‹ Traite des etudes. --Chapitre 12 sur 127 · Histoire sainte · texte numérisé non relu

Histoire sainte

L'oirdre des temps demande qu'on commence par l'histoire sainte. Comme elle est le fondement de la religion , il faut s'y arrêter plus que sur toutes les autres , et faire en sorte qu'une jeune fille la possède en perfection. Elle lui sera d'un grand dsage tout le reste de sa vie , soit pour entendre les instructions publiques , soit gour lire en particulier avec fruit les livres de piété. Car dans les unes et dans les autres on suppose que l'auditeur et le lecteur sont instruits des faits de l'histoire sainte , et par cette raison on se contente de les leur indiquer en un mot : mais c'est un langage étranger pour ceux à qui cette histoire est inconnue, et le nombre en est grand.

Outre cet avantage , qui est certainement bien considérable ,

t la Bello Catilin.

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mais qui ne regarde que les années suivantes , il y en a un autre actuel et présent, qui est encore d'une plus grande importance. M. Fleury et M. de Fénelon ont tous deux remarqué que l'étude de l'histoire sainte, sans parler de l'agrément qui s'y trouve par la beauté et la grandeur des événements , et qui la rend par cette raison bien plus utile à la jeunesse , est la manière la plus sûre et la plus solide de l'instruire à fond et pour toujours de la religion. Ces histoires paraissent allonger l'instruction ; mais véritablement elles l'abrègent, et lui ôtent la sécheresse des catéchismes, où les mystères sont détachés des faits. Aussi voyons-nous saint Augustin, dans l'admirable ouvrage qui a pour titre, De la manière d'instruire les simples » , n'en prescrit point d'autre que celle dont nous parlons ici. Et cette méthode ne lui était point particulière ni d'une nouvelle invention ; c'était la méthode et la pratique universelle de l'Église , observées dans tous les temps. Elle consistait à montrer, par la suite de l'histoire, la religion aussi ancienne que le monde ; Jésus-Christ attendu dan» l'Ancien Testament, et Jésus-Christ régnant dans le Nouveau. C'est le fond de l'instruction chrétienne.

Cela demande un peu plus de temps et de soin que l'instruction à laquelle beaucoup de gens se bornent. Mais aussi on sait véritablement la religion quand on sait ce détail ; au lieu que , quand on l'ignore, on n'en a que des idées confuses. Le temps que les jeunes filles mettront à apprendre cette histoire sera donc pour elles un temps bien utilement employé.

Je suppose qu'elles en ont déjà une idée abrégée par l'étude qu'elles ont faite du Catéchisme historique , qui a servi de préparation à une connaissance plus étendue et plus détaillée. Elles la trouveront dans le livre qui a pour titre , Abrégé de l'histoire et de la morale de l'Ancien Testament, imprimé depuis peu d'années , et dont on a déjà fait quatre éditions. Il est merveilleusement propre pour les jeunes personnes, parce qu'il est composé avec beaucoup de clarté, et souvent dans les termes mêmes de l'Écriture sainte , dont la divine simplicité est préférable à tout ce que l'art a de plus pompeux et de plus brillant. Une jeune fille en apprendra tous les jours un chapitre. On pourra

• De catechizandis radibut-

même d'abord se contenter de la moitié d'un cljapitre : car il vaut mieux qu'elle en apprenne moins , et qu'elle le sache mieux. On prendra un jour, comme le samedi , pour lui faire répéter ce qu'elle aura appris pendant la semaine , et de même un jour chaque mois. De cette sorte , les leçons nouvelles ne feront point oublier les anciennes. Il est bon , pour exercer et affermir sa mémoire, qu'elle s'accoutume à rendre l'histoire fidèlement, et telle qu'elle est dans le livre, sans pourtant exiger une exactitude scrupuleuse, qui aille jusqu'à n'oser changer aucun mot : pourvu qu'elle en substitue qui aient le même sens, on doit être content. Car, avant tout, la grande attention doit être de lui rendre cette étude agréable, et d'en écarter autant qu'il se pourra toutes les épines.

