Histoire grecque
Quand une jeune fille possède parfaitement l'histoire sainte , il la faut faire passer à la profane , et commencer par la grecque. Je comprends sous ce nom toute l'histoire ancienne , distinguée de celle de Rome.
Je lui conseille pourtant de ne point abandonner entièrement l'histoire sainte, qui doit faire l'étude de toute la vie, mais d'en relire tous les jours quelque petite partie dans l'Abrégé , jusqu'à ce qu'elle soit en état et qu'on lui conseille de passer à la lecture de l'Ancien Testament même. Lire un chapitre historique par jour n'est pas un grand travail, et n'emporte pas beaucoup de temps ! mais c'est un hommage , ce me semble , et un respect que l'on doit à l'unique histoire du monde que l'esprit de Dieu ait dictée.
J'ai tâché de faciliter l'étude de Thistoire grecque par l'ouvrage que j'ai donné sur cette matière. Les jeunes personnes qui n'ont point de secours étranger neuvent facilement s'en passer, en
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observant exactement tout ce que font celles qui ont un maître. Il ne faut pas qu'elles se contentent d'une lecture rapide , qui ne laisse presque point de vestiges après soi , et qui n'est propre qu'à satisfaire la curiosité ; défaut naturel au sexe , qu'on doit combattre de bonne heure, et non l'entretenir et l'augmenter en s'y livrant. Il faut revenir sur ses pas , et, après avoir vu un fait tout de suite, le reprendre de nouveau, le relire plusieurs fois, en s'arrêtant davantage sur les plus beaux endroits ; s'en rendre compte ensuite à soi-même avec une sorte de sévérité, et, s'il se peut , en faire un extrait et un abrégé : je marquerai bientôt comment il faut s'y prendre. La plupart des dames se plaignent qu'elles ne retiennent rien de ce qu'elles ont lu : c'est qu'elles ne se donnent pas la peine de lire comme il faudrait , et que dans leur jeunesse elles n'ont pas eu soin de cultiver leur mémoire, qui est naturellement paresseuse, et qui fuit le travail. Il serait à souhaiter que les mères , qui sont les premières maîtresses de leurs filles , leur en tinssent lieu dans cette étude , s'y appliquassent elles-mêmes , et se missent en état de leur en faire rendre compte.
Plusieurs, depuis quelque temps, ont pris des maîtres pour étudier l'histoire, et en ont tiré de grands secours. Les jeunes filles commencent par l'étudier en particulier ; et quand le maître vient, elles lui font le récit de ce qu'elles ont lu et de ce qu'elles ont remarqué. Cette nécessité de rendre compte à un autre, et souvent en présence d'une mère , est un puissant aiguillon qui pique l'amour-propre, et qui oblige de faire des efforts. On a de la peine à être à soi-même son propre censeur ; et si l'on fait tant que de le devenir, c'est toujours avec beaucoup d'indulgence : on est plus porté à satisfaire ceux qui exercent à notre égard cette fonction. Le maître ici observe si l'on a fait un fidèle récit, si l'on n'a point omis des circonstances essentielles , si l'on a insisté sur celles qui sont les plus importantes , et surtout si l'on a été attentif aux réflexions qui sont répandues dans l'ouvrage , et qui sont, à proprement parler, le principal fruit de l'histoire, surtout par rapport aux jeunes personnes dont il s'agit de former le jugement, et à qui l'on cherche à inspirer le goût du vrai et du solide. Le maître, dans cette vue, fait des questions, demande ce qu'on
pense sur certaines actions , si l'on n'en connaît point de semblables dans une autre histoire, et quel jugement on porte des grands hommes et de leur caractère. Voilà ce qui forme l'esprit.
