Eyitretenir dans les troupes une discipline exacte
La discipline militaire est comme l'àme de l'armée , qui en lie et unit ensemble toutes les parties, qui les met en mouve-
' « Omnia ei hnstium haudsecas quam tes agebantur, eum faUebat. » (Id. ibid. »ua nota erant. » Lib. liv -l'I , n. 41.) n. 28.)
« Necquicciuameorum , <iuse apud hos- ■" Liv. ïi'o. 30, n. 3.
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ment ou les tient en repos selon le besoin , qui marque et distribue à chacune ses fonctions, et qui les contient toutes dans le devoir.
On convient que nos deux généraux excellèrent dans cette partie ; mais il faut avouer que dans ce genre le mérite d'Annibaldoit paraître fort supérieure celui de Scipion'. Aussi l'on a toujours regardé comme le dernier effort et comme le chefd'œuvre de l'habileté militaire , qu'Annibal , pendant seize ans qu'il fit la guerre dans une terre étrangère, si loin de sa patrie, avec des succès si différents, a la tête d'une armée composée , non de citoyens carthaginois , mais d'un amas confus de plusieurs nations , qui n'étaient unies entre elles ni par les coutumes ni par le laqgage , dont les habits, les armes, les cérémonies, les sacrifices , les dieux même, étaient différents; qu'Annibal, dis-je, les ait tellement liées ensemble, qu'il ne se soit jamais élevé de sédition ni entre elles , ni contre lui , quoique souvent les vivres leur eussent manqué, et que le payement de leur solde eût été plusieurs fois différé. Combien fallait-il pour cela que la discipline fût solidement établie et inviolablemeut observée parmi les troupes !
5. l ivre d'une manière simple , modeste, frugale , laborieuse.
C'est un bien mauvais goût, et qui marque peu d'élévation d'esprit et peu de noblesse d'âme, que de faire consister la grandeur d'un officier ou d'un général dans la magnificence des équipages, des meubles, des habits, de la table. Comment des choses si frivoles ont-elles pu devenir des vertus militaires? Que supposent-elles , sinon de grandes richesses ? et ces richesses sont-elles toujours la preuve d'un mérite solide et le fruit de la vertu ? C'est la honte de la raison et du bon sens ; c'est la dégradation d'un peuple aussi belliqueux que le notre , que de nous réduire aux mœurs et aux coutumes des Perses, en introduisant le luxe des villes dans le camp et dans les armées. Le temps, les soins, les dépenses que tout cet attirail entraine nécessairement après soi, un officier, un commandant, ne trou-
' ).iv. lib. 28, a. IX.
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vent-ils point à quoi les mieux employer, et ne les doivent-ils pas à leur patrie? Les anciens capitaines pensaient et agissaient bien autrement.
Tite-Live fait d'Annibal un éloge dont je ne sais si plusieurs de nos officiers ne croiraient pas devoir rougir : « Il n'y avait « point de travail, dit-il, qui pût lasser son corps ou abattre son « esprit. Il supportait également le froid et le chaud. C'était la « nécessité et le besoin , non le plaisir, qui réglaient son boire « et sou manger. 11 n'avait point d'heure uîarquée pour dormir '■ « il donnait au sommeil le temps que lui laissaient les affaires, « et il ne se le procurait point par le silence, ni par la mollesse « de son lit. On le trouvait souvent couché parterre, dans une « casaque de soldat , parmi les sentinelles et les corps de garde. « Use distinguait de ses égaux , non par la magnificence de ses u habits , mais par la bonté de ses chevaux et de ses armes. »
Polybe, après avoir loué Scipion sur les vertus éclatantes qu'on admirait en lui, sa libéralité, sa magnificence, sa grandeur d'âme , ajoute que ceux qui le connaissaient de près n'admiraient pas moins en lui la vie sobre et frugale qu'il menait • , qui le mettait en état de donner toute son application aux affaires publiques. Il n'était pas fort occupé de sa parure. Elle était mâle et militaire, fort convenable à sa taille, qui était grande et majestueuse \ Prxterquam quod suapte natura multa rnajestas inerat, adornabat promissa cxsarles Juibitusque corporis , non cultus munditiis , sed virilis vere ac mititaris. Ce que Sénèque nous dit ^ de la simplicité de ses bains et de sa maison de campagne nous laisse à juger de ce qu'il était dans le camp et à la tête des troupes.
C'est en menant de la sorte une vie sobre et frugale que les généraux peuvent remplir cette partie de leur devoir, que Cambyse recommande a son (ils Cyrus ^ avec tant de soin , comme extrêmement propre à animer les troupes et à leur faire aimer leurs chefs ; qui est de donner l'exemple du travail aux soldats , en supportant comme eux, et même plus qu'eux, le
' 'AYXt'>'Ou;, xai vrjTrxrj;, xal t^ ^ Liv. lib. 28, n 35. ôiavoiaTTcpi t6 TipoTEÔèv èvteTaaévo;. '' ^^°- i^pist. 86. iIVtïB.'pag. 577 , Xeuoph. ia Cyrop. 1. I.
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froid, le chaud et la fatigue : en quoi ' , dit-il, la différence sera toujours fort grande entre le général et le soldat : parce que celui-ci, dans le travail, n'y sent que le travail et la peine ; nu lieu que l'autre, exposé en spectacle aux yeux de toute l'araiée, y trouve l'honneur et la gloire, motifs qui diminuent beaucoup du poids de la fatigue, et qui la rendent plus légère.
Ce n'est pas que Scipiou fut ennemi d'une joie sage et modérée. Tite-Live^ , en parlant de la réception honorable que lui flt le roi Philippe lorsqu'il passa avec son frère par ses États pour marcher contre Antiochus , remarque que Scipion y fut très-sensible, et qu'il admira dans le roi de Macédoine les manières gracieuses et insinuantes dont il sut assaisonner les repas qu'il lui donna; qualités, ajoute Tite-Live, que cet illustre Romain, si grand dans tout le reste, trouvait estimables, pourvu qu'elles ne dégénérassent point en luxe et en faste.