II. Des tragédies
Voici un genre d'exercice fort ancien dans l'université, qui est encore en usage dans plusieurs collèges, et que d'autres ont"'
' Le fils aine de M. de Fleury, proiiQ- ' Kils du même magistrat, reur général.
ntièrement abandonné. Sans prétendre condamner ceux de mes onfrères qui pensent autrement que moi sur cette matière , ce uine m'appartient point, je ne puis m'empêclier d'approuver xtrêmement la conduite de ceux qui ont cru devoir renoncer bsolument à la coutume d'exercer les jeunes gens à la déclamaon en leur faisant réciter des tragédies, parce qu'il me semle que cette coutume entraîne après elle beaucoup d'inconvéiients.
1. Quelle charge, quel fardeau pour un régent, d'avoir à comoser une tragédie! La profession n'est-elle pas assez dure par lle-méme, sans en appesantir encore le joug par un travail si :iste et si ingrat?
2. J'appelle triste et ingrat un travail dont on ne peut presque as se promettre un heureux succès. On sait ce que coûtaient à I. Racine les pièces de théâtre qu'il nous a laissées; et cependant, utre un génie admirable pour la poésie et des talents singuliers our le théâtre, il avait tout son temps à lui. Que doit-on attendre 'un régent, d'ailleurs fort occupé, et qui peut avoir tout le lérite de sa profession sans avoir le talent de faire de bons vers "ançais, moins encore celui de faire de grands poèmes.^
3. S'il y a quelque chose capable de ruiner la santé d'un proesseur, c'est d'exercer à la déclamation, pendant un temps asez considérable, huit ou dix écoliers. Il faut , comme le dit Juénal des maîtres de rhétorique , avoir une poitrine de fer pour ésister à une fatigue si accablante :
Declamare doces , o ferrea pectora , Vecti !
'en appelle à l'expérience.
4. Il arrive souvent que les écoliers , sous prétexte de se préparer à la tragédie , abandonnent ou négligent pendant près de eux mois le devoir essentiel de la classe ; ce qui n'est pas un letit inconvénient.
5. .le n'insiste point sur la dépense qu'entraînent nécessairenent les tragédies , ni sur la peine qu'on a souvent à trouver des cteurs, qui se croient quelquefois en droit de faire la loi au irofesseur, parce qu'il ne peut s€ passer d'eux.
6. Encore si les jeunes gens tiraient de cet exercice un profit
solide et durable! Mais il faut, pour l'ordinaire, que, le lendcm^* main du jour où la tragédie a été représentée , on oublie tout cmP qu'on s'est bien donné de la peine à apprendre par cœur. piil
On a prétendu remédier à une partie de ces inconvénients eps op choisissant des tragédies composées par les plus habiles auSiP^" teurs, et en les accommodant au théâtre des collèges, c'est-à-dire iM^" en retranchant de ces pièces les personnages de femmes -, et il faut^il*^ avouer qu'on y a réussi en partie , et que par là on remplit la»''*' mémoire des jeunes gens d'excellents morceaux de poésie qui peu^iF vent beaucoup servir à leur former l'esprit et le goût. 0f
7. Mais il peut y avoir dans cet usage-là même un défaut , qui ^ est commun aux bonnes et aux mauvaises tragédies. Quintilie: observe ' , après Cicéron , qu'il y a une grande différence entrelûir' la prononciation des comédiens et celle des orateurs, quoique! l'on doive convenir que l'une peut servir à l'autre. Si cela estj pourquoi exercer les jeunes gens dans une manière de prononcer qu'il faudra nécessairement qu'ils évitent quand ils auront à parler en public?
8. Une des grandes peines du régent dans cet exercice ( je l'ai plusieurs fois éprouvé , et je ne suis pas le seul) , c'est de contenir dans l'ordre les écoliers qu'on est souvent obligé de réunir ensemble , et sur lesquels il est difflcile de veiller comme on le doit, le soin de former à la déclamation ceux qui parlent actuellement demandant l'attention du maître tout entière.
9. Je finis , pour abréger , par rinconvéuient qui doit paraître le plus grand, parce qu'il peut nuire à la piété et aux mœurs ; c'est le danger qu'il y a que cette sorte d'exercice ne fasse naître dans l'esprit des maîtres et des écoliers , comme cela est assez naturel , le désir de s'instruire par leurs yeux de la manière dont on doit iP' driclamer les tragédies , de fréquenter pour cela le théâtre , et de prendre pour la comédie un goût qui peut avoir des suites bien funestes , surtout à cet âge.