Une jeune demoiselle , âgée seulement de neuf ou dix ans , me racontait l'histoire de Cyrus, qui ne voulut pas voir une jeune princesse qui avait été faite prisonnière, et dont on lui vantait la rare beauté : il chargea seulement un officier d'en prendre tout le soin possible , et d'avoir pour elle tous les égards que son âge et sa naissance exigeaient. Je demandai à la jeune demoiselle si elle n'avait rien vu de pareil dans l'histoire. Elle ne manqua pas de me citer l'exemple de Scipion l'Africain, premier de ce nom, qui vit une princesse dans le même cas , et la traita comme sa sœur. Je voulus savoir ce qu'elle pensait de Cyrus et de Scipion, et auquel des deux elle donnait la préférence dans une action presque toute pareille. D'un côté, me dit-elle, il y a plus de force , et de r autre plus de prudence.
Quand la leçon est finie, la jeune personne repasse ce qui a été expliqué, et en fait l'extrait , qu'elle montre ensuite au maître. Il corrige ce qu'il y a de défectueux, soit pour les pensées, soit pour l'expression ; ajoute ce qui manque au récit , retranche ce qu'il a de superflu; fait remarquer les fautes de langage et d'orthographe. Je ne sache rien qui puisse être plus utile à déjeunes personnes que cette sorte d'exercice. J'en ai vu plusieurs composer leurs extraits avec beaucoup d'exactitude et de justesse. On n'arrivé pas tout d'un coup à cette perfection , mais on y vient peu à peu. L'application et le travail sont toujours suivis ici d'un heureux succès.
Un des maîtres qui enseignaient l'histoire aux demoiselles, pour leur apprendre comme il fallait faire ces extraits , leur en donnait un modèle, que j'ai cru devoir insérer ici. Il y a trois manières de faire ces extraits : l'une, qui est plus longue, et qu'i appelle abrégé ; l'autre , qui est plus succincte , et à qui il donn le nom d'analyse ; enfin la troisième, qui n'est qu'un sommaire^ et qui renferme en gros les principaux événements d'une histoire.
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Abrégé d'un morceau de l'histoire de Cyrus,
Gyrus, fils de Cambyse, roi de Perse, et de Mandane, fille d'Astyage, roi des Mèdes, fut élevé selon les lois de sa nation, qui pour lors étaient excellentes. Le bien public était le principe et le but de toutes ces lois. On regardait l'éducation de la jeunesse comme le point le plus essentiel du gouvernement. L'état s'en chargeait; et l'on envoyait les enfants aux écoles, moins pour y étudier les sciences que pour y apprendre la justice. Le crime qu'on y punissait le plus sévèrement était l'ingratitude; maison était plus attentif à prévenir les fautes par une bonne éducation qu'à les arrêter par le châtiment. Tout y était réglé par rapport aux jeunes gens : exercices, repas, punitions. Une vie toujours occupée , jointe à une nourriture frugale, leur procurait un fonds de santé capable de soutenir dans la suite les plus dures fatigues. On était dans la classe des enfants jusqu'à seize ou dix-sept ans. De là on passait dans celle des jeunes gens; ils y étaient tenus de plus court, et y demeuraient dix ans. La troisième était pour les hommes faits. Après y être resté vingt-cinq ans , on entrait dans la dernière , d'où Ton tirait les plus sages pour former le conseil public et les compagnies des juges , comme de la troisième on tirait les officiers d'armée.
Cyrus, âgé de douze ans, alla avec Mandane chez Astyage, son grand-père, qui désirait ardemment de le voir. Les mœurs des Mèdes étaient toutes différentes de celles des Perses. Cyrus, sans être ébloui du vain éclat de la cour d'Astyage, et sans rien critiquer, sut se maintenir dans les principes qu'il avait reçus dès son enfance , et se concilier tous les cœurs.
