Currus Pharaonis. 2. Exercitum ejus. 3. Electi principes
ejus. Belle gradation.
Que dirons-nous de cette admirable amplification? Projecit in mare. Submersi sunt in mari Rubro. Âbyssi operuerunt eos. Deaceiiderunt in profundum quasi lapis. Tout cela pour expli-
* a Qui e«t... Egosam qui sum. m * Exod. 14 , 14.
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quer, dejecît in mare. Vous voyez dans tous ces mots une suite d'images qui se succèdent et se grossissent par degrés, i. Projecitinmare. 2. SuhmersisuntinmariRubro. Tous submergés dans la mer Rouge. Submersi sunt enchérit sur projecit,.. In mari Buhro est une circonstance qui fixe plus que mari simplement. Hëb. m mari Suph. Il semble que Moïse veuille relever la grandeur de la puissance que Dieu a fait paraître dans uoe mer qui faisait partie de l'empire égyptien , et qui était sous la protection des dieux d'Egypte». 3. Electi principes, les plus grands d'entre les princes de Pharaon, c'est-à-dire les plus superbes , et peut-être les plus emportés contre les ordres du Dieu d'Israël ; enOn , les plus capables de se sauver du naufrage sont submergés comme les moindres soldats. 4. Abyssi operuerunt eos. Quelle image! Ils sont couverts, abîmés, disparus pour toujours. 5. Pour achever cette peinture, il finit par une similitude, qui est comme le gros trait qui figure la chose : Descenderunt in profandum quasi lapis. Tout fiers qu'ils sont , ils ne font pas plus de résistance , pour remonter, contre le bras de Dieu qui les enfonce , qu'une pierre qui tombe au fond des eaux.
Après cela que devait penser Moïse .? que devait-il dire.î* C'est une des plus importantes règles de rhétorique , et à laquelle Cicéron ne manque jamais , qu'après le récit d'une action surprenante , ou même d'une circonstance extraordinaire , il faut sortir de l'air tranquille et paisible de la narration pour se répandre dans des mouvements plus ou moins impétueux , selon la nature du sujet : ce qui se fait presque toujours par des apostrophes, des interrogations, des exclamations, figures propres à réveiller et le discours et Tauditeur. C'est ce que Moïse fait dans tout ce cantique , d'une manière inimitable.
]^ 6 et 7. Dextera ttuz. Domine, magnijicataest in fortitudine : dextera ttia. Domine, percussit inimicum ;et in multitudine glorîas tuœ deposuisti adversarios tuos,
I) y a ici plusieurs choses a remarquer.
1 . Moïse pouvait dire : Deus magnificavitfortitudinem suam percidiendo Pliaraonem. Mais que cela serait faible et languissant pour exprimer une si grande action! 11 s'élance vers Dieu,
■ Béeltephon.
et lui dit, par une espèce d'enthousiasme : Dextera tua. Domine, magnificata est, etc.
2. Il pouvait dire: O Domine, magnificasti fortUudinem, etc. Mais cela ne porte point assez d'idée, et n^a rien de sensible : au lieu que dans l'expression de Moïse vous voyez, vous distinguez, pour ainsi dire, la main de Dieu qui s'étend et qui écrase les Égyptiens. D où je conclus tout à la fois que la véritable éloquence est celle qui persuade; qu'elle ne persuade ordinairement qu'en touchant ; qu'elle ne touche que par des choses et par des idées palpables ; et que, par toutes ces raisons, l'éloquence de l'Écriture sainte est la plus parfaite de toutes, puisque les choses les plus spirituelles et les plus métaphysiques y sont représentées sous des images vives et sensibles.
3. Dextera tua , Domine , percussit inimicum. Belle répétition , et nécessaire pour mieux faire sentir la puissance du bras • de Dieu. Le premier membre, « votre droite. a fait éclater sa fojfce, » n'ayant désigné l'événement qu'en général et confusément , le prophète croit n'en avoir pas assez dit ; et , pour marquer la manière de cette action, il répète aussitôt : <i votre droite « a brisé l'ennemi. » C'est le génie des grandes passions de répéter ce qui sert à les entretenir. Nous voyons cela dans tous les endroits passionnés des meilleurs auteurs. Et c'est ce qui règne particulièrement dans l'Écriture , surtout dans les psaumes.
4. In multitudine glorix tuas deposuisti adversarios tuos. L'hébreu porte : In multitudine elalionis {celsitudinis) tuxdestruxisti insurgentes contra te. Il y a de grandes beautés cachées dans le texte original , qui méritent d'être un peu développées.
1 . Par ces mots , in multitudine elationis tuœ , l'auteur sacré j veut marquer l'action d'un grand seigneur qui se redresse, qui prend un air haut et fier, qui s'élève à proportion de ce qu'un petit inférieur ose s'élever contre lui , et qui se plaît à le mettre d'autant plus bas. Les Égyptiens se comptaient pour quelque chose de grand : ils s'attaquaient à Dieu même ; ils demandaient fièrement : Quel est donc ce Seigneur » ? Mais à mesure que ces insolents s'élevaient selon toute leur étendue. Dieu s'élevait aussi , et prenait contre eux toute réiévalion de sa grandeur in-
» Exoû. 5 , 2.
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Gnie, toute la hauteur de sa majesté suprême : Jlta a lontje cognoscit \ £t c'est de là qu'il a renversé ses ennemis, si pleiui d'eux-mêmes , et les a rabaissés non-seulement contre terre, mais dans les abîmes les plus profonds de -la mer.