Après qu'elle aura récité son histoire , la gouvernante ou le maître pourront lui faire quelques petites questions pour lui former Fesprit et le jugement , pour lui apprendre à parler et à s'exprimer, et pour l'accoutumer à faire des réflexions sur ce qu'elle lit. Ainsi, quand on verra Joseph vendu par ses frères, calomnié par la femme de Putiphar, mis en prison , on paraîtra étonné, et on demandera à la jeune fille si c'est ainsi que Dieu récompense ses fidèles serviteurs. Elle trouvera facilement ce qu'il faut répondre à cette question. Quand on verra le même Joseph élevé en gloire, on la priera d'examiner par quelles voies Dieu l'y a conduit; et, par les interrogations mêmes qu'on lui fera, on l'aidera à observer que les obstacles mêmes que les hommes avaient prétendu mettre à sa grandeur sont devenus des moyens efficaces pour l'y faire arriver, et que telle est ordinairement la conduite de la Providence à l'égard des hommes.

Quand Dieu donne sa loi aux Israélites sur la montagne de Sinâï au milieu des éclairs et des tonnerres, et qu'un momenl après ce même peuple la viole dans le premier et le plus impor tant des dix commandements en adorant le veau d'or, on demande à la jeune fille d'où a pu venir une prévarication si subite , si énorme , si générale ; et s'il a manqué quelque chose à ce peuple dans la manière dont il a accepté cette loi , qui paraît pourtant bien respectueuse et bien soumise, puisqu'il tremble devant la majesté du Dieu qui lui parle , et qu'il promet sans restriction

et sans exception d'observer inviolablement tout ce que le Seigneur lui commandera. On la conduira peu à peu à répondre que ia faute du peuple , en promettant ainsi d'accomplir exactement ies ordonnances de Dieu , a été de n'avoir compté que sur ses propres forces pour accomplir ces ordonnances , de n'avoir pas connu sa faiblesse et son impuissance à tout bien , et de n'avoir pas recouru par la prière à celui qui seul pouvait le mettre en état de lui obéir.

Quand la jeune personne ne trouve pas d'elle-même les réponses , on les lui fournit , et on tâche de les lui rendre intelligibles par la manière facile et claire dont on les lui explique. J'ai toujours souhaité , pour le secours des personnes cliargées de l'éducation des filles , et je puis bien ajouter aussi de celle des garçons , qu'on trouvât dans quelque livre ces réflexions toutes digérées et toutes préparées. La Providence procure encore ce secours à la jeunesse. L'auteur de l'Abrégé de l'histoire sainte , dont j'ai parlé , a ajouté au récit des histoires qu'il a rendu plus complet des réflexions qui m'ont paru fort solides , et très-propres à instruire du fond de la religion , non-seulement les jeunes gens , mais beaucoup d'autres personnes. Les maîtres ou maîtresses commenceront par s'en bien instruire eux-mêmes: après quoi ils seront fort en état d'en instruire les autres, en se proportionnant à leiu: force , et prenant de ces réflexions ce qui <îonviei)t à leur âge.

Quand les jeunes personnes, au bout d'une ou de plusieurs années, savent raisonnablement l'histoire sainte, il y a une manière de la leur remettre devant les yeux , et de leur en faire rappeler les principaux événements , qui peut leur être fort utile et qui ne peut manquer de leur être fort agréable : je l'ai pratiquée avec beaucoup de succès lorsque j'étais chargé de la conduite d'un collège. Je suppose que la jeune fille a plusieurs compagnes qui font les mêmes études qu'elle ; sinon , la mère ou la gouvernante en tiendront la place. On propose quelque matière, et l'on ramasse tous les exemples que l'on en trouve dans l'histoire mainte. Chaque personne fournit le sien à son rang, ou alternativement si l'on n'est que deux ; et cela en très-peu de mots , et simplement pour indiquer le fait. J'en donnerai ici quelques exemples.

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Confiance en Dieu dans les plus extrêmes dangers,

Abraham près de perdre son fils en l'immolant.

Jacob délivré de la colère de Laban , puis de celle d'Ésaû.

Moïse enfermé entre l'armée de Pharaon et la mer Rouge.

Les Gabaonites, près d'être exterminés comme les autres peuples de Chanaan , trouvent le moyen de se dérober à l'anathèrae commun.

Gédéon , avec trois cents hommes , marche contre les Madiaisites.

Combat de David contre Goliath.

David près d'être saisi par Saùl , qui le poursuivait sur une colline.

Asa attaqué par Zara , roi d'Ethiopie , qui avait un million d'hommes.

Elisée enferm.é dans la ville de Dothan , et poursuivi par Achab.