Dans un repas somptueux que son grand-père donna en sa faveur, et où tout fut prodigué , il regardait cette magnificence d'un œil fort indifférent. Le roi en paraissant surpris , le jeune prince lui répondit qu'en son pays , pour apaiser la faim , ou prenait un moyen plus aisé et plus court ; qu'un peu de pain, d'eau et de cresson leur suffisait. Il distribua, avec la permission d'Astyage , tous les mets aux différents officiers ; mais il oublia exprès Sacas, grand échanson , parce qu'ayant de plus la charge d'introduire dans l'appartement du roi ceux à qui l'on
donnait audience , il n'y laissait pas entrer Cyrus aussi souvent qu'il l'eût souhaité. Astyage eut de la peine de ce que son petitfils avait fait cet affront à un officier qu'il considérait particulièrement pour sou adresse à lui verser à boire. Ne faut-il que cela , mon papa , reprit Cyrus, pour gagner vos bonnes grâces ? elles sont à moi. Je me fais fort de vous mieux servir que lui. On l'équipe aussitôt en échanson. Il s'avance gravement ; et , tenant la coupe , il la présente avec une grâce et une dextérité merveilleuse. Puis sejetant^au cou de son grand-père : O Sacas, s'écria-t-il, pauvre Sacas , te voilà perdu! J'aurai ta charge. Vous avez oublié de faire l'essai , et de goûter le vin, lui dit le roi. Mon papa, répliqua-t-il, ce n'est point un oubli de ma part : j'ai craint d'être empoisonné; car, dans un autre repas, j'ai remarqué qu'après qu'on eut bu de cette liqueur, la tête tourna à tous les conviés. Eh quoi ! dit Astyage , la même chose n'arrivet-elle pas chez votre père ? Jamais , répondit Cyrus. Tout ce qui arrive , c'est qu'après avoir bu l'on n'a plus soif.
On ne peut trop admirer l'habileté de l'historien Xénophon, qui use de ce détour ingénieux pour donner aux princes une excellente leçon de sobriété.
Lorsque Mandane retourna en Perse, Cyrus demeura encore en Médie , sur les instances que lui en fit son grand-père , et profita de ce délai pour apprendre à bien monter à cheval , exercice inconnu en Perse jusqu'alors. Il se fit universellement estimer et aimer. Doux, affable, officieux, libéral, il sollicitait les grâces, et se rendait volontiers médiateur pour les autres. Il était dans sa seizième année lorsqu'il fit son apprentissage de l'art militaire sous Astyage , à l'occasion d'une petite irruption du fils du roi des Babyloniens dans les terres des Mèdes. L'année d'après , Cambyse le rappela pour lui faire achever son temps dans les écoles des Perses. Il partit sur-le-champ, regretté de toute la cour. A son arrivée en Perse, il surprit beaucoup ses anciens compagnons , qui , après un séjour assez long dans une cour voluptueuse, le virent plus sobre et plus retenu que pas un d'eux. De la classe des enfants il passa dans celle des jeunes gens, où il n'eut point d'égal en adresse, en patience, en obéissance ; et dix années après il entra dans celle des hommes faits.
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Astyage étant mort, Cyaxare, son fils, frère de Mandane, et par conséquent oncle de Cyrus , lui succéda. Une guerre considérable qu'il eut à soutenir contre les Babyloniens l'engagea à faire venir son neveu avec des troupes auxiliaires. Cambyse l'envoya en effet à la tête d'une armée de trente raille hommes d'infanterie , commandés par mille officiers choisis dans toute la noblesse. Le jeune Cyrus fit à ces officiers un discours propre à les remplir de l'espérance d'un heureux succès. Il n'oublia pas de leur représenter la justice de la cause qu'ils allaient défendre, et les assura qu'il avait consulté et invoqué les dieux avant que de s'y engager ; ce qu'il fit encore au moment du départ. 11 tenait cette religieuse maxime de son père, qui la lui avait souvent inculquée, et qui, voulant accompagner son fils jusqu'aux frontières de ses États, lui donna en chemin d'excellentes instructions sur les devoirs d'un général d'armée. Il lui fit remarquer que ses maîtres , de qui il croyait avoir tout appris , avaient omis les points les plus essentiels de l'a^t militaire , et entre autres le grand art de gagner les cœurs de ceux à qui l'on commande, et de se procurer de leur part une obéissance volontaire. Le secret de cet art, selon ce sage politique, consiste à convaincre ses inférieurs que l'on sait mieux qu'eux-mêmes ce qui leur est utile ; et ils en sont aisément persuadés , lorsque réellement on est plus habile qu'eux. Or, on le devient ens'appliquant beaucoup à sa profession, en étudiant, en consultant, en ne négligeant rien , et surtout en implorant le secours des dieux.
