‹ Traite des etudes. -- (volume 2)Chapitre 6 sur 66 · Profond secret · texte numérisé non relu

Profond secret

Un des moyens les plus sûrs de faire réussir une entreprise est le secret ; et Polybe * veut qu'un général soit tellement impénétrable sur cet article , que non-seulement l'amitié, ni la familiarité la plus intime, ne puisse jamais arracher de lui une seule parole indiscrète , mais qu'il ne soit pas possible, même à la plus subtile curiosité , de rien découvrir sur son visage, ni dans son air, de ce qu'il a dans l'esprit.

Le siège de Carthagène fut la première entreprise de Scipion en Espagne, et comme le premier degré à toutes ses autres conquêtes. Il ne s'en ouvrit qu'à Lélius seul , et il ne le mit dans sa confidence que parce que cela était absolument nécessaire. Ce ne put être aussi que par le silence et par un profond secret que réussit une autre entreprise encore plus importante, et qui entraîna la conquête de l'Afrique , lorsque Scipion brûla de nuit les deux camps , et tailla en pièces les deux armées des ennemis.

\j^s fréquents succès qu'eut Annibai à dresser des embuscades aux Romains, et à y faire périr tantde généraux avec leurs meilleures troupes, à leur dérober ses marches , à les surprendre par des attaques imprévues, à se porter d'un endroit de l'Italie

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à l'autre sans y trouver d'obstacles de la part des ennemis , sont une preuve du profond secret avec lequel il concertait et exécutait toutes ses entreprises. La ruse , la finesse, le stratagème , étaient son talent dominant; et tout cela ne peut réussir que par un secret impénétrable.

3. Bien connaître le caractère des chefs contre qui l'on a à combattre.

C'est une grande habileté , et une partie importante de la science militaire , de bien connaître le caractère des généraux qui commandent l'armée ennemie , et de savoir profiter de leurs défauts : car, dit Polybe , c'est l'ignorance ou la négligence des chefs qui fait échouer la plupart des entreprises. Annibal possédait cette science en perfection; et l'on peut dire que son attention continuelle et suivie à étudier le génie des généraux romains fut l'une des principales causes qui lui firent gagner les batailles de la Trébie et de Trasimène. Il savait ce qui se passait dans le camp ennemi comme ce qui se faisait dans le sien'. Quand on eut envoyé contre lui Paul et Varron , il fut bientôt informé du différent caractère de ces deux chefs et de leurs divisions, dissîmiles discordesque imperitare; et il ne manqua pas de profiter du caractère vif et bouillant de Varron en jetant un appât et une amorce à sa témérité par quelques légers avantages qu'il lui laissa remporter, qui furent suivis de la fameuse défaite de Cannes.

Ce que Scipion apprit du peu de discipline que les généraux des ennemis faisaient garder dans leurs camps fut ce qui lui donna la pensée d'y mettre le feu pendant la nuit, entreprise dont le succès lui valut la conquête de l'Afrique : hxc relata Scipioni spem fecerant , castra hostium per occasionem incendendi ^.

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