Samarîe réduite à la dernière extrémité , et sauvée.

Confiance d'Ézéchias assiégé dans Jérusalem par Sennachérib.

Susanne condamnée à mort . et conduite au supplice.

Les trois jeunes hommes dans la fournaise.

Daniel dans la fosse aux bons.

Jonas jeté dans la mer.

Béthulie réduite à l'extrémité , et délivrée par Judith.

Les Juifs condamnés à périr , et délivrés par Esther , etc.

Réflexions sur le même sujet.

On peut quelquefois engager une jeune personne à développer un fait, en le racontant plus au long : par là elle s'accoutume et apprend à narrer. Mais ce qui est encore plus important , c'est de mêler au récit des faits quelques courtes réflexions , et , s'il se peut , les lui faire trouver à elle-même en l'interrogeant d'une manière qui les lui rende faciles. J'en rapporterai trois ou quatre sur la matière qui vient d'être proposée.

1. C'est lorsque le danger est le plus pressant, et qu'il ne paraît aucune ressource du côté des hommes , qu'on doit le plus compter sur la protection de Dieu. C'est ce que prouvent claire-

ment la délivrance de David , lorsque Saûl , arrivé presque à l'extrémité d'une colline d'où il ne pouvait se tirer , était près de le saisir; la délivrance des villes de Samarie, de Jérusalem, de Béthulie , toutes réduites à la dernière extrémité, et sans espérance humaine.

2. Dieu se plaît pour lors à faire éclater sa puissance , et à se montrer quand les hommes disparaissent entièrement, afin que la délivrance ne puisse être attribuée qu'à Dieu seul. C'est ce qu'il dit lui-même quand il ordonna à Gédéon de réduire son armée à trois cents hommes : De peur qu'Israël ne se glorifie contre moi, et ne dise : C'est par mes propres forces que j'ai été délivré de mes ennemis ^

3. Ce qui attire la protection de Dieu est une pleine confiance en son pouvoir infini et en sa bonté, qui ne l'est pas moins ^. Il est également facile au Seigneur, dit Jonathas, de donner la victoire avec un grand ou avec un petit nombre. C'est dans le même esprit que David dit à Goliath : Fous venez à moi avec l'épée, la lance et le bouclier ; mais moi je viens à vous au nom du Seigneur des armées 3. L'Écriture croit faire un éloge parfait du saint roi Josaphat par ce seul mot : Il a espéré dans le Seigneur 4.

4. La protection de Dieu , quoiqu'elle ne soit pas visible , n'en est pas moins réelle. Elisée , près d'être assiégé dans Dothan par l'armée des Syriens, et voyant son serviteur tout effrayé, pria l)ieu de lui ouvrir les yeux 5. H vit la montagne couverte de chevaux et de chariots de feu qui étaient autour d'Elisée. La foi devrait produire en nous le même effet.

Avantage des bonnes liaisons et compagnies; dangers des mauvaises.

Lot connut peu d'abord de quel prix était la compagnie d'Abraham , puisqu'il s'en sépara.

Il s'exposa aux plus grands dangers en le quittant, et en s'établissant à Sodome.

• Judic. 7,2. < 4 Reg. 18, 5.

^ I Reg. 14,6. » 4 Reg. 6, 17.

» I Reg 17,45.

Abraham le tire des mains des quatre rois vainqueurs.

Le même Lot est sauvé de l'incendie de Sodome par la protection d'Abraham.

Un petit nombre de justes aurait sauvé Sodome.

La présence de Joseph attire la bénédiction de Dieu sur la maison de Putiphar.

Les Israélites entraînés dans le crime et dans l'idolâtrie par la compagnie des filles moabites et madianites. •

Bonheur de Ruth de s'être attaché à Noémi : malheur d'Orpha sa belle-sœur de s'en être séparée.

Voyage de Bethsabée , funeste à David.

Liaison de David et de Jonathas , modèle d'une parfaite amitié.

Chute de Salomon causée par la mauvaise compagnie de ses femmes.

Roboam perdu par la mauvaise compagnie et les mauvais conseils des jeunes seigneurs de sa cour.

Jézabel pousse son mari Achab aux derniers crimes.

Connaissance d'Élie, source de bonheur pour la veuve de Sarepta, aussi bien que celle d'Elisée pour la Sunamite.

Une esclave qui était dans la maison de Naaman est cause que son maître va trouver le prophète Elisée.