Cyrus, arrivé près de Cyaxare, s'informa du nombre et de la qualité des troupes de part et d'autre. Les Mèdes et les Perses joints ensemble n'en ayant pas moitié de ce qu'en avaient les Babyloniens, Cyrus remédia à cette fâcheuse inégalité en changeant les armes des Perses , avec lesquelles ils ne combattaient que de loin , genre de combat où le grand nombre a l'avantage, et leur en donnant de propres à combattre de près. Il établit un ordre admirable dans les troupes , et y jeta l'émulation par les récompenses qu'il proposa. Il ne faisait aucun cas de l'argent que pour le donner. Sa libéralité , ses manières honnêtes , la bonté qu'il marquait à tout le monde, lui attachaient également les officiers et les soldats.
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Un jour qu'il faisait la revue de son armée , Cyaxare l'envoya avertir qu'il était arrivé des ambassadeurs du roi des Indes , et le fit prier de venir promptement, revêtu des habits magnifiques qu'il lui envoyait. Il partit dans l'instant, et se rendit auprès du roi , couvert de poussière et de sueur, comptant l'honorer plus par cette promptitude à exécuter ses ordres qu'il n'aurait fait par un habillement somptueux. Ces ambassadeurs venaient s'informer des motifs de la guerre, et ils étaient chargés d'aller faire la même demande chez les Babyloniens , afin qu'ensuite leur maître embrassât le parti oii il verrait plus de raison et plus d'équité : noble et glorieux usage d'une grande puissance! Cyaxare et Cyrus répondirent qu'ils n'avaient donné aucun sujet de plainte à leurs agresseurs, et qu'ils prendraient avec joie pour arbitre le roi des Indiens.
Le roi d'Arménie , vassal des Mèdes , prit cette occasion pour se soustraire à leur obéissance. Cyrus se chargea de le ramener à son devoir. Pour cela , il engagea une partie de chasse sur ses terres avec un nombreux cortège , ce qui lui était ordinaire ; et il se fit suivre de loin par un gros de troupes. Étant à quelque distance du château où séjournait la cour d'Arménie, il s'empara d'une hauteur escarpée, fit avancer son monde, et envoya sommer le roi de payer le tribut accoutumé. Celui-ci , déconcerté par cette surprise, se sauva avec peu de suite sur une éminence, où il fut investi et fait prisonnier. Les princesses , en fuyant vers les montagnes, tombèrent dans une embuscade, et furent amenées au camp. Sur ces entrefaites arriva Tigrane, fils aîné du roi , qui revenait d'un voyage et qui était nouvellement marié. Cyrus , en sa présence , interrogea sou père sur les articles du traité qu'il avait fait avec Astyage , et sur l'infraction de ces articles , sur chacun desquels il tirait de lui un aveu de son infidélité. Puis il lui demanda, à différentes reprises, comment il traiterait quelqu'un qui serait tombé à son égard dans une faute à peu près semblable. Le roi ayant répondu de manière à se condamner lui-même à perdre la vie , Tigrane , son fils , déchira ses vêtements de douleur, et les dames qui étaient aussi présentes poussèrent des cris et des hurlements. Cyrus ayant fait faire silence , Tigrane lui représenta avec esprit que ses pro-
près intérêts l'engageaient à pardonner à son père ; que cette journée rendrait son vassal d'autant plus fidèle à exécuter les traités, qu'il savait par son expérience ce qu'il lui en coûtait pour les avoir violés; et d'autant plus propre à le bien servir, que la vue des maux près de fondre sur lui le ferait devenir sage : outre que la reconnaissance qu'il aurait pour le recouvrement de sa liberté et de sa vie , et de celles des siens , s'il les lui accordait, l'attacherait à sa personne et à ses intérêts sans réserve, et pour toujours. Cyrus s'adressant au roi lui-même : Si je me laisse fléchir , lui dit-il, aux prières de votre fils , que me donnerez-vous ? Mes troupes et mes trésors ne sont plus à moi , répondit l'Arménien : vous en pouvez disposer. Alors ils convinrent de ce qu'il fournirait pour la guerre contre les Babyloniens. Puis Cyrus continuant à l'interroger sur ce qu'il donnerait pour la rançon de sa femme et pour celle de ses enfants, le roi s'avoua être son débiteur de moitié plus qu'il ne possédait. Tigrane , de son côté, marqua qu'il aurait donné mille vies, s'il les avait eues , pour le rachat de sa jeune épouse. Cyrus leur donna à souper à tous ; et , après les avoir embrassés , il les renvoya aussi pénétrés de reconnaissance que d'admiration. Dans le retour, chacun relevant à l'envi la bonté , la majesté , la grande taille et la beauté de Cyrus , Tigrane demanda à son épouse ce qu'elle en pensait. Elle répondit qu'elle ne l'avait point regardé. Et qui regardiez- vous donc? Celui, répliqua-t-elle , qui disait quil donnerait mille vies pour racheter la mienne. Le lendemain , le roi d'Arménie envoya des présents , des rafraîchissements et le double de l'argent qu'il devait fournir. Cyrus prit simplement ce qu'il avait demandé ; et, trois jours après, Tigrane amena un corps de troupes qu'il voulut commander en personne. Il avait un excellent gouverneur, dont Cyrus faisait grand cas; et, sur les nouvelles qu'il lui en demanda , il lui raconta sa triste fin.
Analyse du même morceau d^histoire.
L'auteur de cette histoire, après le portrait de Cyrus, rapporte en détail l'excellente éducation qui se donnait chez les Perses en 0€ temps-là. lldécri* les quatre classes par où l'on passait succes-
sivement, et le temps que Ton demeurait dans chacune. Il raconte le voyage que Cyrus fit en Médie à l'âge de douze ans , et la manière dont il se conduisit à la cour d' Astyage, son grand-père; le moyen que ce prince employa inutilement pour lui faire oublier la Perse ; la leçon de sobriété qu'il reçut de son petit-fils ; le séjour de Cyrus en Médie, prolongé après le départ de Mandane, sa mère ; l'utilité qu'il en tira ; l'apprentissage qu'il fit de Fart militaire dans une petite guerre contre les Babyloniens ; son retour ^n Perse à l'âge de dix-sept ans; sa supériorité au-dessus de ses compagnons en toute sorte d'exercices.
Ensuite l'auteur vient à la première campagne de Cyrus , qui porta du secours à Cyaxare, son oncle , fils et successeur d'Astyage , dans une guerre dont les suites étaient à craindre. Il fait un précis des sages instructions que Cambyse donna à son fils en le conduisant jusqu'aux confins de son royaume, et du discours que le jeune prince tint aux principaux officiers de son armée. Cyrus , arrivé en Médie , fait preuve de son habileté par l'expédient qu'il trouve pour remédier à l'inégalité des forces de Cyaxare avec celles des Babyloniens. 11 établit Tordre et répand l'émulation dans les troupes : il s'attache tous les cœurs. En cet endroit , il est fait mention d'ambassadeurs indiens , dont la commission montrait la sagesse du roi leur maître, et à l'occasion desquels Cyrus fit voir la force de son jugement. Vient après cela l'incident de la révolte du roi d'Arménie , vassal des Mèdes, qui donne lieu au même Cyrus de signaler toutes ses belles qualités: 1° en surprenant à l'improviste les Arméniens, qu'il met en fuite ; 2" en faisant tomber en sa puissance le roi et toute sa cour ; 3" en tirant de la bouche même de ce prince sa propre condamnation ; 4" en lui faisant promettre sans aucune violence des secours considérables d'or et d'argent; 5" enfin, en le renvoyant lui et toute sa famille libres , comblés de joie , pénétrés de reconnaissance et d'admiration.
