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Éloge de la clémence de César

Marcellus , en toute occasion , s'était déclaré contre César d'une manière tout-à-fait injurieuse , et sans garder aucun ménagement. Néanmoins, quand ce dernier fut revenu vainqueur

à Rome , il voulut bien , à la prière du sénat , pardonner à Marcellus, et lui rendre ses bonnes grâces.

Il s'agit de faire valoir cette action. Pour cela , il est assez naturel de la comparer avec les victoires de César, et de lui donner la préférence. Ce sera donc là comme la proposition , à laquelle toutee lieu commun se rapportera : La clémence que César vient de faire paraître en par donnant à Marcellus l'emporte de beaucoup sur toutes ses victoires.

Mais cette proposition doit être traitée avec beaucoup d'art et de délicatesse. On demande aux écoliers s'il n'est point à craindre que cette comparaison , qui va , ce semble , à diminuer l'éclat des victoires , ne blesse un conquérant fort jaloux ordinairement de cette gloire. On leur fait entendre que le moyen de prévenir ce mauvais effet , est de commencer par accorder de grandes louanges aux actions guerrières de César, et c'est ce que Cicéron fait d'une manière merveilleuse. Cette règle de rhétorique sera expliquée dans la suite sous le titre de précautions oratoires.

' Nulliiis tantum est flumen ingenii , nulla dicendi aut scribendi lanta vis tantaque copia , quœ , non dicam exornare , sed enarrare, C. Caesar, res tuas gestas possit : lanaen hoc affiiTOO , et hoc pace dicam tua , nuilam in his esse laudem ampliorem , quam eam qiiam hodierno die consecutus es. Soleo saepe ante oculos ponere , idque libenter crebris Jisurpare sermonibus, omnes nostrorum imperatorum , omnes exterrarum geutium potentissiraorumque populorum, omnes clarissimorum regum res gestas , cum tuis nec contentionum magnitudine , nec nu-

• « Jamais l'éloquence avec toutes ses les vôtres , soit qu'on examine la gran-

richesses et toute sa pompe , jamais les deur des guerres , ou la multitude dea

plus beaux génies ne pourront , César, batailles , ou la variété des pays , ou la

soutenir la grandeur de vos exploits; loin rapidité du succès , ou la diversité des

d'ypouvoir ajouter un nouveau lustre par entreprises. Vous avez soumis par vos

la manière de les raconter. J'ose cepen- victoires un grand nombre de régions sé-

dant assurer, et vous me permettrez de parées les unes des autres par de vastes

le dire ici en votre présence, que parmi espaces, et vous les avez parcourues en

tant d'actions si éclatantes il n'en est conquérant, avec autant de vitesse qu'au-

point qui vous soit plus glorieuse que celle rait pu faire un voyageur. 11 faudrait

dont nous venons d'être les témoins. Je s'aveugler volontairement pour pas ne

pense souvent en moi-même , et je me convenir que de tels exploits ont une

fais un vrai plaisir de le publier, que les grandeur qui passe presque tout ce que

hauts faits de nos plus célèbres guerriers, nos idées nous en peuvent représenter,

ceux des plus illustres potentats , ceux II y a néanmoins encore quelque chose

des plus belliqueuses nations de l'univers de plus grand et de plus admirable. » ne peuvent entrer en comparaison avec

mero preeliorura , nec varietate regionum , nec celeritate conncieinli, nec dissimilitudine bellorum posse conferri : nec vero disjunctissiinas terras citius cujusquam passibus potuisse peragrari , quam tuis , non dicam cursihus,sed victoriis illustratae sunt ( aZias lustratœ sunt). Quœ quidem ego nisi ita magna esse fatear, ut ea vix cujusquam mens aut cogitatio capere possit , amens sim , sed tamen sunt alia majora.

(Pro Marcello, n. 4,10.)

Après qu'on a pris cette précaution , on vient à comparer les actions guerrières de César avec la clémence qu'il a fait paraître en rétablissant Marcellus; et l'on préfère celle-ci aux autres pa trois raisons , qui peuvent aisément venir dans l'esprit des jeu» nés gens , du moins les deux premières.

