6, 835. nova bona fortuna sit , impotentes lae-

^ « Raro simul bominibus bonam for- titiae sanire ; populo romano usitata ac

tunam bonamque mentem dari, Popu prope jara obsoleta ex Victoria gandia

lum roma num eo iuvictum esse , quod esse ; ac plus pêne parcendo victis , quam

in seoundis rébus sapere et consulere vincendo ,imperium auxisse. » (Lir. lib

memiuerit. £t hercule miraudum fuisse , 30, n. 42.)

TRAITE DES ETUDÎ-S. 77

« ne se laisse point aveugler par la bonne fortune. Et il fau- « drait, ajouta-t-il, s'étonner s'il agissait autrement : car la « prospérité ne transporte de joie et n'éblouit que ceux pour qui « elle est nouvelle; au lieu que les Romains sont si accoutumés « à vaincre , qu'ils ne sont presque plus sensibles au plaisir que « cause la victoire, et qu'on peut dire, à leur honneur, qu'ils « ont, en un sens, plus augmenté leur empire en pardonnant « aux vaincus qu'en remportant des victoires. »

2* Les Romains ne retinrent rien des conquête^ qu'ils avaient faites sur Philippe de Macédoine'. Pour tout fruit de leurs victoires , ils ne se réservèrent que le plaisir d'enrichir leurs alliés, et la gloire de rendre la liberté à la Grèce. Et afin que ce présent si magnifique, si délicat, si inouï, n'eût rien de suspect et ne pût être sujet au repentir, ils retirèrent leurs garnisons de toutes les villes , sans en excepter une seule.

3° Ils usèrent de la même modération après avoir vaincu Antiochus. Ils affranchirent du joug de ce prince tous les peuples de l'Asie jusqu'au mont Taurus. Ils gratifièrent leurs alliés de flottes , de ports de mer, de villes , de provinces entières, sans conserver pour eux ni galères , ni villes , ni tribut , ni juridiction, ni hommage, sur tant de pays conquis ou affranchis par leurs armes.

4" Aussitôt qu'ils eurent soumis la Macédoine ' , ils réduisirent à la moitié tous les tributs et tous les impôts qu'elle payait à ses rois. Ils renoncèrent aux profits immenses que rendaient les mines d'or et d'argent , par la seule raison qu'ils étaient onéreux aux habitants. Ils accordèrent à toutes les villes le droit de se gouverner par leurs lois , de créer leurs magistrats et leurs officiers, de tenir des assemblées provinciales pour régler souverainement les affaires publiques; et ils accordèrent à ces peuples, qui avaient été si longtemps ennemis, tous les privilèges d'une parfaite liberté.

S* Les Romains traitèrent avec la môme humanité et la môme modération le royaume d'Illyrie 3, qu'ils venaient de conquérir

' I.ir. lih. S-tiD. 30. * Id. ibid. n. 'iO.

> Id. lib. ». n. 18.

sur Gentius. Ils le firent jouir des mêmesexemptionsetdela même liberté , quoiqu'il leur eût fait une si longue guerre ; et , après en avoir retiré toutes les troupes romaines , ils y établirent la même forme de gouvernement qu'en Macédoine.

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