‹ Traite des etudes. -- (volume 2)Chapitre 36 sur 66 · DU GOUVERNEMENT INTÉRIEUR DES CLASSES ET DU COLLÈGE · texte numérisé non relu

DU GOUVERNEMENT INTÉRIEUR DES CLASSES ET DU COLLÈGE

AVANT-PBOPOS.

Cet avant-propos renfermera deux articles. Dans le premier je montrerai de quelle importance est la bonne éducation de la ji-unesse; dans le second j'examinerai si l'instruction publique doit être préférée à l'instruction do»nestiqueet particulière.

ABTICLE PBEMIEB. »

Importance de la bonne éducation de la Jeunesse.

L'éducation de la jeunesse a toujours été regardée par les plus inands philosophes et par les plus fameux législateurs comme la source la plus certaine du repos et du bonheur, non-seule-

I « Vidcic ne quis vos decipiat per dum elemeota mundi , et non aecunâurR philosoplii.-iin et ibanem fnllaciam, te- ChrUtam. » {CotoiS. 'i , H.) cuodntn truditiouem boniiuum , sccon-

208 TBAITB D£S ETUDES.

ment des familles , mais des États même et des empires. Eu effet, qu'est-ce qu'une république ou un royaume, sinon un vaste corps dont la vigueur et la santé dépendent de celles des familles particulières , qui en sont comme les membres et les parties et dont aucune ne peut manquer à ses fonctions que le corps entier ne s'en. ressente? Or, n'est-ce pas la bonne éducation qui met tous les citoyens , et encore plus les grands et les princes que tous les autres, en état de remplir dignement leurs différentes fonctions? ]N'est-ii pas évident que la jeunesse est comme la pépinière de l'État ; que c'est par elle qu'il se renouvelle et se perpétue; que c'est d'elle que viennent tous les pères de famille, tous les magistrats, tous les ministres , en un mot toutes les personnes constituées en autorité et en dignité? Et ne peut-on pas assurer que ce qu'il y a de bon ou de défectueux dans l'éducation de ceux qui rempliront un jour ces places, influe dans tout le corps de l'État , et devient comme l'esprit et le caractère général de la nation entière ?

Les lois , à la vérité , sont le fondement des empires ; et, en y conservant la règle et le bon ordre , elles y maintiennent la paix et la tranquillité. Mais d'où les lois elles-mêmes tirent-elles leur force et leur vigueur' , sinon de la bonne éducation, qui y accoutume et y assujettit les esprits? sans quoi elles sont une faible barrière contre les passions des hommes :

Quid leges sine raoribus Vanse proticiunt^ ?

Plutarque^ fait à ce sujet une réflexion bien sensée, et qui mérite d'être pesée avec attention ; c'est en parlant de Lycurgue : « Ce sage législateur, dit-il, ne jugea pas à propos de coucher « ses lois par écrïî, persuadé que ce qu'il y a de plus fort et de « plus efface pour rendre les villes heureuses et les peuples ver- « tueux, c'est ce qui est empreint dans les mœurs des citoyens, « et ce que la pratique et l'habitude leur ont rendu comme fami- « lier et naturel. Car les principes que l'éducation a gravés dans

' 'OçeXoç oOOèv tûv ôcpsXtfJLWTa- [jivoiévTîiTcoAiTeia. (Arist. i^o/i/ lib. Twv vofxwv, xal auvôcôo^acTjxsvwv 3, cap. 9,;

ÙTtO TïâvTtOV TWV TloXlTEUOJiévtOV, £1 ^ Horat. 1. 3 , od. 24.

ti9l Icrovxai eî6ta-(Jt£voi xal TtSTCatSeu- ^ '" ^'''» Licurgi.

TBAlTfi DES ÉTUDES. 209

• leurs esprits demeurent fermes et inébranlables, comme étant « fondés sur la conviction intérieure et sur la volonté même, « qui est un lien toujours plus fort et plus durable que celui de « la contrainte ; de sorte que cette éducation devient la règle des « jeunes gens, et leur tient lieu de législateur. »

Voilà, ce me semble, l'idée la plus juste qu'on puisse donner de la différence qu'il y a entre les lois et l'éducation.