1" Raison. Un général n'a pas seul toute la gloire d'une victoire , au lieu que celle de la clémence que César vient de montrer lui est propre et personnelle. Voilà la proposition simple. L'éloquence consiste à l'étendre , à la développer, et à la mettre dans tout son jour. Par des interrogations faites à propos , on conduit les jeunes gens à trouver eux-mêmes plusieurs choses qui partagent avec le général la gloire des combats : et ils ajoutent qu'il n'en est pas ainsi de celle que César s'est acquise en pardonnant à Marcellus.

I Nam bellicas laudes soient quidam extenuare verbis , easque detrahere ducibus, communicare cum militibus, ne propriae sint impcratorum. Et certe in armis militum virtus, locorum opportunitas , auxilia sociorum , classes , commeatus, multum juvant. Maximam vero partem quasi suo jure fortuna sibi vindicat, et quicquid est prospère gestum, id pêne omne ducit suum.

^ At vero hujus gloriae, C. Cœsar, quam es paulo ante adeptus,

> « Car pour ce qui est des actions pagnon ni de concurrent qui puisse Toas guerrières, il se trouve des gens qui pré- disputer la gloire que votre clémence tendent en diminuer l'éclat en soutenant vient de vous acquérir, uelque brillante que le soldat en partage la gloire avec qu'elle soit , et elle l'est infiniment, vous le chef , qui dès-là ne peut se l'appro- la possédez seul tout entière. Ni le .soldat, prier. En effet, la valeur des troupes, ni l'officier, ni les troupes dt pied, ni l'avantage des lieux , les secours des al- celles de cavalerie, ne peuvent y prétenliés, les armées navales , la facilité des dre. La fortune même, cette fière maiconvois, tout cela sans doute contribue tresse des événements humains, ne peut beaucoup à la victoire. La fortune sur- rien vous dérober de cet honneur ; elle tout se croit en droit de s'en attribuer la vous le cède entièrement , et avoue qu'il plus grande partie, et se regarde presque vous appartient en tout et en propre , conme la seule et unique cause des heu- puisque la témérité et le hasard ne se reux succès. » trouvèrent jamais où président la sagesse

* a Mais ici vous n'avez point de com- et la prudence. »

«ocium habes nerninem. Totum hoc, quantumcumque est, quod cerle maximum est, totum est, inquam, tuum. Nihil sibi ex ista laude centurio, niliil praefectus, nihil cohors, nihil turma decerpit. Quin etiam illa ipsa rerum humanarum domina fortuna , in istius se societatem gloriae non offert. Tibi cedit : tuam esse totam et propriam fatetur. Nunquam enim temeritas cum sapientia commiscetur, nec ad ccMisilium casus admittitur.

IV Raison. Il est moins difficile de vaincre des ennemis que de surmonter ses passions.

' Domuisti gentes immanitate barbaras , multitudine innumerabiles , locis infinitas , omni copiarum génère abundantes : sed tamen ea vicisti quse et naturam et conditiouem ut vinci possent habebant. Nulla est enim tanta vis, fanta copia, quœ non ferro ac viiibus debilitaii frangique possit. Verum animum vincere , iracundiam cohibere, victoriam temperare , adversarium nobilitate , ihgenio, virtute pr.Testautem , non modo extollere jacentem , sed etiam amplificare ejus pristinam dignitatem: haec qui faciat , non ego eum cum summis viris comparo, sed simillimum deo judico.

IIP Raison. Il y a dans les combats quelque chose de tumultueux qui , même dans le récit qu'on en entend faire , cause je ne sais quel trouble; au lieu que les actions de bonté et de clémence flattent agréablement l'esprit , et gagnent le cœur de tous ceux qui en entendent parler.

