AVANT-PROPOS
Cet avant-propos renfermera deux articles. Dans le premier je «outrerai de quelle importance est la bonne éducation de la eunesse; dans le second j'examinerai si l'instruction publique loitêtre préférée à l'instruction domestique et particulière.
ARTICLE PREMIER
Importance delà bonne éducation de la jeunesse.
L'éducation de la jeunesse a toujours été regardée par les plus grands philosophes et par les plus fameux législateurs comme a source la plus certaine du repos et du bonheur, non-seule-
' (( Videte ne quis vos decipiat per dum eleraenta mnndi , et non aecuadum [Ailosophiam et inanem fallaciam , se- Christum. » (Cb/Oïs. 2, 8.) cUDdum tradilioiieiD liomiuam , secuu-
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ment des familles , mais des États même et des empires. En effet, qu'est-ce qu'une république ou un royaume, sinon un vaste corps dont la vigueur et la santé dépendent de celles des famil les particulières , qui en sont comme les membres et les parties et dont aucune ne peut manquer à ses fonctions que le corps en lier ne s'en ressente ? Or, n'est-ce pas la bonne éducation qui met tous les citoyens , et encore plus les grands et les princes ; que tous les autres, en état de remplir dignement leurs différentes fonctions? IN'est-il pas évident que la jeunesse est commet la pépinière de l'État ; que c'est par elle qu'il se renouvelle et se perpétue; que c'est d'elle que viennent tous les pères de fa mille , tous les magistrats , tous les ministres , en un mot tou tes les personnes constituées en autorité et en dignité ? Et ne peut-on pas assurer que ce qu'il y a de bon ou de défectueux dans l'éducation de ceux qui rempliront un jour ces places, influe dans tout le corps de l'État , et devient comme l'esprit et le caractère général de la nation entière?
Les lois , à la vérité , sont le fondement des empires ; et, en y conservant la règle et le bon ordre , elles y maintiennent la paix et la tranquillité. Mais d'où les lois elles-mêmes tirent-elles leur force et leur vigueur ' , sinon de la bonne éducation, qui y accoutume et y assujettit les esprits? sans quoi elles sont une faible barrière contre les passions des hommes : :
Quid leges sine moribus Vanœ proliciunt^ ?
Piutarque^ fait à ce sujet une réflexion bien sensée, et qui mérite d'être pesée avec attention ; c'est en parlant de Lycurgue : « Ce sage législateur, dit-il, ne jugea pas à propos de coucher « ses lois par écrit, persuadé que ce qu'il y a de plus fort et de « plus efface pour rendre les villes heureuses et les peuples ver- « tueux, c'est ce qui est empreint dans les mœurs des citoyens, , « et ce que la pratique et l'habitude leur ont rendu comme fami- « lier et naturel. Car les principes que l'éducation a gravés dans
' 'Opû.oi o-j9àv Tûv ôsîÀiijwrtTà- (j.s'voi êv -zrj 7ioXtT£Îa. (AaisT.-Poi». lib. i
TWV v6(itov, xoù <7Uv2cÔO?a(7[I.£Va)V 3, cap. 9.) CiTcà îrdvTMv twv TtoXiTeuojiÉvwv, £t "^ Horat. 1. 3 , od. 24. UT] ÊaovTsct £l0ia[jievoi xal 7ic7:aiÔ£u- ' '° ^'^'^ Lycurgi.
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leurs esprits demeurent fermes et inébranlables, comme étant fondés sur la conviction intérieure et sur la volonté même , qui est un lien toujours plus fort et plus durable que celui de la contrainte ; de sorte que cette éducation devient la règle des jeunes gens, et leur tient lieu de législateur. « Voilà, ce me semble, l'idée la plus juste qu'on puisse donner la différence qu'il y a entre les lois et l'éducation. La loi, quand elle est seule, est une maîtresse dure et impéuse, i'ixj/.rr, qui gène l'homme dans ce qu'il a de plus cher et ntil est le plus jaloux , je veux dire sa Liberté ; qui l'attriste , qui contrarie en tout ; qui est sourde à ses remontrances et à ses sirs ' ; qui ne sait jamais se relâcher ; qui ne lui parle que d'un a menaçant 2, et ne lui montre que des châtiments. Ainsi il ?st pas étonnant que l'homme secoue ce joug dès qu'il le peut punément,et que, n'écoutant plus des leçons importunes, il livre à ses penchants naturels , que la loi avait seulement réimés, sans les changer ni les détruire. Il n'en est pas ainsi de l'éducation. C'est une maîtresse douce insinuante , ennemie de la violence et de la contrainte , qui ne à n'agir que par voie de persuasion, qui s'applique à faire ûter ses instructions en pariant toujours raison et vérité, et i ne tend qu'à rendre la vertu plus facile en la rendant plus nable. Ses leçons, qui commencent presque avec la naissance l'enfant, croissent et se fortifient avec lui, jettent avec le nps de profondes racines , passent bientôt de la mémoire et de »prit dans le cœur, s'impriment de jour en jour dans ses mœurs f la pratique et l'habitude, deviennent en lui une seconde nae qui ne peut presque plus changer, et font auprès de lui, dans ite la suite de sa vie, la fonction d'un législateur toujours préit, qui dans chaque occasion lui montre son devoir et le lui
t pratiquer : ri ■KxiSvjai; vojacOc'to'j <î'iâôcO'.'< à'^P7*i£Tai Trept Ixaçcv ■ûv.
Il ne faut pas après cela s'étonner que les anciens aient re-
« Leges rem sardam , inexorabilem nantia fiio
.... niliil laxamenti nec veniae ha- /Ere Irgob^mtur
!,8i modum excesseris. » (Lit. lib. {Ovto. Mclam. Ib. i , i.)