La loi, quand elle est seule, est une maîtresse dure et impérieuse, àvâ-yxri; qui gêne l'homme dans ce qu'il a de plus cher et dont il est le plus jaloux , je veux dire sa liberté ; qui l'attriste , qui le contrarie en tout; qui est sourde à ses remontrances et à ses désirs » ; qui ne sait jamais se relâcher ; qui ne lui parle que d'un ton menaçant», et ne lui montre que des châtiments. Ainsi il n'est pas étonnant que l'homme secoue ce joug dès qu'il le peut impunément, et que, n'écoutant plus des leçons importunes, il se livre à ses penchants naturels, que la loi avait seulement réprimés, sans les changer ni les détruire.

Il n'en est pas ainsi de l'éducation. C'est une maîtresse douce et insinuante , ennemie de la violence et de la contrainte , qui aime à n'agir que par voie de persuasion, qui s'applique à faire goûter ses instructions en parlant toujours raison et vérité, et qui ne tend qu'à rendre la vertu plus facile en la rendant plus aimable. Ses leçons, qui commencent presque avec la naissance de l'enfant, croissent et se fortifient avec lui, jettent avec Id temps de profondes racines, passent bientôt de la mémoire et do Tesprit dans le :'œur, s'impriment de jour en jour dans ses mœurs par la pratique et l'habitude, deviennent en lui une seconde nature qui ne peut presque plus changer, et font auprès de lui, dans toute la suite de sa vie, la fonction d'un législateur toujours présent, qui dans chaque occasion lui montre son devoir et le lui fait pratiquer : -h izxi^vjaii vo|/.'i6î'TO'j (^lâôiaiv à-Ki^'^di^ixa.i Trspl îxaç&v a'JTôiv.

Il ne faut pas après cela s'étonner que les anciens aient re-

' c I^K" rem surdum , iaexurabilrm nnntia flxo

•Me... itihil laïamciiti nec veulic lui- ICir l.g.bintiir

bcrt . >i iiiodam excewerU. « (Lit. lib ^"*"'- ''^"'""- '"'• * • '•>

S, a. 3.) C'eAt une licllu dclluition dei >>:]t,

.l..r««t, Mc ««rba ml- '•"*« f^inanUa.

210 TRAITÉ DES ETLDKS.

commandé avec tant de soin la bonne éducation de la jeunesse , et l'aient regardée comme le moyen le plus sûr de rendre an empire stable et florissant. Leur maxime capitale était ' , que les en fanîs appartiennent plus à la république qu'à leurs parents; et qu'ainsi ce n'est point au caprice de ceux-ci qu'il faut abandonnei leur éducation , mais que la république doit se charger de ce soin ; que par cette raison les enfants doivent être élevés , non en particulier et dans la maison paternelle , mais en public , pur des maîtres communs et sous une même discipline, afin qu'on leur inspire de bonne heure l'amour de la patrie, le respect pour les lois du pays , le goût des principes et des maximes de l'État dans lequel ils ont à vivre. Car chaque espèce de gouvernement a son génie particulier. Autre est l'esprit et le caractère d'un état républicain, autre celui d'un État monarchique. Or c'est par l'éducation qu'on prend cet esprit et ce caractère.

C'est en conséquence des principes que j'ai établis jusqu'ici, que Lycurgue , Platon , Aristote , en un mot tous ceux qui nous ont laissé des règles du gouvernement, déclarent que le principal et le plus essentiel devoir d'un magistrat, d'un ministre, d'un législateur , d'un prince , est de veiller à la bonne éducation, premièrement de leurs propres enfants, qui souvent succèdent à leur place, et ensuite des citoyens eu général, qui forment le corps de la république; et ils remarquent que tout le désordre des États ne vient que de la négligence de ce double devoir.

Platon * en cite un illustre exemple dans la personne du prince le plus accompli dont parle l'histoire ancienne : c'est le fameux Cyrus. Aucune des qualités qui font les grands hommes ne lui manquait , excepté celle dont il s'agit ici. Occupé de ses conquêtes, il abandonna aux femmes ^ le soin de l'éducation de ses enfants. Ces jeunes princes furent donc élevés , non selon la discipline dure et austère des Perses , qui avait si bien réussi par rapport à Cyrus leur père , mais à la manière des Mèdes , c'est-à-dire dans le luxe , la mollesse et les délices. Personne n'osait les contredire en rien. Leurs oreilles n'étaient ouvertes qu'aux louanges et aux flatteries. Tout fléchissait le genou et était rampant devant eux ;

« Arist. Polit, lib. 8 , c. 1. 8 i,a femme de Cyrus était fille du rcJ

' Plat. 1. 3, de Leg. [p. 694-696] des Mèdes.