Sommaire du même morceau cT histoire.
Naissance et portrait de Cyrus. Éducation des Perses; classes successives , exercices et durée de chacune. Voyage de Cyrus en
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Médie; sa conduite à la cour d'Astyage : repas somptueux employé vainement pour l'y attacher; gentillesse enfantine de la part de Cyrus. Il reste plus d'un an en Médie, après le départ de Mandane ; apprend à monter à cheval ; se fait aimer de tout le monde ; porte les armes contre les Babyloniens. Il est rappelé en Perse, et y achève ses exercices. Nouveau voyage en Médie , après la mort d'Astyage, pour secourir son oncle Cyaxare ; instructions qu'il reçoit de Cambyse, son père; discours qu'il fait aux officiers; remède qu'il apporte à Tinégalité des forces des deux armées; ordre qu'il établit, émulation qu'il fait naître. Ambassade des Indiens : révolte des Arméniens ; prise de leur roi et de toute sa famille : beau procédé de Cyrus dans cette rencontre ; avantage qu'il en tire.
V abrégé n'a d'étendue que la quatrième partie de ce que contient ce morceau d'histoire dans son entier; Vanalyse, la huitième partie; le sommaire j la seizième.
De ces trois sortes d'extrait, le premier certainement est le plus propre à former l'esprit : mais , comme il emporterait beaucoup de temps si l'on voulait extraire ainsi toute Thistoire , on peut le réserver pour certains endroits choisis , et se contenter de l'un des deux autres pour le travail ordinaire.
Cet exercice peut être d'une grande utilité , encore plus pour les garçons que pour les filles , à quelque profession qu'ils soient destinés , et leur apprendra à tirer d'un livre ou d'un traité ce qui s'y trouve d'essentiel sur la matière qui y est traitée, et à le réduire à une juste mesure qui en mette sous les yeux toutes les parties et toutes les preuves. C'est ce que font tous les jours les rapporteurs , pour mettre les juges au fait d'une affaire chargée d'incidents et de productions sans nombre, dont il faut qu'ils débrouillent le chaos, sans rien omettre de nécessaire ou d'utile. Un commandant , obligé de rendre compte au ministre , ou au prince même , d'un siège ou d'une action , de dresser un mémoire , de donner un projet, n'est-il pas obligé d'en faire un récit, tantôt plus court, tantôt plus étendu, selon les différentes conjonctures? Et les extraits dont nous parlons, s'il s'y est exercé de bonne heure , ne lui seront pas pour lors d'un petit secours. Pour les demoiselles , ils leur donneront de la justesse , de l'exactitude,
de la facilité à écrire ; et cela ne doit pas leur paraître indifférent, quoiqu'il ne soit pas d'une absolue nécessité : elles se mettront par là en état de rendre compte d'un sermon, d'en exposer Tordre et la suite , et d'en rapporter les différentes preuves : elles s'accoutumeront à réduire tout ce qu'elles liront à de certains chefs qui fixeront leur mémoire , et leur rendront leurs lectures plus présentes. Il sera bon aussi dans la suite de les faire travailler quelquefoisà de pareils extraits sur des matières de raisonnement qui demandent une attention plus suivie , qui sont merveilleusement propres à donner de la justesse d'esprit, et qui accoutument les jeunes personnes à ne se point contenter de paroles , mais à chercher des raisons, et à en sentir le fort et le faible.