Défaite du roi d'Ethiopie
Il (st aisé de reconnaître, dans la punition du roi d'Ethiopie ,
« 4 Reg. c. îi).
M jalousie du Dieu des armées contre quiconque prétend être 3on rival ou partager sa gloire , en osant venir à son secours pour lui conserver son héritage , ou pour le tirer d'un pas difficile dans lequel ses promesses l'auraient trop engagé; et, dans le triste sort des Israélites, qui avaient eu recours à l'Egypte, la condamnation de tous ceux, ou qui doutent des promesses faites à l'Église, dont Jérusalem est certainement la figure, ou qui pensent que, dans certaines occasions dangereuses et difficiles, elles ont besoin de la force et de la sagesse humaine.
5, Armée des Assyriens détruite par l'ange exterminateur.
La manière courte et simple dont le^ livres historiques racontent un événement si merveilleux est véritablement digne de la grandeur de Dieu: Cette même nuit^ lange du Seigneur vint dans le camp des Assyriens , et y tua cent quatre-vingt-cinq mille hommes. Qu'en coûte-t-il à Dieu pour abattre l'orgueil d'un prince si fier , pour faire périr tant d'officiers si braves, pour exterminer une armée si nombreuse et si formidable ? un souffle. Et il favait dit lui-même : Je lui enverrai un souffle, et il retournera dans son pays.
Mais la sublime grandeur qui paraît dans le style du prophète qui a prédit toutes les circonstances de ce grand événement n*est pas moins digne de la majesté du Dieu qui fait ici éclater sa toute-puissance d'une manière si •merveilleuse. Que de nobles idées ne nous présentent point les expressions d'Fsaïe » ! Lorsque tout paraît désespéré , Je changerai en un instant la face de toutes choses, dit le Seigneur : Eritque repente confesiim. Quand les ennemis de Jérusalem, qui ignorent que c'est moi qui les ai mandés , s'en regarderont comme les maîtres , je les réduirai eu poudre dans une seule nuit. J'écarterai le reste, comme un tourbillon dissipe une poussière légère. Au réveil on ne trouvera pas un seul général ni un seul officier qui paraisse avec sa troupe ; et la confiance qu'ils avaient que Jérusalem était à eux, sera semblable à l'imagination d'un homme affamé qui songe eu doriiuiat qu'il mange, et qui en s'éveillant ne trouve rien. Sical
» la. 29 . 5-8.
•IfiAnti DES ÉXUDES. 277
somniat esuriens , et comedit : quum autem fuerit expergefactus, vacua est anima ejus.
Cest l'orgueil insensé de Sennachérib, ce sont ses blasphèmes impies , qui réveillent le Seigneur qui paraissait comme endormi. Et l'on comprend alors toute la force et toute l'énergie de ces paroles * : Nunc consurgam ; nunc exaltabor ; nunc sub' lecabor^. C'est du trône et du sanctuaire que Dieu a sur la montagne de Sion , que sortent les éclairs et le bruit effraya nt du tonnerre; c'est de l'autel même qu'il a dans Jérusalem, (1> ce brasier sacré où brûle à sa gloire un feu perpétuel , que sortent les flammes vengeresses qui dévorent ses ennemis. Hxc dicit Dominus , cujus ignis est in Sion, et caminusejus in Jérusalem 3.
En effet , selon Isaïe ^ , le massacre étonnant d'une armée entière immolée à la juste vengeance d'un Dieu jaloux qu'on avait outragé si indignement , fut pour lui comme un sacrifice public et solennel. La main de Dieu , dit ce prophète , frappera tout , écrasera tout , n'épargnera rien. Le bruit effroyable de son tonnerre sera pour lui et pour ses serviteurs, dont il prendra la défense , comme un concert agréable de tambours , de harpes , et d'autres instruments de musique , qui accompagnent dans les grandes fêtes l'oblation des sacrifices ; et les Assyriens sacrifiés à sa vengeance seront pour lui comme une victime solennelle. Auditam faciet Dominus gloriam vocis sux, et terrorem brachii sui ostendet incomminatione/uroris , etflamma ignis devorantis : allidet in turbine et in lapide grandinis. A voce enim Domini pavebit Assur, virga percussus. Et erit transilus virgx fundatus , quam requiescere faciet Dominus super eum in tympanis etcytharis; et in bellis prœcipuis expugnabit eos. Le terme original est propre aux sacrifices. On peut traduire ainsi : Et bellis , ou certamine , quod sacrifie io 6v-lemni simile erit, expugnabit eos.
