Armée des Assyriens détruite par range exterminateur
La manière courte et simple dont les livres historiques racontent un événement si merveilleux est véritablement digne de la grandeur de Dieu : Cette même ntUt^ fange du Seigneur vint dans le camp des Assyriens , et y tua cent quatre-vingt-cinq mille hommes. Qu'en coûte-t-il à Dieu pour abattre rorgueÛ d'un prince si fier , pour faire périr tant d'officiers si braves, pour exterminer une armée si nombreuse et si formidable ? un soufQe. Et il l'avait dit lui-même : Je lui enverrai un souffle, et il retournera dans son pays.
Mais la sublime grandeur qui paraît dans le style du prophète qui a prédit toutes les circonstances de ce grand événement n'est pas moins digne de la majesté du Dieu qui fait ici éclater sa toute-puissance d'une manière si merveilleuse. Que de nobles idées ne nous présentent point les expressions d'fsaïe > ! Lorsque tout paraît désespéré , Je changerai en un Instant la faoe de toutes choses , dit le Seigneur : Eritque repente confestim. Quand les ennemis de Jérusalem , qui ignorent que c est moi qui les ai mandés , s'en regarderont comme les maîtres , je les réduirai en poudre dans une seule nuit J'écarterai le reste , comme un tourbillon dissipe une poussière l^ère. Au réveil on ne trouvera pas un seul général ni un seul officier qui paraisse avec sa troupe ; et la confiance qu'ils avaient que Jérusalem était à eux, sera semblable à l'imagination d'un homme affamé qui songe en dormant qu'il mange, et qui en s'éveillant ne trouve rien. Sicut
1 Is. 20 . 5-8.
somniat eswiens , et comedit : quutn autem fuerit experyefactus , vacua est anima ejus.
C'est Torgueil insensé de Sennachérib , ce sont ses blasphèmes impies , qui réveillent le Seigneur qui paraissait comme en* dormi. £t Ton comprend alors toute la force et toute Ténergie de ces paroles ' : Nunc consurgam ; nunc exallabor ; nunc sublevabor*. C'est du trône et du sanctuaire que Dieu a sur la montagne de Sion , que sortent les éclairs et le bruit effrayant du tonnerre; c'est de Fautel même qu'il a dans Jérusalem, de ce brasier sacré où brûle à sa gloire un feu perpétuer , que sortent les flammes vengeresses qui dévorent ses ennemis. Hxc dicit Domimis y cujus ignis est in Sion , et caminus ejus in Jérusalem 3.
£n effet , selon Isaïe 4 , le massacre étonnant d'une armée entière immolée à la juste vengeance d'un Dieu jaloux qu'on avait outragé si indignement , fut pour lui comme un sacrifice public et solennel. La main de Dieu, dit ce prophète , frappera tout , écrasera tout , n'épargnera rien. Le bruit effroyable de son tonnerre sera pour lui et pour ses serviteurs , dont il prendra la défense , comme un concert agréable de tambours , de harpes , et d'autres instruments de musique , qui accompagnent dans les grandes fêtes Toblation des sacrifices ; et les Assyriens sacritiés à sa vengeance seront pour lui comme une victime solennelle. Auditam faciet Domînus gloriam vocis suœ, et terrorem brachii sut ostendet incomminationefuroris , etflamma ignis devorantis : aliidet in turbine et in lapide grandlnis. A voce enim Domini pavebit Assur, virga percussus. El erit transitus virgx Jundatus , quam requiescere faciet Dominus super eum in tympanis et cytharis ; et in bellls prœcipuis expugnabit eos. Le terme original est propre aux sacrifices. On peut traduire ainsi : Et bellis , ou certamine , quod sacrificio solemni simile erit, expugnabit eos.
* Isai. 33, 10. fl ma grandeur , je ferai éclater ina pais-
^ La tradnctioa française diminae « sance. m beaucoup la vivaché de cet endroit, et ^ Isai. 31 , 8 et 9. ne rend pas la répétition du nunc. a Je * Id. 3U , 30-32. « me lèverai maintenant , je signalerai *
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6 Raisons de la patience de Dieu à souffrir Sennachéribf et de sa lenteur à délivrer Jérusalem.
Personne ne connaît les desseins de Dieu avant qu'ils soient exécutés ; et lorsqu'ils s'accomplissent , on ne sait où se termineront mille événements dont on ne voit ni les liaisons , ni les usages , ni les motifs , et qui paraissent devoir entraîner une ruine universelle.
Dès que les maux publics commencèrent à se faire sentir, au temps d'Ézéchias , ils parurent extrêmes. I^orsque toute la campagne fut ruinée et toutes les villes détruites , on regarda ces malheurs comme ne laissant plus aucune ressource, et comme n'étant plus capables de remèdes. Mais quand Jérusalem vit la formidable armée des Assyriens à ses portes, qu'elle se vit désolée au dedans par la famine et la peste , et sans espérance du côté des hommes après l'entière défaite des Égyptiens venus à son secours, alors il parut de la folie à attendre quelque protection miraculeuse , puisque Dieu lui-même s'opposait à tous les moyens , et se déclarait en tout pour les ennemis.
Une faible foi ne peut soutenir une si iongue épreuve ; et ceux qui en eurent une plus ferme et plus persévirante s'étonnèrent de la lenteur avec laquelle Dieu accomplissait ses promesses , et de la patience avec laquelle il souffrait que tout pérît, et ne fdt presque plus en état de proGter de son secours. Mais ce n'est point à l'argile à juger du temps qu'on emploie à la figurer. Ce ne sont point les premiers coups de ciseau qui polissent une pierre, où qui en forment une belle statue : et ce n'est point un feu médiocre , ou pour la durée ou pour Tactivité ,.qui fond l'or et qui le puritie. Dieu est attentif à sa sagesse et à sa miséricorde , et non aux pensées des hommes , quand il fait son ouvrage. 11 ne le laisse point imparfait, pour se mesurer sur leurs vues bornées , ou sur leur impatience ; et il continue dans son dessein, sans mépriser néanmoins les gémissements et les larmes de ses serviteurs , jusqu'à ce que tout ce qu'il a résolu soit accompli.
Alors il fait cesser tout l'appareil , tous les mouvements, tous les ressorts dont il s'était servi pour achever son ouvrage. 11
arrête les mains qu'il conduisait ; il suspend Faction des instruments devenus inutiles ; il ne permet plus que le ciseau entame une figure dont tous les traits sont finis ; et il brise beaucoup de choses qui n'ont été employées que pour un temps.
C'est ainsi que Dieu en usa à l'égard de Sennachérib. Il s'était servi de lui comme d'un instrument pour corriger son peuple et pour purifier Jérusalem. Après qu'il eut réduit cette ville à un petit nombre de justes profondément humiliés sous sa main, pour lors il songea à punir les blasphèmes de ce prince , que l'orgueil avait conduit à l'impiété. Lorsque le Seigneur aura ac' compli toutes ses œuvres sur la montagne de Sion et dans Jérusalem Je visiterai , dit-il, cette fierté du cœur insolent du roi d'Ussur, et cette gloire de ses yeux altiers ».