TBAlTÉ DES ÉTUDES. 21 î

2t Ton croyait qu'il était de leur grandeur de mettre une distance iufiiiie entre eux et le reste des hommes , comme s'ils eussent été d'une autre espèce qu'eux. Une telle éducation, dont toute remontrance et toute réprimande étaient sévèrement écartées », eut , dit Platon , le succès qu'on en devait attendre. Les deux princes , aussitôt après la mort de Cyrus ^ , armèrent leurs mains l'un contre l'autre , ne pouvant souffrir ni supérieur ni égal ; et Cauibyse, devenu le maître absolu par la mort de son frère , s'abandonna comme un insensé et un furieux à toutes sortes d'excès , et mit l'empire des Perses à deux doigts de sa perte. Cyrus lui avait laissé une vaste étendue de provinces, des revenus immenses, des armées innombrables; mais tout cela tourna à sa ruine , faute d'un autre bien infiniment plus estimable qu'il négligea de lui laisser, je veux dire une bonne éducation.

Cette remarque judicieuse de Platon à l'égard de Cyrus m'avait entièrement échappé en lisant son histoire dans Xcnophon, et je n'avais pas fait réflexion qu'effectivement cet historien garde un profond silence sur l'éducation des enfants de ce prince , au lieu qu'il décrit fort au long l'excellente manière dont les jeunes Perses étaient élevés, et dont Cyrus lui-même l'avait été. 11 n'y a point de faute plus capitale pour un prince.

Philippe, roi de Macédoine , se conduisit d'une manière bien différente 3. Dès qu'il fut devenu père ( c'était au milieu de ses conquêtes, et dans le temps de ses plus grands exploits), il écrivit à Aristote la lettre qui suit : Je vous donne avis qu'il in est né un fils. Je ne remercie pas tant les dieux de sa naissance, que du bonheur qu'il a d'être venu au monde pendant qu'il y a un Aristote sur la terre. Car J'espère qu'élevé de votre main et par vos soins, il deviendra digne de la gloire de son père et de l'empire que je lui laisserai. Voilà parler et penser en grand prince, qui connaît l'importance d'une bonne éducation. Alexandre eut les mêmes senlinit'uls. Un historien remorque

' wco, ûïou; T)v elx6; ' ' 'i' *"«»■ Smerdis. H

ajTo.: Y:/.o>y.i , Tf,oi)« àvenmX-ô- '''i "'"<'«<«'■ «««""dU fut touj..,...-. .,..?.

•/.rui ■tùa.mi-rzrL' iouinia à «on frcro , qui ne le fit mourir

?^ni. I # que Tcrslu fla de «on rAgne, nprc» r«-

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«uaiitot uprcs lu m-rt de Cyru» , et (^tte * *' ^ "' """ "»<'•**•

212 TKAITE DES ETUDES.

qu'il n'aima pas moins Aristote que son propre père ' , parce que^ disait-il, il était redevable à l'un de vivre et à l'autre de bien vivre.

Sic'estune grande faute à un prince de ne pas donner ses soins à l'éducation de ses propres enfants , ee n'en est pas une moindre de négliger celle des citoyens en général. Plutarque, dans le parallèle qu'il fait de Lycurgue et de Numa , observe très-judicieusement que ce fut une pareille négligence qui rendit inutiles tous les bons desseins et tous les grands établissements de ce dernier. L'endroit est fort remarquable. « Tout le travail de Numa , « dit-il, qui n'avaitviséqu'à maintenir Rome paisible ettranquille, « s'évanouit avec lui ; et , dès qu'il fut mort, le temple aux dou- « blés portes, qu'il avait toujours tenu fermé, comme si véri- « tablement il y eût enchaîné le démon de la guerre, fut rouvert (V tout à coup, et toute l'Italie remplie de sang et de carnage. « Ainsi le plus beau et le plus juste de ses établissements ne dura « presque point, parce qu'il naanquait du seul lien capable de le « maintenir, qui était l'éducation de la jeunesse. »