Ce qui contribue le plus, si je ne me trompe , à conserveries tragédies , c'est que plusieurs les regardent comme le seul moyen de
■ it Ne gestas qaidem omnis ac motas praestare débet orator , plurimum tamen a comœdis petendus est.Qaanquamenim aberit a scenico... (Quintil. lib. I, utrumque corum ad querodam ntodum cap. H.)
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mer à la distribution des prix une certaine solennité nécesre pour exciter et pour entretenir parmi les jeunes gens l'émuon, qui est un des grands avantages des collèges. A cela je ne s opposer une meilleure réponse que l'expérience même. J'ai , pendant plus de vingt ans de suite, distribuer les prix dans exercice ordinaire avec une très-grande célébrité et un trèsind concours de personnes choisies et distinguées , qui pendant it l'exercice gardaient un profond silence ; ce qui n'ar rive pas ijours quand on représente des pièces de théâtre. Cela n'est Ht particulier à un collège. Il y en a plusieurs où ces exercices font avec beaucoup d'éclat ; et tout récemment il s'en est fait au collège de la Marche, pour la distribution des prix , où l'auoire était très-nombreux et très-choisi, et où le répondant ' st acquis une grande réputation.
routes ces raisons , jointes ensemble , me font croire que la gédie convient moins aux jeunes gens que les autres exercices Qt j'ai parlé. Mais , comme les sentiments doivent être libres qu'ils sont partagés sur ce sujet, je n'ai garde de blâmer ceux i retiennent l'ancien usage en y apportant toutes les précau- DS nécessaires.
Éducation des filles. Une des plus essentielles , ce me semble, . de ne point faire entrer dans les tragédies la passion de l'amour, elque honnête et légitime qu'elle puisse paraître. « Tout ce 5ui peut faire sentir l'amour, dit M. de Fénelon, plus il est idouci et enveloppé , plus il me paraît dangereux. » M. de la )chefoucauld pense de même. « Tous les grands divertissenents, dit-il, sont dangereux pour la vie chrétienne ; mais entre tous ceux que le monde a inventés , il n'y en a point qui soient )lus à craindre que la comédie. C'est une peinture si naturelle 3t si délicate des passions, qu'elle les anime et les fait naître dans notre cœur , et surtout celle de l'amour , principalement lorsqu'on se représente qu'il est chaste et fort honnête; car 3his il paraît innocent aux âmes innocentes, et plus elles sont capables d'en être touchées, etc. »
Je ne parle point ici du ballet et de la danse , qui servent quel-
' C'était le (ils de M. de Fieubet , conseiller au parlement.
;|Stl
308 TKAITÉ DES ETUDES.
quefois d'accompagnement à la tragédie , parce que cette coutun n'a point lieu dans l'université. f^
Il s'y était glissé un abus encore plus intolérable , et défendf expressément par la loi de Dieu ' ( je ne sais pas quelle eu étaf' l'origine ) , et qui a duré longtemps : c'était de travestir les jeump gens en femmes dans les tragédies. Avait-on pu ignorer , pendair tant d'années, qu'une telle coutume , pour me servir des tennrf"^ de l'Écriture, était abominable devant Dieu? L'imprudence cr quelque personne, peut-être peu instruite ou peu religieuse, l'aur'd'abord introduite. On a suivi après , sans réflexion , un usa#' qu'on a trouvé établi. Dès que l'université l'a défendu, tout F monde a ouvert les yeux , et s'est rendu à un règlement si sagp et si nécessaire. Ceux qui y eurent le plus de part y furent prit cipalement déterminés parce qu'ils avaient entendu dire d'u professeur fort habile et encore plus homme de bien^* , qui témo gna en mourant une peine extrême d'avoir suivi cette coutume! qu'il savait avoir été pour quelques écoliers une occasion de dé règlement. C'est là letemps et la situation oùil faut se placer pou ' juger sainement de ce qui est à suivre ou à éviter.
lls'est fait depuis peudansle collège de l'Esquile, à Toulouse^ confié aux soins des révérends pères de la Doctrine chrétienne " un changement qui a rapport h la matière que j'ai traitée au com mencement de cet article ; et je crois en devoir ici faire part ai public.
La distribution des prix , établie sagement dans toutes le* écoles pour animer les jeunes gens à l'étude par la vue d'une ré| compense honorable, se faisait de temps immémorial dans le colT lége de l'Esquile après la représentation d'une tragédie, comra(f dans presque tous les collèges des autres villes et provinces dr royaume. Ce sont messieurs les capitouls de Toulouse qui prési' dent, au nom de toute la ville, à cette distribution, laquelle s(j faitavec beaucoup de pompe et de solennité ; ce qui marque qu'orj y regarde le soin de l'éducation de la jeunesse comme un objet public, et comme une des parties les plus essentielles d'un bon gouvernement.
