SIXIÈME CARACTÈRE DES ROMAINS
Sagesse des lois.
Numà comprit, dès le commencement de son règne, que la justice , qui est la base des empires et de toute société, était encore plus nécessaire à un peuple élevé dans l'exercice des armes, accoutumé à subsister par la violence, et à vivre sans discipline et sans police. Pour adoucir la férocité de ces esprits , et pour réduire à l'uniformité tant de caractères différents, il établit des lois sages, et les rendit aimables par sa modération et sa douceur, par l'exemple des plus grandes vertus, par un amour invariable pour l'équké envers les étrangers aussi bien qu'à l'égard des citoyens. Par cette conduite, il inspira à ses sujets un si grand respect pour la justice , qu'il changea toute la face de la ville. Et le zèle pour observer des lois si utiles et si saintes , et pour en perpétuer l'esprit, fut si grand, que l'on vit toujours à Rome, jusque sous les derniers empereurs, une tradition suivie de jurisprudence, une espèce d'école de sages législateurs et de célèbres jurisconsultes , qui , formant leurs décisions sur les plus pures lumières de la raison et sur les plus sûres maximes de l'équité naturelle, composèrent ce corps de droit et de jurisprudence qui est devenu l'admiration de tout l'univers, et que toutes les nations policées ont adopté , ou du moins imité, tn y puisant les lois les plus salutaires.