A CORNEILLE TACITE
« Vous allez rire , et je vous le permets : rirez-en tant qu'il « vous plaira. Ce Pline que vous connaissez a pris trois sangliers, « mais très-grands. Quoi ! lui-même ? dites-vous. Lui-même. « N'allez pourtant pas croire qu'il en ait coûté beaucoup à ma « paresse. J'étais assis près des toiles. Je n'avais à côté de moi « ni épieu ni dard , mais des tablettes et une plume. Je rêvais , « j'écrivais , et je me préparais la consolation de remporter mes « feuilles pleines , si je m'en retournais les mains vides. Nemé- « prisez pas cette manière d'étudier. Vous ne sauriez croire com- « bien le mouvement du corps donne de vivacité à l'esprit : sans « compter que l'ombre des forêts, la solitude, et ce profond silence « qu'exige la chasse, sont très-propres à faire naître d'heureuses « pensées. Ainsi , croyez-moi , quand vous irez chasser, portez « votre panetière et votre bouteille, mais n'oubliez pas vos tablet- « tes. Vous éprouverez que Minerve se plaît autant sur les inon- « tagnes que Diane. Adieu. »>
' Lib. I , ep. 6.
TBAITÉ DES ETUDES. 129
Tout est ici rendu à la lettre , et avec une grande fidélité : cependant il n'y a rien de contraint, rien qui sente la traduction ; tout y a un air original.
On fait remarquer aux jeunes gens que, ego Plinius ille, ne peut bien se rendre en français par la première personne ; qu'il a fallu substituer à ce mot ceras, une autre expression plus conforme à notre usage; que ce tour, l'ombre des forêts^ forme un son plus nombreux et plus agréable à l'oreille que si l'on avait mis, comme dans le latin , sans compter que les forêts, la solitude, etc.