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De la manière de prononcer et d'écrire le Min

Le don de la parole et l'invention de l'écriture sont deux avantages inestimables que la divine Providence a bien voulu accorder à l'homme , et qu'il n'aurait jamais pu se procurer lui-même par ses seuls efforts.

« C'est, dit un grand homme en traitant cette matière ", une « invention merveilleuse de composer de vingt-cinq ou trente « sons cette variété infinie de mots , qui , n'ayant rien de sem- « blable en eux-mêmes à ce qui se passe dans notre esprit, ne « laissent pas d'en découvrir aux autres tout le secret , et de faire « entendre à ceux qui n'y peuvent pénétrer tout ce que nous « concevons , et tous les divers mouvements de notre âme. » C'est une seconde merveille , presque aussi admirable que la première 3, d'avoir trouvé le moyen, par des figures tracées sur

' Plin. Hist. nat. lib. XI,cap. 16. » Gram rais. pag. 27,

' Phoenices prîmi . st famée creditur, ausi

le papier, de parler aux yeux aussi bien qu'aux oreilles , de fixer une chose aussi légère que la parole , de donner de la consistance aux sons et de la couleur aux pensées.

Il est bon de rendre de bonne heure les jeunes gens attentifs à ce double bienfait dont on fait usage tous les jours , et presque à chaque moment, et dont il est fort rare qu*on marque jamais à Dieu sa reconnaissance.

La manière ancienne d'écrire et de prononcer faisant une partie essentielle de la grammaire , elle doit être enseignée aux enfants dès qu'ils commencent à étudier. Mais on peut réserver pour un âge plus avancé certaines observations qui supposent un jugement plus formé.

Il est absolument nécessaire aux jeunes gens de bien connaître la nature des lettres et le rapport qu'elles ont entre elles. Cette connaissance leur servira à mieux distinguer la cadence et l'harmonie des périodes , à découvrir l'étymologie de certains mots , à savoir comment on prononçait autrefois , et quelquefois même à entendre dans les auteurs des endroits fort obcurs, ou à restituer des passages corrompus.

Les anciens, en parlant, faisaient toujours sentir la quantité des voyelles, et distinguaient toujours dans la prononciation les longues des brèves. Nous observons cette distinction dans la pénultième des mots de plus de deux syllabes , amaham, circumdabam : mais il n'en paraît ordinairement aucune trace dans ceux de deux syllabes, dabam, stabam; ce qui est un défaut très-considérable. Par là les vers latins perdent dams notre bouche une grande partie de leur grâce. C'est comme si en français nous prononcions pâte, qui se dit des animaux , comme pâte, qui signifie de la farine détrempée avec de l'eau. M. Perrault, faute de connaître la nature des lettres , avait avancé que l'a de cano , dans ce vers de Virgile , arma virumque cano , devait se

Matuuram rudibus vocem signare figuris.

LucAir. 1. 3.

C'est de lui que nous vient cet art ingénieux De peindre la parole et de parler aux yeux ; Et, par les traits divers de figures tracées , Donner de la couleur et du corps aux pensées.

B&CBXUF.

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prononcer comme Va pénultième de cantabo, dans ce vers critiqué par Horace , fortunam Priamî cantàbo et nobik bellum. C'est, dit M. Despréaux en réfutant son adversaire , une erreur qu'il a sucée dans le collège, où l'on a cette mauvaise méthode de prononcer les brèves , dans les dissyllabes latins , comme si c'étaient des longues.

Les anciens confondaient quelquefois l'e etl'e dans l'écriture, et apparemment aussi dans la prononciation. Quintilien ^ remarque que de son temps on écrivait hère au lieu de herî; qu'on trouvait dans plusieurs livres sîbe et quase au lieu de sibi et quasi, et que Tite-Live avait ainsi écrit. De là vient sans doute que ces lettres se mettent indifféremment dans de certains cas : pelvem ou pelvim, nave ou navî. De là vient aussi que, comme dans la diphthongue et Ve était fort faible , et que l'on n*y entendait presque que Yi, cette dernière lettre est demeurée seule dans de certains mots : omnis pour omneîs; ce qui est si commun dans Salluste.