' Isai. 33 , 10. . uia grandeur , je ferai éclater ma puis
^ La traduction française diminue <( sance. »
beaucoup la vivacité de cet endroit, et 3 Isai. 31 , 8 et 9.
ne rend pas la répétition du nwic. « Je ^ Id, 30 , 30-32. » me lèverai maintenant , je signalerai
27i^ TBAITE DES ETUDES.
6 iiaisons de La patience de Dieu à souffrir Sennachérib, et de sa lenteur à délivrer Jérusalem.
Personne ne connaît les desseins de Dieu avant qu'ils soient exécutés ; et lorsqu'ils s'accomplissent , on ne sait où se termineront mille événements dont on ne voit ni les liaisons , ni les usages , ni les motifs , et qui paraissent devoir entraîner une ruine universelle.
Dès que les maux publics commencèrent à se faire sentir, au temps d'Ézéchias , ils parurent extrêmes. I^orsque toute la cam> pagne fut ruinée et toutes les villes détruites , on regarda ces malheurs comme ne laissant plus aucune ressource, el comme n'étant plus capables de remèdes. Mais quand Jérusalem vit la formidable armée des Assyriens à ses portes , qu'elle se vit désolée au dedans par la famine et la peste , et sans espérance du côté des hommes après l'entière défaite des Égyptiens venus à son secours, alors il parut de la folie à attendre quelque protection miraculeuse , puisque Dieu lui-même s'opposait à tous les moyens , et se déclarait en tout pour les ennemis.
Une faible foi ne peut soutenir une si longue épreuve ; et ceux qui en eurent une plus ferme et plus persévérante s'étonnèrent de la lenteur avec laquelle Dieu accomplissait ses promesses , et de la patience avee laquelle il souffrait que tout pérît, et ne fût presque plus en état de profiter de son secours. Mais ce n'est point à l'argile à juger du temps qu'on emploie à la figurer. Ce ne sont point les premiers coups de ciseau qui polissent une pierre, ou qui en forment une belle statue : et ce n'est point ua feu médiocre , ou pour la durée ou pour l'activité , qui fond l'or et qui le purifie. Dieu est attentif à sa sagesse et à sa miséricorde , et non aux pensées des hommes , quand il fait son ouvrage. 11 ne le laisse point imparfait , pour se mesurer sur leurs vues bornées , ou sur leur impatience ; et il continue dans son dessein, sans mépriser néanmoins les gémissements et les larmes de ses serviteurs , jusqu'à ce que tout ce qu'il a résolu soit a ccompli.
Alors il fait cesser tout l'appareil , tous les mouvements, tous les ressorts dont il s'était servi pour achever son ouvrage. Il
nrréte les mains qu'il conduisait ; il suspend Taction des instruments devenus inutiles ; il ne permet plus que le ciseau entame une ligure dont tous les traits sont finis ; et il brise beaucoup de choses qui n'ont été employées que pour un temps.
C'est ainsi que Dieu en usa à l'égard de Sennachérib. Il s'était servi de lui comme d'un instrument pour corriger son peuple et pour purifier Jérusalem. Après qu'il eut réduit cette ville à un petit nombre de justes profondément humiliés sous sa main , pour lors il songea à punir les blasphèmes de ce prince , que l'orgueil avait conduit à l'impiété. Lorsque le Seigneur aura accompli toutes ses œuvres sur la montagne de Sion et dans Jérusalem Je visiterai , dit-il, cette fierté du cœur insolent du roi d'Jssur, et cette gloire de ses yeux altiers ».