' « Non induetur mulier veste virili , (Deut. 22, 5 ) nec vir utetur Teste feminea : abomina- ^ M. de BelleTille , professeur de rhébilis enim apad ÎJeum est qui facit haec. » torique an collège du Plessis.
Les professeurs de rhétorique de ce collège, uniquement atitifs à l'avancement de leurs disciples, voyaient avec peine Duis longtemps les inconvénients attachés à la représentation s tragédies; mais une retenue naturelle à des personnes moites, et qui se délient de leur propre sentiment, les empêchait se déclarer contre une coutume si ancienne et si générale. fin, néanmoins, l'amour du bien public les rendit plus hardis, ils proposèrent de substituer à la représentation de la tragédie exercice littéraire, tel qu'ils apprenaient qu'il s'en faisait dans plupart des collèges de l'université de Paris. Comme le channent proposé regardait l'intérêt public, il se tint, le 13 mai Î8 , une assemblée générale de tout le corps de la bourgeoisie, s sortes d'assemblées sont présidées par deux commissaires parlement, et messieurs les gens du roi y assistent et y opi- Qt. Celle dont il est ici question était fort nombreuse et oisie. Entre plusieurs personnes qui opinèrent sur la matière jposée, M. Lardos, célèbre avocat, homme de lettres, et géraleraent estimé , fit un excellent discours dans lequel , après oir exactement détaillé la manière dont les prix avaient été jstribuès jusqu'alors, et comment on s'était gratuitement irajsé le joug de la tragédie , il fit toucher au doigt combien il y iait à gagner dans le changement que les pères de l'Esquile jOposaient. Messieurs les magistrats du parlement approuvè- |at fort le sentiment de l'avocat cité plus haut. Ainsi il fut jcidé ce jour-là que la tragédie serait supprimée, et que l'on jmmerait des commissaires pour concerter avec les pères de squile la nature de l'exercice qui en tiendrait lieu dans la jite. Les commissaires furent nommés, et pris parmi les bourjois, selon l'usage, par le commissaire du parlement, qui ne jînqua pas de mettre de leur nombre l'avocat qui avait si bien jrlé. Messieurs les capitouls donnèrent jour pour le sept de in suivant ; et ce fut alors qu'avec eux et les quatre commisires nommés, et les pères de l'Esquile, on régla tout ce qui rerdait le nouvel exercice public , où désormais devait se faire distribution des prix. Messieurs les capitouls et commissaires darèrent tous, en opinant, qu'ils acceptaient sans aucun langement le projet que les pères avaient proposé , et qu'ils se
croyaient obligés de les remercier d'avoir fait une proposition siCif utile à la ville. C'est ainsi que l'affaire fut terminée ; et les deuiirii exercices qui se sont faits depuis en conséquence, en 1738eioK! 1739, ont convaincu le public de la sagesse et de l'utilité dîsdt cette délibération. La distribution des prix s'est faite dans cespli deux exercices avec beaucoup plus de paix et de dignité que d iJ temps des tragédies, et l'assemblée était bien plus choisie. lidi Je ne puis le dissimuler, un tel changement, dans une grandeeoDtr puissante ville comme Toulouse, m'a causé un sensible plaisirolfo et la maturité avec laquelle la chose a été examinée, et décidémc contre le préjugé de la coutume et d'un usage ancien , me conrati firme dans ce que j'ai toujours pensé sur ce sujet, en mêmleilr temps qu'elle me donne lieu d'admirer la prudence, le bon senSocn l'amour du bien public, qui ont animé dans cette occasion lesctji magistrats et les habitants de Toulouse. Je sais que des personiDot nés, aussi distinguées dans Toulouse par leur rang que parleu Lj esprit et leur bon goût, ont beaucoup contribué à ce changesle ment , étant fort en état de donner conseil sur les exercices lit téraires, dont l'un d'eux • au moins a fait autrefois à Paris unes si heureuse expérience. Je souhaite que cet établissement réus sisse de plus en plus à Toulouse , et il me semble qu'on a tou lieu de l'espérer; et je souhaite fort aussi qu'un exemple si util ait beaucoup d'imitateurs.
§111. De la prononciation.