Ce fut une conduite tout opposée qui maintint si longtemps les lois de Lycurgue dans leur entier. « Car, comme observe le « même Plutarque , la religion du serment qu'il exigea des Lacé- « démoniens aurait été une faible ressource après sa mort , si par « l'éducation il n'eût imprimé les lois dans leurs mœurs, et ne « leur eût fait sucer presque avec le lait l'amour de sa police, en la « leur rendant comme familière et naturelle. Aussi vit-on que ses « principales ordonnances se conservèrent plus de cinq cents ans , « comme une bonne et forte teinture qui avait pénétré jusqu'au « fond de l'âme. »

Tous ces grands hommes de l'antiquité étaient donc persuadés, comme Plutarque le dit en particulier de Lycurgue , que le devoir le plus essentiel d'un législateur , et il en faut dire autant d'un prince , était d'établir de bonnes règles pour l'éducation de la jeunesse , et de les faire exactement pratiquer. 11 est étonnant jusqu'où ils portaient sur ce point l'attention et la prévoyance. C'est dès la naissance même des enfants qu'ils recommandaient

> AptcrxoTéXiQ oùx -^ttov àvaTCÔv ôt' èx£tvov(J.£v Çôiv, 6:à toùtov ôè xa- ^v («bç aÙToç sXeyev) toO Tîaxpô;, (b; Xûç Çc5v. (Plut. \n'vita Alex. )

IfiAlTK DES ÉTUDES, 213

qu'on prît ue sages précautions par rapport à toutes les personnes qui devaient en prendre soin; et l'on voit bien que Quintilien a puisé dans Platon et dans Aristote ce qu'il dit à ce sujet , surtout pour ce qui regarde les nourrices. 11 voulait', comme ces sages philosophes , que, dans le choix qu'on en ferait, non-seulement on prît garde qu'elles n'eussent point un langage vicieux, mais que surtout on eût égard aux mœurs et au caractère d'esprit. Et la raison qu'il en porte est admirable. « C'est, dit-il , que ce « qu'on apprend à cet âge s'imprime facilement dans l'esprit, et « y laisse de profondes traces qui ne s'effacent pas aisément. Il « en est comme d'un vase neuf, qui conserve longtemps l'odeur « de la première liqueur qu'on y a versée, et comme des laines, « qui ne recouvrent jamais leur première blancheur quand elles « ont été une fois à la teinture. Et le mallieur est que les mau- « valses habitudes durent encore plus que les bonnes. »

C'est par la même raison » que ces philosophes regardent comme un des plus essentiels devoirs de ceux qui sont chargés de IV^ucation des enfants, d*écarter d'auprès d'eux, autant qu'il est possible, les esclaves et les domestiques, dont les discours, et encore plus les exemples, pourraient leur être nuisibles.

Ils ajoutent à cela un avis qui sera la condamnation d'un grand nombre de pères et de maîtres chrétiens. Ils veulent que non-seulement on interdise aux jeunes gens, jusqu'à un certain âge , toute lecture de comédie et tout spectacle , mais que toute peinture, toute sculpture, toute tapisserie, qui pourraient offrir aux yeux des enfants quelque image indécente ou dangereuse , soient absolument bannies des villes. Ils désirent que les ma- 'gistrats veillent avec soin à Texécution de ce règlement, et qu'ils obligent les ouvriers, même les plus industrieux, qui ne voudront pas s'y soumettre , à porter ailleurs leur funeste habileté. Ils étaient persuadés ^ que de cet amas d'objets propres a flat-

< « Rt morum quidem in his hiiud hicc ipia magis pertinaciter b(er«nt, qa n

dabie prior ratio Mt : recte tameo etiam détériora «unt. » (QoiwTit. lib. 1,

IfKluaDtar... Nutura eiiitn teoucititimi ^gp, | ^

•umas eorum quns rudibu» anni» p«rce<- a Arlit. Polit. Ilb. 7, c. 17.

pimu* : ut »apor quo nova imliuat durât , j "i^gj „a £y xaxiŒÇ elxôr TOecpÔ-

ter les passions et à nourrir la cupidité il sort comme un air contagieux et pestilentiel , capable d'infecter à la longue et insensiblement les maîtres même qui le respirentà chaque moment sans crainte et sans précaution ; et que ces objets sont comme autant de fleurs empoisonnées qui exhalent une odeur de mort d'autant plus à craindre qu'on s'en défie moins, et que même elle paraît agréable. Ces sages philosophes veulent au contraire que dans une ville tout enseigne et inspire la vertu : inscriptions, tableaux , statues , jeux , conversations ; et que de tout ce qui se présente aux sens , et qui frappe les yeux ou les oreilles , il se forme comme un air et un souffle salutaire, qui s'insinue imperceptiblement dans l'âme des enfants , et qui , aidé et soutenu par l'instruction des maîtres, y porte, dès l'âge le plus tendre , l'amour du bien , et le goût des choses honnêtes. Il y a dans le texte original une finesse, une délicatesse d'expression, dont nulle autre langue n'est susceptible. Quoique ce passage soit un peu long, j'ai cru devoir en citer une grande partie, pour donner quelque idée du style de Platon.