* Itaque , C. Cœsar, bellicae tuae laudes celebrabuntur illae quidem non

I « Vous avez soamis des peuples in- grands hommes , mais presque semblable

nombrables , répandus en beaucoup de aux dieux. >

pays différents, fofmidables par leur fé- 2 « Vos conquêtes, César, se liront rocité , pourvus abondatnment de tout ce à la vérité dans nos annales et dans celqul est nécessaire pour se défendre : mais les de presque tous les peuples , et la après tout vous n'avez vaincu pour lors postérité la plus reculée ne se taira jaque ce qui était de nature et de condition mais sur vos louanges. Mais lorsqu'on lit à être vaincu; car il n'est rien de si puis- ou qu'on entend le récit des guerres et sant ni de si redoutable dont le fer et la des batailles, il arrive je ne sais com> force ne puissent enfin venir à bout : ment que l'admiration qu'elles excitent mais se dompter soi-même, étouffer son est en quelque sorte troublée par le cri ressentiment, mettre un frein à la vie- tumultueux des soldats et parle son éclatoire, relever un ennemi abattu, un tant des trompettes. Au contraire, le récit ennemi considérable par sa naissance, d'une action où paraissent la clémence, par son esprit, par son courage, et non- la doaceur, la justice , la modération , seulement le relever, mais le faire monter la sagesse, principalement si ellç est à un plus haut point de fortune qu'il n'é- faite malgré la colère toujours ennemie tait avant sa chute ; en user ainsi, c'est se des réflexions , et dans la victoire natureadre, je ne dis pas comparable aux plus reUement superbe et insolente ; le récit ,

solum nostri*, sed pêne omnium geutium litteris atque linguis ; nequc uUa unquam œtas de tuis laudibus conticescet : sed tamen ejiismodi res , etiam du m audiuntur aut dum leguntur, obstrepi clamoie militum videntur et tubarum sono. At vero quum aliquid clementer, mansuete, juste, moderate, sapienter factum, in iracundia praesertim, quœ est inimica consilio , et in Victoria , quîe natura insolens et superba est, aut audimus , aut legimus; quo studio incendimur, non modo in gestis rébus , sed etiam in fictis, ut eos sœpe, quos nunquam vidimus, diligamus !

' Te vero , quem praesentem intuemur, cujus mentem sensusque et os cernimus , ul , quicquid belli fortuna reliquura reipublicœ fecerit , id esse salvum velis , quibus laudibus efferemus ? quibus studiis prosequemur ? qua benevolentia complectemur ? iParietes , médius Fidius , C. Csesar, ut mihi videtur, hujus curiae tibi gratias agere gestiunt , quod \)revi tempore futura sit illa auctoritas in his majorura suorum et suis sedibus.

Matière de composition française donnée par récit.

Il s'agit de faire voir combien M. de Turenne faisait paraître de piété et de religion au milieu même des combats et des victoires.

L'orateur commencera par un lieu commun , où il montrera combien il est difficile à un général qui se trouve à la tête d'une armée nombreuse de ne pas s'élever par l'orgueil, et de ne pas se croire infiniment au-dessus des autres. Les dehors mêmes de la guerre, le bruit des armes, les cris, etc., contribuent à lui faire oublier ce qu'il est, et ce qu'est Dieu. C'est pour lors que les Salmonées , les Antiochus , les Pharaons , ont l'audace et l'impiété de se regarder comme des divinités. Mais aussi la religion et l'humilité ne paraissent jamais avec plus d'éclat que lorsque, dans ces occasions, elles rendent l'homme soumis à Dieu.

dis-je, de cette action, même dans les seins ne tendent qu'à conservera la répuhistoires qui sont feintes , produit en blique tout ce que la fureur de la guerre nous une si douce et si vive impression a épargné, par quelles louanges, par queld'estime et d'amour pour ceux qui en les démonstrations de zèle et de respect sont les auteurs, que nous ne pouvons pourrons-nous vous témoigner notre re nous empêcher de les chérir, quand bien connaissance ? Oui , César, tout est sen même nous nelesanrionsjamais connus. u sible ici à une telle générosité, même ce • ' « Vous donc que nous avons le bon- murailles qui voudraient, ce semble heur de voir de nos yeux, dont nous con- marquer leur allégresse de ce que vou naissons les dispositions et les sentiments allez leur rendre leur ancien éclat et réta les plus intimes ; vous dont tous les des- blir le sénat dans son ancienne autorité.

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C'est dans ces occasions que M. de Turenne faisait paraître plus de piété. On l'a vu souvent s'écarter dans les bois , et, malgré la pluie et la boue, se prosterner par terre pour adorer Dieu. Il faisait dire la messe tous les jours dans son camp , et y assistait avec une singulière dévotion.

Dans le feu même du combat , dans le temps où le succès paraissait infaillible , et où de toutes parts on lui annonçait une victoire assurée , il réprimait la joie des officiers en leur disant : « Si Dieu ne nous soutient , et s'il n'achève son ouvrage , il y a « encore assez de temps pour être battus. »

En faisant relire cette matière , on avertit les jeunes gens des endroits qu'il faut étendre , et on leur donne des ouvertures pour les aider à trouver des pensées.