J'ai promis de dire un mot de la prononciation , qui fait pai tie de la rhétorique, et c'en est ici le lieu. Il est à craindre qui ■ les maîtres ne la négligent trop, et pour eux-mêmes, et pour leur^ disciples. On doit, surtout dans les classes plus élevées, pren dre chaque semaine un jour pour y exercer les jeunes gens à L déclamation pendant l'espace au moins d'une demi-heure. J'ai vu pratiquer assez régulièrement cette coutume pendant que j'é^ tais écolier; et je m'y suis conformé étant devenu maître. L traité de Quintilien ^ sur la prononciation est court , mais excel lent; et il peut être fort utile aux maîtres, en y joignant celm
iDS
< M. te président de Caaiet. — ^ Lib. 1 1 , e. 3. )IS f,
TBAITï? DES ÉTUDES. 311
Cicéron'. Il y en a un autre en français, mais manuscrit, li vient du fameux M. Lenglet', qui excellait dans l'art de ononcer, encore plus que dans tout le reste. Je me servirai de 5 différents traités pour donner sur la prononciation les règles > plus générales , et qui sont le plus d'usage. La réponse de Démosthène^ sur ce qu'il jugeait tenir le preier rang dans l'éloquence est connue de tout le monde ; et elle jntre que ce grand homme regardait la prononciation , nonulement comme la plus importante qualité de l'orateur, mais un certain sens, comme l'unique. En effet, c'est cette qualité nt le défaut peut le moins se couvrir, et qui est le plus capai découvrir les autres; et l'on voit souvent qu'un discours mé- 3cre, soutenu de toute la force et de tous les agréments de ction , fait plus d'effet que le plus beau discours qui en est nué.
L'action est composée de deux parties, qui sont la voix et le ste, dont l'un frappe les oreilles, et l'autre les yeux, deux ns par lesquels nous faisons passer nos sentiments et nos pen- 3s dans l'âme des auditeurs.
i. De la voix.
Quintilien donne à la voix et à la prononciation les mêmes alités qu'au discours même.
1. Elle doit être correcte'*, c'est-à-dire exempte de défauts , sort€ que le son de la voix et de la prononciation ait quelque
ose d'aisé, de naturel, d'agréable, accompagné d'un certain ' de politesse et de délicatesse, que les anciens nommaient icrnité, qui consiste à en écarter tout sou étranger et rustique.
2. La prononciation doit être claire^; à quoi deux choses Qtribueront. La première, c'est de bien articuler toutes les llabes; car souvent on mange les unes, et on ne fait que glisser r les autres. Mais le défaut le plus ordinaire , et qu'on doit
De Orat. 1. 3 , n. 213-'22.T. * « Emendata erit , id est vitio ca«e-
■ M. I.englet tenait ce traité d'un bit , si fuerit os facile , emendatum , ju-
^bre acteur de sou temps, nommé cundum , urhanum : id est , in qao nuUa
ridor. neque rusticitas , neque peregriaitas re-
De Duat. 1. 3, n. 213, Ouintil. 1. 11, sonet. » (Quiht.)
». 3. *" Qniiitil.
^:ia
éviter avec le plus de soin , c'est de ne point assez appuyer su les dernières syllabes, et de laisser tomber sa voix à la fin dèl périodes. Comme il est nécessaire de faire sentir chaque mot rien aussi n'est plus désagréable ni plus insupportable qu'uri prononciation lente et traînante, qui appelle, pour ainsi diref toutes les lettres, et semble les compter les unes après les autre?
La seconde observation * est de savoir soutenir et suspendr sa voix par différents repos et différentes pauses qui composet[' une même période. Un exemple rendra la chose plus sensible ; j le tire d'un autre endroit de Quintilien. Les points marquer ici les repos. Jnimadverti , judices... omnem accusatoris orù tionem... in duas... divisam esse partes^. Cette courte périod! ne renferme qu'un sens unique, qui ne serait distingué par au, cune virgule, sans le moi judices, qui est une apostrophe : ce pendant la cadence, l'oreille, la respiration même, demanden différents repos, qui font tout l'agrément de la prononciation En accoutumant les écoliers à faire ces pauses dans la lecture même où il n'y a point de virgule , on leur apprend en mêm temps à bien prononcer.
3. On appelle prononciation or«ee' celle qui est secondée d'ui heureux organe, d'une voix aisée, grande , flexible, ferme, dura ble , claire, sonore , douce et entrante. Car il y a une voix fait' pour l'oreille , non pas tant par son étendue que par une facilit cl se laisser manier comme on veut; susceptible de tous les sons depuis le plus fort jusqu'au plus doux, depuis le plus haut jus qu'au plus bas; semblable à un instrument monté de toutes se cordes, qui rend tel son qu'il plaît à la main d'en tirer 5. Outn cela , il faut une grande force de poitrine , et des poumons capa blés de fournir aux plus longues périodes , et d'y fournir long temps.