Je reviens à mon sujet, et je finis ce premier article en priant le lecteur de considérer comment le paganisme même a toujours regardé comme le devoir le plus essentiel des pères , des magistrats, des princes, de veiller à l'éducation des enfants, parce qu'il est de la dernière importance , pour tout le reste de la vie , de leur donner d'abord de bons principes. En effet , lorsque les esprits sont encore tendres et flexibles, on les manie et on les tourne à son gré; au lieu que l'âge et une longue habitude rendent les défauts presque incorrigibles : Frangas enim ciiiùs, qiiàm corrigas, qiiœ in pravum indiiruerunt^ .

x^ PoxâvT?) , TtoXXà éxàaxriç viixepaç Xwvxai àizo Ttavxô; , ôtxôÔsv âv au-

xaxà (7(Xixpov àTiô TXoXXàiv ôpeTîô^e- toT; duo xwv xaXwv Epywv yj Tipôç

voi xc xal ve^J-caevoi , ëv xt ^vtaxàv- ôO^tv ^ upoç àxoriv xi ixpoaêàXx) , wa-

xeç Xav6àvw(Jt xaxov {xeya ev x^ au- uepaOpacp£pouaaà7i6xpv]c>x(ovxo7iwv

xwv <];\JXyj, àXX' èxetvouç i:yix7ix£0V ûyietav, xai eùeùç èx Traîôcov Xo'v-

xoùç ÔTiaioupyoùç , xoùç eù?u66q 6u- ôàvsi elç 6[xot6xYixà xe xal çiXiav

vauLÉvouç lYveustv XYiv xou xaXoO xe xaUyp,9wv':avxcpxaXwX6Yc{)ôtYouo;A.

xal sùcry^aovoç çudtV ïv', àaTiep èv (P^*;'- ^R'P- ]'^- ^ [P- ^OI I) vYistvô xéTiy oîxoùvxcç , ol véoi (bç£- Q'»'"^'^' '■ ' ' '^^' ^-

TRAITE DES ET( LES. 2lS

ARTICLE II

On examine si l'éducation publique doit être préférée à l'instuction domestique et particulière.

Pendant tout le temps que j'ai été chargé de Téducatiou de la jeunesse, parfaitement instruit des dangers qui se rencontrent et dans les maisons particulières et dans les collèges , je n'ai jamais osé prendre sur moi de donner conseil sur cette matière, et je me suis contenté de m'appliquer avec le plus de soin qu'il m'a été possible à l'instruction des jeunes gens que la divine Providence m'adressait. Je crois devoir encore garder la même neutralité, et laisser à la prudence des parents à décider une question qui souffre certainement de grandes difficultés de part et d'autre.

Quintilien ' a traité cette question avec Ijeaucoup d'étendue et d'éloquence. L'endroit est un des plus beaux de son ouvrage, et mérite d'être lu dans l'original. J'en donnerai ici un extrait.

Il commence par répondre à deux objections qu on a coutume de former contre les écoles publiques.

La première regarde la pureté des mœurs , qu'on prétend y être exposée à de plus grands dangers. Si cela était , il juge qu'il ne faudrait pas hésiter un moment , le soin de bien vivre étant infiniment préférable à celui de bien parler». Mais il prétend que le péril est égal de part et d'autre, que le tout dépend du naturel des enfants et du soin qu'on prend de leur éducation : que, pour l'ordinaire, c'est des parents mêmes que vient le mal, par le mauvais exemple qu'ils donnent à leurs enfants. Ceux-ci, dit-il , voient tous les jours et entendent des choses qu'ils devraient ignorer toute leur vie. Tout cela passe en habitude ^ , et bientôt après en nature. Les pauvres enfants se trouvent vicieux avant que de savoir ce que c'est que le vice. Ainsi , ne respirant que luxe et que mollesse, ils ne prennent pas le désordre dans nos écoles , mais ils fy apportent.