Crassus , dans Cicéron, reproche à Cotta » qu'en retranchant Vij et pesant trop sur Ve dans la diphthongue ei, il ne prononçait pas comme les anciens orateurs, mais comme les moissonneurs, qui, au rapport de Varron, disaient vellam pour veillam on vîllam. Un défaut assez approchant de celui-là est encore aujourd'hui fort ordinaire à beaucoup de personnes , qui prononcent Vi à peu près comme Ve dans les mots où Vi se trouve devant un 71, comme princeps, ingens, ingenium, induo, au lieu qu'il le faut prononcer dans ces mots comme on le fait dans la préposition in, et lorsque Vi est suivi d'autres lettres : immitis, primus,

La voyelle u était prononcée ou par les Latins , et elle l'est encore ainsi parles Italiens et par les Espagnols. Cuculus se prononçait comme nous dirions coucoulous, d'où vient le mot français coucou ; et ces mots , dans l'une et l'autre langue , n'ont été formés que par onomatopée , c'est-à-dire imitation du son , pour marquer le chant de cet oiseau. Or cette prononciation

* Lib. I , c. 7. dicas , non mihi oratore» antiqnos , sed

' « Qaare Cotta noster, cujns tu illa messores videris imitari. » ( Lib. 3 , d$

lata , Salpici , nonnanquam imitaris , ut Orat. u 46. )

iota litteram toUas, et e pleni8siir.um

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donne aux mots latins une grâce et une douceur particulières. Nous en conservons quelque chose dans les mots où Vu est suivi d'un m ou d'un n : dominum, dederunt, qu'il ne faut pas prononcer comme si c'était un o plein, dominom, ce qui est pourtant assez ordinaire '.

Parmi les quatre liquides /, r, w, w, les deux premières méritent parfaitement ce nom : car elles sont effectivement coulantes , et se prononcent avec facilité et vitesse. L'm a un son fort sourd : c'est pourquoi Quintilien l'appelle mugîentem litieram. Il remarque que , comme elle a quelque chose de pesant , autrefois on la retranchait à la lin, die' hanc; et que, quand même on l'écrivait » , elle ne se prononçait presque point : multîim ille et terris jactatus , et allô. Ainsi voilà encore dans ce vers une douceur et une grâce de prononciation qui nous est inconnue.

Vs est appelée sifflante à cause du son qu'elle fait : c'est pourquoi anciennement on la retranchait à la fin : serenuL fuit, dignu' loco. Il y a des mots français où l'on supprime cette même lettre dans la prononciation , quoiqu'elle demeure dans l'écriture: Fous woM5/a2Ïes... Les Romains faisaient toujours sonner 1*5, et la prononçaient pleinement au milieu du mot, comme au commencement : miseria, comme séria. Ils doublaient même cette lettre au milieu, quand elle était précédée de voyelles longues : caussa, cassus, divissiones 3; et c'est ainsi que Cicéron et Virgile écrivaient. Notre langue adoucit cette lettre au milieu , et elle a fait passer cette prononciation dans le latin.

Le z se prononçait chez les Latins d'une manière fort douce , et qui , selon Quintilien , répandait beaucoup d'agrément dans le discours 4. U répondait à peu près à nôtres entre deux voyelles, muse, mais en y joignant quelque chose du son du delta après Vs. C'est ainsi qu'en grec les Doriens le prononçaient et l'écrivaient : aupia^w pour oupti^w ; ce qui certainement a beau-

• V(yy. plus haut, p. 178. 3 « Quomodo et ipsum (Ciceronem)

' a Etiamsi scribitur, tamen parum et Virgilium scripsisse, manus eorum

exprlmitur : adeo utpenecujusdam novae docent. » ( Quintil. lib. I , cap. 13. )

litterœ sonum reddat. o (Quihtil. lib. 9, 4 Quint. 1. 12, cap. 10. cap- 4.)

coup de douceur. Quelques-uns croient que le d se prononçait avant l's : Mezentius, Medsentîus.