Matière précédente , traitée par M. Mascaron dans l'oraison funèbre de M. de Turenne.

1 Ne pensez pas , messieurs , que notre héros perdît à la tête « des armées , et au milieu des victoires , ces sentiments de re- « ligion. Certes , s'il y a une occasion au monde où l'âme pleine « d'elle-même soit en danger d'oublier son Dieu , c'est dans ces « postes éclatants où un homme, par la sagesse de sa conduite, « par la grandeur de son courage , par la force de son bras « et par le nombre de ses soldats devient comme le dieu « des autres hommes, et, rempli de gloire en lui-même, rem- « plit tout le reste du monde d'amour, d'admiration , ou de « frayeur. Les dehors mêmes de la guerre, le son des instruments, « l'éclat des armes, l'ordre des troupes , le silence des soldats, « l'ardeur de la mêlée, le commencement, le progrès et la con- « sommation de la victoire, les cris différents des vaincus et des « vainqueurs , attaquent l'âme par tant d'-sndroits , qu'enlevée à <' tout ce qu'elle a de sagesse et de modération , elle ne connaît ni « Dieu ni elle-même. C'est alors que les impies Salmonées osent « imiter le tonnerre de Dieu , et répondre par les foudres de la «* terre aux foudres du ciel : c'est alors que les sacrilèges Antio- « chus n'adorent que leurs bras et leurs cœurs ; et que les insort lents Pharaons, enflés de leur puissance , s'écrient : C'est moi « qui me suis fait moi-même. Mais aussi la religion et l'humilité

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« paraissent-elles jamais plus majestueuses que lorsque , à ce « point de gloire et de grandeur, elles retiennent le cœur de « l'homme dans la soumission et la dépendance où la créature « doit être à l'égard de son Dieu ?

« M. de Turenne n'a jamais plus vivement senti qu'il y avait « un Dieu au-dessus de sa tête que dans ces occasions éclatan- « tes où presque tous les autres l'oublient. C'était alors qu'il re- « doublait ses prières. On l'a vu même s'écarter dans les bois, « où, la pluie sur la tête et les genoux dans la boue, il adorait « en cette humble posture ce Dieu devant qui les légions des « anges tremblent et s'humilient. Les Israélites , pour s'assurer « la victoire , faisaient porter l'arche d'alliance dans leur camp : « et M. de Turenne croyait que le sien serait sans force et sans « défense s'il n'était tous les jours fortifié par l'oblation de la « divine victime qui a triomphé de toutes les forces de l'enfer. « Il y assistait avec une dévotion ei une modestie capables d'ins- « pirer du respect à ces âmes dures à qui la vue des terribles « mystères n'en inspirait pas.

« Dans le progrès même de la victoire , et dans ces moments « d'amour-propre où un général voit qu'elle se déclare pour son « parti , sa religion était en garde pour l'empêcher d'irriter tant « soit peu le Dieu jaloux par une confiance trop précipitée de « vaincre. En vain tout retentissait des cris de victoire autour « de lui ; en vain les officiers se flattaient et le flattaient lui-même « de l'assurance d'un heureux succès : il arrêtait tous ces em- « portements de joie, où l'orgueil humain a tant de part , par ces « paroles si dignes de sa piété : Si Dieu ne nous soutient , et s'il « n'achève son ouvrage ,ily a encore assez de temps pour être a battus. »

Même matière, tirée de M. Fléchier.

L'orateur commencera par dire que M. de Turenne a montré par son exemple que la piété attire les bons succès , et qu'un guerrier est invincible quand il a beaucoup de foi. Il rapportait à Dieu seul la gloire de ses victoires , et ne mettait sa confiance qu'en lui.

Il citera un fait. Ce grand homme , avec peu de troupes , avait

attaqué toutes les forces de TAIlemagne. Le combat fut rude et douteux. Enfin l'ennemi conmençait à plier. Les Français crient que la victoire est assurée. M. de Turenne alors leur dit : Arrêtez, notre sort n'est pas en nos mains, et nous serons nousmêmes vaincus, si le Seigneur ne nous favorise : et levant les yeux vers le ciel, il attend la victoire de Dieu seul.