' Quintil. lib. I , cap. I . tara. DUcant h»o mUer! , antcqami)

* (iPoliur mihl ratio TWendi bonette, aeiant vitia este. Iode sotiiti ac Qaentc» ,

qnam v«l optime dicendi vlderetar. » non acdpiunt e tcbolia roala Uta, ftd \u

^ t ¥\% tx hit comnetuilo, deiode na- scholai afferuut. •»

216 tUÀllÉ DES ÉTUDES.

La seconde objection concerne l'avancement dans les études, qui doit être plus grand à la maison , où le précepteur n'a qu'un écolier à instruire. Quintilien n'en convient pas , pour plusieurs raisons qu'il expose. Mais il ajoute que cet inconvénient, quand même il serait réel, est abondamment réparé par les grands avantages qui se trouvent dans l'éducation publique.

1° L'éducation publique enhardit un jeune homme', lui donne du courage , l'accoutume de bonne heure à ne point craindre le grand jour , et le guérit d'une certaine pusillanimité qu'inspire naturellement une vie sombre et retirée : au lieu que dans le secret et en particulier il languit pour l'ordinaire, il s'abat, il se Touille , pour ainsi dire ; ou bien il tombe dans une extrémité opposée , qui est de s'enfler d'un sot orgueil et de se mettre audessus des autres, parce qu'il n'a personne avec qui il puisse se mesurer.

2" et 3°. Au collège on fait des connaissances et des liaisons qui durent souvent autant que la vie ; et l'on y prend un certain usage du monde que la société seule peut donner. Quintilien n'insiste pas sur ces deux avantages, et semble les compter pour peu.

4° Le grand avantage des écoles, c'est l'émulation. Un enfant y profite de ce qu'on lui dit à lui-même , et de ce qu'on dit aux autres. Il verra tous les jours son maître approuver une chose , corriger l'autre ; blâmer la paresse de celui-ci , louer la diligence de celui-là : il mettra tout à profit. L'amour de la gloire lui servira d'aiguillon pour le travail. Il aura honte décéder à ses égaux : il se piquera même de surpasser les plus avancés. Quels efforts ne fait point un bon écolier pour primer dans sa classe et pour remporter ies prix! Voilà ce qui donne de l'ardeur à de jeunes esprits^; et une noble émulation bien ménagée, dont on aura oin de bannir la malignité, l'envie, la fierté, est un des meil-

' « Ante omnia, futurus orator , cui in opaco situm ducit; aut conira tu-

in maximo celebritate et in média rei mescit inaui persuasione. JMecesse est

yublicae luce vivendum est, assuescat euim sibi nimium tribuat , qui se uenijui

^Hin a tenero non reformidare homiues , comparât. »

iieque illa solitaria et velut umbratili * « Accendunt omnia hiec animes :et,

vita pallescere. EXcitanda mens et attol- Hcet ipsa vitium sit ambitio , fréquenter

leuda semper est , quae in hujusmodi se- tamen causa virtutum est. » cretis aut languescit , et qucindani velut

TBAITÉ DES ÉTUDES. 217

leurs moyens pour les conduire aux plus grandes vertus et aux plus difficiles entreprises.

5*» Un autre avantage qui se rencontre encore dans les écoles , c'est qu'un jeune homme trouve dans ses compagnons des modèles qui sont à sa portée, qu'il se flatte de pouvoir atteindre, et qu'il ne désespère pas même de pouvoir un jour surpasser : au lieu que , s'il était seul , il y aurait pour lui de la témérité d'oser se mesurer avec son maître.

6* Enfin, c'est qu'un maître quia un nombreux auditoire s'anime tout autrement que celui qui , étant tête à tête avec un unique disciple, ne peut lui parler que froidement, et d'un ton de conversation. Or, il est incroyable combien ce feu et cette vivacité d'un maître qui, en expliquant les beaux endroits d'un auteur, se transporte lui-même et se passionne , est propre , nonseulement à rendre les jeunes gens attentifs, mais encore à leur inspirer le même goût et les mêmes sentiments dont celui qui leur parle est pénétré.

Quintilien ne manque pas de faire remarquer que l'opinion qu'il soutient est appuyée sur un usage presque universel , et sur l'autorité des auteurs les plus estimés et des législateurs les plus célèbres.