On voit par le rapport de certaines lettres entre elles , comme du b et du p, du c? et du ^, pourquoi certains mots s'écrivent d'une manière et se prononcent de l'autre. Quintilien» remarque que dans obtinuit la raison demande un b, mais que les oreilles n'entendent qu'un p. Il en est ainsi dans toutes les langues. Nous prononçons grant esprit, grant homme, quoique nous écrivions grand esprit, grand homme.

Les anciens faisaient sonner fortement l'aspiration , surtout avant les voyelles , ce qui donnait beaucoup de grâce et de force à la prononciation. Mené Iliacis occumbere campîs Non potuisse, tuaque animam hanc effundere dextral (iEn. I, 101). Si Pergama dextra Defendi possent, etiam hac defensa fuissent. (iEn. II, 291.) Ces admirables vers perdent une partie de leur beauté , si l'aspiration n'est pas fortement marquée. C'est un défaut très-ordinaire aux jeunes gens , et surtout aux Parisiens , dont l'attention des maîtres peut aisément les corriger.

On a fait plusieurs remarques utiles et importantes sur l'y et Yj consonnes, que les anciens sans doute ne prononçaient pas tout à fait comme nous. Il n'est pas inutile que les jeunes gens en soient instruits , et qu'ils sachent ce que c'était que le digamma œolicum, c'est-à-dire un double gamma, caractère destiné pour marquer l'y consonne : terminait, pour terminavit. L'empereur Claude, tout maître du monde qu'il était, n'eut pas le crédit de le faire recevoir au nombre des lettres latines.

On doit conclure de ces observations , et de beaucoup d'autres pareilles, que la manière dont les Romains prononçaient le latin était en plusieurs choses très-différente de celle dont nous 1« prononçons aujourd'hui ; qu'ainsi leur prose et leurs vers perdent une grande partie de leur grâce dans notre bouche , comme nous voyons que les nôtres sont extrêmement défigurés par les étrangers, qui ignorent notre manière de prononcer. Ils avaient mille délicatesses en prononçant qui nous sont absolument inconnues. Ils distinguaient l'accent de la quantité , et ils savaient fort bien relever une syllabe sans la faire longue , ce que nous ne som-

» Lib. Kc. 13.

mes point accoutumés à observer. Us avaient même plusieurs sortes de longues et de brèves, dont ils faisaient sentir la différence. Le peuple était très-délicat sur ce point, et Cicéron' témoigne qu'on ne pouvait faire une syllabe plus longue ou plus brève qu'il ne fallait dans les vers d'une comédie , que tout le théâtre ne s'élevât contre cette mauvaise prononciation , sans qu'ils eussent d'autre règle que le discernement de l'oreille, qui était accoutumée à sentir la différence des longues et des brèves , comme aussi de l'élévation ou de l'abaissement de la voix, en quoi consiste la science des accents.

De telles observations sur la manière de prononcer et d'écrire des anciens peuvent être fort utiles et même agréables aux jeunes gens , pourvu que les maîtres en sachent faire un choix judicieux, qu'ils les placent à propos , et qu'ils n'en proposent pas en même temps un grand nombre, ce qui pourrait devenir ennuyeux et rebutant. Ils peuvent, en attendant qu'ils consultent les originaux mêmes, s'instruire en peu de temps et sans beaucoup de travail sur cette matière dans la Méthode latine de Port-Royal, d'où j'ai tiré la plus grande partie des réflexions que j'ai faites sur ce sujet. Ce livre, quoiqu'il ne soit pas sans défaut , les peut mettre en état d'apprendre à leurs écoliers bien des choses également utiles et curieuses.

Ils y verront qu'il est mieux d'écrire sumpsi, delicîx, vindico, autor ou auctor, convîcium,fecundus,feliXj femîna, fenus, fétus, làcryma, pœna, patridus, tribunîcius, jicticius, novicius, quatuor, quicquid, Sallustîus, Jppuleius, sidus, soleni' nis, sollistîmum^ sulfur^ subsiciva ou subseciva, et beaucoup d'autres semblables observations appuyées de preuves et d'autorités.

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