Un domestique de ce grand seigneur l'engage , par ses sages remontrances , à exécuter l'ordre du prophète.

Mort ressuscité par la présence du corps d'Elisée.

Os du prophète de Béthel conservés, parce qu'ils se trouvent unis à ceux d'un autre prophète de Juda.

Joas , roi de Juda , préservé d'abord par les sages conseils du grand prêtre Joïada , puis corrompu par les flatteries des courtisans.

De quelle utilité ne furent point les conseils d'Isaïe pour le saint roi Ézéchias.

Heureuse éducation du jeune Tobie dans la vertueuse maison de ses parents. Secours infinis qu'il tire de son conducteur.

Cette sorte de dispute peut être fort utile aux jeunes personnes. Elle les réveille , elle les anime , elle leur fait faire des efforts ; elle les rend plus attentives à leurs lectures , elle leur ap-

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prend à en faire usage. Je connais une famille où souvent les récréations du soir se passaient dans une pareille dispute entre la demoiselle du logis et le gouverneur du frère , entre lesquels il y avait une émulation si vive de fournir chacun son mot à propos , et de ne pas demeurer à sec , que , toute la compagnie étant en haleine et prenant parti pour l'un ou pour l'autre , personne n'était tenté de s'endormir. Ne pourrait-on pas établir dans les couvents cette ingénieuse et agréable récréation parmi les jeunes pensionnaires ? et ne serait-ce pas un moyen de les engager à l'étude de l'histoire, tant sainte que profane.^ car Tune et l'autre peuvent entrer également dans l'exercice dont je parle.

Cette étude de l'histoire sainte doit toujours être accompagnée de celle de la géographie et de la chronologie , qu'il faut réduire à très-peu de chose par rapport aux jeunes personnes , pour ne point trop charger leur mémoire.

A mesure qu'il se présente quelque nom de province , de ville , de rivière , de montagne , dans Thistoire qu'on explique , il faut aussitôt les montrer sur la carte. Ainsi Abraham part d'Ur en Chaldée , s'arrête quelque temps à Arandans la Mésopotamie, arrive dans le pays de Chanaan , appelé autrement la terre promise ; passe de là en Egypte , etc. Voilà bien des endroits différents dont il faut faire connaître la situation. Il ne faut pas se rebuter de ce que les cartes de la terre sainte sont en latin. Les noms n'en sont guère moins faciles à discerner que s'ils étaient en français. Samaria, Samarie; Hierosolyma, Jérusalem. Mais, pour aider les jeunes personnes à trouver sans peine les villes sur la carte , on dressera une table alphabétique de toutes celles qui sont énoncées AdiWsV Jbrégé de l'histoire de l'Ancien Testa' ment, laquelle indiquera la tribu où chacune de ces villes est située.

J'en dis autant de la chronologie , qui est la connaissance du temps où les événements dont il est parlé dans l'histoire sont arrivés. On donnera de même une petite table où seront désignés les six âges qui partagent et renferment toute l'histoire sainte; et chaque âge sera divisé en un petit nombre d'époques , qu'il sera facile de retenir en les répétant exactement à mesure qu'on avancera dans l'histoire. D'ailleurs il sufût aux jeunes demoi-

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selles de savoir, à quelques années près, le temps oa ont vécu les personnes les plus connues , et où sont arrivés les faits les plus mémorables. Il faut bien se donner de garde de charger leur mémoire d'un grand nombre de dates, qui ne serviraient qu'à y jeter du trouble et de la confusion. Les six âges sont des points fixes , auxquels tous les autres se rapportent , et qu'il faut par cette raison apprendre très-exactement. Quand on sait que la sortie d'Egypte est arrivée l'an du monde 2513 , et que le temple a été bâti par Salomon en 2992 ( ce sont les dates du troisième et du quatrième âge), il est aisé de placer les événements qui sont entre deux. Si l'on demande dans quel temps a vécu Josué; comme on sait qu'il a succédé à Moïse , et que celui-ci a passé quarante ans dans le désert , on répondra que Josué vivait environ en l'an du monde 2550. Quand on ne dirait une date qu'à vingt ou trente ans près , cela doit suffire dans cet âge , parce que tout ce qu'on peut demander alors , c'est de ne pas tomber dans des fautes grossières d'anachronisme, comme de placer Abraham avant le déluge , David avant Moïse, et d'autres bévues pareilles.

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