Je pourrais ajouter que cette coutume n'a pas été observée moins régulièrement depuis Quintilien , et sous le christianisme même. L'histoire ecclésiastique nous en fournit une infinité d'exemples. Celui de saint Basile et de saint Grégoire de ]N|izianze est connu de tout le monde. J'en rapporterai le détail à la fin de ce volume. Il me suffit maintenant de remarquer que les familles de ces deux illustres amis étaient des plus chrétiennes qui fussent alors dans l'Église. Elles crurent néanmoins pouvoir confier aux écoles publiques ce qu'elles avaient de plus cher au monde : et Dieu bénit leurs pieuses intentions par un succès qui passa toutes leurs espérances. Oserait-on taxer cette conduite d'imprudence et de témérité?

D'un autre côté, oserait-on condamner la sainte timidité de parents chrétiens qui, à la vue des dangers qui se rencontrent dans les collèges ( et il faut avouer aussi qu'ils sont grands ) , moins attentifs h faire avancer leurs enfants dans les sciences

T« ntS ÉTI'D. T. III. ià

218 TUAlTb DES ETUDES.

qu'à conserver en eux le précieux et l'inestimable trésor de l'innocence, prennent le parti de les élever sous leurs yeux dans une maison où ils n'entendent que de sages discours , où ils ne voient que de bons exemples , et d'où Ton a soin d'écarter, autant qu'il se peut, tout ce qui serait capable d'altérer la pureté de leurs mœurs? Il y a encore certainement de telles maisons-, mais le nombre en est-il bien grand?

Entre les deux manières ordinaires d'élever la jeunesse , qui sont de les mettre pensionnaires au collège , ou de les instruire en particulier, il y en a une troisième qui tient le milieu et semble les réunir : c'est d'envoyer les enfants au collège pour y profiter de l'émulation des classes , en les retenant le reste du temps dans la maison paternelle. Par là on évite peut-être une partie des dangers, comme aussi l'on se prive d'une partie des avantages du collège : parmi lesquels on doit compter pour beaucoup Tordre, la règle, la discipline, qui, par un coup de cloche , marquent d'une manière uniforme tous les exercices de la journée; et la vie simple et frugale qu'on y mène, éloignée des douceurs et des caresses de la maison paternelle, qui ne sont propres qu*à amollir les enfants. C'est ce que remarque un illustre magistrat < des siècles passés , dans un extrait que J'ai cité au premier tome de cet ouvrage. « Mon père ( c'est ce ma- « gistrat qui parle ^ ) disait qu'en cette nourriture du collège il a avait eu deux regards : Tun à la conversation de la jeunesse « gaie et innocente; l'autre à la discipline scolastique, pour « nous faire oublier les mignardises de la maison , et comme pour « nous dégorger en eau courante. Je trouve que ces dix-huit

« mois de collège me firent assez bien J'appris la vie frugale

« delà scolarité, et à régler mes heures. »

Un autre avantage des collèges (je les suppose tels qu'ils doivent être), et le plus grand de tous, c'est d'apprendre à fond la religion, d'en puiser la connaissance dans les sources mêmes, d'en connaître le véritable esprit et la véritable grandeur, et de se prémunir par de solides principes contre les dangers que la foi et la piété ne rencontrent que trop dans le monde. 11

I Henri de Mesmen. — 2 t. I, p. 13S.

TBÀITB DES ÉTUDES. 219

n'est pas impossible, mais certainement il est rare, de trouver cet avantage dans les maisons particulières.

Que doit-on conclure de tous ces principes et de tous ces faits? Il n'y a point de collège qui ne puisse citer des exemples , et en très-grand nombre, de jeunes gens qui y ont reçu une excellente éducation , et qui y ont infiniment profité, soit pour les sciences , soit pour la piété. Il n'y en a point aussi qui n'en ait vu avec douleur un très-grand nombre y faire un triste naufrage. Il en est de même des maisons particulières.

La conclusion qu'il me semble qu'on en doit tirer, c'est que , les dangers pour la jeunesse étant grands de tous côtés, c'est aux parents à bien examiner devant Dieu quel parti ils doivent prendre , à balancer équitablement les avantages et les inconvénients qui se rencontrent de part et d'autre , à ne se déterminer dans une délibération si importante que par des motifs de religion, et surtout à faire un choix de maîtres et de collèges, supposé qu'ils prennent ce parti, qui puisse, sinon dissiper entièrement , du moins diminuer leurs justes craintes.

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