L'orateur ajoutera ici un petit lieu commun , pour montrer combien il est difficile d'être victorieux et d'être humble tout ensemble. Deux pensées , dont chacune sera tournée en différentes manières et montrée sous différentes faces , formeront ce lieu commun. Il est ordinaire que le vainqueur s'attribue à lui-même le gain de la bataille , et s'en regarde comme l'auteur. Et quand même il en rend à Dieu de publiques actions de grâces, il est à craindre qu'il ne retienne en secret pour lui-même une partie de la gloire qui n'est due qu'à Dieu.

M. de Turenne n'agissait pas ainsi. S'il marche , s'il défend des places , s'il se retranche , s'il combat , s'il triomphe , il attend tout de Dieu , et lui rapporte tout. Il faudra à chacune des parties mettre une pensée particulière.

« ]M. de Turenne a fait voir que le courage devient plus ferme « quand il est soutenu par des principes de religion ; qu'il y a « une pieuse magnanimité qui attire les bons succès malgré les « périls et les obstacles ; et qu'un guerrier est invincible quand il « combat avec foi , et quand il prête des mains pures au Dieu « des batailles qui les conduit.

« Comme il tient de Dieu toute sa gloire, aussi la lui rap- « porte-t-il tout entière , et ne conçoit d'autre confiance que celle « qui est fondée sur le nom du Seigneur. Que ne puis-je vous re- « présenter ici une de ces importantes occasions où il attaque « avec peu de troupes toutes les forces de l'Allemagne » ! Il mar- « che trois jours , passe trois rivières , joint les ennemis , les « combat , et les charge. Le nombre d'un côté , la valeur de l'au- « tre , la fortune est longtemps douteuse. Enfin le courage arrête « la multitude, l'ennemi s'ébranle et commence à plier. Il s'élève « une voix qui crie Fictoire! Alors ce général suspend toute

' Combat d'Eiutzen.

« l'émotion que donne l'ardeur du combat ; et d'un ton sévère : « Arrêtez, dit-il, notre sort n'est pas en nos mains; et nous « serons nous-mêmes vaincus , si le Seigneur ne nous favorise. « A ces mots il lève les yeux au ciel , d'où lui vient son secours ; « et , continuant à donner ses ordres , il attend avec soumission , « entre l'espérance et la crainte , que les ordres du ciel s'exécu- « tent.

« Qu'il est difficile , messieurs , d'être victorieux et d'être hum- « ble tout ensemble ! Les prospérités militaires laissent dans « l'âme je ne sais quel plaisir touchant qui la remplit et l'occupe « tout entière. On s'attribue une supériorité de puissance et de « force : on se couronne de ses propres mains : on se dresse un « triomphe secret à soi même : on regarde comme son propre « bien ces lauriers qu'on cueille avec peine, et qu'on arrose sou- « vent de son sang; et lors même qu'on rend à Dieu de solennel- « les actions de grâces , et qu'on pend aux voûtes sacrées de ses « temples des drapeaux déchirés et sanglants qu'on a pris sur les « ennemis , qu'il est dangereux que la vanité n'étouffe une par- « tie de la reconnaissance , qu'on ne mêle aux vœux qu'on rend « au Seigneur des applaudissements qu'on croit se devoir à soi- « même , et qu'on ne retienne au moins quelques grains de cet « encens qu'on va brûler sur ses autels !

« C'est en ces occasions que M. de Turenne, se dépouillant de « lui-même , renvoyait toute la gloire à celui à qui seul elle ap- « partient légitimement. S'il marche , il reconnaît que c'est Dieu « qui le conduit et qui le guide. S'il défend des places , il sait « qu'on les défend en vain si Dieu ne les garde. S'il se retranche, « il lui semble que c'est Dieu qui lui fait un rempart pour le « mettre à couvert de toute insulte. S'il combat , il sait d'où i] « tire toute sa force ; et s'il triomphe , il croit voir dans le ciel « une main invisible qui le couronne. »

J'ajouterai ici quelques endroits tirés des meilleurs auteurs, et qui me paraissent fort propres à former le goût des jeunes gens, soit pour la lecture, soit pour la composition. Ce qui fait ordinairement la plus grande beauté des discours composés dans le genre démonstratif, sont les descriptions , les parallèles , les lieux communs. Pour en connaître tout l'art et toute la délicatesse , il

ne faut que les dépouiller de tous leurs ornements , et les exprimer d'une manière commune et ordinaire : c'est ce que j'appeiie réduire les choses à une proposition simple. J'essayerai d'en donner quelques modèles dans chaque genre.

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