‹ Traite des etudes. --Chapitre 31 sur 127 · DE LA MEME LETTRE PAR M. L'ABBÉ MONGADLT · texte numérisé non relu

DE LA MEME LETTRE PAR M. L'ABBÉ MONGADLT

AuiH. I. Sachez que rïen ne me manque tant à l'heure qu'il est que quelqn'an à qui je puisse communiquer tout ce qui me fait de la peine, qui ait de l'amitié pour moi et de la sagesse, avec qui j'ose parler sans rien feindre , dissimuler ni cacher. Car mon frère, à qui i« pouvais m'ouvrir de mes plus secrètes pensées avec autant de sûreté qu'aux bois et aux rochers , qui m'aime tendrement , et qui est la simplicité même , n'est plus ici, comme tous savez. Où Ites-Tous, Toas qui avez soulagé tant de fois mes soucis et mes peines par vos discours et par vos conseils , qui me secondez dans les affaires publiques, et à qui je ne cache pas les plus particulières ; enfin , sans la participation de qui je ne saurais ni rien faire ni rien dire?

if. 2. Je suis si dépourvu de toute société, que je n'ai plus de bon que le teups que je passe avec ma femme , ma fille et mon petit Cicéron. Car ces amitiés importantes et fastueuses que vous ■avei ne «ont bonnes que pour paraître

iVum. I. Comptez que rien ne me manque tant à présent qu'une personne s&re à qui je puisse m'ouvrir sur tout ce qui me fait de la peine , qui ait de l'amitié pour moi et de la prudence , avec qui j'ose m'entretenir sans contrainte , sans dissimulation et sans réserve : car je n'ai plus mou frère, qui est du meilleur caractère du monde , qui m'aime si tendrement , et à qui je pouvais m'ouvrir de mes plus secrètes pensées avec autant de sûreté qu'aux rochers et aux campagnes les plus désertes. Où ètes-vous à présent, vous dont l'entretien et les conseils ont adouci tant de fois mes peines et mes chagrins ; qui me secondez dans les affaires publiques , et à qui je ne cache pas les plus particulières ; que je consulte également sur ce que je dois faire et sur ce que je dois dire ?

JV. 2. Je suis si dépourvu de toute société , que je ne me trouve en repos et à mon aise qu'avec ma femme, ma fille et mon petit Cicéron. Ces amitiés extérieures , que l'intérêt et l'ambition concilient, ne sont bonnes que pour paraître

TBAITE DES ETUDES. 145

en public : elles ne sont d'aucun usage en public avec honneur, et ne sont d'au-

familier. Cela est si vrai, que ma mai- cun usage dans le particulier. Cela est

son est pleine de gens tous les matins si vrai, que, quoique ma maison soit

quand je vais à la place; et je suis remplie tous les matins d'une foule de

escorté d'une foule de prétendus amis, prétendus amis qui m'accompaj^nent

sanstrouverunseul hommedanstoutce lorsque je vais à la place, dans un si

nombre avec qui je puisse ou rire en 11- grand nombre il ne s'en trouve pas un

bertè , ou soupirer sans contrainte. seul avec qui je puisse ou rire avec liberté, ou gémir sans contrainte.

iV". 3. Jugez si je vous attends , si je N. 3. Jugez donc par là si je ne dois

vous soubaite, et si je vous presse de pas attendre, souhaiter et presser vo-

venir. J'ai mille choses qui m'inquiètent tre retour. J'ai mille choses qui m'in-

et qui me blessent, dont il me semble quiètent et me chagrinent, dont une

qu'une seule promenade avec vous me seule promenade avec vous me soula»

fera raison. Je ne saurais vous écrire géra. Je ne vous parlerai point ici de

5)lu8icurs petits chagrins domestiques, plusieurs petits chagrins domestiques :

que je n'oserais confier au papier nia je n'ose les confier au papier ni au por-

ccporteur,que je ne connais point. N'en teur de cette lettre, que je ne connais

coyeï pourtant pas en peine : ils ne sont point. N'en soyez pourtant pas en peine;

t as fort considérables; mais ils touchent ils ne sont pas considérables; mais ils

de près, ils ne donnent aucun relâche, ne laissent pas de faire impression, parce

et je n'ai personne qui m'aime, de qui les qu'ils reviennent souvent, et que je n'ai

onseils ou seulement l'entretien puisse personne qui m'aime véritablement,

es intcrroninre. dont les conseils ou l'entretien puiji-

sent les dissiper,

Page 1