ARTICLES III ET IV
La philosophie sert à orner l'esprit d'une infinité de connaissances curieuses.
Elle sert'ùussi à inspirer un grand respect pour la religion.
Je joins ici ces deux choses ensemble , parce qu'en effet elles ont une liaison naturelle, et que l'une doit conduire à l'autre , comme on le verra par ce que j*ai à dire sur ce sujet.
Il est étonnant que l'homme, placé au milieu de la nature, qui lui offre le plus grand spectacle qu'il soit possible d'imaginer, et environné de tous côtés d'une infinité de merveilles qui sont faites pour lui , ne soni^e presque jamais ni à considérer ces merveilles si dignes de son attention et de sa curiosité , Qi à se considérer soi-même. Il vit au milieu du monde , dont iJ
est le roi , comme un étranger, pour qui tout ce qui s'y passe serait indifférent, et qui n'y prendrait aucun intérêt. L'univers, dans toutes ses parties, annonce et montre son auteur; mais, pour le plus grand nombre, c'est à des sourds et à des aveugles, qui ont des oreilles sans entendre et des yeux sans voir.
Un des plus grands services que la philosophie puisse nous rendre, c'est de nous réveiller de cet assoupissement, et de nous tirer de cette léthargie qui déshonore l'humanité, et qui nous rabaisse en quelque sorte au-dessous des bêtes, dont la stupidité n'est que la suite de leur nature , et non l'effet de l'oubli ou de l'indifférence. Elle pique notre curiosité , elle excite notre attention , et nous conduit comme par la main dans toutes les parties de la nature , pour nous en faire étudier et approfondir les merveilles.
Elle présente à nos yeux l'univers comme un grand tableau, dont chaque partie a son usage , chaque trait sa grâce et sa beauté, mais dont le tout ensemble est encore plus merveilleux. En nous montrant un si beau spectacle , elle nous fait observer avec quel ordre , quelle symétrie , quelle proportion , tout y est placé; avec quelle égalité cet ordre général et particulier s'observe et se maintient : et par là elle nous fait reconnaître l'intelligence et la main invisible qui règlent tout.
La philosophie, en conduisant ainsi l'homme de merveilles en merveilles , et le promenant , pour ainsi dire , dans tout l'univers , ne souffre pas qu'il demeure étranger par rapport à luimême , ni qu'il ignore le fond de son propre être , où Dieu s'est peint lui-même d'une manière infiniment plus sensible et plus parfaite que dans le reste des créatures.
On voit bien que je parle ici principalement de cette partie de la philosophie qu'on appelle physique, parce qu'elle s'occupe à considérer la nature. Je l'examinerai sous deux faces. J'appellerai l'une la physique des savants , et l'autre la physique des enfants. Celle-ci n*est attentive qu'aux objets mêmes et à ce qui frappe les sens; au lieu que la première en examine à fond la nature, et tâche d'en décoi vrir les causes.