2. Insurgentes contra tk. Ce n'est pas contre Israël que les Égyptiens se sont déclarés : c'est vous-même qu'ils ont osé attaquer, c'est vous qu'ils ont bravé. Notre querelle était la vôtre : c'est à vous qu'ils faisaient la guerre , contra te. Ce tour est délicat et touchant , pour intéresser Dieu même dans la cause d'Israël.
« Vous avez envoyé votre colère » : elle les a dévorés comme « une paille ^. Au souffle de votre fureur , les eaux se sont « entassées : l'onde qui coulait s'est tenue élevée comme en « un monceau : les flots de l'abîme se sont condensés et durcis « au milieu delà mer 4. L'ennemi disait : Je les poursuivrai ; je « les atteindrai; je partagerai les dépouilles; j'assouvirai mes « désirs {ou, je satisferai ma vengeance); je tirerai mon épée; R ma main me les assujettira de nouveau \ Vous avez soufflé , • et la mer les a abîmés. Ils sont tombés au fond des eaux « comme une masse de plomb. »
Moïse revient à sa narration , non pas comme aux versets 4 et 5 par une description toute pure , mais en continuant son apostrophe à Dieu, ce qui passionne davantage le récit : en quoi la conduitede ce cantique me paraît au-dessus de l'éloquence ordinaire. Plus il s'éloigne de la proposition simple qui lui sert d'exorde , plus on voit augmenter la force de ses amplifications.
Misisti iram tuam. Quelle figure! quelle expression! Le prophète donne à la colère divine de Taction et de la vie. II la transforme en un ministre ardent et zélé, que le juge tranquille envoie du haut de son trône exécuter les arrêts de sa vengeance. Les rois ont besoin, contre leurs ennemis, de cavalerie, de troupes, d'armes, et d'un grand attirail de guerre. A Dieu , sa colère seule lui suffit pour punir des coupables. « Vous avez « envoyé votre colère. » Que dé choses renfermées dans un seul
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mot, qui laisse au lecteur le plaisir de conipter lui-même dans 50D imagination les feux , les éclsûrs, les foudres, les tempêtes, et tous les autres instruments de cette colère ! On sent mieux la beauté de cette expression, qu'on ne peut l'exprimer. On y trouve une certaine profondeur et un je ne sais quoi qui occupe et qui remplit Tesprit. Horace a eu en vue cette figure , par son iracunda fulmina '. Virgile Ta attrapée dans Tingénieuse composition de la foudre, qu'il décrit au huitième livre de l'Énéide :
Sonitumque, metumque Miscebant operi , Oammisque sequacibus iras.
Qu'a donc fait cette terrible colère ? Elle les a dévorés comme une paille 11 n'appartient qu'à l'Écriture de nous donner de telles images. Tâchons d'approfondir cette pensée. Nous verrons la colère de Dieu qui dévore une armée épouvantable. Hommes , chevaux , chariots , tout cela est broyé , consumé, al)f mé : faibles synonymes. Tout cela est dévoré : ce serait tout dire. Mais la similitude qui vient après achève le portrait : car dans le mot de déoorer vous concevez une action qui dure quelque temps; mais sicnt stipulam vous montre une action d'un moment. Quoi donc ! une armée si nombreuse est dévorée comme une paille ! Pesez' bien ces idées.
Mais comment cela s'est- il fait? Dieu par un vent furieux a rassemblé les eaux, qui se sont élevées comme deux montagnes au milieu de la mer. Les enfants d'Israël y ont passé à sec. I^s Égyptiens les y ont poursuivis, et ils ont été enveloppés dans les ilôts. Voilà un récit simple et sans ornement. Mais que de beaulés, que de richesses dans le tour de l'Écriture! Je n'aurais jamais fait, si je voulais les examiner en détail. Tout le cantique me charme ; mais cet endroit m'enlève.
In spiritu furoris tut congregatœ sunt aqtix. he prophète ennoblit le vent en lui donnant Dieu même pour principe; et il anime les eaux en les représentant susceptibles de frayeur. Pour mieux peindre l'indignation divine et ses effets, il emprunte 1 image de la colère humaine, dont les vifs transports sont accom-
» LU). I , od. a.
TRAITB DES ÉTUDES. » 5 f
pagnés d'une respiration précipitée, qui cause un soufre impétueux et violent. Et lorsque cette colère , dans une personne puissante , se tourne contre une populace timide , elle Toblige y pour s'en garantir, de céder la place , et dei se renverser tumultualreinent les uns sur les autres. Cest ainsi qu'ai/ soujfie de la fureur An Seigneur les eaux épouvantées se sont retirées avec précipitation de leur lieu naturel , et se sont entassées à la hâte les unes sur les autres, pour laisser passer cette colère sans y mettre obstacle : au lieu que les Égyptiens, qui se sont présentés sur son chemin , en ont été dévorés comme une paille. Cette peinture de la colère divine se trouve souvent dans les Écritures. « La mer Ta « ¥u ' , et a pris la fuite*. On a vu les abîmes des eaux s'entr'ou- « vrir... par le bruit de vos menaces. Seigneur, et par la respirait tioD du soufOe de votre colère^. La fumée de sa colère s'est « élevée ; un feu dévorant est sorti de sa bouche; des charbons « en ont été allumés 4. » Faut-il s'étonner qu'une telle colère renverse et abîme tout ?
Congregatx sunt ahyssi in medio mari. C'est la répétition et tout ensemble l'amplification de congregatx sunt aquae. t. Au lieu de congregatx le texte original porte coagulatœ, c'està-dire les eaux se sont prises et épaissies comme de la glace.