Ce n'est pas par de violents efforts , ni par de grands éclats
' 'c ut est autem necessaria Terborum * Idem,
explanatio jitaomnescompntare et vclut ^ « Omnes voces, ut nervi in iidibu
aonumerare litteras , molestum et odio- ita sonant , ut a motu animi quuqai
ïum. » (Idem.) sunt pulsae. » (Cic. de Orat. lib. 3, n
'' QuinUl. 216.)
3 Id. 1. »,c. 4.
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u'on vient à bout de se faire entendre , mais par une prononiation nette, distincte, soutenue. L'habileté consiste à savoir aénager adroitement les différents ports de voix , à commencer .'un ton qui puisse hausser et baisser sans peine et sans conrainte, à conduire tellement sa voix qu'elle puisse se déployer out entière dans les endroits oii le discours demande beaucoup e force et de véhémence , et principalement à bien étudier et a uivre en tout la nature.
L'union de deux qualités opposées, et incompatibles en appa-
[euce, fait toute la beauté de la prononciation : l'égalité et la
ariété. Par la première, l'orateur soutient sa voix, et en règle
élévation et rabaissement sur des lois fixes qui l'empêchent
'aller haut et bas, comme au hasard , sans garder d'ordre ni
e proportion. Par la seconde , il évite un des plus considérables
éfauts qu'il y ait en matière de prononciation , je veux dire une
nnuyeuse monotonie : et il y jette au contraire une agréable
ariété ' , qui réveille, qui soutient, qui charme les auditeurs ;
mblable en cela aux peintres ^ , qui , par une infinité de nuan-
es et de teintes presque toutes imperceptibles, et par l'heureux
lélangedu clair et de l'obscur, savent donner du relief à leurs
ibleaux , et y garder les justes proportions que chaque partie
emande. Quintilien fait l'application de cette dernière règle à la
remière période de l'exorde du beau plaidoyer de Ciceron pour
[ilon. Cet endroit mérite d'être lu aux jeunes gens.
Il y a un autre défaut non moins considérable que celui de
monotonie, et qui en tient beaucoup aussi , c'est de chanter
1 prononçant. Ce chant consiste à baisser ou à élever sur le
éme ton plusieurs membres d'une période, ou plusieurs pé-
pdes de suite , en sorte que les mêmes inflexions de voix revien-
:*nt fréquemment, et presque toujours de la même sorte.
4. Enfin la prononciation ■* doit être proportionnée aux sujets
le l'on traite ; ce qui paraît surtout dans les passions , qui ont
utes , s'il est permis de parler ainsi , un langage propre et un
' « Ad aure» nostras et actioais sua- ^ « Ili sunt actori , ot pictori, expoateni , quid est vicissitudine, et va- siti ad variaudum colores. » (Id. ibid. u. :tate , et fommutatioDc uptius? n (Id. '.JI7.)
d. n. 225.) 3 Quintil.
fK. UtS ÉTID. T. Iir.
ton particulier ' : car autre est celui de la colère, autre celui delr la compassion , et ainsi du reste. Pour les bien exprimer, il fautiiK commencer par les ressentir ^ ; et pour cela se représenter vive4iei ment les choses, et en être touché comme si elles se passaient|]i en nous-mêmes. De cette sorte la voix , comme interprète de nosk sentiments, portera sans peine dans l'esprit des auditeurs la a même disposition qu'elle aura prise dans le fond de notre cœur ; car, fidèle image de l'ame, elle reçoit toutes les impres-ik sions, tous les changements dont l'ame elle-même est suscep-)| tible. Ainsi dans la joie elle est claire , pleine , coulante ; dansji la tristesse, au contraire, elle est traînante, basse et sombreif La colère la rend rude, impétueuse, entrecoupée. Quand il,| s'agit de confesser sa faute, de faire satisfaction, de supplier, elle devient douce, timide, soumise. En un mot, elle suit 1^ nature , et emprunte le ton de toutes les passions.
Elle varie de même et prend différents tons, selon les différentes parties du discours : elle se conforme à la diversité des sentiments, et quelquefois même , quoique plus rarement, à la|e nature et à la force de certaines expressions particulières. On, sent combien il serait ridicule de commencer tout d'un coup un discours par un ton élevé et violent ^, rien n'étant plus propre à gagner les esprits que la modestie et la retenue. Les récits, destinés à mettre l'auditeur au fait de la chose dont il s'agit, demandent un ton simple, uni, tranquille, et semblable à peui près à celui de la conversation. Il en est ainsi de tout le reste.ijt